Discours de la servitude volontaire





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Discours de la servitude volontaire, Étienne De la Boétie (1549)
Introduction
L'auteur
Étienne de La Boétie est un écrivain, philosophe et poète français du XVIème siècle. Il est né à Sarlat (ville du Sud-Ouest de la France) en 1530 et est décédé en 1563, à l’âge de 32 ans, des suites d'une maladie infectieuse. Il est issu d'une famille bourgeoise et instruite de magistrats. Cela le poussera notamment à suivre des études de droit à la faculté d'Orléans. C'était un homme de lettres, attiré par la littérature et passionné par l'Antiquité. Son éducation lui permet de composer des poèmes en français, en latins ou en grec ancien mais aussi de traduire des œuvres de Plutarque, Virgile ou encore d’Aristote. On retrouve d'ailleurs cette passion pour l'Antiquité à travers les exemples cités dans son texte.

En 1557, au Parlement de Bordeaux, La Boétie fait la connaissance d'un autre grand écrivain de son époque : Montaigne. Ils tissent une très forte amitié, à un tel point que Montaigne lui rendra hommage dans son œuvre principale intitulée Les Essais. En effet, pour décrire leur lien, Montaigne lui consacrera l'expression « Parce que c'était lui, parce que c'était moi » dans un extrait de cette œuvre intitulé De l'amitié (1580).
L’œuvre
Étienne de La Boétie a dix-huit ans lorsqu'il écrit son Discours de la servitude volontaire en 1549. Depuis 1542, des soulèvements ont lieu en réaction à des décisions royales jugées injustes par le peuple. Le plus grand de ces soulèvements a lieu à Bordeaux en 1548. Le connétable de Montmorency (un comte) réprime ses mouvements de manière brutale et cruelle. C'est à la suite de cet événement que La Boétie se lance dans l'écriture de ce texte.

À l'époque, l'ouvrage a pour titre Contr'un et c'est notamment sous ce nom qu'il sera publié pour la première fois en 1574. Ce texte est un pamphlet dirigé contre l'absolutisme et les tyrannies en général à une période où les monarchies absolues se développent et s'imposent de plus en plus. En France, l'absolutisme n'est pas encore réellement installé mais on assiste à ces prémices avec le roi François Ier. La publication du Discours intervient deux ans après le massacre de la Saint Barthélémy (nuit du 24 août 1572) au moment où le royaume de France est déchiré par une guerre de religion opposant les catholiques et les protestants. À ce titre, Étienne de La Boétie participera d'ailleurs aux négociations entreprises entre les deux camps pour parvenir à restaurer la paix.

Dans ce texte, l'auteur expose très clairement sa position. Il ne tolère pas la tyrannie et souhaite que les Hommes réussissent à s'en défaire. Il cherche à savoir comment un individu peut légitimer son autorité sur toute une population mais surtout pourquoi celle-ci accepte de se soumettre. On assiste ici à une véritable remise en cause des régimes absolutistes qui, d'après lui, ne reposeraient finalement que sur le consentement vicié du peuple et qui, par conséquent, ne pourraient être renversés que par le refus de se soumettre de ce-dernier.

I- Les origines et les raisons d'une servitude au caractère volontaire
Les origines de la servitude
Le premier constat que fait l'auteur est le suivant : le titre de maître est le plus grand danger pour les Hommes. Dès lors que l'organisation politique d'une communauté repose sur la domination d'un ou plusieurs Hommes sur les autres, celle-ci n'est plus à même de s'épanouir et de trouver le bonheur. Cette situation est un appel aux dérives et à la violence gratuite. Il renie donc toute idée selon laquelle cet état de servitude serait l'état naturel de l'Homme. Pour La Boétie, l'Homme est un être naturellement doté de raison qui ne devrait se soumettre qu'au droit naturel. Se soumettre à d'autres lois reviendrait à dénaturer ce qu'il est vraiment. L'Homme est à même de vivre dans un État de Nature sans avoir besoin du contrôle d'un des siens sur lui. De plus, l'auteur croit en l'égalité des Hommes. Il se refuse à accepter que l'un d'entre eux puisse dominer les autres : ils partagent tous la même liberté. S'il admet que certains êtres sont dotés de caractéristiques distinctives, il y voit l'expression d'un juste équilibre naturel entre les Hommes qui ont besoin d'aide et ceux qui doivent être aidés.

Malgré cela, pour lui une chose est certaine : le tyran tire son pouvoir du peuple qui choisit lui-même de lui obéir. On relève chez l'auteur un véritable sentiment d'incompréhension vis-à-vis de cette soumission voulue et acceptée par la quasi-totalité de la population.
Le caractère volontaire de la soumission
On en vient donc à l'élément le plus étonnant dans la réflexion de La Boétie : c'est bien évidemment le caractère volontaire de la servitude des Hommes. En effet, ceux-ci seraient à l'origine de leur propre soumission. Il s'interroge alors sur les procédés responsables de ce volontarisme et en compte trois différents :


  • Dans un premier temps on trouve la notion d'habitude. Il faut voir ici le résultat de nombreuses années de servitude. L'état de servitude dure depuis tellement longtemps que l'habitude s'est transmise aux descendants des premiers hommes à s’être laissé soumettre. À force de servir un maître, les Hommes oublient leur vraie nature et transmettent leur état de servitude à leurs descendants qui seront dès leur naissance dans une relation de maître à esclave : « La première raison pour laquelle les hommes servent volontiers, est parce qu’ils naissent serfs et sont nourris comme tels ». Or ces descendants remettront rarement en question leur état de naissance. Ils ont été habitués à servir et ne connaissent rien d'autre que cet état. Ils ne verront aucun intérêt à défendre ce qu'ils ne connaissent pas. L'état de servitude devient peu à peu l'équivalent de l'état naturel pour ces Hommes qui n'ont connu que la soumission à un dirigeant.




  • Ensuite, vient la manipulation du puissant. Cela regroupe l'ensemble des moyens par lesquels le tyran va chercher à abrutir ses sujets : « Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie ». Par divers subterfuges, il va tenter de créer un véritable culte autour de sa personne, d'imposer une certaine fascination afin d'impressionner le peuple. L'auteur relève à quel point il est dangereux de sacraliser un Homme car rare sont ceux capables de résister à l'appel du pouvoir. C'est là qu'interviennent la religion et la superstition qui viennent renforcer la position du maître en utilisant les croyances des Hommes contre eux.




  • Enfin, il y a l’appât du gain et l’intérêt individuel. Le tyran n'est pas seul : il est aidé par un entourage attiré par l'idée de profiter du pouvoir du gouvernant. Celui-ci les tient en leur faisant bénéficier de quelques avantages. Ils aident et servent à corrompre le peuple en échange de certaines faveurs : c'est l'engagement d'une pyramide tyrannique d’assujettissement à la base de laquelle se trouve le peuple. Certes, ils profitent de l'état de servitude du peuple mais ils ont aussi une position dangereuse car ils sont plus directement exposés au bon vouloir du maître. L'auteur montre d'ailleurs que c'est souvent cet entourage qui orchestre le meurtre du tyran car il n'y a dans leur relation aucune notion de loyauté, d’intégrité ou de confiance.



Transition : Étienne de La Boétie démontre donc que par certains stratagèmes, le tyran peut s'imposer face à toute une population en donnant la fausse impression que son autorité est légitime. Mais l'auteur ne s’arrête pas là, il livre à ses lecteurs une solution dont la simplicité surprend et qui amène à se demander pourquoi elle n'a pas été tout aussi simplement appliquée par les peuples assujettis.
II- Se sortir de la tyrannie : le rôle majeur de la volonté
Une solution simple
Afin de mieux comprendre la solution donnée par l'auteur et sa simplicité relative, il faut d'abord reprendre sa conception de l'Homme précédemment exposée et y rajouter quelques éléments. Les Hommes sont dons des êtres naturellement libres et dotés de raison mais qui partagent aussi un instinct naturel de défense de leur liberté. Pour appuyer son propos, il cite l'exemple des animaux qui se débattent lorsqu'on tente de les capturer car ils ne peuvent vivre sans la liberté que la Nature leur a donnée.

Cette réflexion nous emmène donc à la solution proposée par l'auteur. Pour sortir de cet état de servitude il suffit simplement que le peuple cesse de vouloir obéir au tyran. C'est là tout l’intérêt de l’expression « servitude volontaire ». Si le peuple a voulu cette soumission, c'est à lui de la défaire. Il n'est pas nécessaire de tuer le tyran, d'engager une guerre ou d'utiliser la violence : il faut que l'intégralité du peuple soumis retrouve sa liberté et décide de ne plus obéir au bon vouloir d'un seul homme. En effet, sans personne à ordonner le tyran n'a plus d'assise politique. Il ne pourra pas lui même faire usage de la violence dès lors qu'il sera seul face à tout un peuple. Il retrouvera alors une position égale à celle de l'ensemble des Hommes. Tout est donc une question de volonté de la part des Hommes et c'est là que la solution, pourtant très simple, a du mal à s'appliquer.
L'explication de cette faiblesse
Ici, tout le problème réside autour de cette notion de volonté. La Boétie a relevé le caractère volontaire de la soumission des peuples aux tyrans. L'ensemble du peuple n'est pas complètement soumis puisqu'il existe tout de même certains individus qui ne seront pas dupés par les subterfuges du tyran, mais ils sont en minorité. Il y a donc un sentiment de soumission acceptée, voire voulue, par l'Homme. Cela résulte des moyens mis en œuvre par le tyran pour s'imposer. On retrouve ainsi l'habitude prise par l'Homme d'être en état de servitude. À cela, l'auteur répond que seule l’éducation et le savoir sont capables sortir l'Homme de son état de servitude mais à cette époque l'éducation n'était malheureusement pas accessible à une grande partie de la population.

Ce que dénonce finalement l'auteur c'est l'ancrage de la servitude dans l'éducation et dans les habitudes de l'Homme. Dans un sens, elle vient au fil du temps et des générations légitimer la position du tyran et l'état de servitude dans lequel il a placé le peuple en limitant les questionnements autour de sa légitimité et l'autonomie intellectuelle de l'Homme. Ce manque d'éducation ne fait qu'amplifier l'abrutissement du peuple qui n'aura accès qu'à ce que le tyran voudra bien lui montrer.

Il critique enfin l'avidité de l'entourage du tyran qui a les qualités nécessaires pour ne pas subir l'abrutissement mais qui préfère se contenter des faveurs qu'il gagne en servant le gouvernant au lieu de chercher à rendre aux Hommes leur liberté.
Un constat défaitiste
En définitive, c'est un constat plutôt défaitiste que fait l'auteur. En effet, il lui semble évident que le peuple a le pouvoir de se rebeller contre le tyran mais qu'il ne le fait tout simplement pas. Selon lui, pour vaincre la tyrannie il suffit de ne pas obéir. Ce n'est pas vraiment un acte concret ou positif nécessitant un grand investissement de l'Homme. À ce titre, l'auteur semble révolté par l'absence de rébellion de la part des peuples assouvis. Il emploie dans son texte un ton violent, insultant allant même jusqu'à faire une comparaison péjorative pour l'Homme avec les animaux.

Il fait le constat suivant : l'Homme dans son état de servitude volontaire a perdu le courage de défendre sa liberté, il est devenu trop lâche pour se sortir de cet état. Là encore, certaines minorités se battront toujours pour ne pas se laisser faire, mais ce ne sont justement que des minorités de gens en général très cultivés et éduqués, tandis que le reste de la population se laissera berner par les subterfuges utilisés par le tyran pour asseoir son pouvoir et dominer le peuple. Le paradoxe autour de la liberté de l'Homme est alors le suivant : d'un côté elle semble très facile à acquérir mais d'un autre coté elle devient un objet inconnu suscitant la peur qui finalement ne l'attire plus.
Transition : Après avoir fait l'analyse du texte, il convient de s’intéresser à sa postérité c'est-à-dire à ce qu'il a pu apporter dans les décennies voire les siècles qui ont suivis sa publication. À ce titre, il faut noter que le Discours de la servitude volontaire a eu un impact considérable dans plusieurs domaines.

III- L'impact important de l’œuvre : une postérité riche et variée
Un impact principalement centré sur les révolutions antimonarchiques




L’œuvre est restée confidentielle pendant près de vingt-cinq ans. Mais le message véhiculé a été tellement puissant que le Discours de la servitude volontaire a traversé les siècles. Il sera même repris en 1789 par le mouvement révolutionnaire français. En effet, Marat (homme politique français appartenant au mouvement révolutionnaire) plagiera le pamphlet de La Boétie dans son œuvre Les chaînes de l'esclavage. Après cette époque, le texte tombe dans l'oubli jusqu'en 1835 où Lamenais, un ancien prêtre devenu député se sert de la pensée de La Boétie pour défendre ses idées dans la lignée de celles de 1789.

Des idées de La Boétie interviennent dans certaines des plus brillantes théories philosophiques du XVII ème siècle.

Premièrement, on retrouve dans la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel (La Phénoménologie de l'Esprit, 1807) l'idée selon laquelle c'est l'esclave qui a l'ascendant sur le maître comparé à ce que les apparences peuvent laisser croire. De même, c'est le peuple soumis qui donne au tyran son assise. Le dominé a finalement plus de pouvoirs que le dominant. Si l'esclave peut vivre sans maître, l'inverse n'est pas possible par conséquent, si le peuple peut vivre sans tyran, ce dernier, lui, n'est rien sans des Hommes à gouverner.

Dans un second temps, c'est chez Rousseau et sa conception de l'Homme dans l’État de nature (Le Contrat social) qu'on retrouvera la position de La Boétie. En effet, Rousseau défend l'idée d'un Homme naturellement doté de raison, devenu mauvais à cause de la création d'un État politique. Pour lui, il existe des droits naturels de l'Homme parmi lesquels figure la liberté. Cette vision fait écho à celle exposée par l'auteur dans le Discours.
Un impact moderne plus large
C’est au XIX ème siècle que l’œuvre trouvera toute sa portée auprès du mouvement de désobéissance civile porté par l'américain Henry David Thoreau. Le Discours de la servitude volontaire servira de base à sa théorie exposée dans l'ouvrage de Thoreau intitulé La désobéissance civile, publié en 1849. Ce mouvement reprendra l'idée selon laquelle l’État n'est rien sans le peuple qui le maintien au pouvoir et qu'à partir du moment où celui-ci cessera de coopérer, il n'y aura plus aucune légitimité pour cet État. On revient à l'idée de La Boétie : c'est le peuple qui soutient son ou ses dirigeants mais c'est aussi lui qui peut choisir de le ou les destituer. Cela dit, il faut pour cela que toute la population décide de ne plus obéir.

Dès lors, le texte s'impose comme une référence littéraire pour tous les mouvements se battant contre des régimes politiques autoritaires ou injustes. Il sera traduit en plusieurs langues comme par exemple en russe par Léon Tolstoï (écrivain majeur de la littérature russe) au début du XX ème siècle. D'autres grandes personnalités du XXI ème siècle s'en serviront aussi. On peut par exemple citer Gandhi dans sa lutte pacifique contre la domination anglaise en Inde, Martin Luther King dans son combat pour que les noirs américains puissent bénéficier des même droits que les blancs ou encore les opposants au pouvoir soviétique des années 1980 et 1990.
En conclusion, on remarque ici que la relative neutralité du texte (peu de référence à Dieu) et son message universel le rende facilement transposable à différentes situations dès lors qu'il s'agit de défendre une liberté quelconque de l'Homme face à un ou plusieurs oppresseurs. Encore aujourd'hui, il trouverait à s'appliquer compte tenu de la situation dans certains pays comme la Russie, la Chine mais surtout la Corée du Nord. Cela montre à quel point l’œuvre d’Étienne de La Boétie a eu un impact considérable à travers le temps.

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