Jean-Claude Fizaine : Victor Hugo et la tauromachie. Les implications de la maltraitance animale





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Jean-Claude Fizaine : Victor Hugo et la tauromachie. Les implications de la maltraitance animale.


Communication au Groupe Hugo du 21 mars 2009 .





Au commencement il y a eu un étonnement devant l'ouvrage de Elisabeth Hardouin-Fugier, Histoire de la corrida en Europe du XVIIIe au XXIe siècle[1], trouvé sur les rayons d'une bibliothèque universitaire, et que j'ai ouvert par curiosité, y compris celle, teintée de vanité, de voir si j'y trouverais mention de la communication que j'ai eu naguère l'occasion de faire sur Théophile Gautier et la corrida[2]. Peine perdue : je n'y figurais pas, ce qui, après la lecture de quelques pages, m'a plutôt réjoui, tant c'est un ouvrage d'une étrange facture. Non seulement il n'y a pas trace dans ce texte d'une «histoire de la corrida», puisqu'il s'agit une longue dénonciation de la barbarie de la corrida, mais les auteurs français – et Victor Hugo en particulier – y sont dénoncés eux aussi comme complice d'une dégradation du goût qui les rend responsables de la vogue de ce spectacle aux temps du romantisme.

Le cas de Victor Hugo est particulièrement étrange, et témoigne de la confusion mentale où se meut l'esprit de cet auteur. Il est convoqué à la barre, avec tout un ensemble de coaccusés, comme coupable d'avoir, par ses descriptions complaisantes de spectacles sanglants, donné à ses lecteurs des goûts qu'ils sont allés satisfaire en allant... aux courses de taureaux. Pour ne pas paraître donner une interprétation forcée des textes, mieux vaut une citation assez longue, rassurez-vous, elle sera unique.

La mode littéraire est au massacre, bien adaptée à la réalité des exécutions de justice, qui, publiques, continuent à drainer les foules. Flaubert mentionne en 1854 10000 gens de la campagne [...] venus voir guillotiner un homme». Selon Alexandre Dumas, la foule est le «prisme de la fureur féroce de l'enthousiasme trouvé au spectacle du sang.». Prosper Mérimée, Théophile Gautier obsédé par la mort, Alexandre Dumas et beaucoup d'autres, et non des moindres, comme Victor Hugo, décrivent longuement et mettent en scène des exécutions et des massacres.

Ces auteurs retrouvent dans la corrida bien des procédés littéraires qu'ils utilisent. Ce sont : des tueries à répétition, sur scène comme dans l'arène; l'exploitation savante de la peur, par exemple dans la Chronique du règne de Charles IX, de P. Mérimée; un suspens démultiplié par d'immenses foules[...] . Le vocabulaire argotique passe dans la littérature, afin de mieux frapper : dans Le Dernier jour d'un condamné (1829), Victor Hugo jette à la tête du lecteur les désignations argotiques de la potence. On retrouve un équivalent de ce procédé de déstabilisation dans les termes espagnols de la corrida, conservés, à profusion, par le récit de C. Davillier, entre autres : après les sombreros, le cachetero. Avant même d'avoir vu une arène, ces auteurs ont en quelque sorte fabriqué une corrida à leur manière et utilisé les mêmes artifices ou ficelles[3].

La «logique» de la démonstration semble être celle-ci : le combat contre la corrida est le même que celui contre la peine de mort; or Victor Hugo, en combattant la peine de mort, recourt à des procédés littéraires qui habituent le public aux impressions violentes et lui en donnent le goût, donc il encourage un mal aussi grave que la peine de mort, etc., etc.

Mais, à la différence de ses coaccusés, Victor Hugo sera sauvé pour quelques phrases qu'il n'a jamais écrites, telles que :

Les protecteurs de l'animal ont depuis longtemps publié une phrase d'allure fort hugolienne sur la corrida : «torturer un taureau, c'est torturer une conscience»....l'opposition à la peine de mort a été très précocement associée à la dénonciation de la corrida d'une part et d'autre part, Hugo prend le comportement de l'homme envers la bête comme un critère d'humanité, à tous ces signes correspond bien la magistrale sentence : «torturer un taureau, c'est torturer une conscience.[4]

Il n'est pas question d'insister davantage sur la malhonnêteté intellectuelle dont fait preuve cet auteur, ni d'entrer dans la polémique anti-corrida qui agite beaucoup les fidèles de Libération ou de Charlie-hebdo : ce travail a déjà été fait, ou du moins commencé[5]. Il y aura donc trois parties à cet exposé, correspondant aux trois tâches à accomplir : une analyse philologique des trois groupes de textes attestant d'une rencontre de Victor Hugo avec les courses de taureaux espagnoles; l'exploitation des indices qu'ils nous livrent sur les informateurs de Victor Hugo et les débats que suscite chez les écrivains français la découverte de la corrida; enfin, en élargissant le débat, ce que ces polémiques révèlent sur la condition animale au XIXe siècle et sur le statut philosophique de l'animal chez Victor Hugo.
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