Lecture analytique n°5





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Lecture analytique n°5 «  Spleen » LXII Les Fleurs du Mal (1857)
Charles Baudelaire est le précurseur de la modernité en poésie, quand il est jeune, il est influencé par le Romantisme, puis son amitié avec Théophile Gautier à qui il dédie « ces fleurs maladives » le conduit vers le Parnasse. Mais il abandonne vite ces deux mouvements pour fonder un art poétique original et profondément novateur. Que ce soient l’amour, la nature, les états d’âme, Baudelaire a renouvelé les thèmes et les images poétiques. C’est ainsi qu’il décide de garder le mot anglais « spleen » pour définir son état d’âme proche de la mélancolie mêlée de tristesse, terme indéfinissable qui entrera grâce à lui, dans notre langue. Les Fleurs du Mal possèdent plusieurs « Spleen » : le poème que nous nous proposons, d’étudier est le LXII, « Quand le ciel bas et lourd ». Nous nous demanderons comment le poète par l’évocation du spleen donne une nouvelle définition de l’art poétique. Nous étudierons donc dans une première partie le Spleen baudelairien puis l’art poétique original de Baudelaire.
I. Le Spleen :

1. Le paysage du Spleen :

  • Le poète évoque un paysage triste et terne, voire pesant pour celui qui le voit : on note d’abord qu’il est traversé par la pluie : le ciel est « bas et lourd », « la pluie » produit d’ « immenses traînées » avec une image hyperbolique ici qui montre une pluie sans fin. Le ciel trsite s’accorde avec l’humeur du poète.

  • Le poète baigne aussi dans l’obscurité avec le champ lexical de la noirceur « noir » et « cachot ». De même, on note un paysage effrayant avec « chauve-souris » « araignée » et « cachot » éléments de la nature qui ne sont pas rassurants, l’oxymore « jour noir » témoigne de la noirceur du Spleen qui étreint le poète même de façon diurne. La lumière a disparu contaminée par le Spleen.

2. Un paysage d’âme :

  • Le Spleen ronge l’homme de l’intérieur et il se sent enfermé, étouffé par l’angoisse du Spleen : le champ lexical du clos est omniprésent « cachot » « plafond » « mur » témoigne d’un malaise qui règne dans l’âme du poète.

  • L’intériorité est mise en valeur par les mots « l’esprit » « cerveaux » et « âme » : le poète ressent des émotions négatives au plus profond de lui-même.

3. Entre angoisse et mort :

  • Le poète est étreint par l’angoisse, elle est liée à la mort : le dernier quatrain décrit un enterrement avec le mot «  corbillard ».

  • Les notations auditives sont violentes « gémissant » « hurlement » et « geindre », ces expressions sont associées à un univers carcéral et nous rendent concret le monde de la torture, ici morale. Le mal être du poète est rendu patent et pertinent pour le lecteur.

  • La chauve-souris évoque le tableau de Goya « les Caprices » : « le sommeil de la raison engendre des monstres », l’homme est habité par son angoisse et son bestiaire infâme. Rappelons que Baudelaire est un grand amateur d’art et de peinture : « les Phares » en témoignent par exemple.

Le poète décrit donc son état intérieur particulier, qu’il appelle le Spleen mais il définit aussi son art poétique en proposant des angoisses éloignées des Romantiques*.
II. L’art poétique :

1. Le choix de la modernité poétique :

  • Baudelaire choisit des quatrains d’alexandrins mais se démarque des Romantiques et de leur mal de vivre avec des formes nouvelles : - par des images puissantes comme l’oxymore « jour noir », par l’Allégorie « l’Espérance » et des représentations visuelles frappantes « chauve-souris ». On glisse d’une image à l’autre, pour aller du sens à l’essence, pour saisir ce qui gît sous la réalité : c’est pour cela que Baudelaire est qualifié de « pré-symboliste ».

  • De plus, le mal être romantique se nourrit de l’absence, de l’être aimé ou d’un être cher, Baudelaire ici s’en détache : le Spleen est un état continu, sans lien avec l’absence d’un autre. Le poète n’a pas besoin de perte pour éprouver le Spleen.

2. L’isolement du poète :

  • Mais le poète est seul, vaincu comme le montre le dernier quatrain, le pronom « nous » qui semblait rendre compte d’une expérience commune n’est plus d’usage : on passe de « nous verse » « nos cerveaux » à « sur mon crâne incliné ».

  • Le poète, plus sensible que les autres, est victime plus facilement du Spleen, de la mélancolie ou de la bile noire*. L’image du crâne rappelle les Vanités du XVIIème : le poète se rappelle qu’il va mourir et cette certitude nourrit ses angoisses. Mais le poète réinvente les Vanités en les colorant de noirceur.

3. La place de la poésie :

  • D’abord, c’est un combat intérieur et un déchirement : les Allégories montrent la lutte permanente du poète « Espérance » et « Espoir » se battent et « l’Angoisse » domine.

  • Le quatrième quatrain met en scène un coup de théâtre, une révolte et l’emprise d’un événement soudain «  les cloches tout à coup sautent avec furie ». Cet événement a été préparé de longue date, à l’aide d’une longue accumulation de trois strophes précédentes qui étaient constituées d’une proposition subordonnée.

  • Le poète veut lutter contre le Spleen : la cloche au vers 13 rappelle « la cloche fêlée » où se donne à lire une vision du poète maudit dont la voix est brisée vaincue par le Mal.


Plusieurs poèmes des Fleurs du Mal font référence au Spleen, état intérieur particulier au poète, fondé sur la tristesse et le sentiment indéfinissable d’être victime de l’angoisse. Le poème LXII est particulier dans le sens où il met en avant l’enfermement du poète et la mélancolie, les images noires dominent –chauve-souris, araignée, cachot- et nous éloignent du mal de vivre romantique, lié à une époque, et il crée un univers particulier, moderne et proche de nous. L’expression restée dans notre langue prouve que cet état intérieur se ressent encore aujourd’hui. Nous pouvons rapprocher ce poème du poème LX «  Spleen » ou de « La Cloche fêlée » ou du poème « Spleen » de Jules Laforgue (au choix).


* Les Romantiques ressentaient le mal de vivre : souvent à cause de leur solitude ou de la perte d’être cher mais aussi parce que la chute de Napoléon a nourri des désillusions et ils se sont sentis une génération perdue, ce qu’Alfred de Musset explique très bien dans Les Confessions d’un enfant du siècle. Une génération sans idéal et pour eux, sans avenir, sans chef charismatique. Le romantisme noir va reprendre ces thèmes en les peignant dans un univers imaginaire dans lequel l’écrivain va se réfugier : pour échapper à ses angoisses, Gérard de Nerval va imaginer des amours rêvées et des époques lointaines, et hésiter entre des femmes inaccessibles. Il était sans doute atteint de troubles graves que l’on qualifie de psychiatriques de nos jours (soigné à la clinique du Docteur Blanche).
* Pour évoquer et expliquer les troubles de la « dépression » qui n’existait pas en tant que tel à l’époque, le mot est moderne, les médecins pensaient que la bile noire dans le corps secrétait des humeurs particulières. Le nom de « mélancolie » signifie « bile noire » en grec ancien. Ainsi, les personnes « mélancoliques », tristes ou « dépressives » en permanence étaient pour les anciens des personnes secrétant trop de « bile noire »… Les travaux des psychologues et des psychiatres après Freud expliqueront différemment ces troubles humains, « Spleen », dépression, mélancolie en mettant en avant les troubles du cerveau.

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