André Durand présente





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André Durand présente
‘’Contre !’’

(1934)
poème d’Henri MICHAUX
pour lequel on trouve un commentaire.

Bonne lecture !

Contre !”
«Je vous construirai une ville avec des loques, moi !

Je vous construirai sans plan et sans ciment

Un édifice que vous ne détruirez pas,

Et qu'une espèce d'évidence écumante

Soutiendra et gonflera, qui viendra vous braire au nez,

Et au nez gelé de tous vos Parthénons, vos arts arabes, et de vos Mings.
Avec de la fumée, avec de la dilution de brouillard

Et du son de peau de tambour,

Je vous assoirai des forteresses écrasantes et superbes,

Des forteresses faites exclusivement de remous et de secousses,

Contre lesquelles votre ordre multimillénaire et votre géométrie

Tomberont en fadaises et galimatias et poussière de sable sans raison.
Glas ! Glas ! Glas sur vous tous, néant sur les vivants !

Oui, je crois en Dieu ! Certes, il n'en sait rien !

Foi, semelle inusable pour qui n'avance pas.
Oh monde, monde étranglé, ventre froid !

Même pas symbole, mais néant, je contre, je contre,

Je contre et te gave de chiens crevés.

En tonnes, vous m'entendez, en tonnes, je vous arracherai ce que vous m'avez refusé en grammes.
Le venin du serpent est son fidèle compagnon,

Fidèle, et il l'estime à sa juste valeur.

Frères, mes frères damnés, suivez-moi avec confiance.

Les dents du loup ne lâchent pas le loup.

C'est la chair du mouton qui lâche.
Dans le noir nous verrons clair, mes frères.

Dans le labyrinthe nous trouverons la voie droite.

Carcasse, où est ta place ici, gêneuse, pisseuse, pot cassé?

Poulie gémissante, comme tu vas sentir les cordages tendus des quatre mondes !

Comme je vais t'écarteler !»
Commentaire
Michaux, dès sa jeunesse, refusa le monde extérieur, celui des autres, avec leurs villes, leurs conventions, leurs coutumes, n’acceptant de réalité que la sienne, intime et personnelle. Il exprima encore ce refus dans ce poème qu’il composa à l’âge de quarante-quatre ans. Il n’existe probablement aucun autre poème qui reflète avec autant d’intensité cette opposition et cette angoisse face au monde.

Contre !” est, en vers libres mais ponctués, et en six strophes irrégulières, un cri d’exaspération tragique, d’opposition et de défi. Le titre qui, du fait du sens net du mot et de son caractère phonétiquement sec et cassant, est d’une simplicité limpide, le signifie nettement, le point d'exclamation donnant un avant-goût de l'intensité avec laquelle le poète s’exprimera.

Michaux indiqua plus d'une fois qu'il écrivait ses poèmes à la suite de «flashs», et qu'il négligeait la construction. Mais il est possible de distinguer ici deux grands mouvements, le premier (les quatre premières strophes) en étant un de rejet, le deuxième étant une invitation à suivre le guide que le poète entend être.
Dans la première strophe, le poète, qui s’adresse à des auditeurs indéterminés (comme l’indique ce «vous» qui est une interpellation populaire), prétend pouvoir, avec des matériaux pourtant dérisoires, édifier des constructions si solides (la révélation est étonnante, et c’est marqué par les enjambements du vers 2 au vers 3 et du vers 4 au vers 5), pourtant nées de la colère, d’une sorte de folie (n’est-ce pas ainsi qu’il faut comprendre «évidence écumante», l’écume étant ce qui sort de la bouche des déments?) qu’il peut les opposer aux monuments les plus représentatifs de trois grandes civilisations du passé. Et il le fait avec un mépris insolent et même grossier, se plaisant à se présenter comme un âne (puisqu’il brait), symbole de bêtise, qu’il oppose à la grande et immémoriale culture. L’affirmation de son orgueil est bien appuyée, à la fin du premier vers, phrase empreinte de provocation, par ce «moi !» plein de défi. Le dernier vers de la strophe est un vers long qui doit donc, selon les règles implicites du vers libre (chaque vers bénéficie d’un souffle égal, le vers court étant de ce fait dit plus lentement, le vers long étant dit plus rapidement), être prononcé avec une précipitation qui traduit bien le mépris que sous-entend l’accumulation des références, chacune perdant de son importance dans ce fatras.

La deuxième strophe reprend la même idée, à la différence que les matériaux sont encore plus inconsistants (ce qui est marqué par l’enjambement du vers 7 au vers 8), que la musique la plus primitive (le «son de peau de tambour») joue un rôle, et que les constructions envisagées sont encore plus solides, comme le soulignent les allitérations («forteresse écrasante») et les assonances («de remous et de secousses»), tandis que l’opposition aux arts reconnus, au respect du passé (auparavant, le sarcasme à l’égard des «nez gelés», maintenant à l’égard de «l’ordre mutimillénaire») en devient une à l’ordre (tout «plan» avait déjà été rejeté au vers 2 ; «remous et secousses» reprend l’idée de «l’évidence écumante»), à la géométrie, dont l’échec est marqué d’abord par l’enjambement du vers onze au vers douze qui met «Tomberont» à la position forte qu’est le début du vers, ensuite par la précipitation dans l’élocution qu’exige ce vers plus long où l’énumération est appuyée par le «et» redondant.

Dans la troisième strophe, qui est animée par les exclamations («glas ! glas ! glas !»), les assonances («néant… vivants»), les contradictions («Oui…Certes»), l’ironie surprenante de l’aphorisme («Foi, semelle inusable pour qui n'avance pas»), le nihilisme de Michaux lui fait rejeter l’humanité entière au profit d’un Dieu, mais si lointain qu’est ridiculisée la prétention des croyants de retenir son attention, d’entrer en rapport avec lui.

Dans la quatrième strophe, après un semblant d’apitoiement sur le monde («Oh monde, monde étranglé, ventre froid !») éclate l’opposition, qui fait répéter au poète «contre» (verbe qui ne s’employait auparavant que dans les domaines des jeux de cartes et du sport, et dont c’est peut-être son emploi par Michaux, au sens général de «s’oppose», qui atteste de son entrée dans la langue courante) et la colère, sa véhémence donnant à ses phrases la grossièreté du tutoiement et des «chiens crevés», l’incohérence de la langue parlée, surtout dans la phrase qu’est le vers 19, qui étonne par l’inversion du début («En tonnes»), par l’interpellation («vous m’entendez») d’auditeurs déjà vue au vers 1, par la force de «arracherai», enfin par l’opposition des «grammes» aux «tonnes». Surtout, ce vers, par sa longueur démesurée, exige une élocution torrentueuse.

Ainsi se termine ce premier mouvement, fait de mépris, de refus, de révolte à l’égard de la civilisation, de la culture.
Le second mouvement, dans les deux dernières strophes, propose une action à mener dans l’avenir sous la direction du poète.

Au début de la cinquième strophe, est affirmée la valeur du venin qui est constitutive (comme le martèle la répétition de «fidèle») du serpent que veut être le poète dont le rôle est de critiquer, de blesser, de détruire. Le passage à l’appel aux «frères» humains se fait brusquement, et il est d’autant plus étonnant que le «vous» qui précédait était méprisé. Voilà Michaux qui renoue avec la tradition, illustrée en particulier par Hugo, du poète guide de la population («suivez-moi avec confiance»). Mais l’aphorisme qui suit est ambigu, même si l’image (qui affirme la force et l’obstination du loup) est tout à fait claire. Il semblerait que le poète, qui était un serpent, soit devenu un loup. Mais ce qui inquiète, c’est le mouton dont on peut se demander s’il n’est pas un de ces «frères» du vers 22. On peut cependant pencher pour un mouton qui est l’adversaire, la culture ancienne, le «monde étranglé».

Dans la dernière strophe, le poète se fait vraiment prédicateur en annonçant, dans deux vers aux images conventionnelles, des lendemains qui chanteront. On le préfère quand il revient à son ton véhément pour s’en prendre à… à quoi exactement? La «carcasse», la «poulie», est-ce son propre corps dont il malmènera la faiblesse, qu’il écartèlera (ce qui répond à ces «quatre mondes sur lesquels» on s’interroge) ou est-ce la civilisation ancienne?
Contre !” est le poème du recueil ‘’La nuit remue’’ (1934) qui reflète avec le plus d'intensité le refus du monde par Michaux, et l’espoir qu’il mettait en la seule révolte.

André Durand

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