À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi





télécharger 80.76 Kb.
titreÀ partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi
date de publication20.07.2019
taille80.76 Kb.
typeDocumentos
l.20-bal.com > droit > Documentos
Corrigé élaboré par C. Alba et G. Zaneboni

(à partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool) cf. aussi http://www.prepabac.org/pages/content/le-forum-des-questions-sur-textes/questions-sur-corpus-corrige-eaf-series-technologiques-objet-d-etude-la-poesie-g-e-clancier-desnos-pierre-emmanuel-tardieu.html


OBJETS D’ETUDE : ECRITURE POETIQUE ET QUETE DU SENS…

LA QUESTION DE L’HOMME DANS LES GENRES DE L’ARGUMENTATION…

Texte A : Georges-Emmanuel Clancier, Contre-Chants, 2001

Texte B : Robert Desnos, « La peste », Contrée, 1944

Texte C : Pierre Emmanuel, « Les dents serrées », L’Honneur des poètes (recueil collectif), 1943

Texte D : Jean Tardieu, « Vous étiez pourtant responsable », Domaine français, 1943

Annexe : Paul Éluard, présentation de l’ouvrage collectif, L’Honneur des poètes, 1943


Question : Justifiez le rapprochement de ces quatre poèmes.

Plan suivi // les éléments de cohérence du corpus :

1. thème – époque – propos (>< guerre)

2. expression de l’engagement (procédés d’écriture – registres)


Proposition pour une réponse rédigée ( 1 page ½ manuscrite) :
La poésie, en quête de sens, traite volontiers de thèmes sentimentaux et plus généralement existentiels, mais également de thèmes politiques, en s’ouvrant sur l’actualité. C’est le cas pour ces quatre poèmes, de formes diverses, évoquant la deuxième guerre mondiale. Nous allons dégager la cohérence de ce corpus.
Les quatre poèmes ont donc un thème commun, celui de la guerre, évoquée à travers des épisodes ou un climat liés à la Seconde Guerre mondiale et à l’occupation. Tous dénoncent, plus ou moins explicitement, les ravages meurtriers de cette guerre et la perversion des valeurs que ces temps de haine et de lâcheté produisent.

Ils sont écrits, pour trois d’entre eux, dans la même période historique, de violence et d’angoisse ; le poème de Clancier, publié en 2001, pourrait sembler intrus, mais il évoque lui aussi un événement marquant de la Seconde Guerre mondiale, et révèle la permanence de son impact dans l’imaginaire collectif, tout en universalisant l’expérience singulière par le pluriel « les Oradour ».

A travers l’évocation de ces événements historiques, les poètes prennent parti en représentant la guerre et ses conséquences, chacun à leur façon, mais chacun de façon concise, voire lapidaire.

Ce faisant, ils expriment des sentiments puissants : l’effarement devant l’explosion brutale de la violence barbare chez Clancier, la peur chez Desnos, l’indignation et la haine chez Emmanuel, l’incompréhension angoissée chez Tardieu .

Cette expression passe par l’emploi de substantifs et d’adjectifs très dévalorisants, de verbes d’opinion et de sentiment (notons le « hais » chez Emmanuel), dont la virulence est soulignée par le contraste avec la douceur de l’évocation d’une harmonie et d’une innocence pastorales chez Clancier, de figures mythologiques et érotiques chez Desnos et d’un environnement – la nature et la ville – indifférent à la douleur des humains chez Tardieu. Notons également la fréquence de la première personne, surtout chez Desnos et Emmanuel.

Les textes relèvent donc de la poésie engagée, caractérisée dans ce corpus par l’expression lyrique, pathétique, polémique et symbolique de l’émotion du poète, causée par le scandale et les horreurs de la guerre, émotion qu’il veut faire partager. Chacun des poètes vise l’efficacité d’une persuasion immédiate du lecteur par une musicalité travaillée dont les enjambements rompent le rythme du vers régulier (ou la forme fixe du sonnet par Desnos) et des images fortes, notamment chez Clancier et Desnos, qui frappent le lecteur par une fin crue, abrupte, violente.
Ces quatre poèmes sont donc regroupés à juste titre : les auteurs y utilisent « le pouvoir des mots » pour dénoncer l’inacceptable et éveiller le lecteur, accomplissant ainsi le programme que fixe Eluard à la poésie : elle « crie, accuse, espère »

Commentaire

Vous commenterez le poème de Jean Tardieu (texte D)

Critères d’évaluation :

- l’attention portée à la forme dialogale du poème, et donc à l’essai de définition des interlocuteurs

- la prise en compte de la disposition du poème comme facteur de sens

- l’identification des sentiments et des émotions exprimés

- la mise en valeur des procédés les plus significatifs : répétitions, anaphores, interrogations, rythme, insistances sonores

NB : L’interprétation de ce poème bref (quatre distiques) n’était pas facile, mais une lecture analytique attentive permettait de percevoir, derrière la simplicité apparente de la forme et du lexique, un autre niveau de sens : qui parle ? à qui ? quel est ce « vous » du titre et qu’on ne retrouve plus dans le poème ? quel rôle jouent ici les éléments du décor, du monde, cités en abondance ?

La date de la composition, la contextualisation du poème au sein du groupement, l’annexe permettent cependant cependant de proposer et de justifier une interprétation pertinente.
Plan proposé :

1. un dialogue énigmatique entre… et … ?

2. un réquisitoire contre… ?


Proposition pour le développement semi-rédigé et procédés à préciser
1. un dialogue pressant et énigmatique :

- poème = dialogue dont les personnages restent anonymes et difficilement identifiables dans un premier temps. Par quatre fois, dans un jeu d’anaphores binaires, un interlocuteur interroge, demandant à « l’autre » une explication ou une justification. De façon complète (vers 1 et 3) ou elliptique (vers 5 et 7), la question porte sur le rôle qu’auraient tenu dans une circonstance indéterminée les différents éléments de la nature (soleil, mer, arbres, fleuves, montagnes) ou du monde (« les villes »)

- aucune trace grammaticale de la subjectivité de l’interrogateur : seule son insistance, la brièveté croissante de ces interrogations, leur accumulation dans l’avant-dernier vers traduisent une fièvre, une fébrilité, une impatience ou une colère que nous devons interpréter.

- Face à ce feu de questions qu’on peut assimiler à quelque interrogatoire (mais qui est accusé et de quoi ? ), le questionné donne par trois fois des éléments de réponses. A la dernière salve de questions, il semble s’effondrer et avoue par trois fois son ignorance : « Je ne sais plus, je ne sais plus, je ne sais plus ». Les interrogations ont eu raison de son assurance, et il s’effondre, vaincu et, semble-t-il, désespéré. Le dernier vers scelle une défaite, une déroute.

2. un réquisitoire contre le « vous » du titre

- Les trois derniers « je » reprennent un premier pronom (v.2) : « Il dépensait les biens que je lui ai donnés ». Quel peut être ce personnage dispensateur des biens du soleil sinon l’ordonnateur du cosmos lui-même ? le personnage sommé de répondre est donc le Créateur, Dieu lui-même. C’est donc la déroute de Dieu, comparaissant devant un tribunal peut-être, que le poème met en scène. Le temps de l’écriture du poème (1943), le titre du recueil (Domaine français) indiquent qu’il s’agit de l’état de guerre et d’occupation dont souffre la France. Le poème dénoncerait l’abandon de la France par Dieu et exprimerait la déréliction de l’homme privé de l’assistance divine. On songe au vers de Pierre Emmanuel dans « Les dents serrées » (texte C) : « Et le ciel veule sur l’abîme ».

- Créateur représenté par sa Création = la nature :

L’abondance des éléments naturels et leur présentation générique : « le soleil » (vers 1), « la mer » (vers 3), « les arbres » (vers 5), « les fleuves », « les montagnes » (vers 7). La récurrence des articles définis, l’absence de localisation ou de détermination indiquent bien que le poète évoque le monde, et non tel ou tel océan, tel ou tel mont. C’est l’univers entier - le ciel et la terre, les villes et les champs - que le poète convoque devant son tribunal, comme autant de témoins, de coupables ou de complices. Les réponses de l’Autre méritent examen. Le soleil « dispensait les biens que je lui ai donnés » : le soleil était tout entier à la tâche que Dieu lui a attribuée : dispenser chaleur et lumière, sans examiner s’ils réchauffent et éclairent innocents ou coupables, victimes ou bourreaux. La mer accomplissait, insensible, son ouvrage incessant : c’est le sens que revêtent les deux adjectifs placés en contre rejet au vers 3 « Imbécile, têtue ». Le troisième argument présenté par l’accusé laisse percevoir une faille dans l’argumentation : les arbres ne pouvaient plus être des asiles, tant le nombre d’« oiseaux sans voix qui attendaient le jour » était grand.

La nature est pervertie et elle est restée indifférente au sort des hommes humiliés, « sans voix » et sans abri dans la nuit. Ce silence, cet abandon reconnus sous le jeu des questions du procureur constituent les éléments les plus accablants de l’acte d’accusation. L’accusé, à cours d’arguments, reconnaît sa défaite.

Le poète interpelle Dieu , le met en accusation en lui rappelant sa responsabilité dans la situation que vit le monde.

- Cependant une autre lecture du titre peut croiser la précédente. Le « vous » impliquerait chaque homme et renverrait à une responsabilité collective. le dernier élément convoqués « les villes », confirme cette hypothèse : la ville suppose les habitants, créatures, mais devenues indépendantes du créateur et de la nature. Le sentiment exprimé, sensiblement différent, serait proche de la douleur et du désespoir. Ici encore, le rapprochement avec le poème de Pierre Emmanuel s’avère éclairant.


Dissertation

Les auteurs de L’Honneur des poètes ont choisi, dans leur préface, de présenter ainsi leur ouvrage :

« C’est vers l’action que les poètes à la vue immense sont, un jour ou l’autre, entraînés. »

Partagez-vous cette conception de la poésie ? Vous organiserez votre réponse en vous appuyant nécessairement sur les poèmes du corpus et d’autres poèmes que vous avez lus ou étudiés.

NB : l’argumentation doit s’appuyer nécessairement sur les textes du corpus ; dans la seconde partie du corrigé proposé ces textes ne sont guère sollicités ; les textes mentionnés sont des invitations à les fréquenter, s’ils ne sont pas déjà connus, en vue des EAF.

L’ordre des parties dépend de la position plus ou moins favorable à la poésie engagée : le développement proposé préfère une poésie des sentiments et de la célébration.


Proposition pour le développement (semi-rédigé et à préciser)
I. Utilité et grandeur de la poésie engagée

1. Le manifeste d’Eluard s’ancre dans une situation historique précise : la France sous l’Occupation allemande, l’émergence de la Résistance. Des poètes s’engagent pour faire de la poésie une arme. Eluard écrit la préface d’un recueil collectif dont le titre confère à la poésie une fonction éthique, L’Honneur des poètes, qui paraît le 14 juillet 1943 aux Editions de Minuit, appellation symbolique d’une maison d’édition clandestine. Un seul des poèmes du corpus a été publié dans ce recueil. Mais tous présentent les émotions et les interrogations du poète face à la tragédie qu’est toute guerre. Ils obéissent à la mission que leur assigne Eluard : dépassant le drame individuel, la poésie « crie, accuse, espère ». Les poètes se mobilisent pour une action commune.

2. D’autres poètes « à la vue immense » en d’autres temps ont manifesté une conception analogue. Les Châtiments de Victor Hugo est l’œuvre la plus représentative d’une poésie de combat contre un pouvoir autoritaire. On peut penser aussi aux Tragiques de d’Aubigné. Des poètes de la « négritude », tels Senghor ou Césaire, ont fait entendre le cri de révolte du peuple noir bafoué, nié, réduit naguère à l’esclavage ou à des formes tout aussi inhumaines d’asservissement. Le poète noir ainsi, comme le proclame Sartre dans un essai « Orphée noir » (préface à L’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de L. S. Senghor, 1948), « en chantant ses colères, ses regrets ou ses détestations, en exhibant ses plaies (…) atteint le plus sûrement à la grande poésie collective. […] Il entreprend alors de ruiner systématiquement l’acquis européen et cette démolition en esprit symbolise la grande prise d’armes future par quoi les noirs détruiront leurs chaînes ». (J. P Sartre, Situations III, Gallimard, 1949).
II. Limites de la poésie engagée et défense d’autres formes de poésie

1. Cependant, on peut se demander si l’essence même de la poésie n’est pas altérée par l’engagement dans le politique, si la poésie n’y perd pas son âme même (cf. Benjamin Perret cité ci-après dans l’écriture d'invention.

2. D’ailleurs Sartre, définissant l’ambition de la poésie « noire » démontre que les poètes comme Césaire ou Senghor, mais aussi Eluard et Aragon, retrouvent le sens de la poésie « lyrique » dont ne sont pas exempts les textes de Clancier et Desnos (définition du lyrisme). Or, la poésie lyrique est plus traditionnellement, et dès son origine mythologique liée à Orphée, l’expression de sentiments intimes (amour, deuil, douleur). Le courant lyrique est très certainement celui qui irrigue le plus notre histoire littéraire (cf. Ronsard, , Hugo, Verlaine, Apollinaire…)

3. Une autre conception de la poésie à laquelle on peut être plus sensible encore est celle, plus contemporaine, qui cherche à capter l’instant, l’émotion sensible, l’éphémère de la sensation (Bonnefoy, Jaccottet…).


Invention

Le poète doit-il intervenir dans le débat politique ?

Vous rédigez un texte manifeste répondant clairement à cette question. Oui, il doit intervenir ou non, ce n’est pas là son rôle.

Votre texte sera une lettre ouverte s’adressant à ceux qui défendent la thèse contraire à celle que vous avez choisi de soutenir.

Critères d’évaluation :

- un parti pris pleinement affiché

- des arguments et des exemples pertinents au service de cette prise de position, nourris par la lecture et l'étude du corpus

- la présence d'une stratégie relevant de la contre-argumentation : mention des arguments opposés, registre polémique

- la forme attendue est celle d'une lettre.

Pistes…

pour le parti pris : Oui, il doit intervenir

On attend du candidat qu'il reprenne en les explicitant ou en les développant les exemples ou les arguments d’Eluard : nécessité du témoignage, conviction que le poète se doit d’exprimer les sentiments de chacun, contribution à l’esprit de résistance, haute mission d’une poésie politique qui s’engage pour rendre compte d’émotions collectives, pour mobiliser les énergies.

pour le parti pris : Non, ce n’est pas là son rôle

(sans doute plus difficile)

Vous trouverez ci-après des extraits du texte que Benjamin Péret publie à Mexico en 1945, intitulé « Le Déshonneur des poètes » contre le principe même du recueil d’Eluard et la qualité des poèmes qui y figurent.



Non, ce n’est pas là son rôle

Benjamin Péret (in « Le Déshonneur des poètes »)

Pas un de ces « poèmes » ne dépasse le niveau lyrique de la publicité pharmaceutique, et ce n’est pas un hasard si leurs auteurs ont cru devoir, en leur immense majorité, revenir à la rime et à l’alexandrin classiques. La forme et le contenu gardent nécessairement entre eux un rapport des plus étroits et, dans ces « vers », réagissent l’un sur l’autre dans une course éperdue à la pire réaction.[…]

En réalité, tous les auteurs de cette brochure partent sans l’avouer ni se l’avouer d’une erreur de Guillaume Apollinaire et l’aggravent encore. Apollinaire avait voulu considérer la guerre comme un sujet poétique. Mais si la guerre, en tant que combat et dégagée de tout esprit nationaliste, peut à la rigueur demeurer un sujet poétique, il n’en est pas de même d’un mot d’ordre nationaliste, la nation en question fût-elle, comme la France, sauvagement opprimée par les nazis. L’expulsion de l’oppresseur et la propagande en ce sens sont du ressort de l’action politique, sociale ou militaire, selon qu’on envisage cette expulsion d’une manière ou d’une autre. En tout cas, la poésie n’a pas à intervenir dans le débat autrement que par son action propre, par sa signification culturelle même, quitte aux poètes à participer en tant que révolutionnaires, à la déroute de l’adversaire nazi par des méthodes révolutionnaires, sans jamais oublier que cette oppression correspondait au vœu, avoué ou non, de tous les ennemis – nationaux d’abord, étrangers ensuite – de la poésie comprise comme libération totale de l’esprit humain car, pour paraphraser Marx, la poésie n’a pas de patrie puisqu’elle est de tous les temps et de tous les lieux.
Oui, il doit intervenir

http://zeschool.com/correction/162-bac-blanc-de-francais-corrige-series-es-s-la-poesie
Cette proposition n’est pas entièrement satisfaisante car souvent redondante, et avec un manque flagrant d’illustration et de références précises à des textes et documents.

C’est donc à compléter – Cf. exemple inspiré à GZ par l’actualité p. 7 et 8
Mesdames, Messieurs,
Vous en qui sommeille l’esprit des censeurs mal éclairés, en qui réside l’esprit des hommes qui jugent les autres à leur habit, sachez avant toute chose que tel le politicien qui d’abord naît homme, le poète ne naît point poète, mais le devient par la force de son talent. Eh oui, je vous le dis solennellement, il doit intervenir dans le débat politique, car tel est son droit ! Le poète est, avant d’être poète, un homme du monde et tout homme dans notre France, berceau de la démocratie, a le droit de prendre part à un quelconque débat de son choix, dès lors que ses actions demeurent exemptes de violence, qu’elles n’attentent ni aux droits, ni à la vie d’un quelconque autre acteur du débat. Certes parfois je vous l’accorde, les mots du poète heurtent, blessent, mais jamais ils n’achèvent. L’un des premiers droits fondamentaux conféré à chaque homme de notre nation démocratique est la liberté d’expression.

D’autres droits naturels et inaliénables s’ensuivent et n’ont point besoin d’être cités tant leur établissement est logique. Cependant, je me donnerai la peine de faire mention du principal de ces droits, puisqu’il me semble à la simple vue de votre thèse en tout point censitaire que certains vous échappent : j’entends par là, la liberté intellectuelle de penser et par suite celle d’écrire nos pensées. Dès la naissance, il lui a été donné le droit de s’exprimer, c’est un devoir pour le poète de prendre ses responsabilités en participant à la vie politique de son pays, car en démocratie, l’Etat c’est le peuple. Avant d’être son devoir de poète, c’est son devoir de citoyen que d’intervenir dans le débat politique. Tel l’homme qui s’abstient de voter, le silence du poète dans le débat politique est mon sens à rapprocher de l’incivisme à ceci près que ce serait dans le domaine littéraire.

Pourquoi dites-moi, le poète devrait-il pour votre bon plaisir s’enfermer dans un système thématique borné et prédéfini, jamais au-delà des frontières des thèmes de l’amour, la joie de vivre, les songes, etc. Alors qu’autour de lui, la vie est bien loin d’être un songe. Les lieux communs, les banalités, les valeurs universelles telles que l’amour sont des thèmes exploités par les poètes depuis la nuit des temps. Or même la littérature doit suivre la modernité de chaque époque et il est du devoir des poètes de faire évoluer leur écriture en connivence avec l’actualité du monde qui les entoure et au cœur de l’actualité quelles que soient les époques, on retrouve toujours les débats de la vie politique.

Si l’on suivait votre thèse, les thèmes politiques resteraient figés pour des siècles et des siècles, restreignant le champ de vision des auteurs et des lecteurs.

En intervenant dans le débat politique, le poète peut donner à ses écrits une dimension informative. Outre le fait de donner son avis sur un sujet, il insère dans son texte des données informatives qui enrichissent la culture des lecteurs. A l’image de Robert Desnos, qui dans son poème « La peste » dénonce les persécutions faites aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, le poète met parfois son talent au service de l’information du public, au détriment du rêve ou de l’imaginaire poétique classique. Robert Desnos écrit ainsi à travers l’art poétique, une page d’Histoire. Ce fut sans doute pour lui comme un devoir envers ses lecteurs contemporains et encore plus envers la postérité.

Le poète a pour devoir, ne vous en déplaise, de préserver ses lecteurs de l’obscurantisme. Lorsque le monde va mal autour de lui, le poète n’a pour arme que ses mots pour se décharger du poids émotionnel qui pèse sur lui. S’il s’en tient à votre thèse, il devrait aller contre ce que lui dictent ses envies et ses convictions face à des sujets politiques qui lui tiennent à cœur, et persévérer dans une illusion optimiste, coupé du monde. Tel le Pangloss de Voltaire (personnage du conte philosophique Candide), le poète pratiquerait la politique de l’autruche et ignorerait les débats mêmes les plus rudes pour ne pas diminuer la dimension symbolique et onirique habituellement attribuée à la poésie.

A l’image des philosophes des Lumières, le poète a un devoir d’information et de vérité envers se lecteurs et doit éveiller leur esprit critique, en exprimant ses idées dans ses poèmes. Ignorer le débat politique pourrait être perçu comme un manque de courage, une forme de lâcheté. La poésie a autant de pouvoir que la littérature polémique d’idées. Lorsque le poète est choqué, lorsqu’il est profondément marqué par quelque chose, détourner les yeux n’est pas une solution la plus honorable. Des registres comme le registre lyrique permettent au poète d’affirmer son individualité avec la récurrence du « je » et d’exprimer son émotion intime. Pourquoi alors ce registre ne pourrait-il pas être utilisé en poésie pour donner une opinion politique sur une chose qui nous marque telle que la guerre par exemple ?

Pierre Emmanuel dans son poème « Les dents serrées » tiré du recueil collectif L’honneur des poètes, n’hésite pas à prendre parti avec le pronom « je », il donne explicitement son avis et son analyse donne à réfléchir. Il amène le lecteur et plus largement tous les hommes à s’interroger sur la dimension absurde car autodestructrice de la guerre. Ma réflexion est encore longue, mais je garde encore quelques réserves face à vous censeurs qui jugez qui doit ou non parler des affaires publiques, car s’il vous prenait l’envie de me répondre il me faudrait garder en note quelques contre-arguments tout faits pour parer vos attaques. Quoique je pense ne pas avoir à me faire trop de souci, les arguments devant défendre une thèse aussi ridicule que la vôtre se détruiront sans doute d’eux-mêmes par leur absurdité sans que j’y sois pour quelque chose.

De peur de m’attarder avec quelques longueurs inutiles, je cesserai là ma réflexion et vous laisserai commencer la vôtre sur ce manifeste modeste, mais qui ne diminue en rien ma pensée.

Mes salutations distinguées à vos personnes Mesdames, Messieurs les détracteurs et ma sincère antipathie à vos esprits bornés.
Signature

(vous pouvez préciser qu’il s’agit d’un pseudonyme clin-d’œil mais par pitié, ne signez pas comme nous l’avons rencontré Hugo -qui découvre le rap ! - ou Desnos)

Proposition d’actualité :

Une passante du monde

Au Bataclan

Le samedi 14 novembre 2015

Hier soir des coups de feu ont retenti

Au cœur de Paris

La ville Lumière

Est à feu et à sang

Cris

Armes de guerre

Meurtrières

Rafales déflagrations

Hier soir des corps ont gî

Hier soir la foule a gémi

Hier soir le deuil a frappé l’insouciance la fête la musique

Corps déchiquetés couples séparés familles déchirées

Peuple assassiné

Gyrophares et sirènes

Ballet blafard des ambulances

Nuit violente

ô nuit dont l’épouvantable cri profond devient plus intense de minute en minute

Nuit qui crie comme une femme qui accouche1

La tour Eiffel s’éteint au-dessus de la Seine

Barbarie

Les loups sont entrés dans Paris1bis
Ce matin la ville est muette

Les cœurs meurtris pleurent

Les roses s’effeuillent dans les trous laissés par les balles

Dans les rues des martyrs

Mais les bougies de la nuit

Se raniment

Avec la ferveur de la foule
Et l’on voudrait que le poète se taise

Qu’il reste dans sa tour d’ivoire

Sur le mont Olympe

Qu’il chante l’amour la poésie2

Sans s’inquiéter du sort du monde
Mais alors que feront les sans voix

Que feront ceux qui n’ont pas les mots

Que feront ceux dont on a arraché la langue

Que feront ceux qui vivent dans l’oppression et l’injure2
Le poète s’est levé dans le passé

Il a dénoncé la souffrance et la peur

La torture les dictatures

Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne2

Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce

Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir

Pour tous les malheureux qui haïssent le mal
Le poète a chanté la liberté

Liberté je crie ton nom2

Elsa dit à Aragon

Que ton poème soit l’Espoir qui dit « A suivre »

Au bas du feuilleton sinistre de nos pas
Que ton poème soit dans les lieux sans amour

Où l’on trime où l’on crie où l’on crève de froid

Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds

Un café noir au point du jour

Un ami rencontré sur le chemin de croix
Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine

Si ce n'est pas pour ceux dont tu rêves souvent

Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes

La nuit s'éveillant dans tes veines

Et qui parle à ton cœur comme au voilier le vent3
Le poète s’est levé dans le passé

Il a dénoncé

La souffrance des enfants au travail

Celle du bagnard qui a volé un pain

Celle du condamné à mort

Celle de toutes les servitudes

Celle de la négritude

Victor Hugo Aimé Césaire

Celle de toutes les guerres

L’intolérance

L’intolérable

La Peste brune

Les Oradour
Les poètes doivent s’emparer du présent

Ils doivent trouver les mots

Leurs images leur musique

Ils doivent chanter pour les sans voix

Clamer scander slamer rapper

Rappeler les valeurs

Résistance contre l’inhumain

Tam tam de nuit4

La démocratie

La liberté

La fraternité
Chanter en rêvant le bonheur sur la terre2

L’amour de l’autre

La beauté du monde

La splendeur de la vie

GZ

1. Trois vers d’Apollinaire dans « Désir » repris au présent

1 bis. « Les loups sont entrés dans Paris » est une chanson française écrite par Albert Vidalie, sur une musique de Louis Bessières, interprétée par Serge Reggiani

2. Expressions et vers d’Eluard

3. Ces dix vers sont extraits du poème d’Aragon « ce que dit Elsa », du recueil Cantique à Elsa publié en 1942

4. Aimé Césaire

Vous pouvez corriger votre proposition en vous appuyant aussi sur :

http://blog.crdp-versailles.fr/anthologie2011/index.php/category/L-engagemen,t-poétique

L'Engagement Poétique.

                Défendre une cause qui nous est chère...

                Que peut-il paraître de plus noble que de se battre pour des idées avec de simples mots ? Et quoi de mieux que de faire passer ses mots en poésie ? Apollon et sa lyre ne nous ont-ils pas déjà prouvé par le passé que cette « méthode » était ô combien, efficace ?

               On sous estime aujourd’hui le pouvoir de la parole, l’importance que les mots peuvent revêtir... Le simple fait de critiquer une action nous semblant injuste, injustifiée et injustifiable permet de mettre en valeur aux yeux des autres cette cause injuste, pour qu'ils réagissent : voilà comment naît une contestation. 

               « L’écrivain « engagé » sait que la parole est action ; il sait que dévoiler , c’est changer, et qu’on ne peut dévoiler qu’en projetant de changer » affirmait Sartre, comme pour appuyer nos propos...

 
              Les auteurs, les causes et les textes que nous avons choisis sont tous plus variés les uns que les autres, allant de Jean Ferrat avec « Nuit et brouillard » à Ossip Mandelstam et sa « Distique sur Staline », en passant par P. Eluard et son poème « Liberté » qui fut largué par les avions de la RAF en 1942, sur une France alors occupée par l’Allemagne nazie, ou encore par Louis Aragon et son « Affiche Rouge », dénonçant, pêle-mêle, l’esclavage, le régime totalitariste Stalinien, l’oubli des horreurs perpétrées par les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale , ou bien portant aux nues le courage des résistants pendant cette même Seconde Guerre Mondiale...


           Nous avons choisi la poésie engagée, car nous admirons le courage de ces hommes qui ont osé prêter leur nom à cet éternel refus d’accepter un monde inhumain. Si l’engagement en littérature à proprement parler débuta avec l’affaire Dreyfus où Zola prit sa plume dans « J’accuse »pour défendre le capitaine déshonoré, l’Homme s’est de tout temps soulevé contre les causes lui semblant révoltantes : de Spartacus à Gandhi, de la Commune à Mai 68, il n’y a qu’un pas, qu’on nomme « Engagement ». Cependant, pour qu’un engagement littéraire ait du poids et qu’il retentisse, il lui faut avoir un auteur de renom. L’auteur engagé, à l’instar d’Emile Zola, se sert de sa notoriété, de sa qualité d’homme public, s’appuyant dessus, pour s’opposer et accuser...

 

          Les dix poèmes que nous avons décidés de vous présenter sont pour la plupart, issus de différents auteurs, de différents contextes, et ont relativement tous une visée demeurant dans l’opposition à une injustice!

         Nous les avons choisis parmi un large choix pour les différents sujets traités ici, à fin de constituer une anthologie riche et complète.

        "L’Affiche Rouge" , d’Aragon ( (1897-1982) poète, romancier, journaliste et essayiste français, dit résistant « intellectuel ») est un poème dans lequel l’auteur dénonce la  propagande durant la seconde guerre mondiale et dans lequel il redéfinit les résistants comme des héros et non comme des terroristes.

       Le second texte, Nuit et Brouillard de Jean Ferrat ( (1930-2010) chanteur engagé et poète proche du parti communiste (bien que désapprouvant le régime sous lequel était l’URSS) ) est une chanson écrite en 1953 en mémoire des victimes des camps de concentration nazis durant la seconde guerre mondiale. Le titre fait référence à la directive « Nuit et Brouillard » signée en 1941 par Adolph Hitler, qui stipule que les personnes représentant une menace pour le Reich ou l'armée allemande dans les territoires occupés seront transférées en Allemagne et disparaîtront dans le secret absolu.

    Dans Discours sur la paix, Jacques Prévert ( (1900-1977) poète et scénariste français) dénonce les politiciens, ou du moins les politiciens malhonnêtes, qui parlent sans apporter de réponses, qui ne tiennent pas leurs propres promesses, etc..

    Pour ce faire le poète utilise trois champs lexicaux dominants, celui du discours : (discours (1), phrase (3), raisonnements (8), question (10))

Celui de la chute : (trébuchant (2), tombe(4), désemparé (5), bouche grande ouverte (5), haletant (6))

Et celui de la dentition (bouche (5), dents (7), carie (8), nerf (9))

        Aimé Césaire ( (1913-2008) poète et homme politique martiniquais) s’engage dans la dénonciation de l’esclavage . Avec "Les blancs disent" Césaire s’inscrit dans l’histoire de la littérature en théorisant le concept de négritude.Il est d'ailleurs entré récemment au Panthéon.

       "Pater Noster" de Jacques Prévert  fut publié dans le recueil Paroles en 1946. L’engagement poétique du poète natif de Neuilly-sur-Seine  se traduit à travers l’anticléricalisme, net et sans appel dans la première partie, puis en suite à un hommage à la vie dans la seconde. Dans ce texte, Prévert utilise des mots et un vocabulaire assez simple ; cependant il n’hésite pas à faire de nombreux jeux de mots.

      Vient ensuite "Le déserteur",  de Boris Vian ( (1920-1959) écrivain français, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz). Ce poème est une lettre adressée à « Monsieur le Président » par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation poutr le guerre d'Indochine. L’homme y explique qu’il ne souhaite pas partir à la guerre, et justifie sa décision par les décès survenus dans sa famille proche à cause de la guerre, et par le fait qu'il ne veut pas tuer de pauvres gens. Il révèle son intention de déserter pour vivre de mendicité tout en incitant les passants à suivre son exemple. N.B : Boris Vian a publié sa chanson le 7 mai 1954, dernier jour de la bataille de Điện Biên Phủ. Ce texte incite donc  au pacifisme et à la non-violence.

          Ossip Mandelstam (1891-1938) sera arrêté en 1934 pour l'épigramme que nous vous présentons,  qu’il fit à Staline. Ce distique dans lequel l’auteur dénonce le régime Stalinien, la dictature, le dictateur lui-même et les hauts personnages du régime. L’auteur connaissait Staline et voyait en lui « un monstre fascinant », c’est donc presque délibérément qu’il se fait arrêter car il n’était pas ignorant des lois que le régime avait l’habitude d’appliquer. Littell, ayant écrit sur lui, a dit « le courage mêlé d’inconscience, l’idéalisme et la conviction intangible que la vocation d’un poète est de dire la vérité. Le poète, c’est celui qui dit la vérité, celui qui fait exploser un poème à la barbe d’un dictateur en hurlant que le roi est nu. Voilà pourquoi Ossip Mandelstam était un phare et ces gens des icônes ».

           Le "Chant des partisans",  ou Chant de la libération est l’hymne de la Résistance française durant l’occupation par l’Allemagne nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale. Créé en 1943, les paroles sont de Joseph Kessel et de Maurice Druon, et la musique est composée par Anna Marly. Les paroles étaient à l’origine en russe, Anna Marly fut inspiré de la révolution Bolchevik, puis elle furent réécrites par Joseph Kessel et Maurice Druon. C’est une chanson écrite pour les résistants français, ceux-ci la sifflaient d'ailleurs  pour se reconnaitre entre eux lors de leurs pérégrinations dans les maquis...

         Paul Eluard ( (1895-1952), poète et résistant français) ouvre le recueil Poésie et Vérité paru en 1942 avec « Liberté » , qui fut un de ses nombreux poèmes de lutte, et qui  devait entrer dans la mémoire des combattants et soutenir la victoire. Il fut comme pour les armes et les munitions, parachuté en France dans tous les maquis par les avions de la RAF en 1942.
         L'engagement consiste donc à rendre visible l'invisible, à forger, en dénonçant, une connivence avec le lecteur le menant à l'action, ou, du moins, à la réflexion.

En réalité, l’engagement est un pas vers la liberté, la paix, vers l’épanouissement de l’humanité.   



Page sur


similaire:

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconPistes d'activités suggérées à partir des albums référencés ci dessous

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconProposition de pistes pedagogiques
«Des pistes pour faire écrire les élèves de cycle 2», je proposais diverses pistes pour utiliser la littérature de jeunesse

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconRecherches proposées par les élèves

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconLe cerf-volant du bout du monde Réalisation Roger Pigaut Coréalisation Wang Kia Yi France 1958
«vrai», ou bien à partir de films, de livres, de récits, etc. La notion de voyage se situe à plusieurs niveaux mais est très riche...

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconLes deux citations sont proposées sans indication de référence par...
«Il se pourrait que la vérité fût triste» (Renan) et «Les vérités consolantes doivent être démontrées deux fois» (Rostand)*. Sous...

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconCes séances d’ap sont proposées par Mme Barbara lepeu, professeur au collège Jean Giono à Orange

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconPistes de travail pour l’option histoire des Arts. 3
«Au rendez-vous des amis» dit aussi «Le rendez-vous des amis», Huile sur toile de 1922

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconMithra, Marianne même combat !
«bonnet phrygien» nommé aussi «bonnet oriental». Car cette coiffe est également portée par de nombreuses tribus iraniennes, aussi...

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconListe des activites proposees au forum polycentrique de bamako janvier 2006

À partir de pistes proposées par cyberpotache et zeschool cf aussi iconGuidés par nos correspondants, voici une poésie inventée par les...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com