Ce poème écrit sur le principe de l’écriture automatique mais dont Breton dit lui-même qu’il lui a apporté quelques corrections est le récit d’une sorte de rêve





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date de publication25.04.2017
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Ce poème écrit sur le principe de l’écriture automatique mais dont Breton dit lui-même qu’il lui a apporté quelques corrections est le récit d’une sorte de rêve que Breton lui-même réinterprètera dans L’Amour fou comme une vision prophétique de sa rencontre avec Jacqueline.
30 vers libres avec une composition qui semble croiser l’itinéraire de la jeune femme et la façon don’t le monde semble se transformer à travers sa promenade.
I-Une belle voyageuse : le surgissement d’une “beauté convulsive” ?
1-Le surgissement d’une mystérieuse inconnue : femme réelle ou femme rêvée?
a-Une présence “évasive”
 Elle est designée par des sortes de périphrase sans être jamais nommée.

On peut y voir une variation sur le theme de la “passante” déjà encontré chez Nerval ou Baudelaire. La vision esquisse ainsi une silhouette plutôt vague.
“la voyageuse” vers 1 ; “la jeune femme” vers 9; “l’ambassadrice”

“la dame sans ombre” “la belle inconnue”. Tous ces termes en conservent le mystère ; éludent la description : le seul détail “objectif” est la jeunesse
Mais dans cette esquisse, on voit apparaître quelques notations de détail
Elle n’est ensuite suggérée que par synecdoque,: ainsi le vers 2 esquisse “la pointe des pieds” et le vers 3 son “sac à main” et puis ses “seins” vers 17.

On notera qu’elle est immédiatement et tout au long du poème liée au mouvement : c’est une passante, une image traversant la rue et la vie du poète

:

-c’est la première périphrase :”voyageuse” tout comme le terme “ambassadrice” suggère qu’elle vient d’ailleurs. Les deux verbes qui lui sont associés dans les deux premiers vers “traverse” “marchait”. Au vers 13 elle “s’agenouilla”
-La sensation de mouvement notamment dans le premier vers est aussi amenée par l’assonance en A qui crée une circularité et une fluidité dans les deux premiers vers

-la femme est également associée aux “pigeons voyageurs”

-le poète recrée tout un itinéraire dans un Paris qu’il connaît bien : L’Amour fou élucidera les lieux reels de la encontre : ainsi du quartier des Halles avec le “Chien qui fume”, on passé “sur le Pont-aux changes” puis rue Gît-le Coeur pour enfin revenir rue Etienne Marcel

dans l’interprétation qu’il en livre des années plus tard, Breton reconnaît les elements qui sont formulas mais lit aussi au detour de tel out el vers l’arrivée vers la Tour St Jacques qu’il associe à Nicolas Flamel.
 On notera que l’utilisation du determinant défini “la “ laisse entendre une certaine familiarité entre le poète , que la proposition relative initiale la singularise et que tout cela interroge sur la nature de cette inconnue : passante ou vision surgie d’un rêve ?

2-“Une femme fée ? La fée du sel”? Une creature étrange
L’interrogation du poète “Avais-je affaire à l’ambassadrice du salpêtre/” explicite probablement cette étrangeté
 On notera qu’elle est de plus en plus merveilleuse puisque l’on passé ainsi de la simple voyageuse à “l’ambassadrice du salpêtre” puis “la dame sans ombre” qui donne immédiatement le sentiment d’un être merveilleux, immaterial et en tout cas bien loin d’une humanité ordinaire
Les deux premiers vers donnent à sa vision le caractère d’une apparition,
-notamment à travers l’emploi du présent de l’indicatif qui produit l’illusion d’un surgissement immediat

-et ce, dans un univers nocturne : ainsi l’expression “à la tombée de l’été” condense l’idée de la saison et de la nuit ou du jour ( car l’expression consacrée est tombée du jour ou tombée de la nuit comme Breton le souligne lui meme dans L’Amour fou : “L’arrivée de la nuit est donc, à coup sûr, bien enclose ans cette image où elle se combine avec l’arrivée de l’été.” Cet effet de condensation crée également le mystère et l’ambiguité : la femme semble en effet appartenir à un univers nocturne ou crépusculaire et en meme temps solaire, ce que le titre nous invitait déjà à comprendre. Ce jeu d’ombre et de lumières est encore visible dans le cours du poème : ainsi le vers 12 mentionne des lampions tandis que le vers 15 mentionne les “promesses des nuits”
 L’étrangeté est également visible dans la façon dont la “marche” se transforme : ainsi “sur la pointe des pieds” induit l’idée de la légèreté- que l’on retrouve par ailleurs dans la buée et dans la fumée ; l’expression peut aussi suggérer une marche clandestine .

(cela permettra également de mettre en valeur les effets de cette marche : la discretion adoptee s’oppose à la transformation de l’espace autour d’elle) voir plus loin
 Elle devient ondine, sirène ? Vers 23 en effet c’est le verbe “nager” qui vient transformer le verbe “marcher” : sirène,? “ondine” telle qu’on l’aperçoit dans d’autres texts de Breton du même recueil ? Creature merveilleuse qui transforme l’espace aérien et terrestre en espace liquide. Dans L’Amour fou Breton trouve l’image peu convaincante. Mais il explique ensuite cela par le fait que la feme qu’il rencontre en 1934 joue au music-hall et fait un numéro de natation…
 Une fée qui accomplit des “miracles”
-l’utilisation de l’imparfait dnas “Les lampions prenaient feu lentement” donne l’impression que cet incendie ( celui du désir) s’accomplit au fur à mesure de la traversée de la femme dans la ville

-de la même façon on peut avoir l’impression d’une sorte de relation de cause à effet entre “la dame sans ombre s’agenouilla” qui fait songer à une sorte de serment prêté et “les timbres n’étaient plus les memes”

-les deux vers construits d’une façon proche “Rue gît-le-coeur les timbres n’étaient plus les memes”/”Les promesses étaient enfin tenues” donne le sentiment qu’il s’agit là de deux consequences de l’action accomplie par la femme.

-le terme “promesses” semble faire echo à l’agenouillement ( qui peut suggérer le serment prêté, renforcé par “la dame” qui fait surgir un univers de roman courtois ou de poésie courtoire)
3-Les jeux du langage favorisent la création d’un univers “surréaliste” par un jeu d’associations inattendues qui abolit les frontiers du rationnel
 Ainsi au titre s’oppose d’abord un univers urbain et explicitement parisien
De façon récuurente, la frontière s’abolit entre abstrait, concret ; entre animé-inanimé :

ainsi “le désespoir roulait”

“les torpeurs” sont compares à la “bué”

le “pour et le contre” sont personifies “sont entrés”

l’ambassadrice du salpêtre ou de la courbe(…) que nous appelons “pensée”

“le crêpe des significations parfaits” : métaphore dans laquelle le sens fait un tissu ( le texte)

“les cheveux de cendres”
des images qui condensent : “tombée de l’été” , des expressions énigmatiques “marraine de Dieu” que Breton qualifie lui-même de “délirantes” en relisant le texte


II-Une celebration du désir, de l’amour

1-Il semble en effet que l’espace se transforme ce qui annonce et suggère sans doute la transformation du poète
 Le poème nous offre on l’a vu un parcours ancré dans la capitale : les noms de lieux reel, de rues ponctuent le poème jusqu’à la fin. Le poème semble donc s’ancrer dans une réalité urbaine, Paris qui est pour les Surréalistes l’un des lieux privilégiés pour faire surgir le merveilleux.
 Toutefois le paysage semble se métamorphoser sous l’influence de cette femme qui semble comme l’enchanter : ainsi le ciel du vers 3 se transforme-t-il en “jardin” avec “ses grands arums si beaux” : ceux-ci peuvent faire songer à la couleur des nuages ( meme si Breton à la relecture prête aux fleurs une signification plus érotique), aux étoiles ? = “fusées” d’Apollinaire
Vers 19-20 le poète semble substituer à la vision urbaine suggérée par les rues un autre monde =

“Une ferme prospérait en plein Paris/ Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée”

“Toute la campagne fait à c emoment irruption dans le poème” écrit Breton dans L’Amour fou ; Breton y voit une allusion au spectacle qu’offre la Nuit le Marché aux fleurs mais cette irruption signe ici la transformation du paysage
Lequel subit un élargissement cosmogonique :

-les vers 1 et 2 nous faisaeint déjà passer del la terre au ciel ; l’effet est encore plus probant dans “ses fenêtres donnaient sur la voie lactée” : l’image encore une fois s’oppose à l’univers nocturne, par la connotation du blanc et la cohorte d’étoile qui sont suggérées ; mais le verbe “donner sur” instaure une continuité merveilleuse entre l’espace terrestre et l’espace céleste
 Univers étrange : “personne ne l’habitait” mais menace semble-t-il par les “survenants” qui sont opposes aux “revenants” opposition renforcée par la presence des deux termes à la rime
2-La transformation du poète
 Le poète est assez discret dans le poème ;

-d’abord simple regard il apparaît au vers 4 dans “mon rêve” ou au vers 10 dans l’interrogation ; ce n’est qu’à la fin du poème que je “Je” ressurgit pour écarter l’idée du rêve ? “déjà je me defends de me laisser abuser par le désir” écrit Breton en guise de commentaire. Et à la troisième personne dans le discours direct prêté au grillon
Toutefois au lexique associé à la femme, on en voit surgir un autre dont Breton dit lui-même qu’il pouvait être associé à son état d’esprit d’alors : “Le désespoir, A ce moment en effet immense à la mesure meme de l’espoir qui vient de se fonder, de se fonder si brusquement et qui va renaître”. De meme “les torpeurs” : “ne sont snas doute, en l’occurrence, que la mienne : je ne me cacherai pas d’avoir éprouvé alors un grand besoin de fuir, d eme réfugier dans le sommeil, pour couper court à certaines decisions que je craignais d’avoir à prendre. De meme le “pour et le contre” serait là pour marquer les contradictions entre “l’irrésistible attrait” et “ne pas avoir à attenter à l’existence morale de l’être irreprochable qui avait vécu les jours precedents auprès de moi.”

Ces impressions du poète semblent en écho à la ville : “les torpeurs se déployaient comme la buée/ Au chien qui fume” ou les désespoirs “roulaient …”

 Le surgissement du désir
-Breton lui-même interprète les “arums si beaux” “la signification sexuelle des arums” et du “sac à main” qui bien qu’elle cherche à s’abriter sous des idées délirantes de grandeur : les étoiles, “la marraine de Dieu(?), n’en est pas moins manifeste”

On notera le mouvement d’élévation qui va des pieds au “ciel”
-de la meme façon la vision de la femme s’érotise de plus en plus au fil du poème : ainsi les pieds, la main font place aux seins au vers 15 : le verbe “darder” don’t l’effet est souligné par la repetition de la sequence AR dans “parfaite” suggère le dard – aiguillon insolent du désir ? – ou le soleil qui dared ses rayons
-alors que la jeune femme n’est vue “que mal et de biais” : le double adverbe suggère la frustration ou continue d’établir l’incertitude du rêve de cette femme sans visage

En revanche les seins sont “dardés sous le crêpe” suggérant l’insistance du regard du poète

Les seins sont valorisés à travers “Les pigeons voyageurs les baisers de secours/ Se joignaient aux seins de la belle inconnue” : vision de seins ailés ? reliée aux désir des baisers que la femme inspire.
Image du feu dans les lampions : métaphore habituelle de l’amour ?
 Le triomphe dans les derniers vers “le grillon” sans doute emprunté à Lautréamont vient selon Breton lui meme “lever tous mes doutes” ; vision surnaturelle qui personnifie le grillon “clin d’oeil” “intelligence” + discours direct.

Le discours du grillon refait surgir le present ( déjà vu dans “traverse” et le mouvement” et suggère peut-être in extremis la connivence entre la femme et le poète.
 Rime “tenue” “inconuu” fantasme de nudité ?
3-Une menace ou une promesse de plénitude :
a)une femme danger ?
Elle surgit dans un quartier peut-être dangereux : les Halles
 Le “flacon de sels” qui métaphorise le rêve : pouvoir de suggestion, le flacon enfermant des parfums : mais les sels sont employés pour faire revenir qqn à la conscience lorsqu’il s’est évanoui
Ambiguité encore dans “l’ambassadrice du salpêtre” : le salpêtre signe l’humidité et l’effritement don’t on peut encore voir un echo dans les “cendres” ; l’assonance en AN “cendres” “chantait” peut faire echo à un triomphe tel que Breton l’interprète a posteriori mais il y a peut-être là l’idée d’une apparition qui bouleverse et détruit

b) Toutefois…Il semble d’emblée que la femme abolisse les frontiers entre intériorité et extériorité comme si elle était l’émanation du désir du poète
C’est suggéré dans les premiers vers ainsi « Et dans le sac à mai il y avait mon rêve ce flacon de sels :

on notera comment « le » sac à main fatalement attribué à la femme est en écho à « mon rêve ». La femme enferme donc l’intériorité et l’inconcient du poète
 On retrouve cette même idée dans « Elle les intériorise » ou « dans l’amour il entre un peu de leur substance » ; de même qu’il semble y avoir une continuité entre espace terrestre céleste ; il semble exister ici une correspondance entre l’intériorité du poète et l’extériorité de la jeune femme
 Cela suggère également que la femme qui semble ici comme rêvée est une apparition née de l’inconscient du poète






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