Dans la catégorie des bibliothèques servant de refuge à des hommes bouleversés par des fuites, par des traîtres, des escroqueries et par des impostures, IL faut





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date de publication17.06.2017
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Dans la catégorie des bibliothèques servant de refuge à des hommes bouleversés par des fuites, par des traîtres, des escroqueries et par des impostures, il faut compter celle de Prospero, ex duc de Milan, lentement usurpé par son frère, et puis défait, jeté dehors, placé dans une barcasse pour échouer sur une île. Soyons honnête : si la bibliothèque sert de refuge à un homme lésé, elle a pu faire aussi figure de cabinet luxueux, exagérément clos, où Prospero l’homme d’État s’était soustrait à sa charge publique sous prétexte d’étudier les livres du corpus hermétique. Il attire maintenant toute notre sympathie, Prospero, qui lève des tempêtes, fait usage de sa baguette magique et, après en avoir bien profité, s’en débarrasse, sans doute pour montrer à ses elfes que le pouvoir doit s’interrompre quand il devient abus de pouvoir – il attire notre sympathie, mais il faut bien reconnaître que son malheur, ce n’est pas seulement la cupidité de son frère l’usurpateur, c’est aussi de s’être enfoncé dans les livres alors qu’il régnait, et d’avoir confondu, par faiblesse, sa librairie et son duché. Confondre s’était fait au nom de l’étude, de l’humanisme, d’une poésie un peu naïve et spontanée associant livres ouverts et monde entier, comme Hamlet rapprochait coquille de noix et univers. Mais confondre, et s’endormir dans cette confusion, était aussi une faute professionnelle : un peuple inquiété par les guerres et les récoltes ne pardonne pas longtemps à son duc de feuilleter des grimoires derrière des portes matelassées.

Il y a une autre façon de voir les choses, une fois mise de côté la rancune des citoyens et des prétendants au trône : trouver refuge dans les livres en négligeant son métier de petit duc était la preuve d’une innocence résolument incompatible avec l’exercice du pouvoir. Si le pouvoir, c’est le mauvais frère Sebastian, c’est agréer les suppliques, repousser, promouvoir (je cite William Shakespeare), faire le fourbe, rassembler une clientèle, jouer sur les mots et gaspiller des promesses, alors la bibliothèque est l’inverse du pouvoir : c’est le lieu prospéréen où les mots d’ordre et les devises des États n’ont plus cours – de toute façon, on ne les y entendrait pas. Et si on les entendait, au lieu de leur obéir, on les interpréterait.

Prospero le bibliophile est incorrigible : il lui faut son escorte de livres sur le chemin de la fuite, jusque à l’île déserte. [S’il s’agit de livre de magie tel que le 16e siècle les lègue au 17e, la bibliothèque semble se trouver élevée au carré, l’ésotérisme pratiquant souvent, comme le maniérisme en peinture, non pas le style stylé ou l’art de la manière de l’art, mais une sorte d’écriture de l’écriture, invitant à construire pour soi-même une bibliothèque de bibliothèques.] Une bibliothèque conduisait Prospero à sa perte, une autre bibliothèque viendra à son secours et lui apportera les outils de sa réhabilitation (selon un principe de médecine hermétique bien connu de Prospero la même plante contient à la fois le poison et le remède) : la bibliothèque est portative, elle tient lieu de viatique ; elle était le duché à la place du duché, elle continue de représenter Milan sur l’île déserte, à la fois comme ambassade et description du monde perdu : la représentation au sens juridique et artistique du terme. La légèreté relative des bibliothèques, leur capacité de voyager, même pesamment, le fait d’être un trésor discret méprisés par les hommes de pouvoir (surtout s’ils sont des imposteurs peints par William Shakespeare), tout cela permet à un prince légitime de maintenir intacte sa légitimité – comme élément de droit, comme géographie et comme liberté de pensée – à peu près n’importe où.

Selon Caliban le démoniaque, Prospero sans livres n’est rien d’autre qu’un nigaud – avec les livres, il était un idiot berné par les hommes de pouvoirs : Prospero et les créatures prosperéennes semblent alors avoir le choix entre idiotie de bibliothèque et nigauderie des analphabètes, sans avoir jamais droit à l’intelligence située entre les deux (il faut voir quelle intelligence). Prospero, on le sait, finira par détruire ses livres de magie, par méfiance envers ses propres facultés de nécromanciens – reste que s’il avait le choix entre idiotie de bibliophage et brave bêtise d’analphabète, il y a des chances pour qu’il choisisse la compagnie des livres. (L’avantage d’une bibliothèque est de pouvoir contenir la description d’un monde sans livre, et même de donner l’hospitalité à un Éloge de l’illettrisme en trois voumes – le contraire ne s’est jamais vu.)
Pierre Senges

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