Rapporteur





télécharger 28.95 Kb.
titreRapporteur
date de publication30.05.2017
taille28.95 Kb.
typeRapport
l.20-bal.com > loi > Rapport
Les métamorphoses de l’œuvre et de l’écriture

à l’heure du numérique : vers un renouveau des humanités ?

19 et 20 novembre 2012 – Bibliothèque nationale de France

21 novembre 2012 – Conservatoire national des arts et métiers

Enseigner l’écriture collaborative dans le secondaire.

Référents :

Serge Bouchardon, enseignant-chercheur à l’Université de Technologie de Compiègne ; Isabelle Cailleau, enseignante-chercheure à l’Université de Technologie de Compiègne ; Hélène Bourdeloie, enseignante-chercheure à Paris 13.

Animateurs :

Sylvie Barrier et Christelle Sospedra-Tessier (enseignantes de français au collège La Fontaine de Crépy-en-Valois, Oise)

Partenaire : Université de Technologie de Compiègne, laboratoire COSTECH.

Rapporteur : Victor Petit

Niveau : Collège (3ème)

Problématique


Cet atelier sur l’écriture numérique collaborative s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche plus général sur l’enseignement de l’écriture numérique, mené au sein de l’Université de Technologie de Compiègne, et qui a pour nom : PRECIP (www.precip.fr/). Le postulat de ce projet est que l’écriture numérique est une écriture spécifique, et que cette spécificité s’enseigne. Comme l’affirme Serge Bouchardon, son initiateur et directeur : si « l’instrumentation de l’écriture par les technologies numériques transforme les pratiques d’écriture, il nous paraît de la mission des enseignants de lettres de sensibiliser et de former les élèves du Secondaire à cette écriture numérique ».

Ce projet propose des modules d’enseignement à l’écriture numérique en accès libre (http://precip.fr/modules). Ces modules pédagogiques reposent notamment sur des œuvres de littérature numérique, car ils font l’hypothèse que la sensibilisation à des pratiques créatives favorise la réflexivité sur les pratiques d’écriture numérique. Ce projet s’intéresse donc moins aux pratiques numériques pour l’enseignement qu’à l’enseignement de l’écriture numérique, soit l’écriture numérique comme objet d’enseignement. On en trouvera une description plus complète dans la Revue en ligne Skhole.fr : http://skhole.fr/dossier-seminaire-precip-enseigner-l-écriture-numérique.

Cet atelier rend compte d’expérimentations menées en classe de 3ème, avec des enseignantes de lettres, autour de l’écriture collaborative synchrone, consistant pour les élèves à rédiger à plusieurs et en même temps un même document1

Résumé


Cette séance de présentation s’est ouverte par une présentation de Serge Bouchardon (directeur du projet PRECIP) et une vidéo exposant nos recherches sur l’écriture numérique collaborative synchrone : http://webtv.utc.fr/watch_video.php?v=G4858YD99M9H.

L’écriture d’un document à plusieurs et en même temps permet des interactions écrites nombreuses, parfois conflictuelles, mais toujours fructueuses, car jusqu’à présent chaque groupe, au bout de deux heures, fut en mesure de proposer une production écrite aboutie. Du fait de la nouveauté du support d’écriture, l’entrée dans l’activité et la mise au travail se font rapidement, avec plus de motivations que sur un support papier.

Le bilan de l'expérience s'avère très positif car elle engage, pour beaucoup d’élèves, un nouveau rapport à l’écriture, une nouvelle compréhension de celle-ci. Cet exercice les oblige à travailler ensemble et à prendre conscience du processus d’écriture, de sa dynamique. Comme cela fut remarqué : « Pour les élèves en difficulté par rapport à la production écrite, ce type d’activité montre que l’écriture n’est pas un don réservé à certains mais le résultat d’un processus de construction-déconstruction. Le texte écrit change de statut puisqu’il redevient vivant ».

Exemple de pratique pédagogique


Professeur / Etablissement / Académie : Sylvie Barrier, Christelle Sospedra-Tessier ; Collège La Fontaine, Crépy-en-Valois ; Académie d’Amiens.

Description : Initier les élèves à l’écriture collaborative synchrone, à l’aide du logiciel libre Etherpad. Les élèves écrivent à plusieurs et en même temps, sur un même support, un même document.

Les enseignantes, PowerPoint à l’appui, ont décrit le déroulement de leurs séances en trois étapes.

Première étape : qu’est-ce que l'écriture numérique collaborative synchrone ?

Cette première étape se divise elle-même en plusieurs séquences :

  1. On se demande d’abord ce qu’est l'écriture numérique (par opposition au support papier). Pour cela on peut s’aider d’un site de codage : http://nickciske.com/tools/binary.php

  2. On se demande quelles sont les possibilités offertes par le numérique (ex .Dans un logiciel de traitement de texte : copier-coller, propreté du texte rendu, correcteur orthographique)

  3. On propose un petit extrait de l'œuvre numérique de Serge Bouchardon (en l’occurrence : http://deprise.fr) pour montrer l’utilisation du numérique dans la création littéraire.

  4. On se demande ce qu’est l'écriture collaborative (ex. exposé) ; et les formes qu’elle prend dans le numérique (ex. Facebook, Wikipédia).

  5. On montre une œuvre numérique d’écriture collaborative (en l’occurrence, les poèmes collaboratifs de Venus Poetry : http://www.venuspoetry.com/).

  6. On se demande enfin ce qu’est l'écriture numérique synchrone, et on présente le logiciel Etherpad (http://etherpad.org/) ou Framapad (http://framapad.org/).

Deuxième étape : le travail d’écriture (2h).

Le sujet d'écriture, volontairement tourné vers l’argumentation (objectif de la classe de 3°) est variable d’une enseignante à l’autre (l’une travaille sur le projet de la région Picarde Ordi 60, l’autre sur la première guerre mondiale qu’elle a abordée en cours). On a pu proposer d’autres sujets d’écriture, comme celui d’imaginer une présentation de son collège à un nouvel élève, selon les consignes suivantes : « Rédigez un texte construit en paragraphes présentant trois avantages et trois inconvénients illustrés d’exemples, encadré par un paragraphe d’introduction et un paragraphe de conclusion ».

Les élèves sont répartis en groupes de quatre (maximum), chacun sur un poste informatique, mais séparés dans la salle. Les élèves sont disposés de telle sorte qu'ils ne puissent pas communiquer autrement que par l'intermédiaire de leur ordinateur. La communication entre élèves ne peut donc s’établir qu’au travers du chat, et l’enseignant lui-même participe au chat, il le modère, en invitant les élèves à se recentrer sur le travail proposé et en leur prodiguant des conseils. Les enseignantes ont fait remarquer que « les élèves ont parfaitement su dissocier les deux parties de l’écran. En effet, ils ont ajusté leur mode d’expression à la situation de communication : familier dans la partie chat, et adapté à l’exercice scolaire dans la partie traitement de texte ».

Pour l’enseignant qui ne peut suivre la progression de tous les textes simultanément, il est possible de revenir sur la genèse du texte, avec la fonction Time slider. Fonction qui sera utile également dans le cadre de l’évaluation.

Troisième étape : amélioration du travail.

Les textes ayant été conservés sur une page Word, l’enseignant peut insérer des commentaires et glisser des conseils. À partir de cette correction, les élèves effectuent un travail de réécriture.

Le travail est alors publié sur le blog du CDI  (http://blogs.ac-amiens.fr/0601294f_lafontainecdi/index.php)

Éléments de discussion

  • Contenus et débats :


La salle accueillait plus de 35 personnes et les questions furent nombreuses, aussi bien d’ordre pratiques (nombre d’ordinateurs, présence et rôle des chercheurs) que d’ordre théorique (voir ci-dessous).
  • Intérêt de la démarche :


Il y a plusieurs intérêts à la démarche (voir plus bas), mais le premier d’entre eux est bien que tous les élèves travaillent (et avec plaisir !). L’autre intérêt de cet atelier est que le logiciel utilisé est très facile d’accès, et sa prise en main très rapide. Les enseignantes ont fait remarquer qu’elles étaient très loin d’être des spécialistes du numérique, et qu’il n’est pas besoin de compétences informatiques particulières pour aborder cet atelier d’écriture. Seules les compétences bureautiques ordinaires sont requises. En outre, aborder ce type de travail en classe de 3ème est d’autant plus pertinent qu’il s’agit du moment où le cours de français aborde l'argumentation.
  • Retour d'expérience :


Ce travail présente des points positifs, aussi bien du côté de l'apprenant que du côté de l’enseignant.

Du côté de l’apprenant, c’est un outil séduisant, qui permet le partage du travail, aussi bien que le partage de la prise de risque dans l’élaboration du texte. On constate en effet la levée des inhibitions relatives à l’écrit. L’important est que ce travail lutte contre l'idée d'une naturalité de l'écrit (d’une naturalité de l’écrivain) : tout écrit demande balbutiement et travail.

Du côté de l’enseignant, la relation aux apprenants est complètement modifiée puisque dans le chat, il se situe au même niveau que les élèves. D’autre part, la représentation de l’enseignant change, car pour une fois c'est le professeur qui propose un outil numérique qui n'est pas connu des digital natives.

En outre, l’erreur prend un autre statut : elle devient partagée et assumée par le groupe. L’apprenant comprend que l'erreur fait partie du processus; l'évaluation de la production écrite n'est plus sommative, elle se fait en continu, au fil du texte, elle accompagne la production.
  • Obstacles et difficultés :


Du côté de l’apprenant, on observe bien sûr quelques difficultés. La première réserve concerne les élèves qui aiment écrire seuls et qui ont une bonne maîtrise de l'écrit : ils sont en manque de droit d'auteur ! La seconde est celle du détournement, en effet, certains viennent « pirater » le groupe des autres.

Du côté de l’enseignant, des contraintes émergent comme l’obligation d’être deux enseignants (en l’occurrence chaque enseignante était accompagnée de la documentaliste). Il y a bien sûr aussi les difficultés matérielles : il faut que le réseau, les machines, etc., fonctionnent.
  • Questions en suspens :


Ces questions ont été discutées avec la salle ; elles sont dites en suspens car elles n’admettent pas de réponse définitive et univoque.

Ainsi, furent abordées les questions de l’effacement, du droit à la rature. Comment, ici, distinguer le brouillon du produit fini ? Comment comprendre ce nouveau statut du brouillon en permanence rectifiable ? Comme l’exprimaient les enseignantes : « Dans le cadre de l’activité d’écriture collaborative avec le logiciel libre etherpad, les élèves perçoivent la dynamique de l’écriture : on écrit, on enlève, on ajoute, on déplace, on améliore. Ce que nous leur demandons de faire, le plus souvent en vain, au brouillon (ce qui est posé sur le papier a du mal à bouger), ils le font sans rechigner parce que c’est sur l’écran et parce que c’est un travail qui se construit à plusieurs. En outre, cette collaboration dans l’écriture m’a semblé particulièrement enrichissante pour des élèves très inhibés face à l’expression écrite : ils réalisent qu’on peut commencer, tout effacer, écrire maladroitement, faire des fautes… ce qui permet de désacraliser cet écrit qui leur fait peur et de comprendre qu’écrire un texte abouti est le résultat d’une construction patiente et non d’un don ».

De même, il fut discuté du statut de l’erreur, puisque le traitement de texte permet d’effacer la trace de l’erreur, et donc possiblement sa mémoire. Mais, d’une part, tout effacement doit être justifié dans le chat, sinon il est considéré comme une agression par les autres élèves ; d’autre part, ce n’est pas parce que les élèves effacent leurs erreurs qu’ils les reproduisent par la suite. En outre, avec le time slider, il est toujours possible de revenir en arrière pour voir les erreurs effacées.

Comment évaluer ? Les enseignantes évaluent la production du groupe et l’implication de chacun en consultant le time slider.
  • Autres pratiques évoquées :


Il est possible de poursuivre ce travail d’écriture collaborative synchrone hors de la salle de classe. Les élèves peuvent ainsi se mettre d’accord pour prolonger leur travail depuis leur ordinateur personnel.

Préconisations/conclusions


Bien sûr, il ne s’agit pas d’en finir avec les modes traditionnels d’écriture, il faut croiser les pratiques, précisément car chacune d’elle fait appel à des processus cognitifs différents. Changer d’outil ce n’est pas seulement changer de moyen d’écriture, c’est changer de milieu d’écriture et donc aussi changer de mode de pensée. C’est cette dimension qui doit être mise en avant, car enseigner l’écriture numérique, c’est aussi bien enseigner une « culture de l’écrit » en milieu numérique, que de donner à penser en quoi les changements de supports modifient cette culture.

1 Ces expérimentations ont fait l’objet d’une conférence en avril 2012 (captation vidéo : http://skhole.fr/retour-sur-une-exp%C3%A9rience-d-%C3%A9criture-collaborative-par-sylvie-barrier-et-christelle-sospedra-tessier).

Ministère de l’éducation nationale (DGESCO) Novembre 2012

Les métamorphoses de l’œuvre et de l’écriture à l’heure du numérique

similaire:

Rapporteur iconRapporteur de guerre

Rapporteur iconRapporteur : Saddek Aouadi, Professeur, Université d’Annaba

Rapporteur iconB. Interview de Jean-Marc Roze, vice-président chargé des finances, rapporteur du budget 9





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com