Jules Verne latiniste : présences du latin et de la culture classique





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Jules Verne latiniste :
présences du latin et de la culture classique
dans les Voyages extraordinaires



Yves Touchefeu

Professeur de première supérieure au lycée Gabriel Guist’hau, Nantes


Jules Verne latiniste ? Même si les signes de cette culture classique restent discrets dans ses écrits, ils sont très significatifs ; ils apportent une lumière particulière, très riche de sens, dans son univers romanesque. C’est ce que nous allons chercher à vérifier.

Avant d’entrer dans ce monde des Voyages extraordinaires, nous commencerons par jeter quelques regards sur ce qui a précédé les grands romans publiés par Pierre-Jules Hetzel.

I . Avant les Voyages extraordinaires

1. Une formation classique



Le jeune Jules Verne a reçu une formation classique à Nantes, au collègue Saint Stanislas, puis au Petit Séminaire, et enfin au collège royal de Nantes (qui est devenu le lycée Georges Clemenceau). En classe de sixième pendant l’année 1838-1839, il reçoit le premier accessit de thème grec et le second accessit de version latine. Le récapitulatif de ses notes au baccalauréat, obtenu en 1846, fait apparaître que ses aptitudes sont jugées comme « assez bonnes » en grec et « bonnes » en latin. Dans sa jeunesse, comme tous les lycéens de son temps, Jules Verne aura donc été baigné dans la culture classique et aura beaucoup pratiqué le latin.
Image 1. Nouveau dictionnaire de versification et de poésie latines de Noël-François de Wailly, exemplaire ayant appartenu à l’élève Jules Verne (bibliothèque municipale d’Amiens)

2. Une nouvelle où Jules Verne s’amuse avec le latin



Parmi les écrits (très nombreux) qui précèdent les Voyages extraordinaires, a été retrouvée une nouvelle en forme de pochade, Le Mariage de Monsieur Anselme des Tilleuls, souvenir d’un élève de huitième —ce texte, publié avec notes et postface par Jean-Michel Margot, est disponible à cette adresse : http://jv.gilead.org.il/margot/, sur le site Zvi Har’El’s Jules Verne Collection (http://jv.gilead.org.il)
Quel en est le sujet ? Le marquis Anselme des Tilleuls, benêt confirmé, d’une laideur et d’une stupidité exceptionnelles, décide à l’âge de vingt-sept ans que le temps est venu pour lui de se marier. Il fait part de cette résolution à son mentor, son vieux professeur de latin.

L’intérêt de cette nouvelle n’est pas de savoir que le marquis Anselme des Tilleuls finira par épouser la fille du greffier de la ville, « grosse, courte, replète, ramassée, ronde, sphérique » : l’intérêt est dans la tonalité comique, souvent burlesque, qui tient pour une part majeure à un jeu constant avec le latin.

La langue latine s’affiche d’abord dans les noms des personnages : le vieux professeur s’appelle Naso Paraclet : au terme chrétien Paraclet qui désigne l’Esprit Saint, s’accole un nom latin qui rappelle qu’Ovide s’appelait Publius Ovidius Naso. Le greffier, père de la future épouse, se nomme lui Maro Lafourchette : « Maro, comme Virgile », précise-t-il lui-même ; le président du tribunal s’appelle M. de Pertinax.

Et le latin nourrit surtout l’essentiel des dialogues qui intègrent à plaisir des exemples venus du livre de prédilection du vieux professeur : les Eléments de grammaire latine de l’abbé de Lhomond, un manuel de référence pendant des générations. Les « règles de conduite et de grammaire sont toutes contenues dans Lhomond », dit le maître à son élève, et il ne cesse de parler comme ce livre… Voici à titre d’exemple un passage dans lequel nous entendons Naso Paraclet s’adresser au président du tribunal M. de Pertinax :
— Monsieur Anselme des Tilleuls, marquis de naissance, est tombé dans le ravin de la mélancolie ! J’en suis accablé de chagrin, maerore conficior. Je ne savais à quoi attribuer son état morose ; mais je dus comprendre que l’amour s’en mêlait. Teneo lupum auribus, me dis-je en français ; il faut le marier. Je sais que vers lui les héritières se précipitent en foule, turba ruit ou ruunt. Mais une seule femme au monde avait fixé la noble girouette de ses incertitudes. J’appris le nom de cette élue du ciel. C’était votre fille, ô Monsieur de Pertinax ! Dès alors vous fûtes entouré de mes sollicitudes investigatrices, je vis votre maison, vidi domum tuam, et j’en admirai la beauté, et illius pulchritudinem miratus sum.

— Vous dites, que ce jeune cavalier aime ma fille, répondit le président avec un sourire, ou pour parler votre langage, dicis hunc juvenem amare filiam meam ?

— Non ! Monsieur, fit Naso avec chaleur, car ce serait une faute contre la syntaxe. Et il faut changer l’actif en passif quand il y a amphibologie, c’est-à-dire lorsqu’après un que retranché, le nominatif et le régime français seraient tous deux à l’accusatif latin, sans que l’on pût distinguer l’un de l’autre ! Exemple : vous dites qu’Anselme des Tilleuls aime ma fille, dicis Anselmem ex Tiliis amare filiam meam est mauvais. On doit tourner la phrase : vous dites que ma fille est aimée par Anselme des Tilleuls, dicis filiam meam amari ab Anselme ex Tiliis ?
Ainsi est conduite toute la nouvelle, le latin accueillant à l’occasion les équivoques appelées par le sujet : Quand vient par exemple le moment de la soirée nuptiale,
 l’impatient marquis voulait précéder le coucher du jour ; mais, vaillant ami des convenances, l’énergique professeur lui opposa un ablatif et une volonté absolus auxquels il dut obéir.

— Retardez, mon noble élève, retardez le mystérieux instant, où le futur de vos passions doit se fondre dans le présent des voluptés ! Et souvenez-vous des différentes manières d’exprimer la préposition sans devant un infinitif ! Vous devez passer la nuit sans dormir, noctem insomnem ducere, sans blesser sa conscience, salva fide, sans faire semblant de rien, dissimulanter, et souvenez-vous que le mariage n’est autre chose qu’une version et que vous devez faire le mot-à-mot de votre épouse avant d’en chercher une traduction trop libre. 
C’était là un jeu littéraire qui témoigne de cette familiarité que Jules Verne entretenait avec la langue latine, mais qui restait sans doute sans grande conséquence.

Plus important est un livre écrit en 1863 : Paris au XXème siècle.
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