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• Mai 2007• N u m é r o 58 •
• L e s P u b l i c a t i o n s d u C a c t u s / La Gauche ! •

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Penser et Resister

Edito:

Par Jean-Luc Gonneau


La gifle était prévisible après le premier tour, elle est arrivée, assez cinglante. Elle est parachevée par la composition du premier gouvernement du quinquennat, qui inclut, sur les vingt premières nominations, trois personnes longtemps classées à gauche et un transfuge de la campagne de François Bayrou. Bref, un petit air d’union nationale qui sera bien utile quand les premières mesures du programme présidentiel seront mises en œuvre, dans la chaleur de l’été qui, comme chacun sait, est propice aux coups tordus tandis que nos compatriotes, ou du moins ceux qui en ont les moyens, languiront sur les plages ou dans nos encore vertes campagnes. Qui avait proposé d’interdire toute mesure législative ou réglementaire du 14 juillet au 31 août ? Le nom nous échappe, mais c’était une personne de solide bon sens.
Certes, nous savions qu’Eric Besson avait « trahi », et les observateurs attentifs que nous sommes parfois l’avaient depuis longtemps classé, pendant sa période « socialiste », comme l’un des plus « socio-libéraux » de sa formation. Nous n’ignorions pas non plus que Bernard Kouchner naviguait depuis longtemps dans les eaux de l’eurolibéralisme béat et de l’atlantisme enthousiaste, et assoiffé de reconnaissance institutionnelle. Et le plus discret Jean-Pierre Jouyet, pote de la famille Hollande, ancien dir’cab’ adjoint de Lionel Jospin, proche de Pascal Lamy ne s’est jamais caché de son libéralisme et avait rejoint le candidat Bayrou pendant la campagne. Mais tout de même, il faut reconnaître que le coup est bien joué et risque de faire mal pour la campagne des législatives. Comme le disait avec perspicacité un nôtre ami, les transfuges « de gauche » (sauf sans doute Besson, qui attendait la rançon de la trahison) étaient placés devant un cruel dilemme : dire non à Sarkozy, c’était endosser le costard du mauvais républicain refusant de participer à une opération de type réconciliation nationale, dire oui, c’est devenir un paria pour la famille d’origine. Niqués de toutes façons, ajoutait notre ami, qui a son franc-parler.
Une autre caractéristique, encore peu relevée à l’heure où nous écrivons ces lignes, de ce nouveau gouvernement est la proportion très mince d’énarques : trois sur vingt. Voilà longtemps qu’un gouvernement, de gauche ou de droite, s’était à ce point privé des compétences autoproclamées de ce qui ressemble quand même assez à une caste. Nul doute que cette « rupture » sera mise en avant auprès du bon peuple.

Face à ces évènements, face à cette défaite, la gauche apparaît tétanisée. Dans un réflexe bien compréhensible, elle va tenter de sauver ce qui peut l’être au niveau des élections législatives, ce qui la conduit à remettre à plus tard le moment des aggiornamentos et des règlements de comptes qui les accompagnent souvent. Le Parti Socialiste est idéologiquement à la dérive, son seul ciment (mais il est très résistant) consistant dans son réseau d’élus, qui justifie, mal, la cohabitation dans une même formation de dirigeants et de militants qui ont des approches bien différentes de ce qu’il faudrait mettre en oeuvre, tant au niveau idéologique que pratique pour notre pays et pour l’Europe. Le Parti Communiste est en état d’hébétude (qui n’est pas un néologisme, précisons-le) après le score indigent de Marie-George Buffet qui, de notre point de vue, ne méritait pas ça. Les communistes échapperont-ils à la tentation du repli identitaire que nous voyons poindre çà et là ? Suspense. Les Verts ont pris la rouste monumentale que prédisaient les sondages, et auront bien du mal à retrouver leur électorat, même boboïsant, d’autant que la tentation centriste fait des adeptes dans leurs rangs. Les formations trotskistes semblent ne pas vouloir sortir de leurs camps retranchés : il est vrai que dehors, il y a tant de courants d’air. Et le cavalier seul « unitaire » de José Bové a fait flop, démontrant que ce n’est pas avec une collection de minoritaires (et parfois de minorités de minoritaires) de partis de gauche qu’on peut construire quelque chose de solide.
Face à l’offensive prévisible de la droite, quels que soient les accessoires d’ « ouverture » déployés par Nicolas Sarkozy, la gauche devra résister et se mettre en phase avec le mouvement social. Elle sait encore le faire, les réflexes n’ont pas été perdus, et nous ne sommes pas les seuls à penser que cette résistance sera la partie sinon la plus facile du moins la moins difficile des mois à venir. De là à prédire le succès de cette résistance…
Car le gros morceau du travail à venir de la gauche, c’est le travail de la pensée. Pas celui de « rénovation » ou de « modernisation », termes brandis à profusion par les médias socio-libéraux, quelques chroniqueurs à la mode ou politiciens drapés dans l’étendard de la social-démocratie. « Rénover », nous savons que cela signifie ne pas changer grand-chose. « Moderniser », nous ne savons que trop que cela signifie s’adapter à la mondialisation libérale. Sur ce plan là, mesdames et messieurs, Nicolas Sarkozy et ses amis sont infiniment plus crédibles que Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal et les leurs. Il serait temps en effet que la gauche prenne pleinement conscience du rapt sémantique qu’elle subit depuis une vingtaine d’années, victime souvent consentante et parfois même complice. Socialiste ? Que signifie ce terme après tant de renoncements ? Communiste ? Que signifie cet adjectif après le stalinisme ? Ce sont pourtant des mots nobles. Comment leur redonner cette noblesse, ou faut-il en trouver d’autres ? Réformer ? Allons donc, Raffarin et d’autres ont « réformé » à tout de bras, c'est-à-dire laminé l’intérêt général et les services publics qui doivent en être la traduction concrète. Nous avons lu dans divers textes que face à la droite « décomplexée » de Nicolas Sarkozy, il fallait une gauche elle aussi « décomplexée ». Attention une fois encore aux pièges sémantiques. La droite décomplexée de Sarkozy, c’est celle qui avale l’extrême droite. La gauche décomplexée de Strauss-Kahn, c’est celle qui louche, et plus si affinités, vers le centre.
La campagne présidentielle a éclairé sans fard les carences de la pensée politique des partis de gauche. Des catalogues, nous en eûmes, mais dépourvus de projets de société. De Ségolène Royal, construisant son programme en fonction des sondages, comme un hypermarché sélectionne les produits à mettre en tête de gondole, à Marie-George Buffet, chez qui ont pouvait peut-être trouver une esquisse de projet sous la profusion de mesures de défense sociale, certes nécessaires mais qui ne constituent pas un projet, en passant par José Bové, aux priorités changeantes, candidat autoproclamé « rebelle » comme si cela constituait un avenir, Olivier Besancenot et Arlette Laguillier, retranchés dans leur douar protestataire, il y avait l’embarras du choix, mais pas de projet à la fois convaincant et porteur d’une dynamique politique crédible.
Que faire ? Chacun va sans doute s’atteler à réfléchir. Gilles Martinet fut dans sa carrière politique un brillant analyste, et un piètre stratège. Retenons l’analyste, qui estimait que les partis politiques n’étaient pas, ne pouvaient pas être des lieux inventifs. Leur fonction, disait-il, est de traduire au mieux les mouvements sociaux et intellectuels en projet politique. Si la gauche, en situation d’opposition, sait encore, en général, être attentive aux mouvements sociaux, que dire de sa réactivité par rapport aux mouvements intellectuels ? Quelles leçons ont été tirées des réflexions de Foucault, Bourdieu, Derrida, Serres, étudiés pourtant avec passion dans les universités du monde entier ? Ou préfère-ton Wieworka, Juilliard ou Laïdi ? Quid du controversé mais stimulant Slavoj Jijek, connu dans toute l’Europe et à peine en France ? Qui a lu - ou relu, tout s’oublie - Gramsci (à part un conseiller de Sarkozy) ? L’un des éléments frappants du débat Royal-Sarkozy était l’absence totale, chez l’une comme chez l’autre, de référents culturels (et de sens de l’humour, ce qui, pour le Cactus/La Gauche !, est un lourd handicap).
Bref, il va falloir penser, ou repenser, comme on voudra, la gauche. les organisations politiques y joueront leur rôle, certes, mais nous pensons que les cercles et clubs de réflexion doivent montrer le chemin, ou au moins essayer. Davantage détachés (encore que) des enjeux de pouvoir et des contraintes d’appareil, il leur revient de contribuer à éclairer nos lanternes (expression saugrenue, puisqu’une lanterne est supposée éclairer, mais bon). Le Cactus/La Gauche ! s’y engagerait volontiers, en tout cas.
Pour nous consoler (un peu) de ces déboires présidentiels, João Silveirinho nous livre le chapitre 4 de ses Mémoires de la gauche alternative au libéralisme, qui traite d’un moment glorieux : le Non au traité constitutionnel européen. Snif, nostalgie, quand tu nous tiens…
Retour d’Emmanuel Dupuy, qui attire notre attention sur la gauche latino-américaine, tandis que Yann Fievet nous confie tout le mal qu’il pense d’Alain Minc. Barbara Bouley est rare (donc nous est chère) dans ces colonnes : il faut agir contre le Taser, dit-elle, avec raison et la touche de poésie qu’elle a toujours dans son sac. Jacques-Robert Simon est fidèle à notre rendez-vous mensuel et propose un précis anti-réactionnaire un brin utopiste et provocateur, bref assez cactusien. Claude Soufflet invente une histoire d’ « émigré choisi » pas si inventée que ça. Sylvain Ethiré reprend, à la demande générale, la rubrique A lire, A voir, avec un coup de projecteur sur une brochure stimulante, le Lexique Evolutif, oeuvre collective de Vincent Glenn et de ses amis, et un autre sur la programmation de l’Espace Saint-Michel, politiquement roborative. Nous accueillons un nouveau contributeur, Scribrouge (ho, ho, serait-ce un pseudonyme ?), qui a manifestement une dent contre les médias. Enfin, dans un article qui date de quelques mois mais qui garde toute son actualité, Raoul-Marc Jennar brocarde l’Union Européenne, qui s’attaque à un pilier de notre culture latine : le pinard. Et il a bien raison, surtout avec le nouveau président-buveur-de-sodas.
Un bonus, tout de même : une courte pièce de théâtre signée Jacques-Robert Simon, avec en protagoniste involontaire (mais réel) Jacques Attali. Cela date de 2005, mais demeure bien savoureux

Bonnes lectures !
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