Oe : Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde





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Des rapports étranges avec sa mère

  • De son vivant : il a vécu avec elle puis l’a placée à l’asile 3 ans auparavant et l’a peu à peu perdue de vue. Pb de communication mère-fils : silence qui existe entre eux ; elle était malheureuse (pleurs) mais il n’a pas vraiment cherché à comprendre pourquoi et n’a pas cherché à améliorer son moral.

  • Après sa mort :

  • Meursault affiche un détachement étonnant. Pas de souffrance apparente : il ne pleure pas (seuls Céleste et ceux du restaurant évoquent leur « peine ») ; son étourdissement est dû seulement à la chaleur étouffante ; il s’endort paisiblement dans l’autobus. Ambiguïté de certains événements : arrivé à l’asile, il veut absolument voir sa mère : preuve de son amour filial ou volonté d’en finir rapidement ?

  • Indifférence : il apparaît davantage préoccupé par l’aspect extérieur de ce deuil, par les apparences (habits, reconnaissance du deuil par son patron : « ce sera une affaire classée ») ; d’ailleurs, il avoue qu’il ne voyait plus beaucoup sa mère et que cela lui coûtait d’aller la voir…

  • Attitude qui peut paraître choquante au lecteur, l’amener à trouver étrange le personnage et à condamner sa conduite.



  1. Un fils indigne  et coupable?

  • Nb indices en ces sens, d’autant que besoin de justifier sa conduite et de se déculpabiliser semble indiquer aussi sa culpabilité (face au directeur et au patron).

  • Mais intervention du directeur qui vient justifier la conduite de Meursault envers sa mère : revenus modestes de M + ennui de sa mère avec lui.

  • De plus, M se rend sur place et s’occupe qd même de ttes les formalités relatives à l’enterrement…

  • Hésitation du lecteur sur ce qu’il doit penser du personnage.

CCl : Originalité de l’incipit : situer l’histoire tout en taisant de nombreux éléments sur le personnage principal, ce qui attise la curiosité du lecteur. Incipit qui joue avec les attentes et les sentiments du lecteur : silences du récit nombreux. Il semble préparer le lecteur au procès de M à travers la suggestion de sa culpabilité en lien avec la mort de sa mère (raison pour laquelle la société et le tribunal le condamnent).

Séquence 2 – Séance 3 : LA n°2 : le meurtre de l’Arabe

J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.

Albert CAMUS, L’Etranger, I, 6, 1942

Séquence 2 – Séance 3 : LA n°2 : le meurtre de l’Arabe

Questions pour préparer le commentaire de cet extrait de L’Etranger :

  1. En relisant les deux pages qui précèdent notre extrait, relevez des éléments qui montrent que le meurtre commis par Meursault n’était pas prémédité.

  2. Quelles impressions ce texte produit-il immédiatement sur le lecteur ?

  3. Quel rôle précis joue le soleil dans cette scène ? Par quels procédés variés l’auteur insiste-t-il sur son intervention ?

  4. Quels autres éléments semblent jouer un rôle dans cette scène ?

  5. A quel registre appartient cette scène ? Vous justifierez précisément votre réponse en donnant toutes les caractéristiques de ce registre présentes dans le texte.

Séquence 2 – Séance 3 : LA n°2 : le meurtre de l’Arabe

Questions pour préparer le commentaire de cet extrait de L’Etranger :

  1. En relisant les deux pages qui précèdent notre extrait, relevez des éléments qui montrent que le meurtre commis par Meursault n’était pas prémédité.

  2. Quelles impressions ce texte produit-il immédiatement sur le lecteur ?

  3. Quel rôle précis joue le soleil dans cette scène ? Par quels procédés variés l’auteur insiste-t-il sur son intervention ?

  4. Quels autres éléments semblent jouer un rôle dans cette scène ?

  5. A quel registre appartient cette scène ? Vous justifierez précisément votre réponse en donnant toutes les caractéristiques de ce registre présentes dans le texte.

Séquence 2 – Séance 3 : LA n°2 : le meurtre de l’Arabe

Questions pour préparer le commentaire de cet extrait de L’Etranger :

  1. En relisant les deux pages qui précèdent notre extrait, relevez des éléments qui montrent que le meurtre commis par Meursault n’était pas prémédité.

  2. Quelles impressions ce texte produit-il immédiatement sur le lecteur ?

  3. Quel rôle précis joue le soleil dans cette scène ? Par quels procédés variés l’auteur insiste-t-il sur son intervention ?

  4. Quels autres éléments semblent jouer un rôle dans cette scène ?

  5. A quel registre appartient cette scène ? Vous justifierez précisément votre réponse en donnant toutes les caractéristiques de ce registre présentes dans le texte.

Séquence 2 – Séance 3 : LA n°2 : le meurtre de l’Arabe

Rappel : avant notre extrait, Meursault a décidé de retourner se promener seul sur la plage, avec le pistolet de Raymond, mais sans intention de tuer l’Arabe (meurtre non prémédité).

Scène du meurtre située à un endroit-clé du roman : avant la deuxième partie, pour montrer qu’à partir de ce moment, la vie de Meursault bascule de manière tragique.

Problématique : en quoi cette scène de meurtre a-t-elle une dimension tragique ?

  1. Un personnage victime du soleil



  1. L’omniprésence du soleil

  • 7 occurrences du mot > instance sur sa présence, notamment à travers une hyperbole (toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi)

  • Intensité de la lumière produite (8-9) : elle aveugle le personnage (10-11)

  • Chaleur étouffante aussi (« La mer a charrié un souffle épais et ardent » (13)) que souligne l’hyperbole « « le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir » du feu (14) ; d’où la sueur qui s’empare du personnage (4 ; 9-10)

  • Le soleil joue un rôle dans la scène dans la mesure où il modifie la perception de Meursault.



  1. Un personnage en souffrance

  • Texte fait la part belle aux sensations de Meursault (perso très sensible à son environnement, et notamment au soleil > cf « C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman », 4-5) : le soleil agit surtout sur son visage (front, joues…) et accélère son rythme cardiaque (5-6), ce qui crée une gêne voire une véritable souffrance pour le perso.

  • Souffrance : champ lexical de la brûlure (3, 6, 12) et de la douleur (5 ; 13)> le personnage vit l’action du soleil comme une agression, c’est pour s’en protéger et mettre fin à ses souffrances qu’il continue à avancer vers la source et donc à se rapprocher de l’Arabe (2 ; 6-8) ; il semble que, plus encore que l’Arabe, ce soit le soleil son véritable ennemi.



  1. Une perception déformée du réel

  • La sueur modifie rapidement sa perception des événements : 4 > « voile tiède et épais » (10). Meursault n’est plus en mesure de voir ce qui l’entoure (mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel, 10-11) > il se contente de suppositions («  je ne sentais plus », « indistinctement », « il m’a semblé ») ; il est seulement sensible à l’action abrutissante du soleil (métaphore « les cymbales du soleil », 11 battements de son cœur qui deviennent très puissants ?) ; le couteau devient énorme : « glaive » (12), « épée » (12).

  • C’est ainsi qu’il perçoit l’attitude de l’Arabe comme provocatrice : « Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l’air de rire » (3), et l.8-10 ; la comparaison l.10 montre qu’il se sent agressé.

  • Ce n’est qu’à la fin de l’extrait qu’il retrouve ses esprits, qu’il parvient à se dégager de cette emprise (« J’ai secoué la sueur et le soleil », 16) mais il est trop tard…

  • Le soleil est responsable de la perception erronée de Meursault et de la tension croissante qui l’amènent à commettre l’irréparable sans l’avoir voulu.



  1. L’engrenage tragique



  1. Un geste inconscient présenté de manière dramatique

  • Progression très étudiée du texte : expressions temporelles qui ponctuent la scène (« Et cette fois » 8 ; « « au même instant » 9 ; « toujours » 12 ; « c’est alors que tout a vacillé » 13 ; « et c’est là … que tout a commencé» 15 ; « alors » 17 ; « Et c’était comme si » 18), alliées à l’imparfait à valeur durative donnent l’impression que la scène du meurtre dure indéfiniment, que le temps s’est arrêté > tension dramatique, renforcée par la notation auditive (15-16).

  • Le geste meurtrier dure, mais c’est un geste involontaire et inconscient : sous l’effet du soleil, Meursault est sur la défensive et tire une première fois > insistance du texte sur l’absence de volonté de tuer (« j’ai crispé ma main » / « la gâchette a cédé »). Ce tir était plus dirigé contre le soleil que contre l’Arabe : adjectifs « glaive éclatant »/ « épée brûlante »



  1. Meursault : le jouet des éléments et des objets

Rôle su soleil, mais aussi des autres éléments et des objets, qui semblent tous s’allier pour provoquer le geste fatal :

  • Personnification de la plage (1-2) qui empêche le personnage de reculer

  • Métaphore concernant la lumière (« la lumière a giclé », 8-9) qui donne l’impression au personnage de recevoir un coup de couteau

  • Personnification du couteau (12-13)

  • Personnification de la mer (13)

  • Personnification du ciel (14)

  • Personnification du revolver (« le ventre poli de la crosse » 15)

  • Ils semblent tous incarner la fatalité qui pèse sur le héros.



  1. Meursault, un héros tragique

  • M subit les événements mais prend conscience des conséquences irrémédiables du meurtre (« J’ai compris » 16) :

  • son destin est en marche et il n’y peut plus rien > passage de « « C’est alors que tout a vacillé » (13) à « et c’est là … que tout a commencé » (16)

  • opposition entre le bonheur passé (17) et la malheur qui s’annonce (comparaison prophétique 18-19)

  • Tel un héros tragique, loin de fuir ses responsabilités, il décide de les assumer, c’est ainsi que l’on peut peut-être expliquer les quatre coups de feu qu’il tire alors que l’Arabe semble déjà mort (« un corps inerte », 18).

Il s’agit d’une scène qui contraste beaucoup avec le reste du roman à cause de sa dimension très poétique. A travers le registre tragique et la personnification des éléments et des objets, Camus insiste sur l’absence de responsabilité de Meursault dans ce crime, ce qui témoigne du caractère absurde de l’existence humaine.



Séquence 2 – Séance 5 : LA n°3 : le procès de Meursault

L'après-midi, les grands ventilateurs brassaient toujours l'air épais de la salle et les petits éventails multicolores des jurés s'agitaient tous dans le même sens. La plaidoirie de mon avocat me semblait ne devoir jamais finir. À un moment donné, cependant, je l'ai écouté parce qu'il disait : « Il est vrai que j'ai tué. » Puis il a continué sur ce ton, disant « je » chaque fois qu'il parlait de moi. J'étais très étonné. Je me suis penché vers un gendarme et je lui ai demandé pourquoi. Il m'a dit de me taire et, après un moment, il a ajouté : « Tous les avocats font ça. » Moi, j'ai pensé que c'était m'écarter encore de l'affaire, me réduire à zéro et, en un certain sens, se substituer à moi. Mais je crois que j'étais déjà très loin de cette salle d'audience. D'ailleurs, mon avocat m'a semble ridicule. Il a plaidé la provocation très rapidement et puis lui aussi a parlé de mon âme. Mais il m'a paru qu'il avait beaucoup moins de talent que le procureur. « Moi aussi, a-t-il dit, je me suis penché sur cette âme, mais, contrairement à l'éminent représentant du ministère public, j'ai trouvé quelque chose et je puis dire que j'y ai lu a livre ouvert. » Il y avait lu que j'étais un honnête homme, un travailleur régulier, infatigable, fidèle à la maison qui l'employait, aimé de tous et compatissant aux misères d'autrui. Pour lui, j'étais un fils modèle qui avait soutenu sa mère aussi longtemps qu'il l'avait pu. Finalement j'avais espéré qu'une maison de retraite donnerait à la vieille femme le confort que mes moyens ne me permettaient pas de lui procurer. « Je m'étonne, Messieurs, a-t-il ajouté, qu'on ait mené si grand bruit autour de cet asile. Car enfin, s'il fallait donner une preuve de l'utilité et de la grandeur de ces institutions, il faudrait bien dire que c'est l'État lui-même qui les] subventionne. » Seulement, il n'a pas parlé de l'enterrement et j'ai senti que cela manquait dans sa plaidoirie. Mais à cause de toutes ces longues phrases, de toutes ces journées et ces heures interminables pendant lesquelles on avait parlé de mon âme, j'ai eu l'impression que tout devenait comme une eau incolore où je trouvais le vertige.

À la fin, je me souviens seulement que, de la rue et à travers tout l'espace des salles et des prétoires, pendant que mon avocat continuait à parler, la trompette d'un marchand de glace a résonné jusqu'à moi. J'ai été assailli des souvenirs d'une vie qui ne m'appartenait plus, mais où j'avais trouvé les plus pauvres et les plus tenaces de mes joies : des odeurs d'été, le quartier que j'aimais, un certain ciel du soir, le rire et les robes de Marie. Tout ce que je faisais d'inutile en ce lieu m'est alors remonté à la gorge et je n'ai eu qu'une hâte, c'est qu'on en finisse et que je retrouve ma cellule avec le sommeil. C'est à peine si j'ai entendu mon avocat s'écrier, pour finir, que les jurés ne voudraient pas envoyer à la mort un travailleur honnête perdu par une minute d'égarement et demander les circonstances atténuantes pour un crime dont je traînais déjà, comme le plus sûr de mes châtiments, le remords éternel. La cour a suspendu l'audience et l'avocat s'est assis d'un air épuisé. Mais ses collègues sont venus vers lui pour lui serrer la main. J'ai entendu : « Magnifique, mon cher. » L'un d'eux m'a même pris à témoin : « Hein ? » m'a-t-il dit. J'ai acquiescé, mais mon compliment n'était pas sincère, parce que j'étais trop fatigué.
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