Le Poète face à la guerre





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Le Poète face à la guerre


Je veux peindre la France

Je veux peindre la France

Je veux peindre la France une mère affligée,
Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.
Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups
D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
Dont nature donnait à son besson
(1) l’usage ;
Ce voleur acharné, cet Esau malheureux
(2),
Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,
Si que
(3), pour arracher à son frère la vie,
Il méprise la sienne et n’en a plus d’envie.
Mais son Jacob, pressé
(4) d’avoir jeûné meshui (5),
Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui
(6),
A la fin se défend, et sa juste colère
Rend à l’autre un combat dont le champ
(7) est la mère.
Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris,
Ni les pleurs réchauffés
(8) ne calment leurs esprits ;
Mais leur rage les guide et leur poison les trouble
(9),
Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.
Leur conflit se rallume et fait
(10) si furieux
Que d'un gauche malheur
(11) ils se crèvent les yeux.
Cette femme éplorée
(12), en sa douleur plus forte (13),
Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
Elle voit les mutins, tout déchirés, sanglants,
Qui, ainsi que du cœur, des mains se vont cherchant.
Quand, pressant à son sein d’une amour
(14) maternelle
Celui qui a le droit et la juste querelle
(15),
Elle veut le sauver, l'autre qui n’est pas las
(16)
Viole
(17), en poursuivant, l’asile de ses bras.
Adonc
(18) se perd le lait, le suc de sa poitrine ;
Puis, aux derniers abois
(19) de sa propre ruine,
Elle dit : « Vous avez, félons
(20), ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;


Or, vivez de venin, sanglante géniture,
Je n'ai plus que du sang pour votre nourriture ! »


Agrippa D'Aubigné, Les Tragiques (Misères, vers 97 à 130)

JACQUES PRÉVERT

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-la
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisee rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de meme
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand meme ce jour-la
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crie ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie epanouie
Et tu t'es jetee dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu a tous ceux que j'aime
Meme si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu a tous ceux qui s'aiment
Meme si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abime
C'est une pluie de deuil terrible et desolee
Ce n'est meme plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crevent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin tres loin de Brest
Dont il ne reste rien.


  Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté


Paul Eluard
in Poésies et vérités, 1942

Poèmes - Courage -




Paris a froid Paris a faim
Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro
Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
Et la sagesse et la folie
De Paris malheureux
C'est l'air pur c'est le feu
C'est la beauté c'est la bonté
De ses travailleurs affamés
Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d'une vie sans égale
Et derrière la nudité
De ta pâleur de ta maigreur
Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux
Paris ma belle ville
Fine comme une aiguille forte comme un épée
Ingénue et savante
Tu ne supportes pas l'injustice
Pour toi c'est le seul désordre
Tu vas le libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et la boue
Frères ayons du courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien élevés
Un rayon s'allume en nos veines
Notre lumière nous revient
Les meilleurs d'entre nous sont morts pour nous
Et voici que leur sang retrouve notre cœur
Et c'est de nouveau le matin un matin de Paris
La pointe de la délivrance
L'espace du printemps naissant
La force idiote a le dessous
Ces esclaves nos ennemis
S'ils ont compris S'ils sont capables de comprendre
Vont se lever.


Paul Eluard

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Depuis six mille ans la guerre

Depuis six mille ans la guerre
Plait aux peuples querelleurs,
Et Dieu perd son temps à faire
Les étoiles et les fleurs.

Les conseils du ciel immense,
Du lys pur, du nid doré,
N'ôtent aucune démence
Du coeur de l'homme effaré.

Les carnages, les victoires,
Voilà notre grand amour ;
Et les multitudes noires
Ont pour grelot le tambour.

La gloire, sous ses chimères
Et sous ses chars triomphants,
Met toutes les pauvres mères
Et tous les petits enfants.

Notre bonheur est farouche ;
C'est de dire : Allons ! mourons !
Et c'est d'avoir à la bouche
La salive des clairons.

L'acier luit, les bivouacs fument ;
Pâles, nous nous déchaînons ;
Les sombres âmes s'allument
Aux lumières des canons.

Et cela pour des altesses
Qui, vous à peine enterrés,
Se feront des politesses
Pendant que vous pourrirez,

Et que, dans le champ funeste,
Les chacals et les oiseaux,
Hideux, iront voir s'il reste
De la chair après vos os !

Aucun peuple ne tolère
Qu'un autre vive à côté ;
Et l'on souffle la colère
Dans notre imbécillité.

C'est un Russe ! Egorge, assomme.
Un Croate ! Feu roulant.
C'est juste. Pourquoi cet homme
Avait-il un habit blanc ?

Celui-ci, je le supprime
Et m'en vais, le coeur serein,
Puisqu'il a commis le crime
De naître à droite du Rhin.

Rosbach ! Waterloo ! Vengeance !
L'homme, ivre d'un affreux bruit,
N'a plus d'autre intelligence
Que le massacre et la nuit.

On pourrait boire aux fontaines,
Prier dans l'ombre à genoux,
Aimer, songer sous les chênes ;
Tuer son frère est plus doux.

On se hache, on se harponne,
On court par monts et par vaux ;
L'épouvante se cramponne
Du poing aux crins des chevaux.

Et l'aube est là sur la plaine !
Oh ! j'admire, en vérité,
Qu'on puisse avoir de la haine
Quand l'alouette a chanté.


Laissea 104, vers 1320-1337

Redoutable est la bataille, elle se fait générale.
Le comte Roland ne se met pas à l’abri du danger,
Frappe de l’épieu tant que la hampe
1 reste entière,
Au quinzième coup, il l’a brisé et rompu ;
Il met à nu Durendal, sa bonne épée,
Il pique des deux
2, va frapper Chernuble3 :
Lui brise le heaume où brillent des escarboucles
4,
Lui fend le crâne et la chevelure,
Lui fend les yeux et le visage,
Et le haubert qui brille, aux fines mailles
5,
Et tout le corps jusqu’à l’enfourchure.
Et son épée traverse la selle incrustée d’or,
Et elle s’arrête dans le corps du cheval,
Lui tranche l’échine sans avoir à chercher la jointure,
Les abat morts tous deux dans le pré sur l’herbe drue.
Puis il lui dit : « Vil truand, vous avez eu tort de venir ici.
De Mahomet vous n’aurez jamais d’aide.
Un lâche comme vous ne gagnera pas la bataille aujourd’hui. »


La Chanson de Roland, traduction de Ian Short, Le Livre de Poche.
Notes
a Dans la chanson de geste (geste, du latin gesta, est ici du genre féminin), une laisse est une strophe de longueur variable.
1 Manche de l’épieu.
2 Donne de vifs coups d’éperon à son cheval.
3 L’un des douze chevaliers qui sont à la tête de l’armée sarrasine du roi Marsile.
4 Le heaume où brillent des escarboucles : grand casque orné de pierres précieuses.
5 Le haubert qui brille, aux fines mailles : cotte de mailles qui protège le haut du corps et qui se prolonge sous le heaume.


Lire la suite sur :
http://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/epique.php#ixzz1Xw3BxuPz

Comprenne Qui Voudra


En ce temps-là,
pour ne pas châtier les coupables,
on maltraitait des filles.
On allait même jusqu'à
les tondre.


Comprenne qui voudra


Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

A la robe déchirée

Au regard d'enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressmble aux morts

Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n'a pas compris

Qu'elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et me mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre.

Biographie de Paul Eluard

    Paul Eluard, de son vrai nom Eugène Grindel.
    Né en 1895 à Saint-Denis , dans un milieu modeste. Bourse, études supérieures, interrompues par séjour en sanatorium (=tuberculose).
    Rencontre avec Gala. Il l'épouse en 1917, se sépare d'elle en 1929. Vie affective marquée par rencontre avec Nusch > nombreux poèmes lyriques. Publie ses premiers poèmes à 18 ans, avant de participer au début du surréalisme. Passage manifesté dans ses premiers recueils :
Capitale de la douleur, en 1926; L'amour, la poésie en 1929.
    Malentendus avec André Breton : s'éloigne du surréalisme, mais garde goût du concept abstrait. Se rapproche des communistes dans sa lutte contre le fascisme. Adhère au parti et participe à la résistance. > Poésie prend une dimension plus politique. Sous l'occupation il a écrit les recueils :
Livres ouverts (1940) , il s'oppose au nazisme de façon discrète. Poésie et vérité (1942), il s'oppose de façon plus virulente.
Au rendez-vous allemand, 1944.
    Après la guerre, il aura jusqu'à sa mort en 1952 une activité militante. Ses derniers textes sont une réflexion sur la création poétique.


Introduction

Gabriel Péri était un journaliste apprécié des résistants. Son exécution a pris une valeur symbolique : Péri défendait la vie contre les fusils; sa mort prend la valeur d'un martyre. Eluard, dans ces trois strophes en vers libre rend hommage à Gabriel Péri.


Lecture du texte

Annonce du plan

Etude méthodique

I. La mort injuste

A. L'expression de la mort

temps : présent début et fin du poème (v.1 et 24) >thème omniprésent, donc important.

image de la mort mise en relief par ouverture du poème. S'impose par anaphore " un homme est mort... "(v.1, 3, 5)

place du mot " mort " à l'hémistiche > accentue brutalité mot monosyllabique

écho créé par construction identique, v.24 ; image mort renforcée par poitrine trouée " v.25

anaphore insiste sur l'indéfini > Péri prend valeur de symbole

identité du mort brusquement dévoilée au v.23, mise en relief par :
brièveté inattendue du vers, répétition de Péri début v.24


Rapprochement entre indéfini et Péri : souligné par identité de place et de construction > met en relief injustice de la mort de Péri.

B. Une mort injuste et inacceptable

Le caractère scandaleux de cette mort s'exprime à travers des jeux d'opposition :

Opposition entre " mort " et " vie ", " paix " et souvenir " (par la négation du mot oubli) [Première strophe]
> les trois notions " vie " (v.2), " paix " (v.4) et " souvenir " (v .6), unies par la symétrie des structures, s'opposent à la mort.
> > leur place à la rime souligne l'injustice de la mort d'un homme fait pour la vie


la vie l'emporte : jeu des temps et du lexique (v.5 et 6), évolution du passé au présent > la fin de strophe, par sa signification nous projette dans le futur, action des résistants aussi.
> > exécution de Péri va au-delà de l'événement particulier, elle nous démontre l'utilité du sacrifice.


II. Le sens de la sacrifice

Apparaît à la fin de la première strophe, se précise dans les 2 strophes suivantes.
"car" (v.7) mis en relief par le blanc fait apparaître la causalité qui explique l'utilité de cette mort.


A. Une mort qui dément (=lutte) contre la mort.

Termes " continue ", " lutte ", et le redoublement de " contre " traduisent une opposition entre " un homme est mort " et " mort ". Cela marque le sens de cette mort : faire ressortir les valeurs que partagent Péri et les résistants.

B. Des exigences de bonheur et de justice

exigences : mises en valeur par la globalité " tout " (v.7), par la construction. Indéfini repris au v.8 et 9 est explicité par v.10, 11, 12 . Tout représente le bonheur et la justice.

bonheur : associé à la lumière : image exprime par le complément l'idée d'un rayonnement universel > concerne le monde entier. L'auteur a choisi un élément représentatif pour évoquer l'universalité de l'homme. v.11 : subjonctif de souhait, synecdoque ( yeux, cour), procédé d'insistance " au fond de " > > ancrer le bonheur en tout être, en tout homme concerné.

justice : attribut du sujet " bonheur " ( v.12), justice coordonnée à la lumière " et " > > Bonheur = lumière + justice. Attribut, définit une sorte de condition de ce bonheur, insiste sur univers " sur la terre " > élargissement de la notion : Péri > valeurs défendues > tous les hommes (confirmé par pronom)

C. La passage de "il" à "nous" (comme confirmation de l'extension de ces valeurs à tous les êtres)

passage passé-présent au début du texte.

passage de "il " à " nous " dans le texte, à travers la répétition du verbe " vouloir " (v.7,8,9) > Jeu des pronoms souligne la volonté de ce bonheur.

On passe du mort aux survivants > transmission des valeurs aux survivants.

double impératif à la fin du poème : "tutoyons-le ", " tutoyons-nous " > mort qui rassemble.
> > poète souligne caractère symbolique de cette mort. Il joue un rôle important : il invite ses compagnons à poursuivre la lutte à travers la mort de Péri.


III. Le rôle du poète et le pouvoir des mots.

Derrière le texte, nous avons un homme qui rend hommage à Péri. Que veut-il faire avec ce texte ?
Répétition de " mot " > mémoire
" fait vivre " v.24 : quoi ?
> > rattachement au travail du poète


A. Importance symbolique du mot Péri

Dévoilement du nom péri après l'anaphore de la strophe1 > fait de lui symbole martyres résistants

Nom mis en valeur par v. bref, sa reprise au début du suivant > sorte de construction en chiasme

Arrivée après impératif le rapproche de l'énumération qui précède.

Assimilation : Péri = mot qui fait vivre > nom se charge de valeur

B. Des mots qui font vivre

Passage v.13 à 23 > récurrence de mots identiques, et/ou de structures voisines : " des mots ", " le mot " ; répétition de " certains mots " > > insistance sur importance du langage, sens de ces termes représentent des idées générales, des symboles.

termes ont tous une connotation positive

idée de fraternité : ouvre l'énumération, la parcourt, la referme . champ lexical de la fraternité :
~ termes abstraits " chaleur ", " amour ", " gentillesse "...
~ termes concrets : " "frères ", " camarades ", " amis "...
Notion de fraternité enserre l'alexandrin central v.18


notion de vie, de fertilité, bonheur V ;18

notion de justice v.16 > sens renforcé par la répétition

d'autres termes renvoient à la notion de liberté, courage. > luttes de l'époque
> > poète insiste sur la notion mot - nom > quel est son rôle ?


C. Le rôle du poète

Son rôle a trois aspects :
~ exalter les valeurs de la vie :
Premier et derniers mots du poème : " vie ", v.13, 24. La mort en ouverture est surmontée à la fin du texte ; v. affirme l'importance de la vie > élargissement vers le futur v.27 > > insistance de l'énumération v ;13 à 23 met en relief les valeurs de la vie et de la paix.
~ perpétuer le souvenir :
Poète, par écriture est un relais, assure la continuité du souvenir. > existence humaine. Il est l'intermédiaire, garde la mémoire de l'histoire (confirmé par l'élaboration du texte, le titre du poème) Répétition de " contre " met en valeur la lutte du poète. Associe son combat à celui de Péri, par les mots. Le passage de " il " à " nous ", du passé au présent invite les compagnons à se joindre au combat.
~ éveiller les consciences :
Poète éveille les consciences, engage ses compagnons par " nous " Implique ses amis dans la lutte , invite les autres à servir de relais. Force impératif (v.23, 25, 27) : incitatif, rapprochement des hommes, des fraternités.
Engage aussi le lecteur du poème : appel à la résistance


Conclusion

    Ce poème est d'abord une célébration d'un martyre. Il va au-delà du contenu seulement en relation avec l'épisode de la guerre : c'est une mort injuste qui est dénoncée.
    Le poème exalte parallèlement les valeurs de la vie, souligne la fraternité à laquelle elles invitent. Il met en valeur l'importance des mots comme actes, souligne le rôle du poète à travers eux : perpétuer le souvenir et appeler à la résistance.


1. Nous voulons chanter l’amour du risque, l’habitude de l’énergie et de la témérité.

2. Le courage, l’audace et la révolte seront les éléments essentiels de notre poésie.

3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.

4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive … une automobile rugissante qui semble courir sur la mitraille est plus belle que la Victoire de Samothrace.

5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.

6. Il faut que le poète se prodigue avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.

7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues pour les sommer de se coucher devant l’homme.

8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles ! … A quoi bon regarder derrière nous , du moment qu’il faut défoncer les vantaux mystérieux de l’Impossible ? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente.

9. Nous voulons glorifier la guerre - seule hygiène du monde -, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent et le mépris de la femme.

10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les autres lâchetés opportunistes et utilitaires.

11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou par la révolte ; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques ; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument ; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés ; les usines suspendues aux nuages par des fils tordus de fumée, les paquebots aventureux flairant l’horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails tels d’énormes chevaux d’acier bridés de long tuyaux et le vol glissant des aéroplanes dont l’hélice a des claquements de drapeaux et des applaudissements de foule enthousiaste.

C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène de professeurs, d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires …

L’Italie a été trop longtemps la grand marché des brocanteurs. Nous voulons la débarrasser des musées innombrables qui la couvrent d’innommables cimetières.

Musées, cimetières ! … Identiques vraiment dans leur sinistre coudoiement de corps qui ne se connaissent pas.

Signé : FILIPPO TOMMASO MARINETTI (Extrait du manifeste paru dans « Figaro « du 20 février 1909.)

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.


Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.


Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;


Ou, penchés à l'avant de blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Ocean des étoiles nouvelles.


José-María de Heredia

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