Éditions de l'École moderne française cannes





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BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE MODERNE

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BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE MODERNE

CLASSES DE NEIGE

par

Elise FREINET

et

Claude PONS

ÉDITIONS DE L'ÉCOLE MODERNE FRANÇAISE - CANNES

L'Ecole Freinet a fait au cours des dernières années, quatre expériences de classe de neige. Chacune d'elles a eu son atmosphère, son style, sa personnalité pourrait-on dire. Nous faisons ici le compte-rendu de la dernière en insistant, cela se conçoit, sur le côté pédagogique de ce que l'on peut appeler « l'aventure», tant tout s'est déroulé, au jour le jour, dans l'improvisation la plus favorable des données quotidiennes de la vie.

Nous avons été les uns et les autres, totalement comblés par notre séjour là-haut, dans les paysages blancs où la pureté du ciel et des pentes étincelantes, l'intimité de la maison, la sympathie du village concouraient à créer, à jet continu, notre joie de vivre.

A tous nos amis, nous disons désormais : allez donc à la neige I

Elise FREINET - Claude PONS

PRÉPARATIFS

  1. va sans dire que l'on ne doit pas partir à la montagne sans avoir soigneusement préparé le point de chûte, prévu l'installation dans la maison confortable, déterminé tous les détails de l'approvisionnement et de l'espace vital des enfants, dans le chalet et dans les abords immédiats du chalet. Toutes ces considérations sont dépendantes d'un budget qui ne doit pas ménager d'imprévu, mais au contraire, donner totale sécurité à l'entreprise.

Entrent en considération aussi les démarches gui légalisent l'expérience : autorisation des parents, assurance supplémentaire des enfants, surveillance médicale.

ÉQUIPEMENT :

Dans sa valise, chaque enfant doit avoir :

    1. paire de bonnes chaussures imperméables

6 paires de chaussettes de grosse laine

    1. rechanges de linge de corps

2 pyjamas

2 serviettes-éponge

2 serviettes de table

  1. mouchoirs

1 sac de couchage

1 paire de moufles

1 nécessaire de toilette

1 paire de skis, qui devrait être dans la majorité des cas fournie par l'Inspecteur de la Jeunesse et des Sports du lieu de départ.

des luges.

A deux exceptions près, les enfants que nous emmenions à l'Ecole de Neige étaient des retardés scolaires, avec toutes les limitations que cet état de fait suppose dans le comportement de la personnalité. Non pas que l'in° telligence leur fasse défaut pour tout ce qui regarde la vie courante, où ils apparaissent comme fort débrouillards, mais revenus dans le milieu scolaire, ils se sentent inévitablement diminués,'frustrés des possibilités, qui font de la plupart d'entre eux, des êtres qui savent s'imposer, des « durs » pour tout dire.

Certes, ce premier trimestre passé dans notre Ecole de Vence a déjà tempéré les dégâts consécutifs à une désa- daptation flagrante au milieu familial et scolaire. Mais, il n'en reste pas moins que notre expérience dans cette ambiance de liberté, évoquée par la neige et le village, restait soumise à quelques aléas. Comment nos garçons, sollicités toujours par le besoin de se mettre à l'aise, allaient-ils réagir dans le nouveau milieu ?

La personnalité de ce qu'il est habituel d'appeler un caractériel est toujours étonnante. Il faut pour la sentir, l'éprouver, la juger se désenvoûter soi-même de la notion classique de bon élève, pour admettre une manière non conformiste de prendre contact avec « un caractère » qui, déjà, a forgé son profil psychologique et sa technique de vie. Ce caractère, au demeurant, ne penche pas forcément vers le négatif, bien que ses réactions vis-à-vis du milieu soient sujettes à incidents parfois regrettables. Il porte en lui, bien souvent, une sorte de grandeur intrinsèque qui ne se livre qu'à bon escient et qui pourra, par la suite, au fur et à mesure qu'il s'assagit, fertiliser la lande stérile d'une scolarité manquée. A ce point de départ, déjà nous savons deviner les grandes lignes des personnalités si diverses et changeantes. Presque chez toutes, apparaît, au premier plan, un manque d'équilibre entre les tendances affectives et intellectuelles. Il en résulte une certaine incohérence de comportement qui nous expose à quelques surprises. Il est donc sage que nous nous tenions sur nos gardes, dans la crainte de faits divers dépendants de tempéraments débordants, plus que jamais livrés à des impulsions soudaines.

Nous savons tous que nous partons vers la neige pour notre joie commune, celle des éducateurs laissant le pas à celle des enfants, puisque aussi bien, c'est pour eux que nous prenons la route. D'avance, nous entendons les laisser jouir au maximum des splendeurs de l'hiver, prendre leurs ébats en liberté et en vigueur, dans ce monde blanc qui enchante et exalte, mais aussi qui dresse les embuscades de ses reliefs nivelés, de ses morsures, de ses fatalités. Nous sommes décidés à les laisser affronter le combat, certains de susciter en eux les ressources instinctives de l'organisme qui doit lutter pour préserver son intégrité face à l'accident possible, face au froid cruel qui paralyse, face à la solitude qui enveloppe l'attardé sur les pistes blanches.

Ici, nous le pressentons, rien qu'à humer l'air glacial le soir, à notre arrivée, l'existence au-dehors sera rude. Il est indispensable que se soude la chaîne des solidarités étroites qui permet de faire front à la difficulté, pour qu'il n'y ait pas de vaincu et que toujours triomphe l'emprise de l'homme sur la nature récalcitrante.

Cependant, ce défi sportif que les enfants lancent à l'hiver, n'est pas l'essentielle raison de notre venue à la neige. Certes, nous le savons bien, la santé trouvera son compte dans cet entraînement progressif contre les éléments. Ce sera un appoint favorable à une éducation devenue plus naturelle et plus proche des besoins de l'enfant. Mais notre expérience ne sera salutaire que si elle suscite un comportement valorisé qui, outre qu'il adapte plus étroitement l'être au milieu nouveau, suscite en lui un besoin de dépassement et le fait accéder à une notion de verticalité des valeurs humaines. Le rôle de l'éducateur vise donc surtout à faire passer l'enfant du plan sportif au plan moral, de manière que, résolument, il devienne le champion de ses propres performances. C'est ce que nous avons exprimé sous la forme laconique et suggestive : Chaque jour, un pas de plus.

Nous n'avons du reste pas fait de cette sorte d'enjeu une formule à slogan qui, trop ressassée, aurait risqué de perdre son contenu d'ambition et de dépassement. Aussi bien sur la piste que dans le village, sur le plan scolaire et familial, c'est l'enfant qui décidait de ce pas de plus à faire, faisant appel d'abord à ses propres ressources, puis à celles du maître, s'il en sentait la nécessité. Il appartenait au doigté et à la conscience de l'éducateur de favoriser le plus souvent possible ce désir d'aller de l'avant qui, rendant l'enfant plus efficient, le faisait participer à une vie plus dense, plus haute.

Nous verrons progressivement comment ces exigences initiales ont été honorées sur le plan familial, social, scolaire et moral, aboutissant peu à peu à un véritable épanouissement de la personnalité adolescente engagée presque à son insu dans une voie de l'honneur qui la déracinait des simples compétitions sportives et des comportements liés à la conscience de soi, d'où émerge le robuste égoïsme de l'adolescence.



Jße mitica famUiüí

W CHALET

| 'ÉDUCATION n'est possible que si, au premier chef, une sécurité de base est assurée. C'est la maison accueillante et chaude qui la donne et, plus encore la sollicitude des adultes et tout particulièrement la présence d'une Maman.

Comme toujours, nous restons fidèles à notre goût de la simplicité. Nous ne parlons pas, bien sûr, d'une simplicité trop limitative qui ne serait que le visage de la pauvreté. Notre Ecole Freinet, aux prises avec des difficultés financières péniblement remontées, n'en est hélas I pas toujours exempte I Mais au feu des luttes d'une courageuse pratique, certains désavantages matériels sont compensés par des gains moraux qui font pencher la balance en faveur d'un milieu simple, sobre, rustique qui est plus et mieux à la mesure de l'enfant, que ne l'est un milieu de total confort, dont on risque de devenir prisonnier, ou l'hôtel-caserne qui transforme l'enfant en client et le parque dans des enclos à ne pas dépasser.

Au chalet, nous sommes entre nous, dans un cadre qui est nôtre : de l'air, de la lumière, de la chaleur ; suffisamment d'espace pour éviter l'entassement ; de l'ordre, de la propreté, sans que le souci des rangements et nettoyages

ne tourne à la manie en exigeant de nous trop de corvées. Et nous voici maîtres de notre destin, avec le sentiment très net, que derrière ces avantages, se cachent des responsabilités dont chacun prendra sa part.

D'avance, éducateurs et enfants se mettent d'accord sur les obligations communautaires. A savoir :

  • Il n'y a pas de domestiques dans la maison. Nous devons donc, tous, participer à l'entretien de l'appartement, si possible à la cuisine et toujours assurer les corvées courantes.

  • La maison doit rester chaude et confortable, de manière à rester sans cesse le havre que l'on retrouve avec joie en rentrant des randonnées au-dehors. Il faut donc s'astreindre à certaines disciplines qui, si mesquines qu'elles soient, n'en ont pas moins leur importance : fermer les portes, éviter d'apporter de l'humidité du dehors en quittant ses chaussures et chaussant des pantoufles, en brossant ses vêtements chargés de neige ; assurer le bon fonctionnement des feux aux moments les plus froids de la journée.

  • Le désordre complique la vie familiale : chacun doit ranger méticuleusement ses affaires et qui plus est, faire un effort pour ranger celles de camarades étourdis, qui sont partis à l'improviste. Petites obligations qui demandent une grande vigilance et qui, pour finir, sont très éducatives, car elles donnent peu à peu, ce souci des autres, ce sens des responsabilités qui cimente l'atmosphère familiale.

  • L'exactitude dans l'horaire allège la journée et facilite le passage d'une activité à l'autre. Il va sans dire qu'il ne saurait

y avoir perte et gaspillage de temps, quand au dehors la piste ensoleillée vous attend et que chaque minute gagnée l'est au bénéfice de la liberté.

— L'indulgence et la bonne humeur doivent imprégner tous nos actes, de manière que les difficultés s'aplanissent par l'entr'aide et que tout paraisse simple et aisé, comme l'est le bonheur.

A ces prescriptions d'évidente simplicité, s'en ajoutent d'autres un peu plus austères, relatives à la santé, et qui ont pour but, coûte que coûte, d'éviter les malaises et la maladie, ce handicap terrible qui nous priverait de toutes les joies, en créant des charges nouvelles à la communauté :

    1. — Dormir dans des pièces non chauffées, dont la température se situait cette année dans une moyenne de —10° ou —15° certaines nuits, L'air glacial et frais est à lui seul une garantie de santé, car il favorise tes combustions internes, brûle ies déchets, décharge les poumons. Une salle glacée où dorment quatre à cinq enfants n'a le matin aucune odeur de remugle. La même salle, chauffée, dégage au réveil des senteurs irrespirables. Il faut du reste que les voies respiratoires s'habituent au contact de l'air glacé, car il arrive très souvent que les enfants restent dehors par des températures voisinant —20° et parfois allant au-dessous.

    2. — Continuer dans ces conditions nouvelles de climat nos habitudes naturistes d'alternance du chaud et du froid pratiquées à Vence, mais rendues plus héroïques ici par un hiver rigoureux. Le choc froid de la piscine est remplacé chaque matin par une vigoureuse friction totale à la neige, pieds nus dans le jardin. Un adulte, ou mieux, deux adultes

à la poigne solide se chargent de cette mise en train matinale. Rouges et fumants, les enfants rentrent dans la pièce chaude, plongent leurs pieds dans l'eau tiède si nécessaire, sont séchés, frictionnés au gant et leur épiderme assoupli et coloré, déchargé de toxines, est prêt à affronter toutes les rigueurs du climat. Cette réaction profonde apporte un allégement de tout le corps, un bien-être tel, qu'aucun enfant ne songerait à s'y soustraire. La circulation est activée, les émonctoires sont débloqués, la poitrine s'ouvre amplement, donnant joie et euphorie. Il faut ensuite accepter la pratique quelque peu pénible du « citronège » qui préserve les yeux des dangers de la réverbération du soleil sur la neige. Elle consiste à projeter une ou deux gouttes de jus de citron dans chaque œil. Cette précaution prise, l'on pourra se passer de lunettes noires qui, on le sait, ne sont pas sans danger pour la vue, surtout depuis l'emploi de certaines matières plastiques en remplacement de verres optiques. On veille ensuite à la toilette des pieds et des mains frictionnés de même au jus de citron. Alors pas de gerçures, pas d'engelures, pas de bobos si longs à cicatriser dans la froidure.

3. — Conserver un sang clair qui ne redoute pas la congestion et facilite les échanges intercellulaires, en absorbant une nourriture saine, vitaminée, frugale, peu riche en albuminoïdes et en corps gras industriels. Habitués à un végétarisme sans excessive rigueur, nos enfants ont continué à manger, avec un appétit de jeunes loups, les mets variés et substantiels qui leur sont habituels. Voici à titre d'indication, les menus de deux journées relevées dans l'agenda domestique :

LUNDI 12 JANVIER

Petit déjeuner : Malt au lait

Tartines de beurre

Déjeuner : Crudités variées f chou vert, carotte râpée, et salade verte \ olives noires Endives en sauce blanche, garnies de pommes

de terre Gâteau de riz aux œufs Oranges

Goûter : Malt au lait

Pain beurré Camembert

Dîner: Potage aux légumes

Pain de ménage et noix Confiture maison
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