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date de publication24.04.2017
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Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit)
Octobre

1 Les petits savoyards sont de retour,

2 et déjà leur cri interroge l'écho sonore du quartier ;

3 comme les hirondelles suivent le printemps, ils précèdent l'hiver.

4 Octobre, le courrier de l'hiver, heurte à la porte de nos demeures.

5 Une pluie intermittente inonde la vitre offusquée,

6 et le vent jonche des feuilles mortes du platane le perron solitaire.

7 Voici venir les veillées de famille,

8 si délicieuses quand tout au dehors est neige, verglas et brouillard,
9 et que les jacinthes fleurissent sur la cheminée, à la tiède atmosphère du salon.

10 Voici venir la Saint-Martin et ses brandons,

11 Noël et ses bougies, le jour de l'an et ses joujoux,

12 les Rois et leur fève, le carnaval et sa marotte.

13 Et Pasques, enfin, Pasques aux hymnes matinales et joyeuses,

14 Pasques dont les jeunes filles reçoivent la blanche hostie et les oeufs rouges !

15 Alors un peu de cendre aura effacé de nos fronts l'ennui de six mois d'hiver,

16 et les petits savoyards salueront du haut de la colline le hameau natal.


Question :
Dans quelle mesure Aloysius Bertrand apporte-t-il ici une image novatrice de la poésie ?

Présentation :

Aloysius Bertrand est l'un des représentants les plus originaux du romantisme français.

On le sait, l'auteur de Gaspard de la Nuit est l'un de ceux qui, après Rousseau et Chateaubriand, avant Baudelaire et Rimbaud, inventèrent le poème en prose.

Dans le poème que nous nous proposons de commenter, intitulé « Octobre », il nous évoque le travail des petits ramoneurs savoyards.

Lecture expressive




Commentaire



Introduction :

Nous envisageons donc de commenter ce poème dans la perspective suivante : en quoi ce poème d’Aloysius Bertrand apporte-t-il une image novatrice de la poésie ?

Nous proposons de répondre à cette question en passant par les deux étapes suivantes :

  • premièrement la nouveauté du sujet, deuxièmement l’invention d’une prose poétique.


Évoquons tout d’abord la nouveauté du sujet : elle n’appartient pas en propre à Aloysius Bertrand. Mettre en scène les enfants, le travail des enfants a été une des nombreuses préoccupations des écrivains du XIXème siècle, voir en particulier Victor Hugo : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit… », les personnages de Gavroche et de Cosette dans Les Misérables (du même Victor Hugo), les enfants dans Germinal d’Émile Zola.

« 3 comme les hirondelles suivent le printemps, ils précèdent l'hiver. »

Les petits savoyards étaient surnommés « les hirondelles d’hiver ». Ces petits paysans employés aux travaux des champs en été étaient recrutés et envoyés dans les grandes villes pour y effectuer le ramonage pendant les travaux d’hiver.

« 2 et déjà leur cri interroge l'écho sonore du quartier ; »

L’appel des petits ramoneurs (« Ramoneur ! ramoneur ! », à cause des voix jeunes et aiguës des enfants) est comparé au cri strident des hirondelles.


  • deuxièmement l’invention d’une prose poétique

Remarquons tout d’abord que le poème ne comporte pas de rimes, que la disposition n’est pas celle d’un poème de forme régulière.

S’il y a un caractère poétique dans ce texte, c’est peut-être tout d’abord dans la superposition de l’image des petits savoyards et de celle des hirondelles, qui provient, nous l’avons vu d’une métaphore populaire.

C’est dans la mise en forme de cette métaphore que le travail du poète s’exprime.
« 3 comme les hirondelles suivent le printemps, ils précèdent l'hiver. »

le parallélisme de construction, sujet-verbe-complément, combiné avec les oppositions : « le printemps »-« l’hiver », « suivent »- « précèdent » est un élément de la prosodie (ensemble des règles de la prononciation de la poésie, de ce qui en fait l’élégance sonore, rythmique et syntaxique).


« 4 Octobre, le courrier de l'hiver, »

à remarquer ici l’apposition métaphorique, et si l’on consulte le dictionnaire :

COURRIER, subst. masc.
I. [Courrier désigne une pers.]
A. Vieux
1. Homme à cheval qui précédait les voitures de poste pour préparer les relais :

1. Le courrier avertissait secrètement les postillons de l'approche d'une seconde calèche pour le service de laquelle il commandait deux chevaux.
LAMARTINE, Raphaël, 1849, p. 229.

on peut alors comprendre le sens de l’expression d’Aloysius Bertrand.
« 4 Octobre, le courrier de l'hiver, heurte à la porte de nos demeures. »

ici, c’est à la fois octobre, le mois, qui frappe à la porte avec les intempéries, le vent et la pluie, mais ce sont peut-être encore les petits Savoyards qui frappent pour demander si nous voulons faire ramoner nos cheminées.

Ainsi le poète anime, donne une vie, personnifie, rend actifs les éléments :

« Une pluie intermittente inonde

la vitre offusquée » (comme si celle-ci protestait, en résonnant, contre l’agression de la pluie)

« 6 et le vent jonche des feuilles mortes du platane

le perron solitaire. »(comme si celui-ci souffrait d’être déserté à la mauvaise saison)
La vague des personnifications se poursuit aux strophes 4 et 5 :

« 10 Voici venir la Saint-Martin et ses brandons,

11 Noël et ses bougies, le jour de l'an et ses joujoux,

12 les Rois et leur fève, le carnaval et sa marotte.
13 Et Pasques, enfin, Pasques aux hymnes matinales et joyeuses,

14 Pasques dont les jeunes filles reçoivent la blanche hostie et les oeufs rouges ! »

celles-ci sont soulignées par l’emploi des pronoms possessifs ainsi que par le relatif : «dont ».

Mais ce qui est souligné ici, également avec l’orthographe ancienne de Pâques (Pasques), c’est l’appartenance de ces rites à la tradition, leur ancrage dans le passé, leur régularité : « ses » peut-être interprété par : « accompagné comme toujours par »

cette régularité étant à l’évidence rassurante pour chacun.
« 8 si délicieuses quand tout au dehors est neige, verglas et brouillard, »
ici, c’est l’effet d’accumulation qui est sensible, accumulation des intempéries, de l’inhospitalité extérieure qui induit implicitement le confort de l’intérieur, de la maison.

« 7 Voici venir les veillées de famille,

8 si délicieuses »

effet de contraste, d’opposition

voir aussi vers 9 : « la tiède atmosphère du salon. »

et : « les jacinthes fleurissent sur la cheminée » v9, la nature, attaquée à l’extérieur, est préservée à l’intérieur.

De plus ce fleurissement des jacinthes sur les cheminées fait partie des rites annuels, comme la venue des petits Savoyards, comme les veillées, les fêtes religieuses et les cadeaux, désormais, le sujet, Octobre, échappe à l’auteur, et c’est un véritable calendrier des fêtes religieuses de l’automne au printemps : Saint-Martin, Noêl, les Rois, Carnaval, Pâques.

« 13 Et Pasques, enfin, Pasques aux hymnes matinales et joyeuses, « 

Rem. Selon la tradition lexicogr., hymne ,,s'emploie ordinairement au féminin en parlant des Hymnes qu'on chante dans l'église`` (Ac.) et au masc. dans les autres sens.

Ainsi les petits Savoyards se trouvent-ils intégrés à la vie commune et ne sont-ils pas ressentis comme des étrangers.
« 7 Voici venir »

« 10 Voici venir »

Relevons le caractère anaphorique de cette répétition, qui donne aux deux phrases qu’il entame un caractère religieux, solennel, prophétique, et en effet elle annonce le retour annuel des fêtes religieuses et des cérémonies qui les accompagnent.

Revenir au religieux, c’est pour l’auteur, revenir au caractère sacré de la poésie, à sa relation avec la religion et la magie.
« 15 Alors un peu de cendre aura effacé de nos fronts l'ennui de six mois d'hiver, »

.

Dans l’Antiquité, se couvrir de cendres est signe de deuil et de pénitence. Ce rite a été conservé par les premiers chrétiens : l’évêque répandait de la cendre sur les fidèles.
Le mercredi des Cendres est le premier jour du Carême. Chaque fidèle se marquait au front d’une tache de cendres, pour montrer que l’homme n’est que poussière.


C’est donc début mars que cette cérémonie aura eu lieu, avant Pâques.

Cette cendre, qui efface l’ennui des mois d’hiver, c’est celle qui est posée sur le front des fidèles, mais c’est aussi la cendre des cheminées, et une dernière évocation du travail des petits ramoneurs, qui sont marqués, eux, de cendre et de suie depuis leur arrivée en ville, et l’ennui des mois d’hiver les concerne également en premier lieu, puisque tout ce temps ils ont été éloignés de leurs familles, et qu’il vont à présent rentrer chez eux pour y effectuer les travaux des champs.

A noter la beauté de cette image finale de bonheur :

« 16 et les petits savoyards salueront du haut de la colline le hameau natal. »

dernière, ultime personnification du poème, illustrant le retour au pays.
Réponse :

Oui Aloysius Bertrand nous propose ici une image novatrice de la poésie bien qu’on puisse considérer Rousseau et Chateaubriand comme ses prédécesseurs dans l’art d’animer une prose poétique. Ici, nous nous sentons bien plus en poésie qu’en prose, malgré la phrase de Diderot : « La poésie veut quelque chose d'énorme, de barbare et de sauvage. », c’est la tendresse vis à vis de ses petits Savoyards éloignés de leurs familles qui nous émeut :

« 16 et les petits savoyards salueront du haut de la colline le hameau natal. »

et nous serions plutôt d’accord avec André Chénier lorsqu’il affirme :

« L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poète. »

Nous remarquerons cependant que cette poésie novatrice s’inscrit dans l’évocation des traditions et ne rechigne pas à utiliser les archaïsmes, il en sera de même pour la poésie d’Apollinaire par exemple.

Néanmoins, nous pouvons aussi relever le caractère prosaïque de ce texte, il s’agit d’un récit, l’essentiel étant conté à la troisième personne, même si la présence du poète se marque par la présence de modalisateurs :

« 2 et déjà, 8 si délicieuses »

et celle du pronom personnel de la première personne du pluriel :

« nos demeures, nos fronts. »

Ce poème d’Aloysius Bertrand est plutôt tendre que lyrique.



Conclusion :

Il n’empêche qu’il s’agit du récit d’un rituel annuel, la venue des petits ramoneurs savoyards qui s’inscrit dans un cercle d’habitudes, de traditions, un petit morceau d’éternité provisoire en quelque sorte, or la poésie n’est elle pas autre chose qu’un petit morceau d’éternité provisoire ?

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