Littérature et anatomie (xvie-xviie siècle) / Théophile Gautier, pp. 155-177]





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La langue, enjeu littéraire dans les écrits des auteurs antillais ?




[paru dans les Cahiers de l'Association Internationale des Etudes Françaises, n° 55, mai 2003, "Les études françaises dans les pays scandinaves / Littératures des Antilles / Littérature et anatomie (XVIe-XVIIe siècle) / Théophile Gautier", pp. 155-177]




La question de la langue est au cœur de toute littérature à des degrés divers1, mais se trouve plus particulièrement incontournable quand on s’intéresse à la littérature des Antilles, région marquée par l’utilisation quotidienne de deux langues (le créole et le français). J’ai pu souligner cette importance de la langue, au-delà des textes de ce que l’on appelle les « grands » auteurs littéraires des Antilles, dans une littérature qu’on pourrait qualifier de « mineure » mais qui mérite d’être lue précisément dans une perspective linguistique2.




On comprendra très vite, à partir de quelques exemples, la nécessité de s’attacher à la langue lors de tout travail sur la littérature antillaise. Nous n’oublions pas que le fait de ne pas directement comprendre le sens de certains mots ou expressions est vanté par quelques enseignants comme un charme de plus à porter au crédit du « flou artistique » ; mais nous leur répondrions volontiers que c’est encore mieux quand on comprend ! On le verra ici, en introduction à cet article, à propos de trois mots employés dans les œuvres d’auteurs antillais qui sont de fait à peu près incompréhensibles pour le lecteur non averti, même si une courte traduction est donnée en note par l’auteur.




C’est d’abord le cas de « chabin » : la parution récente d’un article de Franck Degoul intitulé « Le Diable, les deux Indiens et le Chabin. Une illustration en récit de l’imaginaire du pacte diabolique en Martinique »3, montre déjà bien que ce terme qui se retrouve largement chez tous nos auteurs antillais n’est pas à entendre seulement comme référant à « l’un des phénotypes des Antilles ». Le chabin est certes considéré comme étrange du fait de ses traits physiques particuliers (blondeur ou rousseur des cheveux et peau claire, alliés à des traits « négroïdes ») dans des régions où dominent un phénotype « africain » ; mais cette étrangeté (cette façon d’être différent des « autres » ou du moins de l’image globale que l’on se fait un peu rapidement de « l’Antillais »), le rattache très vite à un « autre monde », d’où ses connivences supposées avec un au-delà en particulier maléfique. Le chabin est considéré comme entrant en relation avec le diable, et de ce fait, inspire la crainte, la méfiance – ce qui ne fait que l’enfoncer plus profondément dans la « différence » en raison de la mise à l’écart. Revus avec cette dimension (fondamentale dans l’univers antillais), les chabins de Chamoiseau et de Confiant, pour ne citer que ces auteurs, prennent une autre dimension, et leur apparition dans le cadre d’un roman est donc chargée d’une signification qu’un lecteur non averti ne perçoit pas – au détriment de la compréhension du sens véritable.




1 Le site que j’ai réalisé au cours de l’année 2001-2002 (analilit.free.fr) pour guider tout particulièrement les étudiants de Lettres Modernes, veut précisément montrer ce qu’apporte au lecteur la prise en compte et l’analyse des faits linguistiques pour la compréhension des grandes œuvres de la littérature française.

2 Cf. ma communication sur Michèle Lacrosil : Sapotille et le serin d’argile, à Bordeaux en mai 2002, à paraître dans un Hommage à Jack Corzani : « Antillais et Africains dans Sapotille et le serin d’argile : langue et représentations ».

3 In Au visiteur lumineux, de J. Bernabé, J.L. Bonniol, R. Confiant et G. L’Etang, éds., Ibis Rouge, 2000, pp. 437-450. Cf. également la thèse publiée de F. Degoul : Le commerce diabolique. Une exploration de l’imaginaire du pacte maléfique en Martinique, Ibis Rouge Editions, 2000, 207 p.

Le nom de Sapotille, porté par l’héroïne de Michèle Lacrosil, risque aussi de rester fort énigmatique pour le lecteur4 du roman, malgré l’allusion au fait que ce prénom ne va pas à Sapotille (propos de son mari, qui voudrait la voir s’appeler Monique, alors qu’elle-même tient à ce « prénom » qui lui vient de sa mère). On nous dit certes que la sapotille est un fruit aux Antilles, mais qui ne le connaît pas et qui ne connaît pas l’expression « on ti-po sapotille » - dite pour désigner une jolie mulâtresse claire, ne peut comprendre les réserves du mari de l’héroïne, qui de fait juge le prénom inadapté pour sa femme parce qu’elle est très noire, trop noire ; ainsi se trouve résumé tout le sujet du roman : la souffrance de Sapotille rejetée partout en raison de la couleur de sa peau.




Enfin, Chamoiseau dans Texaco parle à propos d’Esternome de sa « tête-mabolo » (p. 98)5, expression qui ne peut apparaître que dénuée de sens au lecteur qui n’aura pas entrepris une recherche approfondie sur la valeur à accorder à ce mot aux Antilles (sens différent d’ailleurs de celui qui est donné à « mabolo » à la Réunion).




On voit s’il était encore besoin de le démontrer, à quel point la compréhension la plus élémentaire d’un texte suppose de connaissances pour avancer dans des œuvres dont les auteurs, baignés dans leur culture, ont sans doute l’impression que les significations sont « naturelles » et que tous les lecteurs y accèdent, ou bien – ce qu’il ne faut pas exclure, notamment chez Chamoiseau -, qu’ils recherchent un certain « hermétisme », réservant ainsi la place à plusieurs lectures possibles – ce à quoi nous ont habitués nombre d’écrivains de la littérature française (je ne citerai ici qu’Apollinaire en exemple).




4 Michèle Lacrosil : Sapotille et le serin d’argile, Gallimard, 1960.

5 Si l’interprétation exacte de « mabolo » est difficile (le mot ne figure dans aucun des dictionnaires de la Caraïbe que nous avons consultés), on trouve une mention peu explicative, il faut le dire, dans E. Jourdain dans le « vocabulaire de la flore » (1956, p. 281 : malais : dyospiros philippensis) qui concorde avec l’attestation qui est donnée de « mabolo » ou « manbolo » dans l’Océan Indien (cf. R. Chaudenson, 1974, pp. 303, 1064) où il est explicitement fait mention d’un fruit (Diospyros embryopteris) et d’un arbre qui seraient originaires des Philippines, explication que mentionne également A. Bollée dans le DEC II, p. 269, reprenant l’analyse de Chaudenson : « esp. d’arbre et son fruit qui a une peau veloutée et rousse et une odeur désagréable (on le nomme parfois tay sat ou kaka sat ‘caca de chat’) ». Les deux auteurs signalent le mot parmi les termes d’origine douteuse ou inconnue. La similitude du mot aux Antilles et dans l’Océan Indien est troublante, ainsi que l’origine « malaise » ou « philippine » avancée, et l’on ne peut douter de la référence concrète. Mais l’on ne peut pour autant savoir ce qui est mis en avant aux Antilles dans l’utilisation métaphorique de « tête-mabolo » : est-ce la rousseur, l’odeur, la forme ? Les métaphores de fruits sont fréquentes pour caractériser des parties du corps humain ; on évoquait plus haut l’expression « une petit peau de sapotille » pour caractériser la couleur et l’aspect de certains visages féminins, mais aussi toutes les références à la mangue, à la « calebasse », etc. D’après L.F. Prudent (communication privée), « tête mabolo » serait une expression moqueuse entendue fréquemment dans la bouche des enfants (plutôt les garçons) lorsqu’ils se taquinent ou se défient dans la cour de l’école, ou lorsqu’ils se moquent, non sans méchanceté, d’un adulte, handicapé ou non. Deux significations voisines mais distinctes semblent survivre aujourd’hui : la première plus physique, s’appliquait autrefois au petit garçon qui revenait de chez le coiffeur avec les cheveux coupés ras. Elle renvoie aux bosses et autres irrégularités du crâne, apparentes ou même soulignées par le poil court : on l’utilise encore aujourd’hui pour charrier une personne qui a « une drôle de bouille »... La deuxième signification touche à une zone plus mentale. Quelqu’un de ridicule ou qui divague et délire, qui « perd la tête » sera l’objet de la risée des autres et on lui lancera de sonores et méchants « tête mabolo » à la face. Dans le contexte, ce serait sans doute cette acception qui prévaudrait : « dans sa tête déjà fatiguée de vieux fou, de foldingue... » .

Les Antillais semblent ainsi ignorer l’allusion très présente dans l’Océan Indien à la mauvaise odeur du fruit, à sa couleur rousse, mais y voient plutôt donc soit une allusion à des bosselages, que nous n’avons pu vérifier car nous n’avons jamais vu le fruit (qui ne semble plus connu maintenant : Prudent, en nous livrant ses considérations sur l’usage, ne faisait pas allusion au fruit et avouait son ignorance de l’étymologie de « mabolo »), soit une référence à la perturbation mentale d’un individu.

Quand nous parlons d’« enjeu » pour les littératures antillaises, c’est précisément ce à quoi nous nous référons : que peut-il découler de l’usage des langues pour ces littératures qui, de façon subtile, mêlent français et créole, révélant ainsi à la fois les pratiques quotidiennes aux Antilles, mais effectuant aussi un recours symbolique à ces formes pour dire plus et autre chose que ce que laisse transparaître une lecture au premier niveau, souvent jugée déjà laborieuse par les non-Antillais, alors même qu’elle ne va pas au-delà d’une « traduction » immédiate, hors contexte et hors situation ?




Panorama historique de la littérature des Antilles




Il convient de mentionner d’entrée de jeu aux Antilles la présence très réelle, à côté d’une littérature francophone plus ou moins connue, d’une littérature partiellement ou totalement en créole. Un bref panorama historique de la littérature antillaise, effectué en croisant les genres représentés et les langues utilisées, montre des corrélations entre langue et choix du genre : on a assez peu de romans écrits en créole, tous mondes créoles confondus (on pourrait tout au plus citer vingt-cinq à trente titres), alors que les poèmes en créole sont en très grand nombre, et que l’on dispose même de ce fait, de nombreuses anthologies de la poésie. On peut voir là les conséquences de la difficile question que se posent souvent les linguistes : comment « tenir la distance » lorsque l’on recourt à une langue encore peu instrumentalisée, qui n’a pas pu clairement démarquer le narratif du dialogique, qui n’oppose pas nettement le discours et le récit, et qui peine en particulier à recourir à la langue de la narration – celle-ci impliquant souvent l’existence du style indirect, voire de temps du récit, ce qui la distingue assez nettement de la langue parlée, alors que les dialogues peuvent s’écrire comme une quasi-reproduction de l’oral. Le premier roman en créole de Raphaël Confiant, qui date de 1985 (Bitako-a) montre clairement cette difficulté : rédigé largement sous forme de dialogues, il se distingue par là en partie des romans ultérieurs dans lesquels l’auteur a pu tenter de recourir, même si les dialogues y demeurent abondants, à une langue de la narration, qui si elle n’est pas grammaticalement différente de la langue des dialogues, introduit pourtant le jeu d’une certaine distance.




Cette remarque introductive sur l’usage de la langue créole ne gomme pas la référence à une littérature écrite en français qui existe dans les colonies françaises à peu près dès l’origine. Sauf exception d’ailleurs, on soulignera que cette littérature en français n’a pas laissé un souvenir impérissable. Mais il faut dire aussi que ceux qui s’intéressent aux mondes créoles s’intéressent surtout, au XVIIIe siècle, aux travaux des chroniqueurs et des « historiens », souvent des missionnaires cultivés, et que bien peu de recherches ont été faites sur la bibliothèque du colon6 : les ouvrages qui la composent principalement ne sont d’ailleurs guère des œuvres locales avant le XIXe siècle.




Parmi les oeuvres francophones romanesques des Antilles, on mentionnera des ouvrages comme les romans de Prévost de Sansac (par exemple Les amours de Zémédare et Carina et description de la Martinique) de J. Levilloux (Les créoles ou la vie aux Antilles), ou encore ceux de René Bonneville7 au XIXe siècle, et tout au long du XXe siècle, sans prétention à l’exhaustivité, des romans écrits, le plus souvent par des auteurs antillais, qui auront pour cadre les Antilles et pour thématiques les difficultés et problèmes en référence avec le monde antillais (on citera en vrac Joseph Zobel, Michèle Lacrosil, Maryse Condé, Edouard Glissant, Simone Schwarz-Bart…), en rappelant aussi les noms de poètes comme Guy Tirolien, Paul Niger, etc. Quelques auteurs très célèbres, mais qui n’ont jamais écrit en créole, comme Aimé Césaire, ont contribué aux développements de la littérature française, et figurent dans les anthologies de la littérature française, ou ne sont rattachés, timidement, aux Antilles que tout récemment8 (comme St John-Perse, par exemple9). Il s’agit d’ailleurs là surtout de poètes ou d’hommes de théâtre10.

6 On signalera le travail passionnant entrepris par Danièle Bégot : « Une bibliothèque de colon à la fin du XVIIIe siècle : Antoine Mercier à La Ramée » (Créoles de la Caraïbe, Alain Yacou, éd., Karthala – CERC, 1996, pp. 123-141).

7 Ces romans et quelques autres ont été republiés en 1977, aux Editions des Horizons Caraïbes dans un recueil en trois tomes qui porte le titre de Romans antillais du XIXe siècle.




Entre le XIXe et le XXe siècles (mais il y avait déjà quelques textes au XVIIIe siècle), se sont développées les prémisses d’une littérature en créole. Pour la période qui va des origines à la fin du XIXe siècle on peut être presque exhaustif11. La liste que l’on peut établir met en évidence surtout le recours à des genres courts, et proches de l’oral, qui ont souvent une vocation au divertissement. On peut citer comme particulièrement caractéristiques les importants développements de la fable au XIXe siècle. Adaptées de La Fontaine ou de Florian, ces fables mettent en scène, dans les divers mondes créoles, des personnages le plus souvent animaux mais qui évoluent dans cet univers créole : sont présentées les réalités locales, les histoires sont revues et corrigées en fonction de la société locale, et les morales également sont réécrites pour divertir les planteurs blancs à qui ces fables sont plus directement destinées. Ainsi, les repas du rat des villes et du rat des champs sont-ils composés de tous les mets créoles appréciés (on est bien loin des ortolans), tandis que l’Agneau (dans le Loup et l’Agneau) est heureux de rappeler qu’il est un bâtard quand le Loup lui propose « Si ce n’est toi c’est donc ton père », avant d’en arriver au frère ! Les effets de décalage (historiques, géographiques, sociaux) engendrent la gaîté de l’auditoire, ainsi que la rupture du ton lié à la langue créole avec laquelle on cultive une simplicité de ton, voire une familiarité, qui souligne la transposition et encourage le rire : ainsi les grandes pièces classiques, transposées en créole, y compris les tragédies, deviennent des occasions de rire, les auteurs pratiquant souvent, au-delà du décalage temporel ou géographique, un décalage stylistique, et introduisant des termes volontairement familiers ou même crus, et donc déplacés.




A partir du XXe siècle où la littérature en créole est beaucoup plus abondante, on notera :

  1. - que des auteurs peuvent s’illustrer aussi bien en créole qu’en français : on pense à Gilbert de Chambertrand qui a donné par exemple des pièces de théâtre (en français et en créole dans les années 1917-1920 telles L’honneur des Monvoisin, mais aussi des nouvelles (Titine Grosbonda, 1947), ou même un roman sentimental (Cœurs créoles, 1958) en français.

  2. - Le rôle d’encouragement à l’égard du créole et de l’écrit créole joué par des organismes comme l’ACRA (Académie Créole des Antilles) dans les années 1940-1960 en particulier (rappelons quelques noms de membres de l’ACRA : Rémy Nainsouta (Secrétaire ermanent), Gerty Archimède, Florette Morand, Gaston Bourgeois, Ancelot Bellaire, Roger Fortuné, Joseph Hazaël-Massieux, Bettino Lara, pour n’en citer que quelques-uns12). Mais il faudrait citer aussi les « Jeux floraux » qui récompensaient chaque année les meilleurs écrits créoles, et l’organe de publication que constituait La revue guadeloupéenne : on y trouve des articles, de petits textes, des poèmes publiés en créole, comme l’a montré Gilberte Coranson dans son mémoire de DEA en établissant le relevé des principaux textes parus entre 1940 et 197013.



8 La distinction littérature française / littérature francophone, sans doute très discutable, est une donnée apparemment acceptée par la critique universitaire et qui se répercute dans les disciplines universitaires. Sur ce point on lira avec profit l’article de M. Beniamino ; 1995 : « Les études francophones : esquisse d’une problématique », in Etudes créoles, vol. XVIII n° 2, 1995, n° spécial « Littératures francophones », éd. M. Beniamino, pp. 13-30, et surtout son ouvrage de 1999 : La francophonie littéraire. Essai pour une théorie, Paris, L’Harmattan, UPRESA 6058 du CNRS – Université de la Réunion, 462 p.

9 Ce n’est que tout récemment que l’on s’est avisé d’une « antillanité » de St John-Perse.

10 Pour plus de détail sur cette littérature francophone des Antilles, on se reportera à Jack Corzani, Léon-François Hoffmann, Marie-Lyne Piccione, 1998 : Littératures francophones – II. Les Amériques. Haïti, Antilles-Guyane, Québec, Paris, Belin-Sup, PP. 85-184 (partie rédigée par J. Corzani).

11 Cf. tableau en annexe.

A contrario, on soulignera :

  1. - L’effet inhibant sur l’écrit créole généré par les Prix littéraires récompensant des œuvres en français, en particulier à époque récente, qui encouragent la production de la littérature francophone particulière des écrivains de la créolité : on pense au Goncourt attribué à Chamoiseau pour Texaco en 1993, au Prix Novembre donné à R. Confiant pour Eau de café, au Prix Carbet décerné chaque année (récemment à Ernest Pépin), etc.

  2. - Les fonctions de la « publicité », qui agit bien au-delà des Antilles : les écrivains des Antilles peuvent tous signaler qu’ils sont traduits dans de très nombreuses langues, et P. Chamoiseau a même rédigé une note de conseils à ses traducteurs. Il faut d’ailleurs souligner que la plupart des écrivains des Antilles ont d’abord connu leur succès en métropole (cf. S. Schwarz-Bart, Maryse Condé) – ceci étant toutefois ambigu : ces succès internationaux ou métropolitains invitent encore les auteurs à abandonner le créole, quitte à l’utiliser tout au plus en filigrane14 pour faire couleur locale, afin d’être lus et compris15. Le créole se trouve ainsi un peu plus minorisé car cantonné dans des usages non nobles.


Le créole est pourtant présent dans la littérature du XXe siècle, et tout particulièrement dans la deuxième moitié de ce siècle, non pas seulement par le recours à des structures grammaticales calquées sur le créole (on a pu parler à propos de certains auteurs d’une « esthétique du créolisme »), ou par l’insertion d’éléments du lexique local (créole et/ou français), mais aussi parce que la poésie, le théâtre et même le roman ont donné naissance à divers textes écrits entièrement en créole comme nous le verrons ci-dessous. C’est le cas par exemple de la trilogie de R. Confiant (Bitako-a, Kòd-yanm, Marisosé). Les hésitations des auteurs à choisir leur langue d’expression, à déterminer la place réelle du créole dans toute la littérature antillaise montrent donc combien la langue est centrale (cf. la question de l’enjeu), avant la thématique, dans les œuvres des Antilles contemporaines.




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