Oe : Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde





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SEQUENCE 2 : L’Etranger d’Albert Camus, ou comment l’homme se heurte au monde
OE : Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde
Perspectives d’étude : - étude des genres et des registres

-notions d’histoire littéraire et culturelle

-réflexion sur l’intertextualité et la singularité des textes littéraires
Problématique : Dans quelle mesure le personnage de Meursault incarne-t-il la vision du monde absurde de Camus ?
Séance 1 : Présentation de l’auteur et de l’œuvre ; notion d’absurde
Séance 2 : LA n°1 : l’incipit, de « Aujourd’hui… » à « deux heures de route ».

Prolongement : comparaison avec un/deux autres incipit
Séance 3 : LA n°2 : la scène du meurtre de l’Arabe, de « J’ai pensé que je n’avais qu’un demi-tour à faire… » à « la porte du malheur ».
Séance 4 : L’évolution du « héros » de roman, à partir de la comparaison entre la scène de crime dans L’Etranger et celle de Claude Gueux
Séance 5 : LA n°3 : le procès de Meursault
Séance 6 : LA n°4 : l’excipit qui marque l’évolution de Meursault
Séance 7 : bilan de la séquence sur le personnage de Meursault et son parcours ; lecture de l’interview de Camus donnée en janvier 1955 // de Meursault avec Sisyphe et le Christ (homme qui meurt pour la vérité).
Corpus bac : sur l’incipit / sur le héros / sur le anti-héros / sur la vision de la société

Séquence 2 – Séance 1 : Présentation de Camus et de son roman L’Etranger

  1. Albert Camus



  • Origines sociales : Albert Camus est né en ______________ en _______ dans un milieu ______________ . Après la mort de son père au début de la Première Guerre mondiale, il a été élevé par sa mère, Catherine Sintès, une femme d’origine ________________ et presque analphabète.

  • Etudes et formation : repéré par son instituteur, __________ _______________, il obtient une bourse et entre au lycée d’Alger. Ses ambitions seront de devenir ___________________, mais ilk est atteint d’une maladie, la ___________________, qui réduira ses espoirs à néant. Il se lancera alors dans une carrière d’écrivain (il est à la fois romancier, ___________________ et essayiste), et de ____________________ (il fondera L’Alger républicain).

  • Idées politiques : avant la Seconde Guerre mondiale, il milite dans un mouvement antifasciste ; il adhère ensuite au Parti Communiste en 1934, mais rompt rapidement avec lui car celui-ci l’accuse d’être favorable aux revendications musulmanes (1937). Il écrit des articles où il dénonce la misère et l’oppression auxquelles la colonisation française en Algérie réduit le peuple musulman. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la _______________ au sein du journal clandestin _______________ dont il devient le directeur. Après la guerre, il est au centre de polémique philosophiques et politiques : il dénonce le ___________________ ; et, face à la guerre d’Algérie (débutée en 1954) , il est divisé : il dénonce le colonialisme, mais il ne veut pas que la France soit expulsée du pays, de sorte qu’il entre progressivement dans une posture qui consiste à garder le silence sur la question.

  • Couronnement littéraire : en 1957, il reçoit le _______ __________ ___ ___________________ ; c’est alors qu’il prononce le fameux « discours de Stockholm » où il prône l’engagement dont doit faire preuve tout écrivain et dont voici un extrait :

L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. […] Le rôle de l'écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent. […] le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence, et à le relayer pour le faire retentir par les moyens de l'art. […] Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression.

Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d'écrire, j'aurais remis l'écrivain à sa vraie place, n'ayant d'autres titres que ceux qu'il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, sans cesse partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu'il essaie obstinément d'édifier dans le mouvement destructeur de l'histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin.

  • Mort : il se tue en ________ dans un accident de voiture avec Michel Gallimard.

Ses œuvres les plus connues :

ROMANS PIECES DE THEATRE ESSAIS

L’Etranger (______) ____________ (1938) Noces (1939)

La Peste (1947) Les Justes (1949) Le Mythe de Sisyphe (_____)

La Chute (1956)

  1. Son roman : L’Etranger (1942)



  1. Contexte historique et littéraire

Dans les années 1930, le climat est difficile du fait de la crise économique, de tensions sociales et politiques liées à la montée des fascismes.

Ce climat a des conséquences sur le genre du roman : le genre romanesque subit de profondes mutations. Les romanciers cherchent à explorer la psychologie humaine, le moi, dans leurs romans, et s’interrogent sur le monde ; ils réfléchissent à la condition humaine, en essayant de répondre notamment aux questions : « pourquoi vit-on ? comment doit-on vivre ? quel sens donner à la vie humaine ? »

Camus lui-même choisit le genre du roman et le personnage de Meursault pour mener des réflexions philosophiques et pour porter un regard critique sur la société contemporaine : « Si tu veux être philosophe, écris des romans ».

  1. La philosophie du roman : L’ABSURDE et LA REVOLTE

Le Mythe de Sisyphe : l’absurde naît de « cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ».

Selon Camus, l’existence est absurde, c’est-à-dire qu’elle est privée de sens, car les événements ne sont pas dus à Dieu (qui n’existe pas) mais au hasard. Or, le monde inspire à l’homme une volonté de le comprendre, une soif d’absolu, qu’il ne peut pas combler, étant donné que rien ne permet de comprendre l’univers, et que l’homme est voué inévitablement à la mort.> Cf ses Carnets (1937) :

« Le type qui donnait toutes les promesses et qui travaille maintenant dans un bureau. Il ne fait rien d’autre part, rentrant chez lui, se couchant et attendant l’heure du dîner en fumant, se couchant à nouveau et dormant jusqu’au lendemain. Le dimanche, il se lève très tard et se met à sa fenêtre, regardant la pluie ou le soleil, les passants ou le silence. Ainsi toute l’année. Il attend. Il attend de mourir. A quoi bon les promesses, puisque de toute façon… »

L’homme doit-il donc s’abandonner au désespoir ? Selon Camus, non, et c’est ce qui constitue la « leçon » de L’Etranger : à l’image du héros Meursault, l’homme, une fois qu’il a pris conscience que le monde est absurde, ne doit pas se résigner, mais au contraire se révolter : il doit crier son amour pour la vie et affronter courageusement l’épreuve de la mort.

  • La grandeur de l’homme consiste à assumer l’absurdité du monde.



  1. La réception du roman lors de sa publication et son adaptation cinématographique

Il a été très critiqué par le gouvernement de Vichy. Cependant, Jean-Paul Sartre, un célèbre philosophe, a reconnu en Camus un grand écrivain. L’œuvre a ensuite connu un grand succès international. Malgré la volonté de Camus de ne pas voir son roman adapté au cinéma, Luchino Visconti a donné naissance au film éponyme en 1967, avec Mastroianni dans le rôle de Meursault ; l’œuvre a aussi inspiré The Barber des frères Coen.

Séquence 2 – Séance 2 : LA n°1 : L’incipit

  • Définition et buts de l’incipit (présenter l’histoire + susciter la curiosité du lecteur)

  • Révisions des caractéristiques de l’incipit à partir d’un autre extrait de roman

  • Etude du texte

Séquence 2 – Séance 2 : LA n°1 : L’incipit

Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.

L'asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d'Alger. Je prendrai l'autobus à deux heures et j'arriverai dans l'après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J'ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n'avait pas l'air content. Je lui ai même dit : « Ce n'est pas de ma faute. » Il n'a pas répondu. J'ai pensé alors que je n'aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n'avais pas à m'excuser. C'était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c'est un peu comme si maman n'était pas morte. Après l'enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.

J'ai pris l'autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J'ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d'habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m'a dit : « On n'a qu'une mère. » Quand je suis parti, ils m'ont accompagné à la porte. J'étais un peu étourdi parce qu'il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.

J'ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c'est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l'odeur d'essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J'ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j'étais tassé contre un militaire qui m'a souri et qui m'a demandé si je venais de loin. J'ai dit « oui » pour n'avoir plus à parler.

L'asile est à deux kilomètres du village. J'ai fait le chemin à pied. J'ai voulu voir maman tout de suite. Mais le concierge m'a dit qu'il fallait que je rencontre le directeur. Comme il était occupé, j'ai attendu un peu. Pendant tout ce temps, le concierge a parlé et ensuite, j'ai vu le directeur : il m'a reçu dans son bureau. C'était un petit vieux, avec la Légion d'honneur. Il m'a regardé de ses yeux clairs. Puis il m'a serré la main qu'il a gardée si longtemps que je ne savais trop comment la retirer. Il a consulté un dossier et m'a dit : « Mme Meursault est entrée ici il y a trois ans. Vous étiez son seul soutien. » J'ai cru qu'il me reprochait quelque chose et j'ai commencé à lui expliquer. Mais il m'a interrompu : « Vous n'avez pas à vous justifier, mon cher enfant. J'ai lu le dossier de votre mère. Vous ne pouviez subvenir à ses besoins. Il lui fallait une garde. Vos salaires sont modestes. Et tout compte fait, elle était plus heureuse ici. » J'ai dit : « Oui, monsieur le Directeur. » Il a ajouté : « Vous savez, elle avait des amis, des gens de son âge. Elle pouvait partager avec eux des intérêts qui sont d'un autre temps. Vous êtes jeune et elle devait s'ennuyer avec vous. »

C'était vrai. Quand elle était à la maison, maman passait son temps à me suivre des yeux en silence. Dans les premiers jours où elle était à l'asile, elle pleurait souvent. Mais c'était à cause de l'habitude. Au bout de quelques mois, elle aurait pleuré si on l'avait retirée de l'asile. Toujours à cause de l'habitude. C'est un peu pour cela que dans la dernière année je n'y suis presque plus allé. Et aussi parce que cela me prenait mon dimanche - sans compter l'effort pour aller à l'autobus, prendre des tickets et faire deux heures de route.

Albert CAMUS, L’Etranger, I, 1, 1942

Séquence 2 – Séance 2 : LA n°1 : L’incipit

Problématique : dans quelle mesure a-t-on affaire à un incipit original ?

  1. Un incipit original

Rappel de la fct de l’incipit : présenter les lieux, l’époque, les personnages, l’action et le mode de narration.

  1. Le cadre spatio-temporel

  1. Les lieux : brièvement mentionnés > « Alger », à « deux heures de route de l’asile de Marengo » ; référence à la chaleur.

  • Pas de description précise.

  1. Le temps : pas de date, mais indice « autobus » => début XXe siècle

  • repères temporels brouillés : ignorance du personnage (1er §), il a p-ê manqué l’enterrement de sa mère ; on ne sait pas de quoi elle est morte et on sait peu de choses sur ce qui s’est passé avant

  • mort de la mère en semaine : « deux jours de congé «  demandés au patron

  • Confusion temporel, silences du récit



  1. Les personnages

Aucune description physique et morale des personnages, juste des prénoms (Emmanuel, Céleste), des fct (maman, le directeur de l’asile, le patron). On connaît juste le nom du personnage principal, par déduction (« Mme Meursault »), de même que l’on déduit le métier de Céleste (restaurateur) et la fct d’Emmanuel (ami de Meursault).

  • C’est au lecteur de combler les silences du texte



  1. L’action

Le roman débute après un événement important : la mort de la mère du PP. Le lecteur assiste alors aux démarches de Meursault en vue de l’enterrement : les démarches professionnelles et vestimentaires, le repas à Alger, le trajet en bus, l’arrivée à l’asile et la conversation avec le directeur. Mais le récit de ces démarches n’est pas vraiment chronologique, l’ordre des événements est bouleversé : télégramme, projet de trajet, annonce au patron, départ en autobus, repas, trajet en bus et arrivée.

  • Importance accordée au narrateur et à la focalisation, dont on suit les pensées qui s’enchaînent de manière décousue.



  1. Le choix de la focalisation interne

  • Emploi de la P1 (Je, maman) informe le lecteur qu’il a affaire à un narrateur-personnage, cela facilite l’entrée dans le roman

  • Dimension orale du récit («avec une excuse pareille ») + voca simple: impression d’un témoignage 

  • Choix de focalisation interne place la psychologie du PP au centre du récit. Or ce PP apparaît comme très énigmatique. 



  1. Un personnage principal énigmatique



  1. Un portrait implicite

Récit laisse apparaître des indices le concernant :

  • Son statut social : il est employé (il parle de son « patron ») et il est d’un milieu modeste (pas les moyens d’entretenir s mère, emprunt de vêtements de deuil à un ami…)

  • Sa personnalité : il a des amis (Céleste, Emmanuel, « ils » anonymes) ; mais ses rapports avec les autres sont plutôt difficiles : interventions au discours direct > face à son patron, il est mal à l’aise (excuses) ainsi que devant le directeur de l’asile ; il tente d’ailleurs à chaque fois de se justifier ; face au militaire et au directeur, il se contente d’un « oui » très bref, et apparaît peu loquace, solitaire (« pour n’avoir plus à parler »). Il semble aussi hésitant (date de la mort, attitude à adopter face au patron), peu sûr de lui.


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