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Anna de Noailles

Le visage émerveillé


BeQ

Anna de Noailles

Le visage émerveillé

roman
La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Classiques du 20e siècle

Volume 189 : version 1.0

Le visage émerveillé

Édition de référence :

Paris, Calmann-Lévy, Éditeurs.

Image de couverture :

Anna de Noailles dans son salon en 1913.

Ce vertige de la jeunesse sur la mort...

20 mai.


Ce qui plaît le plus au Seigneur, c’est la pureté.

J’ai communié ce matin comme je le voulais, sans désir ; je me suis appliquée ; j’avais fait beaucoup de vide dans ma tête, dans mon cœur, un vide blanc et doux, et je répétais : « Seigneur, je n’ai pas de bouche, pas de mains, pas de regard, pas de chaleur ; voyez, je suis devant vous comme une fumée légère qui monte, comme une flamme transparente et droite. »

C’est cela la pureté. Je vous remercie, Seigneur.

La sœur Catherine avait un tendre profil oblique, tout couché sur le linge, sur le drap et la dentelle de la sainte table. Elle mourait ; Seigneur, elle vous attendait tant, qu’elle serait morte, qu’elle aurait crié si vous n’étiez pas venu.

Les bouts de ses doigts, sa bouche, la toile délicieuse et votre corps divin faisaient un groupe admirable, petit et tout serré.

Mais ce n’est pas cela, la pureté, Seigneur ?...

22 mai.


Il fait si doux dehors que toute la nature est claire comme le parloir à onze heures.

Le jardin joue avec du soleil.

Le soleil par les vitraux de la chapelle inondait de rayons ma joue et ma manche. On voyait voler de petites mouches dans l’église ; et le silence tout autour de nous criait : Joie ! Joie !

J’ai été contente d’être jeune, d’être très jeune ; je ne sais pas pourquoi cela me cause tant de plaisir. Tout d’un coup il a fait si beau dans l’église que je crois que j’ai dû rire.

Au moment de l’élévation toutes les religieuses, comme chaque jour, ont baissé la tête. Mais moi, je n’ai pas baissé la tête. J’ai dit : « Seigneur, voyez mon visage... »

Je sentais que mon visage était ovale et clair comme un petit miroir entouré d’argent que j’avais à quinze ans, et sur lequel venait le soleil.

23 mai.


La sœur Catherine est belle quand elle prie. Je la respecte, je ne la regarde pas quand elle prie ainsi ; mais ce matin je n’ai pu m’empêcher de la voir. Elle avait les yeux profondément fermés ; ses mains jointes comprimaient son cœur, s’appuyaient sur son cœur, et puis sur son chapelet, sur sa ceinture.

J’ai eu envie de lui crier, avec beaucoup de tendresse, beaucoup de peur :

– Sœur Catherine, vous avez mal !...

Comme elle a mal quand elle prie si fort.

24 mai.


Le matin, le soir, j’entends de ma chambre, passer le train qui va de Laruns à Bayonne ; chaque fois que ce train siffle, mon âme s’élance. Ce bruit du train est beau comme un parfum traîné vite sur beaucoup d’espace, le parfum de la tubéreuse et de la jacinthe rouge.

Je tends les bras.

Qu’est-ce qu’il y a au bout des trains qui courent, qui fuient ? Des pays ? quels pays ? Quels visages dans ces pays...

Seigneur, nous ne prenons pas les trains qui passent ; leur fumée, leur vapeur, leurs cris ébranlent jusqu’à la vie de la vie, c’est pourquoi j’élève vers vous, au-dessus de ma tête, des bras qui se tendent, qui s’allongent. Seigneur, comme je suis haute, comme je suis étroite, comme je monte vers vous...

27 mai.


Je regarde par ma fenêtre. Le printemps, on ne peut pas dire ce que c’est : si léger, si fin, si vert ! C’est une allégresse et une odeur. Tout le petit jardin fleurit. La terre des plates-bandes est fraîche et bouleversée. Il y a un rang de tulipes, un rang de pâquerettes triples, touffues, gonflées, semblables à des camomilles, et un rang de pensées dont les têtes se tournent de côtés différents. Sur les pétales de velours violet une tache d’un beau jaune lisse est vive et luisante, comme si, tombé de l’arbre, un œuf de roitelet se fût cassé là.

Le train passe.

Les trains font penser à des villes roses, à d’autres jardins, à des orangers...
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