Cours de civilisation et de littéerature





télécharger 0.52 Mb.
titreCours de civilisation et de littéerature
page1/12
date de publication09.01.2017
taille0.52 Mb.
typeCours
l.20-bal.com > littérature > Cours
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   12

PANORAMA DE LA POÉESIE FRANÇCAISE AU XX-E SIÈECLE



COURS DE CIVILISATION ET DE LITTÉERATURE



DE


IOAN LASCU




EDITURA UNIVERSITARIA, CRAIOVA, 2003



I. Idées, arts poétiques, mentalités culturelles au seuil du xx-e siècle. La descendance d’Arthur Rimbaud. La descendance de Stéphane Mallarmé. Les « grands indépendants »

La condition de la poésie au XX-e siècle est marquée – il faut le dire sans ambages – par une « indigne » jalousie de la science (cf. Pierre de Boisdeffre, Les poètes français d’aujourd’hui, P.U.F., 1973). On a preêché mêeme la disparition de la poésie vis-à-vis de l’assaut de la science. Le scientisme, venant de la fin du XIX-e siècle – voir les poètes parnassiens, s et Sully Prudhomme en particulier, et les romanciers natruralistes – ainsi que le pragmatisme de la vie menaçant et, au bout du compte, accablant toutes les sensibilités, tous les émois et toute poésie en sont de vrais ennemis. Mais, d’iciQuand même, une conséquence heureuse : la diversité. C’est ainsi qu’ un véritable tourbillon d’orientations, de tendances, de visions, de poses, de personnalités firent leur apparition. La poésie embrassa les sciences ou, plus souvent, les repoussa. On saurait affirmait qu’au XX-e siècle on rencontre, au sein de la poésie, presque tous les courants antéerieurs, repris et surtout renouvelés. Par ailleurs, personne ne pourrait le nier, il y a toujours quelques courants fondamentaux, correspondants à quelques espèces fondamantales de sensibilité, à quelques manières caractéristiques de vivre, de percevoir l’univers, le monde dans l’histoire, le moi, à savoir autant l’altérité que l’identité. Il s’agit donc toujours de certaines attitudes humaines fondamentales, et ce qui en reste est la chance de les faire revivre, de les enrichir. C’est pourquoi la poésie demeure toujours, en effet, un doux assaut visant l’impossible.

C’est pourquoi il est difficile, à cause de cet apparent émiettement, de systématiser, de mettre en ordre la poésie authentique ; il serait bien d’ essayer d’y expliquer ce phénomène et notamment la poésie du XX-e siècle. Mainte fois, une telle tentative a été vouée, plus ou moins, àa l’échec. De toute façon, la critique et l’histoire de la littérature courent les risques, parce que ce sont elles-meêmes qui peuvent êetre facilement accusées de subjectivité, de méthodes imparfaites, d’un esprit borné et vieilli, meême de myopie concernant leurs goûuts, perceptions et attitudes, leurs aptitudes de s’en informer, d’accorder l’importance dévolue à tel ou tel poète. De la sorte, à travers la brève introduction à son livre déjà cité ci-dessus et intitulé Les poètes français d’aujourd’hui, Pierre de Boisdeffre affirme :

« Il est difficile de parler poésie dans un monde où la littérature , jalouse de la science, lui emprunte ses méthodes et ne croit plus à l’art. Plus difficile encore de faire de cohabiter des poètes de toutes espèces dans un mêeme livre, sans oublier que la moitié d’entre eux vomit l’autre moitié, et que, jamais, la musique n’a moins adouci les mœurs. On sait pourtant que nous n’avons pas renoncéer à une telle gageure ; à défaut de convaincre nos confrères, nous espérons rendre service au lecteur, en l’aidant à se reconnaître et faire lui-mêeme son propre choix » (op. cit., P.U.F., 1973, p. 5).
Mais, en entamant l’analyse critique de toute poésie, de tout roman ou de tout drame, il est nécessaire d’approcher l’héritage, les ascendances, les précurseurs, les modèles. D’après le mêeme Pierre de Boisdeffre, l’héritage ne signifie pas seulement la tradition, car la poésie est constamment en quêete des nouveaux langages. Les nouveaux-venus sur le terrain des lettres ont presque toujours contesté la tradition, les coutumes, les langages déjà figés, les clichés, les techniques d’écrire, de « secréter » de la poésie, et mêeme les trains de vie, les vogues, la sensibilité ou les conduites mondaines et les comportements sociaux de telle ou telle époque. Quant au XX-e siècle, pensons seulement au Dada ou aux surréalistes. La contestation acharnée du langage a fréquemment continué à travers des décades et, après-guerre, des groupes comme Tel Quel et Change ont remis en question, encore une fois, la condition et le spécifique de la poésie. La poésie est-elle mortelle, et, en particulier, la poésie française ? Sa mort vient-elle du manque de poètes ou de public ? Meurt-elle faute d’êetre crue, acceptée, ou faute d’êetre comprise ? C’est toujours Pierre de Boisdeffre qui nous révèle que :
« D’une part, il y a le refus de toute génération d’user d’une langage intelligible, et, de l’autre, le moindre intérêt du public déjà entré dans l’ère de mass media, « homogénéisé » et « conditionné » par les moyens audio-visuels et qui se désintéresse d’une poésie plus cérébrale que sensible » (ibid., p. 6).
Par conséquent, chaque moment important inclut également, par sa dialectique interne, une crise plus ou moins aiguëe de cette poésie. Mais, la crise par elle-mêeme n’est ni absolument négative ni entièrement nihiliste, elle n’est pas l’Anéantissement, mais lae Reconstruction. Pour cela, la poésie, pareille à tout art, ne peut pas êetre conçue en dehors du renouvellement, de l’invention, de la révolte, car c’est elle qui s’érige en contestation perpetuelle de toute chose morte, figée, du « déjà vu » ; c’est elle qui est à la fois une queête infatigable, une expérience obligatoire, par sa nature mêeme, pour révéler d’autres visages du moi. Par cela, la poésie connaît beaucoup de grands expérimentateurs et aventuriers de l’esprit, tels François Villon au Moyen Âge et Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Blaise Cendrars, Henri Michaux, à l’époque moderne, et, dans la littérature d’expression anglaise, Edgar Allen Poe, Samuel Coleridge et George Gordon Byron en sont les meilleurs exemples. Cette expérience sur le « corps vivant » de la poésie est, sans doute, une passionnée aventure de l’esprit et de la créativité. ÉEvidemment, il est question, en particulier, d’une véritable mentalité de poète, ce qui se ressemble, généralement, à ce qu’ on appelle âme ou mentalité d’artiste. On connaît ainsi les poses, les extravagances, les hardiesses, les expériences délibéréement risquées et mêeme les scandales dont les protagonistes ont été des poètes.

Un tel scandale a été devenu notoire à une certaine époque: c’est le conflit violent entre Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, un scandale provoqué par des raisons pimentées et imorales : les relations homosexuelles devenues publiques. Mais il faut faire mention que Rimbaud, à peine un adolescent à cette heure-là, a été, en effet, une victime, autant d’une dépendance plus ou moins contrainte que d’une agression momentanée : c’est Verlaine qui a tiré deux coups de pistolet sur son jeune ami, en le blessant à son épaule gauche. Depuis, entre Verlaine, provisoirement emprisonné et puis repenti, et Rimbaud, outragé et réveillé, est survenue une séparation définitive.

Mais, revenons à nos moutons et rappelons que Rimbaud, à son insu, naturellement, est devenu, le précurseur revendiqué, une cinquantaine d’années après, par plusieurs poètes importants, en ouvrant la perspective du renouvellement de la « vieille » poésie du XIX-e siècle. Quant à lui, Rimbaud mêeme a été l’admirateur déclaré et, d’une certaine façon, le successeur de Charles Baudelaire, qui, ; à son tour, a beaucoup apprécié l’œuvre de Poe dont il a été le premier traducteur et propagateur ainsi en France et enqu’ Europe. On pourrait mêeme prédtendre qu’Arthur Rimbaud a emprunté à la poésie de Baudelaire l’esthétique du mal ou plutôot la mentalité du mal. Ainsi des poèmes tels Les Chercheuses de poux, Honte, Le Bateau ivre en restent de fidèles témoignages.

Arthur Rimbaud a fait son apprentissage de révolte logique au sein de sa famille sous l’influence néfaste de sa mère, une bigote intolérante. Celle-ci a été la première phase de sa révolte, tout à fait adolescentine, c’est-à-dire la révolte contre sa propre famille despotique. De là ses fuites à Paris et, en partie, sa bohème parisienne, car là-bas il a connu de grands poètes et artistes et c’était Paul Verlaine, avec lequel il s’esétait lié d’amitié, qui l’avait emmené à travers les salons littéraires, dont l’Album zutique est resté le plus « fort » document : les poètes y notaient des vers éhontés.

La deuxième facette de sa révolte est la révolte anti-religieuse qui retrouve toujours ses origines dans l’insurgence contre le bigotisme de sa mère : tel qu’il a reconnu, plus tard, dans Une saison en enfer, Rimbaud a meme osé même injurier Dieu, en icitant, semble-il, au mal absolu dont l’ apprentissage il avait, d’ailleurs, fait pendant ses aventures et errances dont la plupart s’esétaient passées à côoté de son ami Verlaine. Il a donc ressenti une aiguëe crise anti-chrétienne. Du reste, son inaptitude de croire en Dieu persista jusqu’à la fin de sa vie, quand, au lit de souffrance dans un hôopital de Marseille, l’une de ses sœurs a tenté de le reconvertir. 

Mais la plus importante facette de sa révolte est la révolte anti-esthétique ; les 13 et 15 mai 1871 il écrit les deux Lettres « dites » du voyant, où il donne voix à ses nouvelles visions sur la poésie : cette fois-ci, sa révolte est anti-académique et anti-traditionaliste à la fois :

« - Je me dois à la Société, c’est juste, - et j’ai raison. – Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd’hui. Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective : votre obstination à regagner le râtelier universitaire, - - pardon ! – le prouve! Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n’a rien fait, n’ayant rien voulu faire. Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse », fustigeait Rimbaud dans La première lettre du voyant adressée à son ancien professeur de lycée Georges Izambard. Un peu plus bas, le révolté donnait sa recette inédite et stupéfiante de se faire poète :

« Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi? Je veux êetre poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sontnt énormes, mais il faut êetre fort, êetre né poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est fauxt de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. – Pardon du jeu de mots  ». Arthur Rimbaud, le jeune poète de dix-sept ans seulement, fier et bien assuré, en s’érigeant contre la « poésie fadasse », faisait la preuve d’une conscience novatrice « démesurée » et « déréglée  ». Par la liberté totale de la fantaisie et de l’expérimeantation poétique, il veutx et va réussir à se rendre voyant, visionnaire. Pour lui, il est évident que le moi diurne, routinier, etet le moi poétique sont deux côotés d’une mêeme personnalité, mais tout à fait différents. La poésie est le fruit du travail inspiré du moi poétique sur ses propres sens, sur sa propre sensibilité. C’est pourquoi il y a une disjonction profonde et irréductible entre « Je pense » et « On me pense », entre la pensée lucide et pédestre et les transpositions et les transfigurations qui tendent à devenir autotéliques, opérées par la fantaisie poétique. C’est la différence entre Enseignant et Ffantaisie, entre l’esprit académique et l’esprit visionnaire. Donc, il n’y a plus rien qui empêeche Rimbaud de conclure : « Je est un autre » à l’instar du « bois qui se trouve violon ». Autrement dit, le moi poétique est tout à fait un autre moi frappant les mentalités roturières, engourdies, ainsi dites « bourgeoises ». Arthur Rimbaud veut appartenir à une nouvelle « noblesse » de la poésie !

D’ailleurs, cette phrase guerrière est reprise, de meme, dans La deuxième lettre dite du voyant, adressée à Paul Demeny : « Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je l’a regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait ses remuements dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène ». Rimbaud voit le travail sur soi comme une libération du créateur de sous le poids des poncifs, conventions, clichés et pastiches, résultats d’une longue marche historique mais artificielle des arts : « …telle allait la marche, l’homme ne se travaillait pas, n’étant pas encore éveillé, ou pas encore dans la plénitude du grand songe. Des fonctionnaires, des écrivains : auteur, créateur, poète, cet homme n’a jamais existé ! » (c’est nous qui soulignons). Par tous les moyens, le poète doit arriver à l’inconnu, et tout d’abord, par « un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche en lui-mêeme, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprêeme Savant ! » Par l’exercice raisonné et incessant du dérèglement de tous les sens, la poésie deviendra le suprêeme savoir ! Le suprêeme savant Rimbaud est à la fois voyant et va en triomphe vers l’alchimie du verbe ; contestataire et radicalement anti-traditionaliste comme toujours, il trouve « dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne ». Il inventa les couleurs des Voyelles, pourtant sur les traces des Correspondances de Baudelaire. Pour que les verbes deviennent « alchimiques », le poète fit d’abord son étude afin d’ « inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l’autre, à tous les sens », et dont il se réservait la traduction ; donc, la poésie visionnaire a besoin d’êetre « traduite » jusqu’à ce son simple et mélancolique des romances. Et la « vieillerie poétique » était bien présente dans cette alchimie du verbe. Au bout du compte, l’alchimie du verbe est une « magique étude » et une métamorphose des sources et des ressources de la vieille et de la nouvelle poésie grâce à laquelle le poète sait aujourd’hui saluer la beauté. Par la suite, Rimbaud fait l’apprentissage pour savoir préparer et « étudier » l’avancement de la poésie visionnaire, de ses fulgurations géniales. Il a fait, en somme, « la magique étude du bonheur », comme le dit-il dans un poèéme ayant un titre homonyme (Bonheur): « J’ai fait la magique étude / Du bonheur, quei nul n’élude ».

Enfin, la dernière phase de sa révolte est, en mêeme temps, la surprise totale : c’est la révolte anti-poétique ; en 1873, à peine âgé de 19 ans, le terrible Rimbaud décide à rompre définitivement avec la littérature ; depuis dès lors il a voulu faire fortune et devint ce que l’on a connu sous les apparences de Rimbaud le marchand. Malgré toutes les insistances tardives de Verlaine, Rimbaud n’est jamais revenu à la poésie qu’ il paraissait totalement ignorer et mêeme détester. Au bout d’une dizaine d’ années, vécues en tant que fonctionnaire à Aden et à Harar (en Ethiopie), il lui sembla êetre devenu ce marchand-là, cet homme pragmatique, selon ses propres vœux. Cependant, il s’est livré à la lecture des travaux « techniques » et à l’exploration de la région d’Ogadine (toujours en Ethiopie). Après cela, il faisiait témoignage de ses impressions dans quelques rapports envoyés (et toujours ignorés) à la Société de Géographie de Paris. Il a meême tenté de faire trafic d’armes pour un roi local d’Ethiopie, mais il a été trompé et l’affaire a échoué. Enfin, épuisé au bout d’une longue maladie, Rimbaud est mort en 1891, dans un hôopital de Marseille, à l’âge de 37 ans seulement.

Par un grand contemporain, c’est Stéphane Mallarmé, Arthur Rimbaud a été appelé un considérable passager à travers la littérature. Il a été placé, à côoté de Baudelaire, Flaubert, Mallarmé, Lautréamont et dles peintres impressionnistes, au seuil d’une civililisation en train de surgir, d’après une idée de René Char. Selon R. ÉEtiemble Arthur Rimbaud s’est consacré en tant que créateur d’un univers poétique d’une modernité fondatrice de mythes. Révolté contre « les arts poétiques vieillies », il s’est acheminé par la poésie vers une nouvelle connaissance du moi et de l’univers, grâce à ses aptitudes de pratique visionnaire. C’est à la fois totalisant et transformateur pour son existence, qui est ainsi portée jusqu’aux extrêemes limites de l’annexion de sa propre absence et du refus du soi.

***

L’autre grand préecurseur de la poésie du XX-e siècle, Stéphane Mallarmé, a prouvé, à son tour, depuis un très jeune âge, son penchant pour la littérature, mais toute nouvelle. ÀA la différence de Rimbaud, il a mené une vie paisible, mais intensément préoccupée de la pensée sur le langage et de la poésie en particulier. Son attrait pour la philosophie et pour les idées en général l’a guidé vers une poésie apparemment abstraite et chiffrée. Pendant sa jeunesse il est allé en Angleterre pour mieux apprendre l’anglais et pour lire ensuite en original l’œuvre d’ Edgar Allen Poe. D’ailleurs il a longtemps exercé la profession de professeur d’anglais. En ce qui concerne le romantique americain E.A. Poe, l’intérêt de Mallarmé n’était pas singulier à l’époque, parce que c’était Charles Baudelaire qui avait connu et traduit l’œuvre de Poe en France et mêeme en Europe. Un peu plus tard, Mallarmé lut attentivement la philosophie de Hegel. Du reste, il est devenu connu en qualité d’écrivain par une meditation sur le Néant – il s’agit d’un poème-récit intitulé Igitur (1867-1870), par ailleurs un parfait exemple de suicide philosophique, selon le critique Georges Poulet. En mêeme temps, il publia, en 1869, Hérodiade ; c’est en vérité une tentative de ne pas décrire les choses mais les effets et de transformer le langage poétique dans un instrument spirituel capable de révéler l’Idée pure. Il a beaucoup apprécié et défendu la peinture impressionniste (il a été, entre autres, l’ami d’ Edgar Manet), et puis le naturalisme et la musique de Richard Wagner. On observe donc son adhérence à tout ce qui paraissait de un renouveau dans les arts. Autrement dit, une véritable mentalité du renouvellement hantait les artistes dea la fin du XIX-e siècle en France et ailleurs.

En tant que poète Stéphane Mallarmé est rationaliste et tumultueux à la fois. Il a assez traduit de la poésie de Poe, il n’a pas négligé la musique de ses vers, toujours à l’instar decomme celui-ci et des les symbolistes en ensemble, mais il s’est détaché de tous ceux-là par son rationalisme et, de plus, par son goûut pour l’obscurité, pour l’hermétisme des vers. Il a obstinément poursuivi son ambition d’écrire des poèmes ayant une sorte de structure-contenu de plus en plus abstraite et, en mêeme temps, mobile, devenant de plus en plus objectivée, alors que les jeux explorateurs de toute possibilité du langage relèvent une troublante clairvoyance sur l’art moderne. Mallarmé est le poète chez qui les structurtes du contenu et le contenu des structures tendent à se confondre. La fusion des structures et du contenu, de l’abstrait et du concret est, d’ailleurs, tout propre à Mallarmé. Son pari avec l’obscurité dans la poésie est toutefois déclaré. Sa poésie est apparemment paradoxale : les formes d’une « effrayante » clarté cachent des idées hermétiques, obscurément suggérées, de sorte que, de nos jours encore, il y a, dans son œuvre, beucoup de passages difficiles et mêeme incompris. L’herméneutique de sa poésie est extrêemement malaisée et, aussi, inachevée. Son rêeve du livre-objet, où la matière et l’idée, les images poétiques, musicales et plastiques coexistent et se confondent, en est une preuve idéale symbolisée par son unique recueil intitulé Album de vers.

Maurice Blanchot a vu dans la poésie de Mallarmé une unique réflexion insistante et obstinée sur les langages et ses strucures. La pensée mallarméenne sur la poésie, en général, et sur sa propre poésie, en particulier, trahit la tentative maintes fois dramatique de soustraire le langage à la réalité concrète et de l’engager aux services des essences suggestives. ÉEvoquer, sous le signe d’une ombre expresse, l’objet criptique à moyen des objets allusifs réduits à un égal silence, ça constitue une tentative voisine à la création pure.

En conclusion, si l’on jette un coup d’œil sur les deux principales directions de la poésie française à travers la première moitié du XX-e siècle, on y remaerquera, à coup sûur, d’une part, la descendance (la mentalité) du voyant, venant des terribles élans visionnaires de Rimbaud, et, d’autre part, l’obsession du langage et de l’idée pure ou la descendance (la mentalité) de la poésie pure), venant des calmfroides et des sereines contemplations de Mallarmé. Donc, d’un côoté la poésie du feu et l’alchimie du verbe, et, de l’autre côoté, la poésie de la glace et de l’idée pure.
***
Le groupe des « grands indépéndants » ne s’est jamais constitué en tant qu’unité distincte dans la poésie française. C’est une formule usitée dans l’histoire de la poésie française contemporaine pour identifier quelques grands poètes tels Saint-John Perse, Paul Claudel, Jules Supervielle, Blaise Cendrars et d’autres qui ne se sont ouvertement rattachés à aucun courant, direction ou « école » littéraires de la première moitié du XX-e siècle. En ce qui concerne ces quatre poètess cités au-dessus, on peut y saisir seulement des contacts passagers plus ou moins hasardeux ou de faibles caractères venus de Rimbaud ou des surréalistes. On pourrait plutôot affirmer que chacun d’eux représenterait une orientation originale dans la poésie, obstinément poursuivie à travers leurs vies. De la sorte, la poésie de Saint-John s’inscrit sous le signe d’un sacré sans Dieu, celle de Paul Claudel est d’inspiration religieuse catholique, renvoyant à une « poétique de la grâace », tandis que la poésie de Jules Supervielle est située sous l’empire de la poétique de l’immatériel.

  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   12

similaire:

Cours de civilisation et de littéerature iconLa Chine va connaître une vitalité et un essor sans précédent. On...

Cours de civilisation et de littéerature iconUn «modèle»de civilisation né en Grèce Des ouvrages, des constructions...
«modèle»de civilisation né en Grèce (VI e au IV e siècle av. J. C) largement diffusé dans tout le bassin méditerranéen et adopté...

Cours de civilisation et de littéerature iconSolution de continuité : «Une religion spiritualiste, écrit Hugo,...
«nouvelle école» dont on parlait depuis bien longtemps déjà, mais qui avait pris dans les débats un relief indiscutablement plus...

Cours de civilisation et de littéerature iconLa civilisation musulmane

Cours de civilisation et de littéerature iconLa civilisation grecque

Cours de civilisation et de littéerature iconCivilisation 1 : Halloween

Cours de civilisation et de littéerature iconMalaise dans la civilisation

Cours de civilisation et de littéerature iconHistoire des arts la civilisation grecque antique

Cours de civilisation et de littéerature iconSur quelques aspects et usages de la notion de civilisation européenne

Cours de civilisation et de littéerature iconConflits et échanges en Méditerranée : les croisades, la découverte...





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com