L’organisateur de la victoire





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Lazare Carnot : l’organisateur de la victoire

Cette année, nous fêtons le 250ème anniversaire de la naissance de Lazare Carnot. A cette occasion, Andreas Ranke rend hommage à ce génie militaire qui, par-delà la guerre, s’efforça d’établir une paix durable entre les grandes nations européennes. Nous ajoutons aussi, afin de mieux faire connaître l’oeuvre scientifique de Carnot, un article de Dino di Paoli, intitulé La théorie de la technologie de Lazare Carnot, base de la science de l’économie physique.

A observer les militaires récemment à l’oeuvre en Irak, on pourrait penser que les soldats sont devenus des hordes de mercenaires qui n’ont cure de la population civile ni de la mémoire des peuples que sont les musées. Le concept militaire dominant ressemble à un mélange de Genghis Khan et de Dracula. La guerre semble être la normalité, la paix, l’exception. Comme sous les Césars de l’Empire romain, l’ordre mondial semble être façonné au gré d’esprits dérangés. Dans ce contexte, il est utile de se tourner vers un personnage historique qui voulait non seulement bannir la bestialité de la guerre, mais parvenir à une véritable paix.

Lazare Nicolas Carnot naît le 13 mai 1753 à Nolay, en Bourgogne. Très jeune, sa vocation scientifique et mathématique se manifeste et il entre au Collège des Oratoriens d’Autun dès 1762. En 1771, il s’inscrit à l’Ecole de Génie de Mézière qui recevra l’année suivante la visite de Benjamin Franklin. En 1773, Carnot quitte Mézière avec le grade de lieutenant. En 1784, il se fait un nom avec l’Eloge à Vauban, avec lequel il remporte le concours à l’Académie de Dijon.

Lors d’une visite en France, le prince Henri, frère du roi de Prusse, Frédéric le Grand, est si impressionné par Carnot qu’il aurait tenté de le persuader de rejoindre l’armée prussienne. Dès lors, Carnot voit en la Prusse un allié potentiel pour la France, contrairement à l’Angleterre.

Comme le poète allemand Schiller, Carnot espère lui aussi l’avènement d’un siècle de la raison. Il écrit : « Le sage devance son siècle et son langage ne peut être entendu que par la postérité. (...) Comme philosophe, il a déjà franchi les barrières qui séparent les Empires, il est citoyen de tous les lieux, contemporain de tous les âges. »

Organiser la défense

Le 20 avril 1792, l’Autriche et la Prusse déclarent la guerre à la France au motif de rétablir le pouvoir de Louis XVI, qui se trouve prisonnier dans son propre palais. Pendant plus d’un an, la situation militaire en France ne cesse de s’aggraver. Le 2 avril 1793, le désastre atteint un point culminant lorsque le commandant-en-chef des Armées du nord, le général Dumouriez, passe à l’ennemi. En juin de cette année-là, Carnot est nommé membre du Comité de salut public, chargé des questions militaires.

Il se lance alors dans une réorganisation des Armées en promouvant de jeunes officiers compétents et écartant toute forme de népotisme et d’idéologisation politique. Il réduit de dix à cinq le nombre des armées et institue des brigades et divisions afin d’en améliorer la mobilité.

Mais sa contribution essentielle consiste à intégrer dans la défense le progrès scientifique et technique, ce qui se traduit concrètement par l’industrialisation du pays. Il réunit autour de lui les meilleurs savants de l’époque comme Berthollet, Chaptal, Monge, Prieur, Guyton et bien d’autres. Monge rédige un manuel sur la fabrication des canons, Chaptal s’occupe de la production de poudre à canon et, en peu de temps, à Paris, 258 forges seront en mesure de produire des milliers de canons par jour. Par ailleurs, Carnot s’intéresse aux nouvelles technologies.

Dès 1784, il avait soulevé dans un écrit l’importance militaire de l’aérostat,qu’il proposait de guider au moyen d’une machine à vapeur. Le 31 octobre 1794, après deux ans de préparation, il fonde l’Ecole nationale d’aérostation, qui formera la première armée de l’air au monde. Elle se compose de deux compagnies d’aérostiers, dotées chacune de quatre ballons. Dès le 2 juin 1794 - encore dans la phase d’essai - le premier aérostat est déployé au combat près de Charleroi, en Belgique, puis, le 26 de ce mois, lors de la bataille de Fleurus, son utilisation à des fins d’observation est déterminante pour la victoire.

En plus de ses responsabilités à Paris, où il supervise presque tout, Carnot est obligé de se rendre sur le front nord en octobre 1793, afin de diriger personnellement l’attaque contre le gros des forces de Cobourg, stationnées près de Wattignies. Se trouvant sur place le 16 octobre en tant que membre du Comité de salut public, et donc habillé en civil, il s’empare du fusil d’un soldat et prend la tête de l’attaque, se faisant reconnaître de ses hommes grâce à son chapeau à plume.

Responsabilité morale

En 1794, Carnot élabore un plan militaire pour libérer la France et attaquer en même temps l’Angleterre, dans le but principal de libérer l’Irlande. Pour lui, une guerre ne peut être que défensive et ce que l’on veut défendre doit répondre aux critères moraux les plus élevés.

La formation du caractère est, à ses yeux, la meilleure garantie contre la bestialisation des soldats. Dans cette optique, l’Ecole polytechnique, dont il fut l’un des fondateurs, n’est pas conçue comme une école militaire mais comme une véritable université. Entre parenthèses, notons que le grand général suisse Dufour, qui mit fin à la guerre civile déclenchée en 1847 dans son pays en s’efforçant d’éviter toute effusion de sang inutile, est issu de l’Ecole Polytechnique.

A partir de 1796, la Révolution française se laisse de plus en plus pervertir par l’impérialisme incarné par les « grandes batailles-carnage » de Napoléon. Mais lorsque la situation devient critique, comme en Egypte en 1799, celui-ci déserte son poste de commandement, laissant tout entre les mains du général Kleber. En conquérant Venise, l’Egypte et la Russie, les utopistes qui entourent Napoléon espéraient bâtir un empire mondial - un nouvel Empire romain.

Toujours fidèle à sa patrie mais intransigeant vis-à-vis des rêves de grandeur de l’empereur, Carnot restera, jusqu’à la fin, le grand adversaire de Napoléon. Celui-ci supprima d’ailleurs tous les projets militaires et techniques de Carnot qui ne contribuaient pas à sa propre gloire.

Obligé de s’exiler à Magdeburg (Allemagne) en 1815, Carnot ne cède cependant pas à la résignation, il continue de s’intéresser aux questions militaires, y compris la construction de fortifications, mais aussi à la poésie, traduisant notamment en français le poème de Friedrich Schiller, Der Handschuh (Le gant).

Le 2 août 1823, il meurt à Magdebourg. Ce n’est qu’en 1889 que sa dépouille sera ramenée au Panthéon. En Allemagne, la cérémonie de transfert se déroule avec tous les honneurs dans l’espoir d’améliorer les relations avec la France. Ainsi, en 1890, le rêve de Carnot d’une alliance franco-prussienne faillit devenir réalité. Hélas, ce sont les cercles petits-bourgeois ou impérialistes qui s’imposèrent dans les deux pays.

Néanmoins, l’organisateur de la victoire reste encore aujourd’hui la référence de ce que doit être la politique militaire d’un véritable Etat-nation, rejetant le pouvoir pour le pouvoir.

Si vous ouvrez n’importe quel livre de physique, vous trouverez la loi de Sadi Carnot sur les machines thermiques, mais rien sur son père Lazare, qui conçut pourtant la même loi pour la mécanique et inspira à son fils la formulation de sa fameuse loi. Dans ce domaine, la sous-estimation de Lazare Carnot, ainsi que de Leibniz, est principalement due au fait que la science qu’ils ont perfectionnée a en réalité disparu. En effet, leur théorie mécanique, alternative consciente à celle de Newton, a été développée dans le contexte d’une science plus large que nous appelons économie physique. Si ce concept était encore explicitement utilisé à l’époque de Carnot, il a, à ma connaissance, complètement disparu entre-temps jusqu’à ce que Lyndon LaRouche le redécouvre et l’élargisse. Signalons que cette école spécifique de mécanique compte des élèves de Carnot comme Sadi Carnot, Jean-Victor Poncelet, Henri Navier, Gaspard Coriolis et Charles Dupin, pour ne citer que les Français.

Par économie physique, nous entendons l’étude de la relation entre l’existence de la population humaine et l’accroissement optimal de l’énergie libre physique nécessaire à cette existence. Dès lors, la mécanique devient l’étude des conditions optimales (et des limites) pour obtenir de l’énergie libre à partir de toutes sortes de machines ; elle devient l’étude de ce processus en relation avec la loi plus générale de la nature.

Partant du caractère sacré de notre existence, de la condition nécessaire pour assurer son respect, nous découvrons la loi de la nature adéquate et nécessaire pour ce faire. Nous ne partons pas d’un plan mathématique abstrait d’un univers dans lequel nous ne sommes même pas censés exister. Ce n’est donc que dans ce cadre qu’on peut comprendre les résultats et les intentions des travaux de Lazare Carnot et la raison pour laquelle il les associait à ceux de Leibniz et les opposait à ceux de Newton.

Je vais vous présenter d’abord une courte biographie de Lazare Carnot. [1]

1753 : naissance. Dans sa jeunesse, il étudie chez les oratoriens [à Autun].

1770 : étude de Bernoulli et de Leibniz à travers la mécanique de Bossut.

1771 : il étudie auprès de Monge à l’Ecole du génie de Mézières où, en 1773, il devient ingénieur militaire.

1777 : l’académie des Sciences de Paris lance un concours sur La théorie des machines, en ayant égard au frottement....

1778 : Carnot y participe mais aucun gagnant n’ayant été désigné, un nouveau concours est organisé sur le même sujet en 1780. Carnot y présente une nouvelle version de sa théorie qui obtient une mention honorable, mais c’est Coulomb qui remporte le concours. (Il faut noter ici que la fameuse loi de Coulomb sur la relation friction/poids a été pour la première fois découverte et décrite par Léonard de Vinci.)

1783 : Carnot revoit et publie son mémoire de 1780 sous le titre Essai sur les machines en général.

1784 : une autre compétition organisée à Dijon en présence du prince Henri de Prusse, sur le thème de l’économiste et ingénieur militaire Vauban, donne à Carnot l’occasion de présenter son Eloge de Vauban. Cette fois, il remporte le premier prix. A cette occasion, le prince Henri aurait, semble-t-il, proposé à Carnot d’entrer dans l’armée prussienne.

1784 : après le vol des frères Montgolfier, il écrit une « Lettre sur les Aérostats », y proposant l’utilisation de la machine à vapeur pour les diriger et ajoute : « Remarquez combien de bras seront épargnés dans les manufactures, lorsqu’on connaîtra mieux la mécanique du feu ».

1785 : il présente un autre mémoire, cette fois pour l’académie de Prusse, publié en 1797 et traduit en plusieurs langues : Réflexions sur la métaphysique du calcul infinitésimal.

1795 : il fonde l’Ecole centrale des travaux publics (Polytechnique).

A partir de 1800 : il produit une autre série de travaux scientifiques, dont certains sont consacrés à la géométrie liée aux machines, et aboutit en 1803 à sa « Géométrie de position », traduite en allemand en 1810. Dans ce contexte, il publie aussi De la corrélation des figures de géométrie, Théorie des transversales, etc.

1803 : il publie également une version élargie de ses travaux sur les machines, sous le titre : Principes fondamentaux de l’équilibre et du mouvement.

1800 à 1815 : il est nommé membre de l’Institut national de France, organisme créé pour promouvoir les inventions. Il y écrit plusieurs rapports, mais nous mentionnerons seulement, en 1806, le Rapport (...) sur la machine (...) pyréolophore [moteur à combustion] de J.N. Niepce et en 1809, Sur la machine à feu de M. Cagnard. [2]

1815-1823 : Exil à Magdebourg où il meurt.

L’épistémologie scientifique

On peut voir autour d’un célèbre portrait de Carnot les noms de quatre hommes qui lui étaient chers : Socrate, Archimède, Caton et Franklin. Ceci vous en dit plus sur ses idéaux que 100 biographies. Considérons d’abord le cas de Franklin.

La famille de Carnot était associée à Franklin, ce qui nous aide à comprendre l’objectif politique pour lequel Carnot oeuvrait : la réalisation du « système américain » en Europe. Dans un certain sens, cette opération fut un échec politique. En effet, l’oligarchie britannique s’efforça par tous les moyens de saboter la Révolution française en finançant des provocateurs monarchistes, jacobins et orléanistes, afin de créer un chaos politique sans perspective positive de croissance économique, d’éducation scientifique et d’industrialisation. Contrairement au mythe selon lequel tout était mieux dans le passé, on proclamait même à l’époque : « La République n’a pas besoin de savants ». La revendication sociale se trouvait ainsi découplée de l’idée de progrès. Comme quoi l’écologisme est bien plus vieux que les Verts...

Cet échec du modèle américain en Europe était patent dans les commentaires de Carnot, datant de 1802. Il écrivit à propos des grandes républiques :


Une seule fut l’ouvrage de la philosophie (...) Les Etats-Unis de l’Amérique (...) leur prospérité reçoit des accroissements qui frappent les autres nations d’admiration et d’étonnement.

Et en 1815 :

Lorsque les Américains (...) déterminent l’emplacement d’une ville, et même d’un hameau, leur premier soin est d’y amener un instituteur (...) sentant bien, (...) ces élèves de Franklin, de Washington, que ce qui est aussi pressé pour les vrais besoins de l’homme, que de défricher la terre, de couvrir ses maisons et de se vêtir, c’est de cultiver son intelligence. Mais lorsqu’en Europe, l’inégalité des fortunes, conséquence des grandes sociétés, laisse parmi les hommes une si grande inégalité des moyens, comment appeler à l’instruction la classe la plus nombreuse de la société 

Sans entrer dans les succès ou les échecs des projets de Franklin en Europe, je voudrais situer les travaux de Carnot dans ce contexte. Comme nous le savons, le « système américain » reposait en réalité sur Leibniz et était construit autour de l’idée apparemment très simple selon laquelle l’économie humaine, contrairement à l’écologie animale, commence par l’invention d’une machine et son utilisation. Par exemple, pour utiliser une version française de cette théorie, il est intéressant de se référer à Charles Laboulaye, pour qui la production de plus-value est le produit de l’intelligence sous forme d’inventions. Il écrit :

L’homme agit sur la nature qui l’environne non seulement comme les animaux, mais à l’aide de son intelligence. Les découvertes que celle-ci fait chaque jour, loin de périr avec l’individu, s’accumulent. (...) Or la civilisation n’a pu se développer que chez les peuples qui sont capables de produire une quantité de produits supérieure à celle consommée chaque jour (...). Quel en est le résultat ? Il ne peut exister une seule loi naturelle, qui ne doive trouver son application dans l’industrie ; de même qu’il ne peut exister un procédé industriel utile qui ne soit fondé sur une loi naturelle.

Les Américains l’appliquaient déjà, les Européens se battaient pour. Ce qui importe pour nous, c’est qu’au coeur des idées de Franklin et de Carnot, l’économie, l’écologie et les machines sont indissociables. Pour cette raison, on avait besoin d’un calcul plus précis de telles relations et Carnot y contribua en partie, clarifiant certains paramètres cruciaux dans l’étude des machines. C’est ce que nous allons considérer maintenant.

1) La théorie de « la machine en général »

Nous allons résumer, avec notre propre langage, la théorie que Carnot développa dans ses différents écrits [
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