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Claude Lagadec [1932-2000]

professeur de philosophie, Université de Montréal, Université McGill et à l'UQÀM
(1989)

“La figure du maître
selon Hegel et
selon Nietzsche”
SUIVI D’UNE DISCUSSION.

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi

Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca

Site web pédagogique : http://www.uqac.ca/jmt-sociologue/
Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales"

Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web: http://classiques.uqac.ca/
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Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/


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Jean-Marie Tremblay, sociologue

Fondateur et Président-directeur général,

LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.

Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :
Claude LAGADEC
“La figure du maître selon Hegel et selon Nietzsche” Suivi d’une discussion.
Un article publié dans la revue Interprétation, vol. 3, no 1-2, janvier-juin 1969, p. 117-135. Numéro intitulé : “Le père”.

Madame Hélène Lagadec, sœur de Claude Lagadec et ayant droit des œuvres de son frère, nous ont accordé le 26 mars 2008 son autorisation de diffuser la totalité des publications de son frère dans Les Classiques des sciences sociales.
Courriel : hlagadec@hotmail.com
Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times New Roman, 14 points.

Pour les citations : Times New Roman, 12 points.

Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 12 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2004 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)
Édition numérique réalisée le 16 mai 2008 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de Québec, Canada.


Claude Lagadec [1932-2000]

professeur de philosophie, Université de Montréal, Université McGill et à l'UQÀM
““La figure du maître selon Hegel
et selon Nietzsche” Suivi d’une discussion.”

Un article publié dans la revue Interprétation, vol. 3, no 1-2, janvier-juin 1969, p. 117-135. Numéro intitulé : “Le père”.

Table des matières

Conférence de Claude Lagadec
Discussion qui a suivi la conférence de Claude Lagadec.

Claude Lagadec [1932-2000]

professeur de philosophie, Université de Montréal, Université McGill et à l'UQÀM
““La figure du maître selon Hegel et selon Nietzsche”
Suivi d’une discussion.

Un article publié dans la revue Interprétation, vol. 3, no 1-2, janvier-juin 1969, p. 117-135. Numéro intitulé : “Le père”.


Conférence de Claude Lagadec

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Il semble que seul un préjuge de départ permette d'intituler « La figure du maître » une intervention dans un colloque portant sur le père. N'est-ce pas en effet préjuger de la question posée, et estimer que le personnage du père est en même temps le personnage du maître ? C'est bien ce que je pense, le père est le maître, et c'est là la première idée que je désire vous présenter. Dans toute la tradition philosophique occidentale, dans toute l'histoire de l’Occident, le père a toujours joué en même temps le rôle du maître, et du maître répressif. Et je prétends le démontrer sur l'exemple de la pensée de Hegel. Hegel est ici choisi comme représentatif de l'époque moderne, et en ce sens nous sommes tous hégéliens, plutôt que comme penseur original à cet égard.
Par la suite, je veux exposer une autre conception du maître, celle que Nietzsche nous propose dans la figure non-répressive de Zarathoustra, figure que le père pourrait être s'il le voulait.
Chez Hegel, nous trouvons la figure du maître dans la dialectique devenue légendaire du maître et de l'esclave, et ce que je désire interroger principalement dans cette opposition, c'est le concept de travail, thème central de cette dialectique, thème qui a inspiré par la suite tant de penseurs et tant de sociétés, bourgeoises et socialistes.
Avant même Hegel, le père ce un maître. Il est un maître parce qu'il préside à l'entrée dans la vie, et que, pour le petit de l'homme, cette entrée est longue, laborieuse et fragile, dit-on. Quoi que l'on pense de la figure du père, de son rôle et de son sens, nous la pensons - et il la pense lui-même - sous la catégorie de la domination et du gouvernement d'autrui. Le père est l'un des pôles d'une relation essentiellement inégale : il est fort et l'enfant est faible, et son devoir est à la fois de protection et de commandement. Il est le dépositaire de la loi, le premier représentant du principe de réalité : il veille sur la fragilité de l'enfance et surveille sa maturation. Pourvoyeur de protection, mais aussi de contrainte, il fait naître le sentiment indifférencié de l'amour-détestation qui caractérise toutes les servitudes consenties.
En un mot, le père est le premier enseignant et le premier éducateur, au sens ancien du terme de maître : Magister. Ce maître enseignant est conservateur, car les valeurs qu'il enseigne sont les siennes propres. Le petit de l'homme est un autre lui-même qui lui ressemble, et sur qui le père fait l'opération que son propre père a faite autrefois sur lui : il transmet le sens de sa propre adaptation aux valeurs anciennes transmises par son père.
Le père est donc un maître. Or, au temps de Hegel, le maître a subi une transformation radicale, et c'est cette transformation que Hegel, qui exprime la société industrielle naissante, manifeste dans la dialectique du maître et de l'esclave. Le maître d'avant Hegel est un maître pré-révolutionnaire, féodal, qui commande et enseigne en vertu d'une force et d'un droit attachés à sa propre personne dans une absence totale de réciprocité. La grande nouveauté de la dialectique hégélienne est de faire apparaître une nouvelle catégorie de l'anthropologie, qui fait disparaître à jamais la hautaine figure du maître féodal : c'est la catégorie du travail. Et c'est cette catégorie qui retentira désormais de façon déterminante sur ce maître particulier qu'est le père du monde moderne.
Dans la dialectique du maître et de l'esclave, c'est le travail qui permet à l'esclave de dépasser sa propre condition. Le maître ne travaille pas, et la figure du maître est sans avenir : quand on est maître, il n'y a pas d'avancement imaginable, ni de progression possible. Le maître est un pur jouisseur sans rapport immédiat avec la nature. L'esclave, au contraire, travaille, et ce travail lui donne, en premier lieu son identité, car il est défini par son travail, et une objectivité, car son oeuvre donne à son esprit une existence empirique. En second lieu, le travail procure une relation immédiate avec le monde des objets, une prise sur la nature qu'il transforme, et cette transformation vient à son tour modifier ce qu'il est lui-même. En un mot, le travail est la catégorie privilégiée où se rencontrent à la fois le rapport à soi, par l'identité, le rapport à autrui, par la reconnaissance de cette identité, et le rapport au monde, en ce que, dans l'oeuvre, l'identité devient objective et entre dans le monde.
En regard de ce travailleur qui produit ce qu'il devient et qui devient ce qu'il produit, le maître de l'ancien régime est sans objectivité, il est non-producteur, et il ne devient pas, il est. Ce maître est un pur objet indépassable, une tautologie, dit Hegel, qui appartient désormais à l'histoire. La race des rois fainéants est éteinte. L'avenir appartient au travailleur, et tous les nouveaux maîtres émergeront de la figure de l'esclave travailleur. La dialectique hégélienne a un sens ontologique, c'est-à-dire qu'elle ne se contente pas de décrire le passage du monde romain au monde chrétien, ou le passage du monde féodal au monde de la société industrielle, elle montre que toute conscience post-féodale passe par la catégorie de travail, dans son rapport à soi, à autrui, au monde.
Le père moderne, qui est demeuré un maître, est ainsi devenu par la révolution industrielle exprimée par Hegel, un maître-travailleur, c'est-à-dire un maître qui ne commande plus de droit divin, mais par la vertu de son propre renoncement à la totalité de son désir, par sa propre intériorisation de la douleur du travail. Le père moderne est un travailleur, et cela conditionne désormais toutes ses manifestations dans la relation paternelle.
L'esclave hégélien, c'est-à-dire l'homme d'après la révolution industrielle, et donc le père moderne, a intériorisé le désir comme manque. Comme conscience, il est un désir, un manque, une négativité qu'il fait porter sur son propre désir par le travail. Le fait de travailler suppose, comme condition préalable, le renoncement à sa propre volonté de totalité et à l'infini du désir. Travailler, c'est s'insérer dans un processus d'objectivation défini par autrui et non pas par soi, et comme cet autrui n'est plus une personne royale, comme dans la société féodale, mais la loi sans visage absolument universelle de la division du travail et de l'économie de marché, le renoncement à la totalité du désir a désormais la signification d'une mutilation sans contre-partie.
Par le travail, l'esclave moderne obtient son identité, la reconnaissance sociale de cette identité, et son objectivité, mais c'est au prix d'une anticipation spirituelle de la mort par le renoncement initial qu'il suppose. L'esclave fait sur soi l'opération qu'autrefois le maître faisait sur lui : il se domine. Le travail, qui est un désir réfréné, est donc une sorte de nihilisme intérieur : plus qu'une pré-figuration de la destruction, c'est un authentique suicide spirituel qui prévient les coups du destin en se les portant d'abord à soi-même.
Ainsi, l'esprit producteur acquiert son objectivité, mais il acquiert également son sens de la pitié pour lui-même et pour tous les hommes. Il fait alors l'expérience de la douleur des adorateurs du crucifié, la douleur masochiste anticipatrice de la mort. La douleur est l'oeuvre de la mort et de la séparation. anticipée, l'oeuvre d’un Thanatos humain, qui est persuadé qu'en voulant mourir tout de suite il ne mourra jamais, mais qui néanmoins souffre pendant qu'il se mutile, souffre pendant qu'il se détruit, pleure sur soi pendant qu'il renonce à son être le plus cher. Il gémit sur le peu de chose à quoi il s’est lui-même réduit, à savoir : un esclave travailleur.
Depuis Hegel, l'homme moderne a entrepris une stupéfiante glorification du travail, et cette glorification, qui est incontestablement la plus belle réussite du monde industriel bourgeois et socialiste, a toujours conservé ce goût amer qui lui vient de ses origines. Dans cette glorification, le nouveau maître, c'est-à-dire l'esclave-maître, se félicite du fait que ses conditions d'existence comme esprit soient précisément celles de sa sujétion comme esclave.
Et lorsque cet esclave-maître est père, le maître qu'il est envers son fils est une reproduction de l'esclave qu'il est comme travailleur. Il n'a pas le choix, et la société industrielle dans laquelle il vit ne lui donne aucun autre modèle. Les valeurs qu'il enseigne à son fils sont celles qu'il vit comme travailleur, c'est-à-dire comme homme qui a renoncé à la totalité de son désir. Il enseigne le renoncement et la soumission : non pas la soumission à la personne du maître, mais la soumission à la loi sans visage du travail.
La seule autre possibilité qui lui serait offerte serait la reprise du rôle du maître féodal qu'il a déjà dépassé comme travailleur. Cette reprise ne va pas sans péril, et il est sans doute significatif pour notre propos que l'une des rares survivances du maître et du père féodal dans notre société industrielle se trouve dans le monde de l'enseignement. Je veux parler du maître universitaire, qui réussit encore, pour un temps, à jouer le rôle du maître féodal, du père féodal et du Magister, qui continue à se définir en termes féodaux hiérarchiques de vassalité, qui continue d'exiger les témoignages de la flatterie qui avaient caractérisé le maître de l'ancien régime. Mais cette séquelle de l'histoire réussit de moins en moins à se perpétuer, et nous savons que ses jours sont comptes.
Les développements subséquents de la dialectique hégélienne ne modifieront en rien la transformation radicale introduite par le travail. Le récit de Hegel se termine sur une dernière figure de l'esprit, livrée à la récollection de son histoire par la mémoire. Dans la figure qui clôt ce processus, dit Hegel,
« l'esprit doit recommencer depuis le début aussi naïvement, extraire de cette figure sa propre grandeur comme si tout ce qui précède était perdu pour lui, et comme s'il n'avait rien appris de l'expérience des esprits précédents : mais la récollection du souvenir les a conservés » 1.
C'est dire que, dans le dépassement historique de l'ancien régime, et de l'ancien maître, qui fait surgir le nouveau maître asservi, l'homme producteur de son monde ne s'est pas libéré de l'esclavage, mais par l'esclavage. L'histoire et l'avenir appartiennent bien à l'esclave devenu maître, mais lorsque l'histoire aura suivi son cours, l'esprit devra recommencer « depuis le début aussi naïvement, comme si tout ce qui précède était perdu pour lui ». Les anciennes figures sont devenues archétypales, et la condition humaine est l'archéologie de leur sédimentation dans la mémoire. Le développement ultime de la dialectique du travail livre le nouvel esprit et la nouvelle conscience à la catégorie fondamentale et indépassable de la mémoire. Le processus devra recommencer inlassablement, non pas parce que la mémoire causerait le présent mais parce que l'asservissement initial rendra obligatoire la reprise de figures conservées en elle. Il n'est pas d'autre figure possible que celles que la mémoire a conservées, car l'esclave qui continue d'être objectivé par son travail continue d'être lié à son renoncement à la totalité : il est sa mémoire.
Terrible mémoire, cimetière des désirs enfouis, des passions déclarées maladives, trop grandes ou trop belles, panthéon des amours désavouées par le travailleur, mémoire de la psychanalyse interminable de la vie, bestiaire de la répression chrétienne si raisonnable, où se réfugie désormais la liberté permise. Le Dieu qui séjourne dans la mémoire, c'est le Père mutile de Pierre Vallières, c'est le père de Jacques Brault. Mémoire de Jacques Brault, je te salue.
Nous savons maintenant pourquoi le père moderne est ce pelé, ce galeux : il est un soumis devenu soumettant qui, dans l'accomplissement normal de ce que les juristes appellent « la puissance paternelle », enseigne la soumission qui prépare l'enfant à accepter la domination sociale et le rend apte à devenir père à son tour. La sagesse populaire, ce temple de la médiocrité, sait fort bien que « pour commander il faut savoir obéir », car elle sait que pour savoir obliger autrui à renoncer au désir et à la beauté, il faut en effet y avoir renoncé pour soi-même au préalable.
Ainsi, ce que nous enseigne la figure du maître selon Hegel, si nous laissons de côté la figure du maître féodal abandonné à l'histoire, c'est que sa domination est avant tout une auto-domination. L'esclave de la société moderne a internalisé son maître, il le porte désormais en lui-même à titre de détermination permanente. Le père bourgeois enseigne à son fils bourgeois le même type de renoncement et de soumission que le père prolétaire inculque à son fils. Devant le Dieu travail tous les nouveaux chrétiens sont frères égaux. Dans la société industrielle moderne, le père doit utiliser comme modèle de maîtrise le personnage de maître que cette société lui offre : il devra être autoritaire et oppressif, pour le bien de l'enfant, tant qu'il n'aura pas remis en question son existence et sa soumission de travailleur.
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