Voix féminines et Carpe diem





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Voix féminines et Carpe diem

Christine de Pizan

Christine de Pizan (ou Pisan) est née à Venise vers 1364. Fille unique d’un médecin et astrologue italien, elle suit son père en France à l’âge de quatre ans où il travaille comme médecin à la cour de Charles V. Veuve et mère de trois enfants à vingt-six ans, elle est la première femme de lettres française ayant vécu de sa plume en composant une œuvre riche et variée dont le texte intitulé La Cité des dames. Elle est à l’origine d’une des premières critiques littéraires en France, celle du Roman de la Rose de Jean de Meng critiquant les idées misogynes véhiculées dans l’œuvre qui était la plus lue de l’époque. Si elle ne propose pas aux femmes un combat pour l’égalité des droits entre les deux sexes, au sens moderne du féminisme, nombres d’auteurs en Europe ont pu voir en elle la naissance de la question féminine. Et c’est bien la douleur d’une voix féminine que l’on entend ici dans le rondeau Je ne sais comment je dure. Epouse, mère, et femme de lettres patriote, elle fût l’objet de moqueries de la part des hommes de lettres avant que l’on découvre au XXème siècle une œuvre littéraire d’un intérêt majeur. Elle meurt en région parisienne au monastère de Poissy vers 1430.

Rondeau

Je ne sais comment je dure

Je ne sais comment je dure,

Car mon dolent1 cœur fond d’ire2

Et plaindre n’ose, ni dire

Ma douloureuse aventure,

 

Ma dolente vie obscure.

Rien, hors la mort ne désire ;

Je ne sais comment je dure.

 

Et me faut, par couverture,

Chanter que mon cœur soupire

Et faire semblant de rire ;

Mais Dieu sait ce que j’endure.

Je ne sais comment je dure.

Louise Labé
Née à Lyon en 1524, Louise Labbé, surnommée « La belle cordière » en raison de la profession de marchand de corde de son père puis de son mari, est une figure poétique marquante de la poésie française. Son œuvre est mince en nombre de vers. Elle se compose de vingt-quatre sonnets, trois élégies d’un Débat de Folie et d’Amour. Mais le sonnet proposé à la traduction fait partie des poèmes les plus connus de la poésie française. Comme Christine de Pizan, son œuvre et sa vie firent couler beaucoup d’encre. Si elle ne connut pas l’oubli, elle est depuis quelque temps l’objet d’un doute : Louise Labbé ne serait-elle qu’une fiction de papier ? S’agirait-il d’une œuvre collective, d’un jeu littéraire des poètes lyonnais de la Renaissance qui auraient inventé le personnage d’une jeune femme, belle, intelligente et lettrée promenant son regard entre ses spacieux jardins et sa bibliothèque? Les universitaires les plus sérieux le soutiennent. Que le doute sur la supercherie littéraire se substitue à la fascination, les sonnets demeurent, et tout particulièrement le sonnet VIII que voici. 

Sonnet VIII

Je vis, je meurs: je me brûle et me noie,

J'ai chaud extrême en endurant froidure;

La vie m'est et trop molle et trop dure,

J'ai grands ennuis entremélés de joie.
Tout en un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j'endure,

Mon bien s'en va, et à jamais il dure,

Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène

Et, quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être en haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.

Pierre de Ronsard

Né près de Vendôme, la même année que Louise Labé, « le poète des princes » et « le prince des poètes » selon les expressions de ses contemporains, est l’une des figures majeures de la poésie française du XVIème siècle. A l’initiative de la Pléiade, rassemblement de sept poètes qui souhaitaient donner à la langue française ses lettres de noblesse en puisant aux racines antiques – grecques plus que latines- Ronsard a réinventé l’ode, cette forme poétique usitée en Grèce, célébrant un personnage ou une divinité. De son premier recueil intitulé Odes est extrait le poème A Cassandre destinée à Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien dont il était épris. Très souvent apprise par les élèves français dans leurs scolarité, elle est l’un des exemples le plus connu de cette incitation du poète épicurien à jouir de la vie tant qu’il est encore temps, à, comme le dit l’expression latine carpe diem « cueillir le jour ».
À Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée,

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las ! las ! ses beautés laissé choir !

Ô vraiment marâtre Nature,

Puis qu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que vôtre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse

Fera ternir votre beauté.
Ronsard Odes, I,17

Pierre Corneille

Né à Rouen en 1606, Corneille meurt à Paris en 1684 et parcourt ainsi ce que l’on nomme en français le « grand siècle ». En littérature, le grand siècle est avant tout le siècle du théâtre. Il est avec Molière et Racine, l’auteur de théâtre du XVIIème, tant les autres ont été éclipsés par l’histoire, tel son frère, auteur à succès de son vivant. C’est dans le cadre d’un séjour de la troupe de Molière à Rouen qu’intervient la rencontre de Corneille et Marquise du Parc, jeune comédienne de la troupe. Le ton froid des Stances à Marquise a fait dire à certains qu’il s’agissait, sans doute, davantage ici d’un jeu littéraire, fruit de l’amour propre plus que de l’amour. Les stances ont été interprétées par Georges Brassens, auteur compositeur du XXème siècle.

Stances à Marquise

Marquise si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront,
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits
On a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.

Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages du temps.


 

Vous en avez qu’on adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.


Ils pourront sauver la gloire

Des yeux qui me semblent doux,

Et dans mille ans faire croire

Ce qu'il me plaira de vous.
Chez cette race nouvelle,

Où j'aurai quelque crédit,

Vous ne passerez pour belle

Qu'autant que je l'aurai dit.
Pensez-y, belle marquise.

Quoiqu'un grison fasse effroi,

Il vaut bien qu'on le courtise

Quand il est fait comme moi.

Raymond Queneau

Né au Havre en 1903, Raymond Queneau étudie la philosophie à Paris. Après sa rupture avec le mouvement surréaliste dont le récit Odile parodie l’univers et tout particulièrement André Breton, Raymond Queneau écrit plusieurs romans dont Pierrot mon ami en 1942 qui est son premier succès. En 1947 il publie ses Exercices de style, variation stylistique autour d’un même récit. C’est ce livre qui le fera connaître du grand public avant la parution en 1959 de Zazie dans le métro où il invente une nouvelle langue, un français qui s’écrit de façon quasi phonétique dans ses dialogues. Le poème connu désormais sous le titre Si tu t’imagines date de 1947 et reflète déjà ce mélange propre à Queneau d’une langue très écrite et qui emprunte à l’oralité son flux, son rythme et ses sonorités en une orthographe fantaisiste. Il a été mis en musique par Joseph Cosma et interprété par Juliette Gréco. En 1960 il est le cofondateur de l’OuLiPo, l’Ouvroir de Littérature Potentielle autour d’auteurs pour lesquels, la recherche en littérature à travers expériences et contraintes, n’est pas un vain mot et parmi lesquels on compte Georges Perec et Italo Calvino, traducteur et ami de Raymond Queneau.

L’Instant fatal

Si tu t'imagines
Si tu t'imagines
Fillette fillette
Tu t'imagines
Xa va xa va xa
Va durer toujours
La saison des za
La saison de za
Saison des amours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures


Si tu crois petite
Si tu crois ah ah
Que ton teint de rose
Ta taille de guêpe
Tes mignons biceps
Tes ongles d'émail
Ta cuisse de nymphe
Et ton pied léger
Si tu crois petite
Xa va xa va xa
Va durer toujours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures


Les beaux jours s'en vont
Les beaux jours de fête
Soleils et planètes
Tournent tous en rond
Mais toi ma petite
Tu marches tout droit
Vers ce que tu vois pas
Très sournois s'approchent
La ride véloce
La pesante graisse


Le menton triplé
Le muscle avachi


Allons cueille cueille
Les roses les roses
Roses de la vie
Et que leurs pétales
Soient la mer étale
De tous les bonheurs


Allons cueille cueille
Si tu le fais pas
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures

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