Cours à l’étymologie; «poésie»





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date de publication21.04.2017
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Introduction à la poésie

Qu’est-ce que la poésie ?

Définition difficile, même en ayant recours à l’étymologie ; « poésie » vient du mot « poiêsis » qui en Grec antique signifiait tout type de création, manuelle ou intellectuelle, bien qu’Aristote dans la « Poétique » en réduit l’usage à la représentation du réel (ou mimésis) obtenue par des moyens langagiers spécifiques : les vers .

Nature et fonctions de la poésie

Ses origines

  • transmission de codes, lois et savoirs, de mythes. (rythmes périodiques Ü moyens mnémotechniques)

  • sa spécificité formelle Ô rituels liturgiques et magiques, douée d’un pouvoir sur ordre des choses, ex. carmina en latin = à la fois « vers » et « sortilèges ».

Ses conceptions dans la littérature française

Jusqu’au XVIIIème siècle, les mouvements littéraires lui reconnaissent une origine surnaturelle, de par les deux traditions occidentales – le christianisme et, avec une force renouvelée à partir de la renaissance, l’Antiquité.

En exemple ce passage de Ronsard qui fait de la vertu un préalable à l’enthousiasme :

« A Michel de L’Hospital, chancelier de France »,Odes, 1560

[…]

Jamais les dieux qui sont bons

Ne respandent leurs saints dons

Dans une ame vicieuse.

[…]

Cette inspiration divine ne contrevient pas avec la conception ornementale qui prévaut avant le romantisme, le don poétique est au service de l’imitation de la nature préconisée par Aristote :

J. Vauquelin de La Fresnaye, « l’Art Poétique François », 1605.

[…]

Comme le voyageur qui d’un beau lac approche,

En son bord se va mettre au coupeau d’une roche,

Là demeurant long temps oisif en son repos,

Il n’a rien pour object que les vents et les flots :

Toutesfois les forests dedans l’onde vitree

Montrent de cent couleurs leur robe diapree :

Et l’ombre des maisons, des tours et des Chasteaux

Cette eau luy représente au cristal de ses eaux ;

Il s’esjuit de voir que l’onde luy raporte

Par un double plaisir ces forests en la sorte :

Tout ainsi le poëte en ses ravira

Par divers passetemps celuy qui les lira,

Emerveillé de voir tant de choses si belles,

En ses vers repeignant les choses naturelles

[…]

La connaissance de la tradition littéraire et cette fonction ornementale fonde à la renaissance et à l’age classique le principe d l’imitation des écrivains passés.

Mais l’originalité reste bridé par la conscience de la perfection du modèle choisi, d’où querelle entre Anciens et Modernes dès le XVIIème siècle.

Modernes : inviter leurs contemporains à s’adapter à leur époque caractérisée par le règne de la raison, sans pour autant briser avec l’autorité de la tradition.

Anciens : tradition = idéal de la beauté car elle avait réalisée la copie parfaite, éternellement valable, de la nature.

Depuis le XIXème siècle, la poésie est influencée par l’aspiration romantique et la promotion du MOI, naissante dès la fin du XVIIIème siècle (J.J. Rousseau.)

L’émergence de l’individu que promeuvent entre autres les principes révolutionnaires favorisent l’exaltation du sujet : la production poétique vient se fondre avec le Lyrisme. (mot créé début XIXème pour désigner l’expression des sentiments intimes, à partir de l’adjectif « lyrique » qui qualifiait à l’origine les poèmes chantés avec accompagnement musical –souvent une lyre.

Alfred de Musset, « Namouna », 1832

[…]

Sachez-le, - c’est le cœur qui parle et qui soupire

Lorsque la main écrit, - c’est le cœur qui se fond ;

C’est le cœur qui s’étend, se découvre et respire

Comme un gai pèlerin sur le sommet d’un mont.

[…]

Le poète romantique cherche un dépassement spirituel de lui-même.

La croyance en l’inspiration survit au modèle classique de « l’inspiration raisonnable » préconisée par Voltaire dans son « dictionnaire philosophique portatif » 1764,elle incline même à apparier le culte de l’individu et la foi en Dieu :

Lamartine, « L’Enthousiasme », Méditations poétiques

[…]

Mais nous, pur embraser les âmes,

Il faut brûler, il faut ravir

Au ciel jaloux ses triples flammes.

Pour tout peindre, il faut tout sentir.

Foyers brûlants de la lumière,

Nos cœurs, de la nature entière

Doivent concentrer les rayons ;

Et l’on accuse notre vie !

Mais ce flambeau qu’on nous envie

S’allume au feu des passions.

[…]

Avec le romantisme, la poésie se voit dotée d’une fonction herméneutique, c’est à dire qu’elle avance un système d’interprétation du réel qui se fonde sur nécessairement sur la sensibilité et la pensée singulière du poète tout en prétendant à la vérité. Et éloignement de la mimésis qui induisait plutôt l’impersonnalité. (figuration réalité maintenant subjective et sujette à des variations.)

Victor Hugo, « Fonction du poète », Les Rayons et les Ombres, 1840.

[…]

Peuples ! écoutez le poète !

Écoutez le rêveur sacré !

Dans votre nuit, sans lui complète,

Lui seul a le front éclairé !

Des temps futurs perçant les ombres

Lui seul distingue en leurs flancs sombres

Le germe qui n’est pas éclos.

Homme, il est doux comme une femme.

Dieu parle à voix basse à son âme

Comme aux forêts et comme aux flots !

[…]

Attribution d’une souveraineté spirituelle au poète qui se perpétuera au-delà du mouvement romantique, Saint-John Perse affirme dans « poésie » en 1961 que « par son adhésion totale à ce qui est, le poète tient pour nous liaison avec la permanence et l’unité de l’Être. »

L’évolution de la poésie depuis le XIXème siècle tient pour beaucoup au statut et à la nature que reconnaissent à la première personne les différents courants littéraires. Dès le romantisme, l’attribution d’une position centrale au sujet ne se conçoit pas sans une ouverture du particuliers au général, l’individu est en relation avec dieu et la nature, mais aussi avec ses semblables. Au point que le poète incarne la condition humaine à lui seul, par exemple Hugo dans la préface des « Contemplations » (1856). Rimbaud, lui, pousse cette recherche de l’impersonnalité jusqu’à en perdre son identité, comme dans sa lettre à Paul Demeny,1871 ou dans « Une Saison en Enfer »,1873.

Par la suite, les surréalistes donnent comme fonction à la poésie d’explorer un sujet selon le point de vue psychanalytique. Ils refondent le lyrisme en l’identifiant avec la manifestation de l’activité inconsciente du « moi mis au jour » ( ! ). L’inspiration est ainsi intériorisée et laïcisée, mais elle sert toujours autant les « besoins suprêmes d’expression », pour A. Breton dans le « Second Manifeste du surréalisme », 1930.

Forme ultime d’expression pour Breton, celle qui échappe le plus au contrôle de la raison, comme l’écriture automatique ou les récits de rêves (tout en gardant bien à l’esprit les limites d’une telle « spontanéité »).

Fin du dogme de l’imitation, mais que les romantiques avaient déjà entamé, ainsi la conception du beau qui change au point de voir des poètes comme Hugo (Cromwell, 1827 ) ou Baudelaire (les fleurs du mal, 1861, Cf. p15) accueillir la laideur dans leurs œuvres.

Cet exposé de l’évolution de la poésie est bien sûr minimaliste, mais j’ai choisi de laisser de côté les mouvements plus récents comme les dadaïstes dont certains percevaient la poésie comme une activité de l’esprit essentiellement (Tzara, « essais sur la situation de la poésie », 1931). Pour certains poètes contemporains comme Queneau, elle est d’abord d’un art du langage, dont on ne retient plus la visée spirituelle.

Quelques grands genres poétiques

L’épopée désigne le poème dit « héroïque » depuis le XIVe siècle et « épique » depuis le XVIe. Sa racine grecque « epopoiia » signifie la composition d’un récit en vers, d’où la forme ! Traditionnellement, ample poème narratif exaltant les exploits, plus légendaire qu’historique d’un héros. (regroupement d’œuvres constitué entre les XIIe et XIVe siècles) :

Voyages de Charlemagne à Jérusalem (mi-Xie ou début XIIe)

Berthe aux grands pieds (fin XIIIe, sa mère)

La chanson de Roland (fin du XIe).

Ces épopées étaient psalmodiées en public par des jongleurs qui l’adaptaient selon le contexte. Des caracréristiques :

glorification vertus chevaleresques

démonstrations d’allégeance

recours au merveilleux chrétien (sacralisation Durendal + changement nationalités des Basques en Sarrasins.)

Rôle politique, social et religieux.

Mais c’est l’épopée antique d’Homère ou de Virgile qui suscite un intérêt durant la renaissance (principe d’imitation des anciens), au détriment de la chanson de geste médiévale, laquelle retrouvera la gloire avec les romantiques, par exemple la « Légende des siècles » de Hugo.

Tragédie et comédie

La poésie didactique avec par exemple les « bestiaires »des XIIe et XIIIe siècles qui répertorient des animaux réels ou fabuleux et leur attribuent un contenu symbolique.

Au XVIIIe, renouveau du genre avec l’appétit de connaissances ambiant : Lebrun-Pindare, « Ode à Buffon »,1771.

Depuis le XIXe, l’inspiration scientifique et la philosophie tendent à déserter la poésie, certaines tentatives néanmoins :

Sully Prudhomme, « Épreuves »,1866 où il met en vers les progrès techniques du câble télégraphique sous-marin par exemple.

R. Queneau, « Petite Cosmogonie portative », 1950, bien qu’il tente par le biais de l’humour d’en tempérer la portée didactique souvent décriée, par Valéry par ex. : « la poésie s’oppose nettement à la description […] qui tend à donner l’illusion de la réalité. »

La poésie Gnomique :adages, maximes et préceptes.

La fable se rapproche de la poésie gnomique par sa visée morale, mais elle est d’une complexité formelle supérieure. En France elle vient de 2 traditions antiques. Tout d’abord, gréco-Latine avec Ésope de Phrygie puis la seconde orientale avec le Pañchatantra (Iie - VIe siècle après J.-C.), recueil sanscrit dont se nourrit « Le livre des lumières ou la conduite des rois » attribué au brahmane légendaire Pilpay et traduit en 1644.

La poésie satirique et mondaine : satire en général sous-tendue par un dessein pédagogique et moral, visée corrective qui depuis Horace détermine la dénonciation moqueuse des travers de la vie contemporaine, ainsi Boileau écrivait dans « Satires », 1667, Cf. p25.

Sens étymologique : latin « satura » signifiant « macédoine de légumes » elle cultive une grande variété de tons et de formes, prose et vers.

Le madrigal, poème bref où est souvent tourné un compliment galant.

Le blason consacré à la description élogieuse (ou non, contre…) d’une partie du corps.

Poésie lyrique du XVIe et XVIIIe, au sens d’origine, poésie chantée au son d’un instrument. Parmi les genres lyriques traditionnels, on trouve :

L’élégie, liée au deuil, à l’amour ou l’amitié.

La pastorale, célébration d’une vie rustique idéalisée (Ex. de As You Like It, Shakespeare, Acte II sc.1).

POUR CONCLURE, la poésie est un art du langage qui vient s’opposer à la prose. Ainsi, Mallarmé considérait cette dernière comme un simple véhicule communicationnel.

Les linguistes reconnaissent à la poésie le souci du travail verbal.

Pour Jakobson, elle explore le signifiant du mot (graphème) autant sinon davantage que son signifié (sens). La poésie a cette capacité de charger de sens l’ensemble des ressources linguistiques et syntaxiques : rythme, sonorités, image, lexique, typographie…




Baudelaire, « Hymne à la beauté », Les Fleurs du mal, 1861.

[…]

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,

Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !

Si ton œil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte

D’un infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

[…] retour

Hugo, La Légende des siècles, « Le Mariage de Roland »,1859 et 1877

[…]

Roland a son habit de fer, et Durandal.

Ils luttent de si près, avec de sourds murmures,

Que leur souffle âpre et chaud s’empreint sur leurs armures ;

Le pied presse le pied ; l’île à leurs noirs assauts

Tressaille au loin ; l’acier mord le fer ; des morceaux

De heaume et de haubert, sans que pas un ne s’émeuve,

Sautent à chaque instant dans le fleuve.

[…] retour

William Shakespeare, As You Like It, Acte II scène 1.

DUKE SENIOR

Now, my co-mates in exile,

Hath not old custom made this life more sweet

Than that of painted pomp ? Are not these woods

More free from peril than the envious court ?

Here feel we not the penalty of Adam,

The seasons’ difference , as the icy fang

And churlish chiding of the winter’s wind,

Which when it bites and blows upon my body

Even till I shrink with cold, I smile, and say

‘This is no flattery. These are counsellors

That feelingly persuade me what I am.

[…] retour

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