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Baccalauréat Général : Epreuve anticipée de Français 2011

Descriptif des lectures et activités
LYCEE LYAUTEY DE CASABLANCA CLASSE : 1ère

Professeur : Carole Cédille
La poésie
« Une peinture parlante ? »
Lectures analytiques : Groupement de textes :
VILLON, « Epitaphe Villon »
BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal, XXII, « Parfum exotique »
VERLAINE, Fêtes galantes, XV, « Mandoline »
RIMBAUD, Illuminations, « Les Ponts » (manuel p 183)
Textes, documents et activités complémentaires :
1° Sur les formes poétiques :

Paul Valéry, Propos sur la poésie, « La marche comme la prose… »

Une ballade :

Charles d’Orléans, « Las ! Mort qui t’a fait si hardie… »

Sonnets de Pétrarque à Baudelaire :

Pétrarque, Canzoniere, 189 (manuel p 110)

Labé, Sonnets IX (manuel p 109)

Ronsard, Les Amours, sur la mort de Marie, V, « Comme on voit … »

Du Bellay, L’Olive, LXXXIII, « Déjà la nuit en son parc amassait… »

Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal ; IV, « Correspondances » ; XII,  « La vie antérieure » 

Poèmes en prose :

Baudelaire, Petits poèmes en prose, « Le joujou du pauvre », « Le Port »

2° Liens avec la peinture (dossier organisé par les élèves)

Villon > Des représentations de la mort et de l’enfer :

Une danse macabre

Bruegel l’Ancien, Le Triomphe de la mort, détail (manuel p 116)

Vignali, Le jeune Homme et la Mort (manuel p 123)

Baudelaire > De l’exotisme à l’érotisme :

Œuvres de Delacroix, Ingres, Manet, Gauguin (recherches individuelles)

Verlaine > La fête galante :

Watteau, Couple assis (manuel p 176) et L’Indifférent (manuel p 179)

Watteau : choix personnel d’autres œuvres à présenter par le candidat

Claudel, l’œil écoute, « Watteau, l’indifférent » (manuel p 179)

Lecture analytique
François VILLON (1431-1463?), « Epitaphe Villon », dite « ballade des pendus »


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Frères humains qui après nous vivez,

N’ayez les cœurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous merci,

Vous nous voyez ci attachés cinq, six :

Quant de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est piéça dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De notre mal personne ne s’en rie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.
Si frères vous clamons, pas n’en devez

Avoir dédain, quoique fûmes occis

Par justice : toutefois, vous savez

Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis ;

Excusez-nous, puisque sommes transis,

Envers le Fils de la Vierge Marie,

Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

Nous préservant de l’infernale foudre,

Nous sommes morts, âme ne nous harie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.
La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis ;

Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils

Jamais nul temps nous ne sommes assis ;

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charie,

Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre,

Ne soyez donc de notre confrérie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,

Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :

A lui n’ayons que faire ni que soudre.

Hommes, ici n’a point de moquerie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.


Lecture analytique
BAUDELAIRE (1821-1867), Les Fleurs du mal, section « Spleen et idéal »



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Parfum exotique (XXII)
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,

Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,

Je vois se dérouler des rivages heureux

Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ;
Une île paresseuse où la nature donne

Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;

Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,

Et des femmes dont l’œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,

Je vois un port rempli de voiles et de mâts

Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,

Qui circule dans l’air et m’enfle la narine,

Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.


Lecture analytique
Paul VERLAINE (1844-1896), Fêtes galantes (1869), XV, « Mandoline »

      Les donneurs de sérénades
      Et les belles écouteuses
      Échangent des propos fades
  4  Sous les ramures chanteuses.

      C’est Tircis et c’est Aminte,
      Et c’est l’éternel Clitandre,
      Et c’est Damis qui pour mainte
  8  Cruelle fait maint vers tendre.

      Leurs courtes vestes de soie,
      Leurs longues robes à queues,
      Leur élégance, leur joie
 12 Et leurs molles ombres bleues

      Tourbillonnent dans l’extase
      D’une lune rose et grise,
      Et la mandoline jase
 16 Parmi les frissons de brise.

Lecture analytique

RIMBAUD (1854-1891), Illuminations : « Les Ponts »


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Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. - Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.


TEXTES ET DOCUMENTS COMPLEMENTAIRES


Qu’est-ce que la poésie ?


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La marche comme la prose a toujours un objet précis. Elle est un acte dirigé vers quelque objet que notre but est de joindre. Ce sont des circonstances actuelles, la nature de l’objet, le besoin que j’en ai, l’impulsion de mon désir, l’état de mon corps, celui du terrain, qui ordonnent à la marche son allure, lui prescrivent sa direction, sa vitesse, et son terme fini*. Toutes les propriétés de la marche se déduisent de ces conditions instantanées et qui se combinent singulièrement dans chaque occasion, tellement qu’il n’y a pas deux déplacements de cette espèce qui soient identiques, qu’il y a chaque fois création spéciale, mais, chaque fois, abolie et comme absorbée dans l’acte accompli.

La danse c’est tout autre chose. Elle est, sans doute, un système d’actes, mais qui ont leur fin en eux-mêmes. Elle ne va nulle part. Que si* elle poursuit quelque chose, ce n’est qu’un objet idéal, un état, une volupté, un fantôme de fleur, ou quelque ravissement de soi-même, un extrême de vie, une cime, un point suprême de l’être… Mais si différente qu’elle soit du mouvement utilitaire, notez cette remarque essentielle quoique infiniment simple, qu’elle use des mêmes membres, des mêmes organes, os, muscles, nerfs, que la marche même.

Il en va exactement de même de la poésie qui use des mêmes mots, des mêmes formes, des mêmes timbres que la prose.



VALERY (1871-1945), Propos sur la poésie (1928)
Notes :

terme fini : but, fin

que si : et si

Ballade de Charles d’ORLEANS (1394-1465)


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Las ! Mort, qui t’a fait si hardie

De prendre la noble Princesse

Qui était mon confort, ma vie,

Mon bien, mon plaisir, ma richesse !

Puisque tu m’as pris ma maîtresse,

Prends-moi aussi son serviteur,

Car j’aime mieux prochainement

Mourir que languir en tourment,

En peine, souci et douleur !
Las ! de tous biens était garnie

Et en droite fleur de jeunesse !

Je prie à Dieu qu’il te maudie,

Fausse Mort, pleine de rudesse !

Si prise l’eusses en vieillesse,

Ce ne fût pas si grande rigueur ;

Mais prise l’as hâtivement

Et m’as laissé piteusement

En peine, souci et douleur !
Las ! je suis seul, sans compagnie !

Adieu ma Dame, ma liesse :

Or est notre amour départie ;

Non pourtant, je vous fais promesse

Que de prières, à largesse,

Morte vous servirai de cœur,

Sans oublier aucunement ;

Et vous regretterai souvent

En peine, souci et douleur !
Dieu, sur tout souverain Seigneur,

Ordonnez, par grâce et douceur,

De l’âme d’elle, tellement

Qu’elle ne soit pas longuement

En peine, souci et douleur !


fi Pétrarque & Scève Allégorie de la tempête
Pétrarque, Canzoniere (1342-1374)

Écrit en italien, augmenté tout au long de la vie de Pétrarque; le Canzoniere regroupe les poèmes

d'amour à la gloire de Laure, sa muse. Il eut une influence majeure sur les poètes du XVIe siècle,

comme en témoignent les deux poèmes qui suivent.

« Un vent de soupirs»
Voici passer ma nef chargée d'oubli,

Sur l'âpre mer, en hiver à minuit,

Entre Scylle et Charybde 1; au gouvernail

4 Est mon seigneur", ou mieux mon ennemi.
Aux rames, des pensers, prompts et mauvais,

Semblent mépriser tempête et naufrage;

Un vent humide, éternel, de soupirs,

8 D'espoirs et de désir perce la voile.
La pluie des pleurs, la brume des dédains,

Ont mouillé, détendu les haubans las,

Qui sont tressés d’erreurs et d’ignorance.
12 Mes deux doux phares coutumiers se cachent;

La raison et l'art sont morts sous les flots,

Et je désespère à présent du port.

PÉTRARQUE, Canzoniere, 189, trad. Danielle Baillet, © Gallimard, 1994.
1. Le gouffre de Charybde et les roches de Scylla: deux terribles dangers pour les navires, d'après l'Odyssée d'Homère.

2. Il s'agit de l'Amour .
Observation et analyse

1. Que représente la tempête dans le poème de Pétrarque? Comment cette allégorie est-elle développée tout au long du sonnet?

2. Quelles sont les ressemblances et les différences entre la tempête de Pétrarque et celle de Scève?

3. Observez le sens et le temps des verbes, ainsi que les emplois du je (texte B). Quels changements remarquez-vous?

Quel est le mouvement du texte?

4. Analysez les sonorités des vers 1-4 (texte B). En quoi sont-elles harmonieuses?

5. Quel est le rythme habituel du décasyllabe? S'appuie-t-il au vers 7 (texte B)? Quel effet en résulte?

6. L'espoir «réveill[e]» le poète (texte B, v. 7), mais en quoi ce réveil est-il paradoxal? Comparez sur ce point avec

Pétrarque.

Vers le Bac (oral)

Selon vous, Scève copie-t-il Pétrarque, ou crée-t-il un vers qui lui est propre?
110 2' partie. Lapoésie

Amour: les joies et les peines

La poésie amoureuse se développe entre deux pôles: d'un côté le bonheur d'aimer et de l’autre la douleur de ne pas être aimé.
Louise Labé Sonnets (1556)

La poésie amoureuse est centrée traditionnellement sur les sentiments de l'amant. Dans son œuvre brève (25 sonnets et 3 élégies), la poétesse lyonnaise Louise Labé renverse ce topos (lieu commun). Pour elle, l'amante ne doit pas être réduite au statut d'objet désiré: elle éprouve elle-même désirs et peines.
«Ô nuit à moi heureuse! »
Tout aussitôt que je commence à prendre

Dans le mol lit le repos désiré,

Mon triste esprit, hors de moi retiré,

4 S'en va vers toi incontinent' se rendre.
Lors m'est avis que dedans mon sein tendre

Je tiens le bien où j'ai tant aspiré,

Et pour lequel j'ai si haut soupiré

8 Que de sanglots- ai souvent cuidé fendre. ?
Ô doux sommeil, ô nuit à moi heureuse!

Plaisant repos plein de tranquillité,

Continuez toutes les nuits mon songe;
12 Et si jamais ma pauvre âme amoureuse

Ne doit avoir de bien en vérité,

Faites au moins qu'elle en ait en mensonge.
Louise LABÉ,Sonnets, IX. >Histoire littéraire pp. 123 et 362


  1. Sans pouvoir s'en empêcher. 2. Complément du verbe fendre. 3. Cru.



Observation et analyse

1. L’amour évoqué ici est-il un amour heureux? À quoi le voyez-vous?

2. Relevez les mots et les tournures de phrase qui font du texte un éloge. Pourquoi peut-on parler d'un éloge paradoxal?

3.À qui s'adresse le poème? Repérez le changement de destinataire. Comment est-il mis en valeur par le rythme des vers? Que révèle-t-il?

4. Comment ce changement est-il souligné par la forme du sonnet? Et par les types de phrases employés?

5. Observez les marques de la première personne. Ce poème est-il mouvement vers l'autre ou fermeture sur soi?
• Vers le Bac (invention)

Imaginez la réponse de l'amant, en vers ou en prose

6. Chants d'amour et de peine: la poésie du XVIe au XVIIIe siècle 109


Pierre de RONSARD (1524-1585), Les Amours, V, « Sur la mort de Marie »


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Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose ;
La grâce dans sa feuille et l’amour se repose

Embaumant les jardins et les arbres d’odeur ;

Mais battue ou de pluie ou d’excessive ardeur,

Languissante elle meurt feuille à feuille déclose.
Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,

La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.
Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,

Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.


Jean DU BELLAY (1522-1560), L’Olive, LXXXIII


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Déjà la nuit en son parc amassait

Un grand troupeau d’étoiles vagabondes,

Et pour entrer aux cavernes profondes,

Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ;
Déjà le ciel aux Indes rougissait,

Et l’Aube encor de ses tresses tant blondes,

Faisant grêler mille perlettes rondes,

De ses trésors les prés enrichissait,
Quand d’occident, comme une étoile vive,

Je vis sortir dessus ta verte rive,

Ô fleuve mien ! une Nymphe en riant,
Alors voyant cette nouvelle Aurore,

Le jour honteux d’un double teint colore

Et l’Angevin, et l’Indique orient.


Notes :

Vers 5 : aux Indes = en Orient ; vers 11 : fleuve mien = la Loire, en pays angevin, en Anjou ; vers 14 : Indique = des Indes

BAUDELAIRE (1821-1867), Les Fleurs du mal, section « Spleen et idéal »


Correspondances (IV)
La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfant,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

-Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,

Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.
La vie antérieure (XII)
J’ai longtemps habité sous de vastes portiques

Que les soleils marins teignaient de mille feux,

Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,

Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
Les houles, en roulant les images des cieux,

Mêlaient d’une façon solennelle et mystique

Les tout-puissants accords de leur riche musique

Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.
C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,

Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs

Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,
Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,

Et dont l’unique soin était d’approfondir

Le secret douloureux qui me faisait languir.


Charles BAUDELAIRE (1821-1867), Petits Poèmes en prose
XIX, « Le Joujou du Pauvre »


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Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et-son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

A côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait 'la beauté, si, comme l’œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boite grillée, c’était un rat vivant! Les parents, par économie, sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.


XLI, « Le Port »,



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Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une, sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.


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