Premières poésies (cahier de Douai)





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Premières poésies (cahier de Douai)

Sensation, Soleil et chairOphélieBal des pendusLe châtiment de TartufeLe forgeron , Venus anadyomènePremière soiréeLes réparties de NinaLes effarésRoman, Rage des CésarsRêvé pour l'hiver,, Le dormeur du valAu cabaret vertLa MalineL'éclatante victoire de SarrebruckLe buffet,  Ma bohème
Sensation
1-Un rêve d'adolescent fugueur 
2-Bonheur et liberté 
3-Femme et nature

Commentaire
C'est avec ce court poème de deux quatrains que Rimbaud commence alors qu'il n'a pas encore 16 ans ses premiers exercices de poésie. A cet âge notre jeune poème a encore des sensations que ressentent bien des jeunes de cet âge, la quête d'un premier amour, le bonheur dans la nature, les promenades romantiques.

1-Un rêve d'adolescent fugueur 

Le jeune poète annonce son projet pour l'été qui arrive, il ira dans les sentiers, au cœur de la nature pour laisser travailler tous ses sens, le toucher, l'odorat. Étrange titre que celui de sensation au singulier que l'on retrouve plutôt au singulier dans faire sensation, on peut aussi bien entendre ce titre dans ce sens, faire sensation en fuguant. A la suite de verbes d'action, on trouve des verbes que l'on peut qualifier d'inaction, comme l’indique la negation, en un vers binaire "je ne parlerai pas, je ne sentirai rien". La référence spatio-temporelle du premier vers évoque des paysages idylliques comme souvent en rêvent les adolescents, des ciels bleus d'été de romances amoureuses, des paysages sauvages, déserts. Les futurs, les pluriels indiquent la multitude des idées de destination possible et leur réalisation dans un avenir imprécis, on sait que ce sera l'été sans autre précision, la période des vacances scolaires car notre jeune poète est toujours scolarisé.

2 Bonheur et liberté 

La liberté est inséparable de la notion de bonheur. Il y a toujours un départ chez notre bohémien, un affranchissement des contraintes, un éloignement de la famille, une errance. Ce départ est mis en relief dans le premier quatrain par des assonances en é, voyelle ouverte, pour traduite l'ouverture nécessaire à ce départ. J'irai au futur marque bien la décision volontaire de partir, de ne pas rester où il séjourne actuellement, chez ses parents, le Rimbaud fugueur apparaît déjà dans ces premières lignes. Cette liberté suppose un espace affranchi de toutes limites, qu'évoque le vagabondage, loin des routes et des chemins traditionnels fréquentés. Il ira par les sentiers, ces marques de passage à peine perceptibles à la lisière des champs, foulant même la végétation si nécessaire. Son départ se fera loin des autres, seul. Son voyage s'apparente à une fugue, il n'a ni destination ni durée précise, il veut aller, au hasard, très loin, vers une sorte d'infini, de voyage sans retour. La nature lui tient lieu de protection, elle est douce, ce sont des soirs bleus d'été avec un peu de fraîcheur aux pieds. Cette nature se prête, par les sensations visuelles et auditives qu'elle suscite, aux rêves et aux désirs, l'amour infini lui montera dans l'âme. Cette nature douce prend l'apparence d'une femme maternelle qui accueille l'enfant fugueur et lui offre l'assurance d'une complicité immédiate. Par la nature, il retrouve le même bonheur amoureux qu'avec une femme.
L'auteur se rêve en vagabond,  comme un bohémien, une sorte de sans domicile fixe condamné à l'exil et à une errance sans fin dans cette nature accueillante qu'il traverse, parcourt dans tous les sens. La répétition de l'adverbe loin indique bien la détermination de Rimbaud dans sa fugue.
3 Femme et nature 

Le rapport avec la Nature (que Rimbaud écrit avec une majuscule pour la personnifier ou la diviniser, à la manière des Romantiques) est décrit comme une forme d'amour, "Et l'amour infini me montera dans l'âme". La nature est assimilée à une femme, " heureux comme avec une femme". Le rapport entre l'homme et la nature en dehors du rapport amoureux est un rapport d'équilibre, que l'on retrouve dans le même nombre de rimes masculines (sentiers/pieds, rien/bohémien) que de rimes féminines pleines de délicatesse ( menue/nue, âme/femme). La disposition particulière en rimes croisées masculine d'abord et féminine ensuite donne au poème l'idée d'un croisement, d'une rencontre non seulement entre l'adolescent et la nature mais aussi avec l'amour. L'atmosphère douce et musicale de la nature donne une impression de bien-être et de bonheur qui rappelle étrangement le bonheur amoureux. Cet amour, c'est le bonheur de la rencontre, de l'entente, de l'harmonie avec la nature qui remplace une femme. Comme le suggère en outre le titre, l'image que l'adolescent se fait du bonheur est essentiellement sensuelle, subjective, individuelle et n'exige pas d'autre présence. Les sensations tactiles qui sont les plus souvent citées, "picoté", "fouler", "baigner", "fraîcheur", exigent un contact physique avec la nature, ces sensations ne peuvent exister que par le déplacement et non le rêve. Toute réflexion, toute conscience est exclue, " Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien" vise à placer notre fugueur au cœur de la nature, dans sa plénitude sensorielle. Le bonheur est à ce prix, à la sensation pure, brute, non réfléchie ou imaginaire, voire pervertie par une interprétation subjective. On assiste par l'organisation syntaxique du dernier quatrain a une ascension progressive vers une exaltation sensorielle qui atteint son apogée au dernier vers. Dans le second quatrain, le premier vers, un alexandrin a un rythme régulier avec une césure à l'hémistiche. Le second vers se lit d'un seul tenant, ce qui allonge le rythme, mais le mouvement d'horizontal devient ascensionnel, on monte, ce qui exprime l'idée d'un effort, d'une intensité croissante. Ce mouvement ascensionnel commencé au vers précédent se poursuit "loin, bien loin" et déborde sur le vers suivant avec le rejet "De la nature" qui donne à la phrase une amplitude anormale et élargit le périmètre de vagabondage pour aboutir au but, un équilibre matérialisé par le double tiret "heureux comme avec une femme", un état d'harmonie, de bonheur parfait comparable à celui que l'on peut rencontrer après d'une femme qu'on aime.

Conclusion
Dans ce court texte, on peut retrouve les sentiments d'une âme adolescente à la recherche du bonheur, le désir de s'évader du milieu familial, de se libérer des contraintes, de vagabonder dans la nature, de voyager. L'éveil de la sensualité s'exprime dans la quête de sensations que Rimbaud par timidité peut-être préfère trouver auprès de la nature qu'auprès d'une compagnie féminine. Sur ce dernier point Rimbaud ne changera pas. En mettant sensation au singulier, il n'est pas interdit de penser que cette fugue qu'il nous annonce ne fera pas sensation.
Ophélie

L'histoire d'Ophélie.

Dans la tragédie Hamlet de Shakespeare, Ophélie est amoureuse d'Hamlet, qui simule la démence pour venger son père. Ophélie, délaissée devient folle et se noie
Hallali (de hara, par ici)

Cri des chasseurs ou sonnerie de trompe annonçant que le cerf est aux abois, réduit à faire face aux chiens qui aboient et par similitude "être aux abois" c'est être dans une situation désespérée.
Le Parnasse

C'est une colline où siégeait Apollon et les muses. Les parnassiens puisent leur inspiration et leurs principes esthétiques dans la Grèce ancienne et la Renaissance. Ils s'opposent aux romantiques en refusant l'engagement politique et social.

Rimbaud et Banville

Rimbaud envoya ses premiers textes à Banville. "Je serai Parnassien" s'exclame-t-il alors.

Le thème Shakespearien

Ophélie reprend le thème shakespearien de l'héroïne d'Hamlet, Ophélie, femme délaissée amoureuse d'un prince qui devient folle et se noie de désespoir. Le poème est composés de neuf quatrains d'alexandrins à rimes croisées avec une numérotation de trois chapitres inégaux, deux égaux de quatre quatrains chacun et le dernier d'un seul quatrain comme un refrain isolé. Cette forme donne au poème une allure de complainte. Le nom anglais d'Ophélie "Ophélia" repris par Rimbaud confirme l'identité du thème. Le manuscrit daté du 15 mai 1870 est joint à la lettre que Rimbaud envoya quelques 10 jours plus tard au poète Parnassien Banville. Dans Hamlet, l’héroïne de Shakespeare est amoureuse du prince, mais incapable de comprendre sa folle quête de la vérité, finit par sombrer dans la folie, quand elle se croit abandonnée de son amant, et par se noyer de désespoir.

Un tableau "préraphaélite"

Le premier groupe de quatrains fait penser à la toile de 1852 du peintre anglais, John Everett Millais un "préraphaélite" montrant le corps d’Ophélie, paumes et regards tournés vers le ciel, dérivant au fil de l’eau, le long de rives en fleurs. On retrouve la tradition picturale de la Renaissance florentine d’avant Raphaël, le goût de la nature, des sujets religieux, caractéristiques de l’école préraphaélite anglaise. Rimbaud brosse avec les couleurs un véritable tableau, joue sur le contraste du noir "l’onde calme et noire" et du blanc "fantôme blanc", adjectifs de couleur repris trois vers plus loin mais inversés. Comme dans le tableau du peintre anglais, Ophélie semble toujours vivante, avec les yeux ouverts. Morte transfigurée Ophélie apparaît ici comme une figure diaphane, une femme enfant, fille fleur, vierge sainte dans des voiles comparée à "un grand lys", la fleur virginale et mariale. L’horizontalité est dominante dans le tableau et donne une impression de paix, de sérénité, de lent glissement sur l'eau. Le poète joue sur les nombreuses allitérations en "l", consonne liquide pour rendre compte de la scène, le mot hallali avec ses trois l apparaît comme un point d'orgue à cette dérive fluviale. La nature comme dans une sorte d'harmonie universelle participe à la compassion, les lignes verticales des saules ou des aulnes se courbent devant le corps ou éprouvent des sentiments, les saules pleurent, les nénuphars soupirent. Les arbres, la végétation, les floraisons chères aux parnassiens envahissent le tableau préraphaélite, composant un chatoyant décor autour de la figure centrale. Que Rimbaud l’ait vu ou non, ou l’ait en tête, on apprécie cette "correspondance" entre l’art poétique et l’art pictural chère à Baudelaire.

L'harmonie universelle

La musicalité savante des vers rimbaldiens, frissonssoupirs, ne pouvait que séduire le parnassien Banville, à qui ces vers sont adressés ou, plus tard, les symbolistes, avec Mallarmé épris de ces subtiles arabesques sonores. La complainte musicale commence avec les « hallalis» sons de cors avant la mise à mort de l'animal, les frissons des saules, le froissement des nénuphars, les plaintes de l'arbre, les soupirs des nuits. Le premier groupe de quatrains est une chanson triste, une plainte, un soupir, une berceuse funèbre et mélancolique. L’apprenti poète qui use ici de l'alexandrin classique et de son harmonie éprouvée joue dans un registre classique en multipliant les diérèses traditionnelles, mystérieux, Ophélia, visions, les assonances "an", "eu" et les rimes intérieures blanc/an/romances, les anaphores "voici plus de mille ans", les répétitions, sein, mille ans, blanc, noir. Les audaces ou dissonances sont imperceptibles et rares : deux rejets "brisait ton sein", "comme un grand lys". On remarque quatre pauses fortes, suspensions dramatiques ou silences musicaux que l'on trouvait déjà chez Hugo ou Baudelaire

La recherche rimbaldienne

L’exercice de style pour brillant qu'il est n'est que factice et pur artifice pour donner à Rimbaud l'occasion de traduire son âme, celle du futur auteur du "Bateau ivre" et des "Illuminations" propre à tous les élans, à toutes les dérives. C'est ici qu'apparaît toute l'importance des tirets. Dans les vers détachés par les tirets, on finit par comprendre que le poète parle de lui. Rimbaud compare sa situation à celle d'Ophélie et juge son aventure poétique comme un drame existentiel, une quête aussi tragique que celle d’Ophélie et d’Hamlet. C’est le deuxième groupe de quatrains qui fait de l'héroïne Shakespearienne le double mythique du poète révolté. L’identification de Rimbaud à Ophélie est suggérée par le biais de l'apostrophe "ô pale Ophélia", par le tutoiement "tu mourus". La femme fleur du tableau apparaît comme une sœur jumelle semblable aux "poètes de sept ans". Ophélie dans sa quête d'amour et de liberté est devenue folle. Ophélie est comme lui une captive. Mais L'aliénation ne va pas sans "délires" ni "vertiges" ni "visions" ou "hallucinations", puisqu’elle est désir, nostalgie d'un ailleurs, révolte, évasion et libération "âpre liberté", fusion ou communion avec le mystère du monde. La noyade d’Ophélie est la dramatique métaphore de l'odyssée poétique à venir, celle du Bateau ivre, que parait annoncer le vers "c'est que la voix des mers folles, immense râle". Les images, les mots diffèrent singulièrement du premier au second groupe de quatrains : au tableau presque serein du début succède une scène de bruit et de fureur. Au lieu de flotter lentement au fil de l’eau, la "pâle Ophélia" est "par un fleuve emportée", sa chevelure tordue par les vents comme dans une sorte de "maelström" tragique mot qui sera employé dans le "Bateau ivre". Les sonorités sont plus âpres faisant appel aux dentales, "t'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté".
Vision et folie en poésie

La quête poétique débouche à la fin sur la parole étranglée, sur un ultime et définitif silence, celui de l’enfant noyé, celui du "pauvre fou", celui du poète, victime de son "rêve". Dans les Illuminations on retrouvera l'incessante obsession d’unir le feu et la glace ; la neige fondue qui traduit l'œuvre éphémère anticipe l’échec irrémédiable de l’entreprise rimbaldienne, incapable de "changer la vie" et de renaître à un monde différent. La triste Ophélie ne peut que dériver sur le fleuve de la folie.

Conclusion
Poème d'apprentissage fidèle au Parnasse dont il reprend les expressions de Banville, il est inspiré par le drame d'Hamlet dont il reprend l'image d'Ophélie qui couronnée de fleurs décide de mourir en se noyant. A travers le charme de ce mythe shakespearien on voit poindre le Rimbaud d'une "Saison en enfer" et des "illuminations" qui parviendra à créer une nouvelle langue poétique
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