Strophes pour se souvenir





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date de publication01.05.2017
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Strophes pour se souvenir

Louis Aragon, auteur du XXème siècle, est un poète engagé. Il fut sous le nom de « François La Colère », un des grands poètes de la Résistance. Il écrit « Strophes pour se souvenir », poème extrait du Roman Inachevé, en 1955, en mémoire du groupe Manouchian, résistants étrangers fusillés par la Gestapo en 1944. L'annonce de leur condamnation avait été faite par le biais d'une affiche reproduisant leurs photographies, et qui est restée sous le nom de l'Affiche rouge.

Ce poème a été écrit pour le devoir de mémoire, afin de ne pas oublier le sacrifice de ces hommes morts pour la France, onze ans plus tôt (« Onze ans déjà que cela passe vite onze ans »).

Le poème est composé de sept quintils (strophes de 5 vers) d’alexandrins (vers longs, rythme lent et solennel).

Chaque strophe s’appuie sur la même disposition de rimes : quatre vers à rimes embrassées (une rime féminine encadre la rime en a ), le son a étant repris au 5° vers.

Ce retour insistant du son a rappelle le nom de Manouchian et les mots « résistant » et « partisan ».

Le poème est structuré autour de trois situations d’énonciation différentes :

- Du vers 1 au vers 18, le poète s’adresse aux membres du réseau de Manouchian exécutés en février 1944 (pronom « vous »).

- Du vers 19 au vers 30, Aragon reprend l’essentiel de la lettre que Michel Manouchian a écrite à sa femme Mélinée avant son exécution (pronoms sujet  « je » ; pronoms « tu » et « toi » qui s’adressent à la destinataire).

- Dans la dernière strophe, Aragon s’adresse à ses compatriotes (vers 33 « nos frères ») et parle des résistants à la 3° personne (pronom « ils »).
Dans la première partie, Aragon rend hommage à ces hommes courageux qui n’attendaient en retour de leur sacrifice ni gloire ni honneurs : l’adverbe « simplement » s’oppose à l’énumération des termes qui caractérisent les cérémonies commémoratives : « gloire », « larmes », « orgue » et « prière ». La répétition de la conjonction « ni » insiste sur l’humilité et l’abnégation des résistants.

La deuxième strophe contraste avec cet éloge : Aragon y souligne la peur à laquelle était soumise la population et les procédés par lesquels l’ennemi s’imposait. L’Affiche rouge est comparée à une « tâche de sang » : les nazis tentaient ainsi d’associer l’action des résistants à des actes criminels et barbares. Cette diabolisation est renforcée par le portrait péjoratif de ces hommes comme le montre la gradation des trois adjectifs : « noirs », « hirsutes » et « menaçants » (vers 7). La nuit tend à représenter un mouvement clandestin et obscur et le vers 9 qui souligne la difficulté à prononcer les noms de ces combattants étrangers montre l’intention xénophobe de l’affiche qui tente de créer un sentiment de méfiance de la population.

Aragon dénonce ici la manipulation et la propagande qui cherchait à discréditer le mouvement résistant en semant la terreur comme le suggère le vers 10 :« Y cherchait un effet de peur sur les passants ».

Dans la troisième strophe, le poème met en lumière la double attitude des français avec l’utilisation de la conjonction « mais » : le contexte obligeait les gens à jouer l’indifférence (modalisateur « semblait ») mais quelques courageux anonymes bravaient le couvre-feu pour écrire sur les affiches « Morts pour la France », ce message contredisant ainsi celui de l’Affiche. La conjonction « et » au vers 15 introduit la conséquence de cet acte résistant : la renaissance de l’espoir (« Et les mornes matins en étaient différents »).
A partir du vers 19, on change d’énonciateur : Aragon donne la parole à Manouchian. Le passage est une sorte de poème dans le poème : c'est une adaptation de la dernière lettre du résistant sous forme d'un discours direct introduit par « Et c’est alors que l’un de vous dit calmement ».
 Manouchian dévoile ses rêves et ses regrets. « Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant » Il n’a pu avoir d’enfant, il dit à sa femme d’en avoir un, d’être heureuse. « Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent ». Aragon joue sur le registre pathétique pour susciter l’émotion du lecteur. Ce passage a pour rôle premier d’humaniser ces hommes. Aragon nous fait rentrer dans leur intimité pour nous faire comprendre qu’ils sont plus que de simples portraits sur une affiche, que des résistants au courage exemplaire, ce sont des hommes avec une vie propre et des rêves… Malgré cela, ils ont donné leur vie au nom des valeurs qu’ils défendaient.

L’auteur recourt ici au registre lyrique à travers notamment l’usage des « ô » et par les noms donnés par Manouchian à son épouse, dont « mon amour » et « mon orpheline ». Cette déclaration d’amour se mêle à des adieux déchirants et mélancoliques adressés à la vie et à la nature (anaphore du mot « adieu »). On y retrouve la tristesse et la douleur de mourir (« que le cœur me fend »).

Mais apparaît aussi la sérénité de Manouchian face à la mort ; il meurt sans rancune pour ceux qui l’assassinent : « Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand ». Au contraire, il garde confiance en l’avenir de l’humanité (« La justice viendra sur nos pas triomphants ») et dans un bonheur prochain. Il utilise l’image du « soleil d’hiver qui éclaire la colline » ce qui laisse prévoir que la vie reprendra ses droits après la guerre.

On constate un réel contraste entre ce passage, plein d’espoir, et le reste du poème qui évoque la tristesse des temps de guerre ; on voit par là toute la détermination et la foi de Manouchian, certain jusqu’à la fin que son combat est juste.
On retrouve ce registre pathétique et lyrique dans la dernière strophe où le poète s’adresse aux français en parlant des résistants à la 3° personne. L’anaphore « vint et trois » insiste sur le nombre de résistants exécutés ce jour-là. Les lecteurs sont appelés ainsi à s’attacher à ces hommes, ces héros qui sont morts pour leur liberté, morts pour accéder à leur idéal comme le souligne l’antithèse « amoureux de vivre à en mourir ». Ils sont morts pour que d’autres puissent vivre.

Une autre antithèse (« « étrangers et nos frères pourtant ») met en avant l’engagement de ces hommes qui n’étaient pas français de naissance mais français de cœur. Leur amour et leur attachement à ce pays soulignés par « français de préférence » montre bien que malgré leur nationalité étrangère, ils ont choisi ce pays par amour, pour ses valeurs. Leur sacrifice est mis en relief par la mention « Morts pour la France » et le dernier vers « Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant ». Ainsi leur combat n’en est que plus héroïque car ils se sont battus pour un pays qui n’était pas le leur. D’étrangers, Aragon leur confère alors le statut de « frères ».

Ainsi dans son poème « Strophes pour se souvenir », Aragon se fait le gardien de la mémoire de ces héros morts pour la France. Il montre la manipulation de la propagande et rend hommage au sacrifice de ces hommes qui ont fait preuve de courage, de générosité et de patriotisme. La dernière strophe fait penser à une épitaphe mais le poème est un véritable éloge à la vie qui nous invite à profiter de notre liberté si chèrement acquise.

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