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« Chefs d’œuvre éternels »



OMAR KHAYYAM

LES RUBAYAT

Traduit du persan par E’tessam-Zadeh
Miniature persane et encadrement de Taher-Zadeh
Directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Téhéran

Traduction en vers français couronnée par l’Académie française

Maurice d’Hartoy Éditeur
A Paris

LES RUBAYAT

Chefs-d’œuvre éternels

OMAR KHAYYAM

LES RUBAYAT

Traduit du persan par E’TESSAM ZADEH

(Traduction couronnée par l’Académie française)

Enluminure et encadrement du peintre persan TAHER ZADEH

MAURICE D’HARTOY ÉDITEUR

95, RUE DE LA POMPE, PARIS

Il a été tiré de cet ouvrage constituant l’édition originale, 3 exemplaires sur Chine numérotés de I à III ; 8 exemplaires sur Japon impérial nacré numérotés de IV à XI ; 10 exemplaires sur Madagascar numérotés de XII à XXI ; 250 exemplaires sur pur fil Lafuma numérotés de XXII à CCLXXI ; et 4000 exemplaires sur Alfa impondérable des papeteries de Sorel-Moussel numérotés de 1 à 4000.

3694

Tous droits réservés pour tous pays, y compris l’U.R.S.S.

Copyright by Maurice d’Hartoy, éditeur, 194.
A Henri de Régnier

Admiration et reconnaissance

E’tessam Zadeh.

PRÉFACE


Fitz-Gerald qui, le premier, en Angleterre, fit entrer dans la lumière le nom d’Omar Khayyam, fut aussi le premier – à tout seigneur tout honneur ! – à commettre une erreur regrettable. Le délicieux poète anglais publia, en 1859, un recueil de quatrains dont le sujet avait été inspiré par la lecture d’un vieux manuscrit persan qui se trouve à la « Bodleian Library » d’Oxford et contient 158 quatrains attribués au grand poète de Nichapour. Mais Fitz-Gerald en présentant son chef-d’œuvre comme une traduction des Rubâïyat d’Omar Khayyam, eut évidemment tort, et voici pour quelles raisons.

On appelle rubâï un genre particulier de quatrain persan dont les premier, deuxième et quatrième vers riment entre eux, tandis que le troisième est un vers blanc. En outre, les rubâïyat se font sur un rythme unique, spécial, toujours le même. Donc, au point de vue technique, le rubâï est soumis à des règles sévères qu’il faut observer à tout prix, sans quoi il n’y aurait plus de rubâï. Au point de vue poétique, les règles sont tout aussi rigides. Un rubâï est un petit poème complet qui doit exprimer une idée précise. En outre, il doit être clair, concis, très gracieux s’il traite un sujet galant, très profond s’il exprime une pensée philosophique. En un mot, le rubâï persan ressemble étrangement au sonnet français ; et les poètes persans qui ont produit de beaux rubâïyat, sont aussi rares que les poètes français ayant réussi de parfaits sonnets.

De la définition qui précède, l’on déduira sans peine qu’un rubâï doit, forcément, être un tout complet et ne pourrait, par conséquent, être lié à d’autres rubâïyat, comme l’a osé Fitz-Gerald, et comme, plus récemment, en France, M. Claude Anet s’est efforcé de le faire. Puisque nous avons nommé M. Claude Anet, nous saisirons cette occasion pour lui demander sur quoi il appuie ses commentaires sur la philosophie d’Omar Khayyam. Il donne une traduction – très littéraire, mais pas toujours fidèle de 144 quatrains qu’il a choisis dans une édition persane de Bombay et qu’il prétend être les seuls authentiques. Cette traduction, somme toute élégante, de M. Claude Anet pourrait lui faire pardonner quelques petites faiblesses. Cependant, il a le tort de mettre en doute le mysticisme d’Omar Khayyam : ce faisant il imite les pires orthodoxes de l’Orient qui traient Khayyam d’athée et de renégat.

Omar Khayyam n’était pourtant pas un athée, mais un adepte de la doctrine soufie, laquelle est essentiellement monothéiste. Cette doctrine, Omar Khayyam la résume allégoriquement dans un de ses quatrains.

« Les gouttes d’eau sorties de l’Océan y retourneront d’une façon ou d’une autre. » L’homme est une infime partie du grand Tout qui est la Divinité, donc, il peut et doit, par la contemplation et par l’extase, arriver jusqu’à Dieu, mieux encore, s’identifier avec Lui. L’individu, pour peu qu’il le veuille, finira par se résorber dans le Plérome, dans l’Etre Universel, et ce sera là, pour lui, le vrai bonheur, la suprême béatitude. Dès lors, à quoi bon s’inquiéter de l’Enfer et du Paradis ? Car s’il existe un Enfer, il est en nous-mêmes, dans la façon dont nous comprenons la vie. L’Enfer, c’est la bêtise humaine, c’est la méchanceté, c’est la laideur, c’est le mensonge et le remords ; tandis que le Paradis, c’est la joie d’être bon, c’est la douceur de vivre, c’est la coupe pleine d’un vin capiteux, c’est le printemps, c’est la beauté, c’est le joli visage d’un être aimé, c’est le chant du rossignol et le doux son de la harpe, c’est le plaisir de l’heure fugitive, c’est l’ineffable sentiment fait à la fois de joie, d’orgueil et d’amers regrets, qui nous fait penser que le gracile corps de celle qu’on possède sera bientôt réduit en poussière ; que notre crâne repli de tant de passions deviendra peut-être une pauvre cruche dans une taverne et que – ô suprême et délicieuse consolation ! – même après notre mort, nous pourrons ainsi servir à répandre un peu de joie. Tout ce qui est bon, tout ce qui est beau, tout ce qui est capable d’engendrer l’extase peut nous rapprocher de l’Etre Universel, d’Ormuzd, de Jeovah, du Nirvâna ; car, n’est-ce pas ? le nom qu’on donne à Dieu n’a aucune espèce d’importance.

« Dans ton carnet d’amour inscris un nom quelconque,
Et raille, après, le Ciel et la Damnation ! »

Dieu n’est pas, ne peut pas être un tyran. Alors pourquoi se plier sottement aux dogmes tyranniques qu’une quelconque religion ? Jeûner, prier, faire des pèlerinages, ce ne sont là que des manières bonnes pour les esprits bornés. On peut atteindre au But suprême par des chemins infiniment plus courts, infiniment plus agréables. Les dévots – s’ils n’étaient toujours hypocrites – pourraient bien finir par entrer dans le Paradis, dont ils ont d’ailleurs une piètre idée ; mais un soufi n’a pas besoin de tant de simagrées. Il lui suffit de « jouir » en contemplant les merveilles du monde. Regardez donc le Firmament, admirez donc la splendide Nature, enivrez-vous donc du vin couleur de rubis et baisers des lèvres vermeilles ! A quoi servent tant de belles choses si ce n’est pour le ravissement de nos yeux ? A quoi servent les vins généreux, si ce n’est pour emplir le cœur de la douce joie d’oublier ? A quoi servent les jolies filles de Chiraz et de Samarkand, si ce n’est pour vous donner l’affolante ivresse des étreintes passionnées ?

Omar Khayyam en fait l’expérience et s’en trouve bien. Il mène une vie digne de sa philosophie. Il a des amis nombreux, une santé robuste, une fortune considérable et la gloire par-dessus le marché ! Le roi de Perse, Sultan Sendjer, le traite en égal et le fait asseoir à côté de lui sur le trône. Bref, il a tout ce qu’il faut pour être heureux. Et il est heureux, effectivement. D’ailleurs, comment ne le serait-il pas, lui qui connaît le prix d’une minute de joie ?

« Sois gai ! d’un seul clin d’œil dépend la vie humaine,
Et ce clin d’œil lui-même est déjà le Néant… »

Mais Khayyam ne se contente pas d’être gai, il veut que tout le monde soit heureux et il répand autour de lui cette joie de vivre. Il passe des nuits entières en compagnie de ses amis auxquels il enseigne pratiquement cet art de « jouir » des bonnes choses. Un soir, un malencontreux coup de vent éteint sa chandelle et renverse sa cruche de vin. Le poète improvise un quatrain sur ce sujet et plaisante, à sa façon, la divinité.

« C’est moi qui bois, c’est Toi, Seigneur, qui fais l’ivrogne.
O blasphème ! es-tu donc ivre, ô Maître divin ? »

Evidemment, il n’en fallait pas davantage pour que ses ennemis le traitassent d’athée. Mais, encore un coup, Khayyam n’est pas un athée et ceux qui ont l’air de le croire insultent gratuitement à la mémoire d’un vrai croyant.

Omar Kayyam n’est pas seulement poète et philosophe ; il est aussi astronome et mathématicien. Il étudie les mystères du Ciel, et pour un homme comme lui, comprendre l’infini, c’est déjà de l’extase. Il jongle avec les chiffres, et l’effroyable précision des mathématiques lui prouve combien sont vagues les théories inventées par les prêtres de toutes les religions. Mais il se délasse de ses études scientifiques en ciselant quelques-uns de ces purs joyaux que sont ses quatrains, et l’inspiration qu’il puise dans l’amour et dans le vin lui démontre clairement que jouir des bonnes choses que Dieu nous donne, c’est encore la meilleure manière de croire en Dieu.

Bien mieux, Khayyam n’est pas un soufi ordinaire. Il appartient à une branche curieuse de la secte soufie qu’on appelait « mélamétiyeh » (Les blâmés) et dont les adeptes mettaient une sorte d’obstination à se faire mal juger des ignorants. A cet effet, ils commettaient ouvertement tous les actes que le monde a l’habitude de considérer comme des péchés, parce qu’ils trouvaient une sorte de jouissance à se voir « blâmer » par ceux qu’ils méprisaient.

Omar Khayyam était donc bel et bien un vrai mystique comme le sont d’ailleurs tous les poètes persans. Même Hafiz, le plus pur lyrique de la Perse, a ses moments de mysticisme. Au demeurant, tous les Persans sont des mystiques. Nous sommes, nous autres Persans, contemplatifs par hérédité, pour ainsi dire mystiques de naissance. Nous ne savons si c’est un défaut aux yeux des Occidentaux, lesquels sont des gens pratiques ; mais le fait est là, M. Claude Anet et ses disciples – s’il en existe – n’y changeront rien.



Les Rubâïyat d’Omar Khayyam ont été traduits en plusieurs langues (français, anglais, allemand, italien, hongrois, espagnol, turc, arabe, etc.) ; mais les traductions anglaises et françaises sont les plus nombreuses.

La première traduction française de ces quatrains fut donnée en 1867, par Nicolas, consul de France à Recht et drogman de la Légation de France à Téhéran. Cette traduction est détestablement mauvaise ; mais il faut lui rendre justice : comme l’œuvre de Fitz-Gerald en Angleterre, celle de Nicolas eut le don d’attirer l’attention du public français sur les quatrains d’Omar Kayyam. Après Nicolas, plusieurs écrivains français, dont MM. Charles Grolleau, Fernand Henry, Lascaris, Jean-Marc Bernard, Charles Sibleigh, Robert Delpeuch, Roger Cornas, Franz Toussaint et Claude Anet ont publié des traductions en prose de ces quatrains. M. Jules de Marthold en a donné une traduction en vers français. Il a bien observé les règles de la prosodie persane, et cela, naturellement, dans la mesure de ses moyens ; mais son style, très inégal, passe de l’extrême finesse au prosaïsme le plus lourd.

Quant aux éditions persanes des Rubaïyat, elles sont beaucoup trop nombreuses pour que nous puissions en parler nommément. Les meilleures ne sont pas celles de Bombay ou de Recht, mais plutôt celles de Téhéran et de Berlin d’après lesquelles nous avons fait la présente traduction.

Il va sans dire que le nombre de quatrains n’est jamais le même dans les deux éditions différentes. Mais en général ce nombre varie entre 300 et 500. Les quatrains authentiques sont reconnaissables à leur vigueur, à leur concision, à leur élégance, en un mot à leur perfection. Mais il arrive parfois qu’un quatrain apocryphe, sorti d’une main de maître et fourvoyé parmi ceux de Khayyam, trompe la perspicacité du plus fin connaisseur. Néanmoins, lorsqu’on étudie longuement l’œuvre de Khayyam et qu’on finit par se familiariser avec sa manière, l’on arrive, assez malaisément d’ailleurs, à distinguer le faux du vrai. Or, les quatrains de Kayyam sont beaucoup plus nombreux que ne le prétend le manuscrit de la « Bodleian Library ». En effet, il est inadmissible qu’un génie comme le grand poète de Nichapour n’ait composé durant toute sa longue vie que 158 quatrains. A notre humble avis, Omar Khayyam qui improvisait ses rubâïyat au gré de ses moments d’extase, c’est-à-dire, le plus souvent, au milieu d’un festin ou d’une partie fine, omettait de transcrire ses chefs-d’œuvre ; et ses amis ne pensaient pas toujours à la poésie et, plus tard, ne se rappelaient plus les divines paroles du maître. Il est donc plus que probable que les quatrains dont on trouve ici la traduction ne sont qu’une partie de l’œuvre d’Omar Kayyam. Le reste a été perdu, oublié sans doute.

Nous ne prétendons point par là que tous les quatrains contenus dans ce volume soient absolument authentiques. Il se peut que des quatrains apocryphes s’y soient glissés ; mais s’il en existe, ils doivent appartenir à quelque maître de la littérature persane, car nous n’avons traduit que les quatrains les plus parfaits, laissant de côté tout ce qui était faible, boiteux, sans grâce ou bien par trop tarabiscoté. En tout cas, nous ne craignons pas d’avoir trahi la pensée de Khayyam, comme la plupart des traducteurs européens. Etant Persan, nous pouvons, sans présomption aucune, déclarer que cette traduction est la plus exacte qu’on ait donnée jusqu’à ce jour des quatrains du grand poète persan, et nous espérons que la probité avec laquelle nous avons essayé de rendre en français la pensée d’Omar Khayyam, nous fera pardonner les faiblesses de style ou de prosodie que les lecteurs de langue française pourront trouver dans la traduction.

Vevey (Suisse), 1920-1921.

Téhéran, Février 1931.

A. G. E’tessam-Zadeh.

N. B. – Soucieux d’être utile aux exégètes et de faciliter parfois la tâche des citateurs pressés, mon éditeur et confrère M. Maurice d’Hartoy a eu l’idée de présenter chaque rubâÏ sous un titre généralement emprunté au texte d’Omar Khayyam lui-même ou désignant par un seul mot le sujet du quatrain.
Notre travail se trouve ainsi enrichi d’une originalité utile et les Rubâïyat se présentent au public sous une forme entièrement nouvelle. Nous en remercions vivement l’éditeur.

A. G. E’t-Z.
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