Communication au colloque international La littérature maghrébine de langue française au tournant du 21ème siècle : Formes et expressions littéraires dans un





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Bouba Tabti




Communication au colloque international « La littérature maghrébine de langue française au tournant du 21ème siècle : Formes et expressions littéraires dans un monde en mutation » Alger, 20 et 21 avril 2015

Nous voilà donc réunis aujourd’hui pour célébrer la littérature algérienne et deux de ses enseignantes des plus chevronnées, Christiane Achour et Naget Khadda qui sont parmi celles et ceux qui se sont le plus impliqués pour l’analyser, la faire connaitre et, souvent, la faire aimer, sans pour autant que leur pratique universitaire se puisse résumer à ce seul aspect de leur enseignement, nous tous ici sachant qu’elle les a menées bien au-delà de ce cadre et de cette littérature.

À nous voir là, ensemble réunis, pour cet hommage à nos deux amies, j’ai le cœur plein de fierté et de tendresse. De fierté car, parlant d’elles, c’est de l’histoire de l’université d’Alger et tout particulièrement de son département de Français que nous parlons, depuis qu’ils ont été algérianisés et qu’il y a là, bien des motifs de fierté pour notre génération qui s’incarne, en partie, en elles, femmes vaillantes, femmes debout, femmes de culture et de courage, en des temps qui furent parfois difficiles, souvent exaltants et toujours de grande fidélité. Fidélité à des principes, à une éthique auxquels il ne fut jamais dérogé, ce qui ne valut pas que des amis à ce département, fortement féminin, frondeur mais inattaquable, qui se targua longtemps d’avoir une direction collégiale ! Ce n’est pas un hommage d’anciens combattants que je veux rendre là, opposant des temps vertueux et quasi héroïques à ceux, combien détériorés d’un présent dégradé, peinant à rêver d’un futur ! Non, mais il nous faut rendre justice à ce que fut l’enseignement du Français à Alger quand la compétence se tressait de passion et qu’au-delà d’une langue et de ses littératures, se transmettaient des idées, des idéaux, osons le dire, et la vision d’un monde plus éclairé, plus juste, avec sans doute les excès d’une jeunesse parfois intransigeante et peu soucieuse de compromis.

Enseigner fut aussi militer et si tout cela peut sembler pompeux ou grandiloquents à ceux, plus jeunes, qui n’eurent pas la chance d’exercer dans un contexte semblable à celui-là, cette pratique fut éminemment politique, au plus beau sens du terme et souvent elle ne se dissociait pas de la vie personnelle, loin des coupures si soigneusement établies aujourd’hui entre la vie professionnelle et la vie tout court. Et c’est pourquoi je parlais tout à l’heure de tendresse : la chance qui nous fut donnée fut aussi d’avoir travaillé avec des personnes qui nous furent si proches qu’elle était bien poreuse, la frontière entre le monde du travail et l’autre, celui du dehors. Et les luttes communes - car la vie ne nous fut pas toujours un long fleuve tranquille – se fondaient aussi sur l’amitié, et bien souvent sur l’affection qui nous liaient, basées en grande partie sur le respect qui les sous-tendait.

Le respect qui contribua à renforcer des liens de cette qualité prenait racine dans la rigueur qui fut un maître mot dans ces parcours d’enseignants dont on peut dire, sans risque d’excès, qu’ils furent en bien des points exemplaires. Car dès le début, leur enseignement a reposé sur la plus haute des exigences, celle de la probité intellectuelle et du refus des approximations et leur rapport aux étudiants s’il fut souvent bienveillant, ne fut jamais complaisant. D’où, là encore, ce respect qu’ils leur manifestèrent toujours, comprenant vite que ce que parfois ils prenaient pour de la sévérité n’était qu’une exigence de qualité qui prouvait en quelle estime ils étaient tenus par leurs enseignants.

En dehors de cet aspect déontologique, dirons-nous, qui fixait d’emblée les règles du jeu, le moindre de leur mérite ne fut pas d’avoir ouvert à tant d’étudiants les portes étroites mais gratifiantes du savoir, de la recherche, et, par-dessus tout, de les initier à la joie d’apprendre et de lire, élargissant leurs horizons et leurs esprits, renouvelant, innovant, prenant des risques – avec quel effarement certains ne découvraient-ils pas Le Dieu caché de Goldmann et avec quelle inquiétude ils se demandaient si cette intrusion d’un "deus absconditus" dans la lecture des tragiques était bien licite ! –

Certes, le chemin de la connaissance fut rude, parfois, et j’ai souvenir d’une douloureuse initiation à la linguistique, ardu quand il s’agissait d’assimiler pour les transmettre, les nouvelles approches d’une critique littéraire en pleine mutation. Mais, par contre, quel bonheur, jamais démenti, dans l’exploration des textes, dans la nouveauté du regard porté sur eux : comment lire Dib de la même façon après les travaux de Naget ? et dans la découverte incessante de textes inconnus: dans quel monde magique et douloureux nous plongeais-tu, Christiane, en nous offrant Gouverneurs de la rosée qui fit naître une véritable fascination pour les œuvres de la Caraïbe si lointaine, que nous découvrions avec cette émotion qui nous faisait pleurer à la mort de Manuel ! Aussi bouleversante, la plongée dans les littératures féminines qui nous fit faire ce voyage qui nous apprenait aussi sur nous-mêmes, passionnant et toujours inachevé, du Maghreb au Moyen Orient, de l’Afrique aux Antilles et de l’Inde aux Amériques !

Le partage fut au cœur de la relation privilégiée que nous avons « tricotée serré » durant toute une vie en dépit des accidents de parcours : partage intellectuel, de haute tenue, de ceux qui font avancer mais aussi et tout autant (et parfois plus) partage affectif, de sororité ! Que de larmes avons-nous versées ensemble, en ces moments tragiques auxquels nul n’échappe, le chagrin de l’une endossé par les autres ! Que de rires aussi, d’exaltation, de bonheurs multiples et de querelles sans bassesse !

Bien sûr, il y eut aussi les temps « déraisonnables » et les nombreuses blessures qu’ils drainèrent et les départs et les exils et les dangers, des plus évidents aux plus pernicieux. Et pourtant, toutes les déflagrations qui ont secoué notre monde et nos vies, n’ont pas réussi à effacer les liens qui se sont tissés au sein du département où l’une et l’autre ont joué un rôle majeur, comme en témoigne la présence en ce lieu de tant d’amis, rendue possible aussi par la volonté têtue de Afifa Bererhi qui a su, à un moment où tant de bras se baissaient de désespoir et de lassitude, nous forcer à recommencer en organisant contre vents et marées le beau colloque sur l’autobiographie qui disait : « nous sommes toujours là » et en récidivant de nombreuses autres fois avec Mina Bekkat, latiniste et helléniste distinguée, lectrice de Saint Augustin ! Et voici Ismail Abdoun, notre saharien habité à part égale par le désert et la poésie, et Dalila Morsly qui sait pourquoi elle m’est chère, et Zohra Siagh, revenue de Vienne « aux mille corbeaux » et Mourad, (bleu-quant-aux-yeux), citadin raffiné, chercheur brillant et amateur de haoufi, et Marie Françoise, que certains, en dépit des apparences, s’obstinaient à considérer comme ma jumelle, et ceux dont on oublie qu’ils furent d’abord nos étudiants, Benaouda Lebdaï, bien qu’angliciste et Assia Kacedali qui fit ses premières armes avec Camus !

Quelle fine équipe, quelle belle assemblée que celle-là, à laquelle se sont joints nos jeunes collègues qui sont l’avenir de cette université et sur lesquels pèse une bien lourde responsabilité face aux énormes défis de l’heure et nos amis venus d’ailleurs mais dont certains ne furent jamais des étrangers, pour témoigner de la santé et de la vie de la littérature et, je crois, de leur amitié pour ce pays, pour Christiane et Naget et pour nous tous ici.

J’ai bien le sentiment, rendant ce bref hommage, d’avoir été au bord de l’intime, de la confidence et de l’épanchement contre lesquels nous mettaient en garde nos maîtres, affirmant l’impérieuse nécessité de la retenue ! Mais évoquant les chemins parcourus, il m’était malaisé de séparer ce qui fut si solidement intriqué et difficile de faire abstraction de ce qui a contribué à donner son prix à toute une vie où le travail s’est si souvent identifié à l’amitié.

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