Thèse énoncée dès le début : 1 ère phrase. Thèse d’une âme, mais inférieure : «esclaves par nature … âme esclave, âme d’artisan, âme manuelle … esclaves-nés»





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titreThèse énoncée dès le début : 1 ère phrase. Thèse d’une âme, mais inférieure : «esclaves par nature … âme esclave, âme d’artisan, âme manuelle … esclaves-nés»
date de publication06.01.2017
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Corrigé La Controverse de Valladolid de Jean-Claude Carrière réalisé par Mme Mériaux

Axe 1 : La thèse de Sepúlveda

  • Thèse énoncée dès le début : 1ère phrase. Thèse d’une âme, mais inférieure : « esclaves par nature … âme esclave, âme d’artisan, âme manuelle … esclaves-nés ».

  • Argument d’autorité : Aristote

  • Donc, il s’agit de convaincre : logique, érudition

  • Insiste sur le caractère non-religieux des pratiques indiennes pour tenter de mettre le légat de son côté → flagornerie (=quand on veut plaire)

  • Sépulvéda est préparé → « tout un dossier » ; « liasse de feuillet » → lexique de la démonstration « à voix plate, compte-rendu … précis, indiscutable ».

  • Il dresse la liste de tous les aspects de la vie des Indiens : fabrication, industrie, nourriture, religion, guerre, mariage.

  • Le philosophe déclare inférieurs les indiens car ils n’ont pas les mêmes usages que les espagnoles → « … juste à copier les Espagnoles, ignorent le travail du métal, les armes à feux, la roue … changent de femme … ne se marient pas … n’aime pas la guerre… ne connaissent pas la valeur de l’argent »

  • Sépulvéda montre leur caractère sauvage : « portent leur fardeaux sur le dos… nourriture détestable » → comparaisons animales « Comme des bêtes … semblable à celle des animaux » + énumération de pratiques choquantes pour une assemblée de moines « se peignent grossièrement le corps ... sacrifices humains »

  • Ce qui concerne les colons est mélioratif → « leur supérieurs … noblesse et élévation du beau sacrement du mariage »

  • Sépulvéda définit le Indiens par la négation « incapables de … ignorant (répété 2 fois) + champ lexical très péjoratif « détestable … grossièrement … affreuses … haïssable … offensante … stupides … idiots … timides … lâches … peu de raison … sauvagerie » → représentatif du discours colonial

Axe 2 : La réfutation par Las Casas

  • « Mais » →connecteur marquant l’opposition

  • Interventions fréquentes de Las Casas, avec force →verbe « s’écrie » répété 2 fois + ponctuation expressive → Marquent indignation de Las Casas

  • Il qualifie la thèse de Sépulvéda de « vielle chanson » ce qui la rend invalide

  • Contre argument d’autorité : César, figure du conquérant mais aussi de l’envahisseur → lexique de l’aveuglement et de la destruction « s’aveuglait … ne pouvait pas voire … effaçons … détruisons »

  • Reprise du thème de l’argent divinisé par les Espagnoles, déjà évoqué dans sa 1ère intervention → lexique religieux « adorent … sacrifier corps et âme » → retournement de valeurs les Indiens sont plus sages que les espagnoles

  • Questions rhétoriques mettant en cause l’absence d’expérience de Sépulvéda « Y avez-vous goûté ? … ignorez-vous … qu’en savez-vous ? »Las Casas montre qu’il connait le terrain et décrédibilise Sépulvéda

  • Réfute du tac au tac le jugement de Sépulvéda sur la nourriture → effet de stichomythie (= échange du tac au tac de courtes répliques) « Ils mangent des œufs de fourmis et des tripes d’oiseaux … / - Nous mangeons des tripes de porc ! et des escargots ! » → reprise du substantif (= nom commun) «  tripes » et évocation d’un plat particulier, qui peut paraître aussi répugnant

  • Lexique laudatif pour parler de ce que les Indiens ont (au contraire de Sépulvéda qui parle de ce que les Indiens n’ont pas) « fruits … légumes inconnus … tubercules délicieux »

  • Rétablir la vérité : il n’y a pas de chevaux en Amérique, c’est pourquoi les Indiens portent leurs fardeaux sur le dos.

  • Las Casa accuse explicitement les espagnoles d’avoir accoutumé les Indiens au vin → et implicitement Las Casas affirme que c’était pour asservir les Indiens

  • Introduit la notion de différence, c’est-à-dire la relativité des valeurs d’un peuple à l’autre « différente de la notre … que signifie le mot « grossier » ? » et du libre arbitre « n’est-ce pas plutôt à eux de dire ce qui leur semble bon ou moins bon ? » → Las Casas remet en question la vision ethnocentriste des colons (= la tendance à juger bons que nos propres usages)

  • Las Casas est très offensif, comme toujours, mais on remarque qu’il donne à réfléchir au légat, sur la relativité des valeurs, par exemple : « … habitude, prise depuis l’enfance, que nous avons de nos propres usages, lesquels nous semblent de ce fait très supérieurs aux autres » → (clin d’œil de l’auteur à une citation de Montaigne « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » Les Essais, 1580/95) mais à la fin de l’extrait le légat demande cependant à Las Casas de rester silencieux

Conclusion :

On a vu en présence les deux thèses radicalement opposées : celle des peuples esclaves par nature, qui sert la colonisation et l’esclavage et l’autre, moderne et humaniste qui rejette l’ethnocentrisme et prône (=défend) l’égalité et la reconnaissance de l’altérité (=fait d’être différent) ainsi que du respect de ces différences. Ce problème date de la nuit des temps et n’est toujours pas réglé puisqu’il a des résonances fortes à notre époque.

Ouverture :

Ce texte traite de façon grave et solennelle les thèmes soulevés avec légèreté par Vercors dans Zoo ou l’Assassin Philanthrope

Autre version de la Lecture Analytique de l’extrait de la Controverse de Valladolid : « Oui, Eminence, les habitants du nouveau monde… restez silencieux. » de Jean Clause Carrière

À REGARDER UNIQUEMENT SI VOUS AVEZ DES MINUTES MANQUANTES MALGRÉ LE CORRIGÉ DE LA PROF

Jean-Claude Carrière est un écrivain, dramaturge, scénariste, essayiste, poète et conteur français né en 1931 à Colombières-sur-Orb dans l'Hérault. On compte parmi ses œuvres les plus connues les romans Lézard, La Controverse de Valladolid et L’Alliance, les recueils de poèmes Chemin faisant et Cent un limericks français, l’essai Fragilité et les scénarii de Belle de jour et du Charme discret de la bourgeoise. Il aime, étant un grand bibliophile, travailler sur des adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires. Cette passion lui vient de Pierre Etaix qui va le lancer dans l’écriture de scénario. Suite à cela, il collabore en tant que scénariste, pendant près de vingt ans, avec le réalisateur Buñuel, même si il a écrit également pour d’autres réalisateurs tels que Louis Malle, Miloš Forman, Jacques Deray, Jean-Luc Godard, Volker Schlöndorff, Nagisa Oshima, Michael Haneke et Atiq Rahimi par exemple et se noue d’amitié avec l’un d’eux, le metteur en scène, acteur réalisateur et écrivain britannique, Peter Brook. Artiste très polyvalent, Carrière s’est essayé également, aux métiers de traducteur, dessinateur et d’acteur. Il voyage beaucoup et s’inspire dans ses œuvres, des civilisations, peuples qu’il rencontre, sans pour autant en délaisser une part d’imaginaire. Cette passion pour l’Humanité lui vaut d’être très apprécié et par le public et par la critique : Il a ainsi été récompensé à de multiples reprises par des prix comme le Molière de l’adaptateur pour La Tempête, le César du meilleur scénario original pour Le Retour de Martin Guerre, l’Oscar d’Honneur aux Governors Awards et le prix spécial du jury court métrage au Festival de Cannes pour La Pince à Ongles. La Controverse de Valladolid est un roman écrit en 1992 qui relate, en s’inspirant de faits historiques réels, les débats qui ont eu lieu en 1550 au sujet de l’humanité des indiens d’Amérique. A la demande de Charles Quint, roi d’Espagne, Empereur des Deux Mondes et du pape Jules III, une controverse est organisée dans le but de déterminer le « statut » des indiens d’Amérique. Ainsi, un débat va s’ouvrir dans un monastère où s’affrontent le frère dominicain Bartolomé de Las Casas et l’historien, théologien Juan Ginès de Sepúlveda, dont les thèses sont totalement opposées : Le premier affirme que les Indiens possèdent, tout comme les occidentaux une âme, et que les réduire en esclavage est un acte abominable, tandis que l’autre les considère comme des animaux que l’on peut domestiquer et faire travailler durement, au même titre que des bœufs ou des chevaux. Un légat du pape est présent pour écouter chacun des partis et prendre la décision finale qui parviendra ensuite au Pape et à Charles Quint. Il finit par reconnaître l’Humanité des indiens, mais, conscient du gouffre économique qui se présente à l’Espagne, il encourage la déportation d’esclaves noirs de l’Afrique vers l’Amérique, ce qui ouvre la porte au commerce triangulaire. Dans cet extrait, Sepúlveda tente de développer sa thèse et de l’argumenter mais il est fréquemment coupé par Las Casas qui s’oppose avec force à chacun de ses arguments, si bien que le légat du Pape est contraint de le rappeler à l’ordre. En quoi les thèses du théologien et du frère dominicain s’opposent-elles ? Dans un premier temps, nous nous intéresserons à l’opposition des opinions de chacun des protagonistes, puis nous verrons que l’une d’elles prend le dessus sur l’autre.

Sepúlveda expose sa thèse alors que Las Casas ne fait que le contredire ce qui donne lui a un dialogue comme le montre l’omniprésence des tirets : une voie en contredit une autre. Le discours directe rend la discussion plus vivante et permet au lecteur de se plonger dans la scène comme si il y était. L’auteur a mis ce procédé en place de façon à ce que son lecteur ressente l’opposition entre Las Casas et Sepúlveda. L’opposition des deux thèses est marquée par l’utilisation de prépositions comme « sauf » ; d’adverbes tels que « Mais », de locution adverbiales semblables à « Encore que ». On peut constater l’omniprésence de la négation, là encore une preuve de contradiction entre les deux protagonistes. En voici quelques exemples figuratifs : « n’en disconvient pas » ligne 4 ; « ne pouvons pas » ligne 13 ; « n’a pas » ligne 16 ; « ne le surprend pas » ligne 32 ; « N’est-ce-pas » ligne 38 ; « ne vous-t-on pas apprit » ligne 45. Le registre polémique est également très présent : En effet, la ponctuation est très expressive, on remarque de nombreux points d’exclamation et d’interrogation, des interjections comme « Eh Bien ? » par exemple, les protagonistes ne font que réfuter les arguments de leur adversaire : Certaines questions rhétoriques telles que : « Et pourquoi jugez-vous leur nourriture détestable ? » le prouvent. On peut également constater des prises à partie directe, semblables à « qu’en savez-vous ? », ou bien à « Y avez-vous gouté ? ». Dans les paroles de Sepúlveda, on peut relever le champ lexical de la servitude chez le théologien : « esclaves par nature » ; « description d’Aristote » ; « l’âme esclave » ; « esclave-nés » et de l’infériorité des indiens « incapables » ; « des Espagnoles, leurs supérieurs » ; « stupides » ; « détestable » ; « grossièrement » ;  « peu de raison » ; « timides » ; « lâches » renforcé par la comparaison « comme nos enfants et nos idiots ». De plus, on peut noter la répétition « ignorent ». On comprend alors clairement qu’il conçoit les indiens comme rien d’autres que des esclaves. Le théologien les animalise également comme le montre les comparaisons « comme des bêtes » et « semblables à celle des animaux » et le substantif « sauvagerie ». Son mépris envers eux est marqué par les deux superlatifs « la plus haïssable » et « la plus offensante à Dieu » qu’il met en valeur avec la prétérition « Je ne reviens pas sur les sacrifices humains » qui montre bien l’ignobilité de leur culte. Le groupe nominal « sacrifices humains » vise, notamment à choquer l’auditoire. Avec ce dernier superlatif, il pousse le mépris à l’extrême en montrant que même pour Dieu, mes pratiques indiennes sont répugnantes : C’est un argument très important puisque que chaque personne dans la salle est très croyante. Rappelons que l’histoire se déroule au XVIème siècle et qu’à l’époque la religion, toute puissante, pouvait justifier tout acte de violence. Toute personne qui ne croyait pas pouvait être punie de mort, c’est pourquoi Sepúlveda insiste là-dessus encore une fois lorsqu’il parle du mariage : « Ils ignorent, de toute évidence, la noblesse et l’élévation du beau sacrement du mariage ». Le nom « sacrement » rappel, en effet, l’idée de l’influence divine dans la vie de tous les jours pour les occidentaux. Sepúlveda cherche ainsi à montrer que si Dieu ne s’est pas manifesté aux indiens, c’est donc qu’ils ne sont pas des hommes. Le narrateur nous explique lui-même la technique d’argumentation de Sepúlveda avec la comparaison « comme un compte rendu précis, indiscutable », notamment avec les adjectifs « précis » et « indiscutable »explicitant ainsi l’objectivité apparente du théologien. Cette façon d’argumenter est assez universitaire, il fait un exposé et semble en suivre la méthode à la lettre puisque qu’il resitue au début de son explication l’objet de son étude avec la périphrase qui lui permet d’annoncer, d’emblée sa thèse : « les habitants du nouveau monde sont des esclaves ». Sepúlveda se présente comme tel aux autres personnages puisqu’il cite Aristote, comme argument d’autorité, à la ligne 2 : « En tous points conformes à la description d’Aristote » et a monter, selon le narrateur « tout un dossier » dans lequel sont répertorier toutes les observations sur les indiens dont il se sert d’arguments. Il nous ait dit à plusieurs reprise, au discours indirecte, qu’il utilise les pages de son document comme aux lignes 5 à 6 : « Il en saisit le premier feuillet », puis à la ligne 26 : « Sepúlveda prend une liasse de feuillets ». Cela donne l’impression d’un homme qui à préparer son argumentation et qui connait son sujet et qui a des preuves concrètes de l’inhumanité des indiens. De plus, le théologien se montre certain de ce qu’il dit avec l’expression « de toute évidence » et l’utilisation du présent de vérité générale, omniprésent dans son exposé : « sont » ligne 1, 30 ; « est » ligne 9, 29, 33 ; « ignorent » 28, 34, 35 ; « portent » ligne 28 ; « se peignent » ligne 29 ; « adorent » ligne 30 ; « changent » ligne 33 ; Il énumère les pratiques des indiens des lignes 28 à 31 « Ils ignorent l’usage du métal … de leur état » puis fait de même des lignes 33 à 36 : « J’ajoute qu’on les décrit … le verre cassé des barils », avec ce présent de vérité générale dans des phrases de même construction syntaxique : On retrouve toujours le pronom « ils » suivit du verbe et de ses compléments. Ces procédés visent à lui attribuer un semblant d’objectivité : En effet, ils paraissent neutres à première vue, mais le locuteur y dissimule sa propre opinion de façon à convaincre, à nous convaincre que les indiens sont des bêtes qu’il convient d’exploiter, selon lui. On comprend, grâce à cet énumération, qu’il nous présente un raisonnement par analogie : En effet, il se réfère pour attribuer aux indiens leur statut d’esclave, à son propre mode de fonctionnement, celui des occidentaux, d’après l’énumération, à la ligne 28, de certaines inventions des occidentaux : « Ils ignorent l’usage du métal, des armes à feu et de la roue. », un peu plus loin, on retrouve le groupement sujet/verbe « Ils Ignorent », en anaphore, suivit, là encore, d’une invention occidentale, la monnaie, à le ligne 35 : « Ils ignorent aussi la nature de l’argent et n’ont aucune idée de la valeur respective des choses », mais aussi à la ligne 34, suivit, cette fois, d’une coutume : « Ils ignorent, de toute évidence, la noblesse et l’élévation du beau sacrement du mariage ». Las Casas, quant à lui, pense tout le contraire de Sepúlveda. Pour lui les indiens sont des hommes. II remet en doute toute les affirmations de Sepúlveda avec de nombreuses questions rhétoriques : Lorsque Sepúlveda justifie l’aptitude à être esclave des indiens, le frère lui répond par exemple « Parce qu’ils n’adorent pas l’or et l’argent au point de leur sacrifier corps et âme, est-ce une raison pour les traiter de bêtes ? N’est-ce pas plutôt le contraire ? ». On comprend donc que ces deux orateurs s’opposent aussi par leur stratégie argumentative, puisque Sepúlveda donne des affirmations concernant les indiens alors que Las Casas ne fait que les remettre en question. Cette différence peut se justifier par le fait que Sepúlveda et Las Casas ne jouent pas, ici des rôles similaires : En effet, le premier est censé exposer sa thèse, comme l’indique le chapeau du texte : « Sepúlveda, le philosophe, expose sa thèse selon laquelle les Indiens sont des sous-hommes » . On peut donc en déduire que ce n’est pas le tour de parole de Las Casas. Ce dernier qualifie les colons « d’envahisseurs » à la ligne 10. Le frère dominicain retourne donc la vision proposée par le théologien, en critiquant, non pas les Indiens, mais les colons espagnoles. Aux lignes 42 à 43, il en va de même : « Ils mangent des œufs de fourmis, des tripes d’oiseaux… Nous mangeons des tripes de porc ! Et des escargots ! ». Ici, le frère dominicain reprend la même construction syntaxique que son adversaire. Il change juste le sujet à la troisième personne du pluriel par une première personne du pluriel, et pour insister sur la proximité des Indiens et des Espagnoles, il répète le substantif « tripes » et réalise une rime en « o » avec les mots « oiseaux » et « escargots », en formant comme une sorte de chiasme. On remarque, cependant, que contrairement à son opposant, Las Casas apporte très peu d’éléments sur les indiens, si ce n’est 45 à 48 : « Mais ne vous a-t-on pas … qu’en s’avez-vous ? ». Son ton est, alors très laudatif comme en témoigne l’adjectif « délicieux », exactement à l’inverse de celui de Sepúlveda.

Las Casas et Sepúlveda sont donc deux personnages que tout oppose : Aussi bien leur opinion sur le statut des indiens d’Amérique, que leur rôle dans ce texte : l’un expose, l’autre contredit, que dans leur stratégie argumentative. Celle de Las Casas s’avère être la plus efficace.

C’est au tour de Sepúlveda d’exposer sa thèse, Las Cas intervient alors qu’il n’en a pas le droit. Il le prend. Pour ce fait, on remarque que ce dernier emploie un ton très agressif : En effet, la ponctuation est très expressive, seulement dans ses paroles et non dans celle de Sepúlveda. Les arguments du frère dominicain sont beaucoup plus « audibles » que ceux du théologien. D’une part, parce que Las Casas parle le plus dans cet extrait : Sa longue réplique des lignes 10 à 16 en atteste, c’est la plus longue du texte. D’autre part, Las Casas est presque en train de crier pour donner son avis comme en témoigne le verbe « s’écrie » ligne 10 puis répété ligne 37. On le remarque notamment dans des phrases exclamatives comme « Mais on nous chante une vielle chanson ! ». L’emploi du pronom personnel « on », pronom généralisant, nous indique que Las Casas ne considère pas les propos de Sepúlveda comme fondés : Il les présente comme des rumeurs. De plus, par ce procédé, il retire à Sepúlveda son objectivité : Par ce procédé, Sepúlveda n’est plus un spécialiste, c’est une personne des plus communes. Las Casas développe d’avantage son argument par analogie que Sepúlveda développe son argument d’autorité: Des lignes 10 à 16 : « -Mais on nous chante une vielle chanson … nous le détruisons à jamais, pour dire ensuite : ça n’a pas existé. », il nous parle, en effet, de ce que prétextait César pour justifier l’asservissement des Gaulois et assimile cette pratique à ce que faisait les Espagnoles aux indiens. Il nourrit sont argumentation avec le complément circonstanciel de temps « De tout temps » ligne 10 en lui conférant une très grande objectivité : Il présente un exemple reconnus de tous, ce qui nuit à l’argumentation de Sepúlveda. Avec la négation associée au verbe « pouvoir » au présent à valeur d’impératif à la ligne 13 dans : « Nous ne pouvons pas retenir ici cet argument ! » est encore une exclamation très forte de Las Casas qui en une phrase réduit à rien tout ce que vient d’exposer Sepúlveda. Cette phrase, qui est mêlée à l’argument par analogie du frère dominicain, met à mal, dès le début du texte la thèse du théologien. Le comportement du légat du Pape montre que l’argumentation de Las Casas est beaucoup plus efficace que celle de Sepúlveda : À la ligne17, on retrouve une proposition relative qui en atteste « qui n’a pas interrompu le dominicain », le légat a donc laissé le frère dominicain s’exprimer alors que ce n’est pas son tour. L’adjectif « attentif » et le verbe « s’intéresse » montre que le légat est captivé par les dires de Las Casas. L’emploi du discours indirecte des lignes 18 à 20 : « Il fait remarquer qu’il s’agit … très supérieurs aux usages des autres. » nous fait comprendre que le légat sous-titre les arguments de Las Casas, y adhère alors qu’il est supposé être neutre. Ce discours indirect donne un semblant d’objectivité à cet argument de Las Casas, notamment grâce à l’emploie de tournures impersonnelles comme « il s’agit » et du pronom personnel « nous ». Le lecteur se sent, en effet, concerné par de telles tournures. Pour défendre les Indiens, Las Casas a un discours assez frappant : Il critique très fortement les agissements des Espagnoles et les juge responsables des abus des Indiens. On en retrouve un exemple frappant à la ligne 45 : « -Et nous avons tout fait pour les y encourager ! ». Cette phrase exclamative est introduite par la conjonction de coordination « Et », ce qui illustre que Las Casas utilise les propos de Sepúlveda contre ce dernier et de façon extrêmement violente, puisqu’il s’agit d’une exclamation. L’expression « tout remettre en question » est ici employée au pied de la lettre par le frère dominicain. Ce dernier contre en effet, chaque argument de son adversaire par une question. Pour ce fait, il répond en employant le même procédé que Sepúlveda, par une accumulation. C’est le cas des lignes 37 à 38 « -Eh bien ? … le contraire ? », des lignes 40 à 41 : « Et pourquoi jugez-vous … la trouver répugnante ? » et des lignes 45 à 48 : « Mais ne vous a-t-on pas … « grossier » ? ».  On comprend alors que Sepúlveda se fait prendre à son propre jeu, c’est donc un tour de force de Las Casas. Toujours dans ce principe de figures d’insistance, nous pouvons remarquer une anaphore en « Et » aux lignes 40 et 45. Cela amplifie le nombre d’argument en défaveur de Sepúlveda. On a l’impression qu’il y en a une infinité. Las Casas nous submerge d’arguments. Les répliques de Sepúlveda sont également un indicateur qui montre que le théologien perd pieds dans ce passage. À la ligne 42 : « -Ils mangent des œufs de fourmi, des tripes de d’oiseaux… », on peut noter les points aposiopèses à la fin de sa phrase. Et tant donné que c’est Las Casas qui prend la parole ensuite, on se doute qu’il a coupé la parole à Sepúlveda, autre preuve de son talent d’orateur. On constate à la ligne 39 la petite phrase de Sepúlveda : « Vous déviez ma pensée », sa prise de parole est très brève, Las Casas ne le laisse pas se défendre. Encore une fois, le théologien est dépassé. Las Casas emplie aussi tout un tas de procédés qui visent à ridiculiser son adversaire : Il le présente comme ignorant, notamment avec les verbes « ne vous a-t-on rien appris » ligne 45 ou encore « ignorez-vous » ligne 47 ainsi qu’avec la formule interrogative « qu’en s’avez-vous ? » ligne 48. L’utilisation des guillemets à la ligne 48 « Que signifie le mot « grossier » ? » nous fait également ce même effet, Las Casas montre bien que Sepúlveda n’emploie pas des termes appropriés pour argumenter. C’est guillemets rendent ridicule le théologien. Le narrateur présente Las Casas comme très à l’aise dans son argumentation, surtout à la ligne 32 « Tout cela ne le surprend pas. », ce présent d’énonciation nous indique que frère Bartolomé connaît parfaitement son adversaire, que les dires de ce dernier de le mettent pas mal à l’aise. Las Casas a anticipé le coup de Sepúlveda, il a un tour d’avance. Nous l’avons dit la ponctuation est expressive dans le discours du frère dominicain. Cependant, cela nous montre aussi autre chose, une chose qui avantage grandement Las Casas : Il parle avec passion, il parle avec franchise. Le lecteur est persuadé que Bartholomé croit profondément à ce qu’il dit. Chose qui ne se fait absolument pas sentir dans le discours de Sepúlveda qui est plutôt dit sur un même ton. Las Casas prend toute la place dans ce passage, si bien qu’il est tout proche de dépasser le légat. Cela lui vaut d’ailleurs une remarque de ce dernier à la fin du texte au discours direct : « -Frère Bartolomé, dit le légat, vous aurez de nouveau la parole, aussi longtemps que vous voudrez. Rien ne sera laissé dans l’ombre, je vous l’assure. Mais pour le moment, restez silencieux. » à la ligne 49. Cela prouve que Las C asas monte tellement en puissance que cela n’est plus soutenable pour personne. Les futurs simples, temps de la certitude, « aurez » et « voudrez » montre cependant une certaine indulgence du légat, il lui promet par l’adverbe « aussi longtemps » un temps de parole. Son ton est neutre et posé comme pour ne pas l’irrité. Dans le comportement du légat, on perçoit ainsi une sorte de crainte que Las Casas ne reprenne encore la parole.

L’étude de cet extrait nous a donc permis de démontrer que Sepúlveda défend la thèse inverse à celle de Las Casas, cependant ces deux protagonistes s’opposent aussi par leur façon d’argumenter. Ainsi, on se rend bien compte que Bartolomé a une argumentation beaucoup plus efficace et d’ailleurs, il est tout puissant dans cet extrait. La suite de l’œuvre nous montrera, en effet, que les dessins du frère dominicain se réalisent puisque que le légat du pape proclamera que les indiens sont des hommes. Mais ce verdict ne convient pas tout à fait à Las Casas puisque le légat autorise et encourage l’exploitation des esclaves noirs africains, pour des raisons économiques. En effet, s’il n’y avait plus eu d’esclave en Amérique, l’Espagne aurait pu faire une croix sur les richesses que lui apportait le Nouveau Monde. On retrouve cet enjeu économique dans Zoo ou l’Assassin Philanthrope de Vercors : Là aussi le verdict rendu permet à un pays de continuer à s’enrichir, puisque la décision du jury sauve les textiles anglais.

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