Esclarmonde, vous qui donnez clarté au monde…





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date de publication08.01.2017
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Etre femme au XIII° siècle en Languedoc
Introduction
Etre femme au moyen age des guerres et des martyres.

Etre femme en Occitanie, berceau des troubadours, asile des cathares, foyer de l’inquisition.

Qui étiez-vous ?

  • vous, disparues sur les bûchers des hérétiques,

  • vous, chantées par les troubadours, muses de la « fin’amor »,

  • vous, ressuscitées par l’engouement du romantisme pour le moyen age et qui vous transfigurera en « mythe ».

Paradoxe de l’histoire, l’Inquisition qui voulut vous faire taire à jamais, nous a livré, dans ses registres, par la minutie de ses annotations, des lambeaux de votre âme, des morceaux de vie que, récemment, des historiens ont décrypté.
Une autre source de renaissance nous est donnée par les troubadours qui, à travers l’amour courtois, ont laissé une trace indélébile et vous êtes devenues un « mythe ». Quand le troubadour Montanhagol, vers 1250, glorifiait sa dame en ces termes ; « Esclarmonde, vous qui donnez clarté au monde… ». Pour lui, il s’agissait d’Esclarmonde de Foix, sœur du Comte de Foix et vicomtesse de Gimoez. Mais le mythe s’en est emparé au point que mille Esclarmondes habitent poèmes et romans et vous fûtes, vous femmes, toutes ces Esclarmondes dont Krystel Maurin nous fait emprunter les parcours dans « Les Esclarmondes ou la femme et la féminité dans l’imaginaire cathare ».
Nous laissons pour l’instant l’imaginaire et arrêtons-nous aux sources qui répondent peut-être à ce questionnement : « O, Femmes, qui étiez-vous enfin ? » Pour le savoir, je me suis rapproché de René Nelli dans « les cathares en Languedoc », d’Anne Brenon, « les femmes cathares » et « le vrai visage du catharisme », de Gwendoline Hancke, « femmes en Languedoc » et des « Esclarmondes » de Krystel Maurin, déjà citée.
J’articulerai mon exposé de la façon suivante :

1 – Etre femme ou le vécu au quotidien.

2 – Etre femme dans sa chair et dans son âme.

3 – Etre femme, chantée par les troubadours.
1 – Etre femme ou le vécu au quotidien.
1.1 Le statut juridique et social de la femme.

Le XIII° siècle marque, au détriment de la femme, un tournant dans son statut juridique.

Deux faits marquants : la pratique de l’héritage et les régimes matrimoniaux.

Le droit successoral en Languedoc, issu du droit romain, lequel , remanié par Alaric, introduisit des lois wisigothiques basées sur le principe d’égalité entre les enfants, ce qui explique le système des co-seigneuries survivant au XIII° siècle et la participation des filles à l’héritage paternel. A partir du XII° siècle, on assiste à une refonte du droit romain par le droit justinien qui, en instaurant le système dotal éloigne la femme de l’héritage. La dot se confond avec l’héritage. Les femmes dotées et mariées en sont exclues. Les biens immeubles sont pour les fils. Les filles, mariées ou célibataires, reçoivent une somme d’argent. Ceci est à nuancer selon la position de la femme et selon les « coutumes », quelles soient de Toulouse, de Carcassonne ou de Montpellier. On verra des femmes co-seigneurs dirigeant un fief avec métayers.

Ex : Condors, fille d’Estève de Servian, en plus de sa dot (5000 sous melgoriéns), reçoit de son père, par testament, d’importants biens immeubles, cas assez exceptionnel.

A l’héritage, s’ajoute les régimes matrimoniaux. Le mariage est régi par une communauté de biens. Le mari est l’usufruitier de la dot de sa femme. S’il la gère à sa guise, il ne peut la vendre sans l’accord de son épouse.

La femme reçoit un douaire de la part de son mari, souvent sous forme d’usufruit sur certains biens du mari dont elle dispose après le décès de celui-ci. Ce douaire était variable, fixé à la moitié ou à la totalité de la dot. Selon la coutume de Toulouse, la femme, noble ou roturière, est majeure à 12 ans, l’homme à 14. Elle ne peut jouir de ses droits qu’après la mort de son père et affranchie par le mariage ou émancipée par acte notarié (cas exceptionnel). Majeure et émancipée, la femme peut posséder toutes sortes de biens.

Dans la coutume de Carcassonne, la femme, même mariée, ne peut rédiger un testament sans l’aide d’un membre masculin de la famille.

En théorie, la femme dispose d’importantes capacités juridiques mais, en pratique, elle n’a aucune capacité testimoniale en matière civile. Certes, elle peut témoigner en matière correctionnelle ou criminelle mais avec l’assistance d’une autre femme et si l’amende dépasse 10 sous, le témoignage d’un homme est nécessaire.

Si la femme mariée subit une injustice, c’est le mari qui doit porter plainte au nom de sa femme.
→ Venons-en à l’adultère.

Les lois fixent l’importance du délit mais, toutes, pénalisent la femme, qu’elles soient inscrites dans les « coutumes » de Toulouse ou dans celles de Carcassonne ou de Montpellier.

Le droit canonique impose, au XI° siècle, le mariage comme un sacrement et traite l’homme et la femme à égalité, puisqu’il résulte d’un consentement mutuel. Le mariage est indissoluble et exige la fidélité des deux époux.

Dans la pratique, la dissolution est possible mais, seul, l’adultère de la femme est un délit. Aux sanctions corporelles (courir nue par la ville ou le castrum, être fustigée ou tondue), s’en suivent des peines civiles par la perte des avantages matrimoniaux (coutume de Toulouse). Dans la coutume de Carcassonne, elle sera frappée par des bâtons mais n’encours aucune sanction civile.
→ Venons en au viol.

Ce délit est fréquent et on est frappé par l’indulgence du législateur si on le compare aux peines encourues par la femme adultère. En effet, le délinquant paiera 30 sous toulousains à la victime ou au seigneur du lieu. Si la femme violée est noble et de bonnes mœurs, l’amende sera doublée.

Bien des femmes nobles en leurs châteaux étaient des proies faciles compte tenu de la promiscuité qui y régnait. Nombreuses taisaient l’outrage et René Nelli rapporte, je cite : « Une femme noble raconte aux inquisiteurs comment elle fut prise de force par un invité dans son propre château : son mari était allé faire un tour aux écuries. Elle ne dit rien car les maris de cette époque s’imaginaient que les femmes avaient plaisir à être violées et que le sien lui eut donné tort de l’avoir été».

Il était admis qu’une femme se pliât aux avances d’un invité de plus haut rang et ce à l’invitation de son époux.

O belles dames dans la tour qui dominait le castrum, vous étiez loin de vivre « une vie de château », vous a qui on ne donna qu’un prénom, vous fûtes fille de …, épouse de …
1.2. L’environnement social : la maison

Si l’aspect juridique que je viens d’aborder semble isoler les femmes nobles dans leur donjon, il n’en est rien de l’activité des femmes de la noblesse au sein du castrum où elles tissent tout un réseau de sociabilité dans la gestion de la vie familiale.

Considérons, tout d’abord, son domaine, la maison. Les maisons du castrum ont une surface habitable de 70 à 110 m2 auxquels il faut ajouter les dépendances, cours et annexes. Elles présentent un étage bas ouvert à l’accueil qui abrite la cuisine et son foyer mais aussi la cave. A l’étage, se trouve le « solier » ou étage d’habitation ; il peut être divisé par des cloisons et abrite la ou les chambres.

Un couple compte 3 à 4 enfants. Cela parait peu mais les femmes se marient entre 14 et 16 ans avec des maris plus âgés, d’où un nombre important de veuves qui, si elles sont aisées, peuvent vivre seules.

La cellule familiale autour du couple évolue en fonction des besoins dus aux guerres et aux persécutions, ce qui entraîne la cohabitation des fratries.

Ce qui pour nous est exceptionnel, c’est que concubins et bâtards peuvent vivre sous le même toit. C’est le cas décrit par Jean Duvernoy à Montségur. Mais il est question des hommes nobles avec des concubines socialement de rang inférieur. Une explication peut être donnée à ce fait par le catharisme qui prône l’abstinence. Ainsi, dans un couple, celui qui n’est pas cathare ou qui est simple croyant trouve là la justification de cette polygamie.

Pour la femme, la maison joue un rôle essentiel dans l’organisation du quotidien. Elle est aidée, en cela, par les domestiques et les demoiselles, lesquelles font partie du microcosme féminin, tel que le décrit Gwendoline Hanck. On trouve :

  • la ancilla qui s’occupe des tâches ménagères ;

  • la domicelle, jeune fille célibataire issue de la noblesse moins privilégiée. C’est la compagne, l’amie, la confidente.

  • La nutrice, proche du cercle de la dame car nourrice des enfants. Elle est d’origine roturière.



Que dire à présent de l’éducation et des sentiments maternels ? L’éducation des enfants est une occupation qui incombe à la femme et les enfants sont toujours présents aux côtés de leur mère même élevés par des nourrices.

L’amour maternel est immuable chez la femme, quelles que soient les époques.

Leroy Ladurie, à Montaillou, constate que « dès les premiers mois du jeune enfant, les mamans ariégeoises pratiquent à son intention le mignotage et le dorlotage ». Au temps des persécutions, s’exprime alors la douleur des mères devant laisser leur enfant pour échapper à l’Inquisition. En dépit de sa vie « aventureuse », Béatrice de Plannissoles, resta très proche de ses filles.

O femmes ! cet amour fut souvent sujet à controverse née des sources inquisitoriales qui laissent apparaître un rapport ambigu entre la maternité et les enfants. Cette ambiguïté est alimentée de surcroît par les poèmes des trobatitz N’Alaïsina et Na Carenza qui traitent des avantages et des désavantages du mariage et, entre autre, de la maternité.

Cette ambiguïté n’est pas le fait du sentiment maternel mais bien de la peur physique de la procréation qui, souvent, entraînait la mort.

Mais, femmes au-delà de cette peur, ne remettez-vous pas en question la maternité comme sens et but de la vie féminine édictée par la théologie catholique.
2 – Etre femme dans sa chair et dans son âme.
2.1. Amour et mariage.

Le mariage est une union arrangée, sacralisée depuis le XI° siècle. Elle est basée sur le consentement mutuel et l’affection réciproque des deux conjoints. Cette union est plus proche de l’amitié profonde que d’un amour passionnel. A ce modèle théorique prôné par l’Eglise, il convient de savoir où se cache la réalité, si difficile quelle soit à cerner car les sources de l’Inquisition laissent peu d’indices. Dans la pratique, de ces mariages arrangés peut naître l’amour, l’indifférence, la discorde, voire, la peur pour les femmes. Quelques cas trouvés dans les registres corroborent l’hypothèse que d’un mariage arrangé peut naître l’amour :

  • Mabelia Mortier, femme de Huc de Villeguier, en 1215, reste à l’extérieur de la maison lors du consolament à cause de sa grossesse et de sa grande douleur.

  • Ermengard, femme de Peire de Mazerolles, aide son mari, faidit en fuite. Elle lui organise des refuges où elle peut passer la nuit avec lui.

Désir et tendresse ne sont pas les seuls apanages de relations extraconjugales même si on en a plus de détails. En effet, dans ses dépositions auprès de l’Inquisition, Béatrice de Plamissoles dévoile sa vie intime. Sa relation avec Peire Clergue est une véritable histoire d’amour qui la poursuivra toute sa vie malgré d’autres aventures. « Le curé et la châtelaine partagent des plaisirs charnels, passent beaucoup de temps à parler de théologie mais aussi d’avoir des enfants ou de les éviter, se préoccupant mutuellement du bien être de l’un et de l’autre ».
2.2 La femme et la sexualité

Gwendoline Hancke, dans sa thèse de doctorat intitulée : »Les femmes nobles en Languedoc à l’époque du Catharisme » fait une analyse pertinente d’un problème aussi ambigu que complexe. Je cite : « La sexualité n’a pas pour but le plaisir de la chair mais la reproduction. Or, pour l’homme, le plaisir est nécessaire et indissociable de la conception. Qu’en est-il de la femme ? Deux écoles s’affrontent tout au long du moyen age, celle d’Hippocrate et celle d’Aristote ».

Pour Hippocrate, le fœtus se formerait par le mélange de deux semences, masculines et féminines. Cette conception est confirmée par la médecine arabe et reste prédominante jusqu’au XIII° siècle. Ainsi, la procréation serait provoquée par un acte sexuel conjuguant le plaisir des deux conjoints.

Pour Aristote, il n’existe pas de semence féminine. Seul, l’homme est le moteur de la conception. La femme ne fournit que la matière, le terrain de croissance du fœtus. La femme reste donc passive et la procréation ne nécessite point le plaisir féminin.

En renfort d’Aristote, Thomas d’Aquin, théologien dominicain au XIII° siècle et promu philosophe officiel de l’Eglise, considère la femme comme « un homme déficient » qui doit son existence à la volonté divine dans le but de fournir le vase à la procréation.

O femmes, quelle est votre réalité dans ces affrontements scolastiques dont vous fûtes bien souvent les victimes ? Victimes vous le fûtes aussi de violences domestiques et sexuelles. Le viol semble un événement quotidien, voire « normal », soubrettes ou grandes dames, nulle n’est à l’abri.

La violence domestique est au quotidien au sein de la famille. Le père représente une autorité absolue, après viennent le mari et les frères.

Les violences conjugales sont plus marquées chez les femmes roturières mais les femmes nobles n’en sont pas épargnées. Rimbaut d’Aumelas n’écrivait-il pas :

« Si vous voulez gagner le cœur des dames

Soyez toujours prompt à les malmener

Et quand leur réponse vaut qu’on les blâme

Frappez-les du poing au milieu du nez. »
2.4. La religiosité

Il y a chez la femme médiévale une soif de religiosité, un besoin d’apaisement face aux tourments du quotidien. Si cette aspiration est certes motivée par la foi, on ne peut occulter d’autres facteurs.

Le couvent pour les catholiques et la domus pour les cathares peuvent être des refuges protecteurs.

Est-ce la pénurie de couvents dans le Languedoc à cette époque qui a poussé les femmes à fréquenter les domus cathares ? Il faut dire que jusqu’au temps de la persécution, les deux croyances s’interpénétraient. Il était fréquent d’aller à la messe le matin et ensuite d’aller écouter prêcher les bons hommes.

Le statut des « bonnes femmes » correspondait-il davantage à l’aspiration de l’âme féminine ?

La chasteté requise pouvait exercer une certaine attirance pour fuir les agressions sexuelles. Dans les domus, la présence des bons hommes n’évoque aucune crainte et met en confiance. On peut aussi penser à l’avantage d’une vie de célibat, sans accouchements à répétition, sans violence. Enfin une vie sans l’intervention de l’homme dans une communauté exclusivement féminine pouvait influencer le choix religieux des femmes.

Une raison plus évidente apparaît pour expliquer le succès du Catharisme chez les femmes, c’est la liberté. En effet, à tout moment de son parcours religieux, la femme peut retourner dans le monde. Elle a, enfin, la liberté de choix et la possibilité de conserver les liens familiaux et sociaux, tout ce que ne peut la moniale. De plus, les femmes cathares peuvent avoir des tâches sacerdotales certes modestes.

Etant donné l’importance de la famille, il semble évident que le choix religieux des femmes est dominé par l’éducation pratique et religieuse mais aussi par le désir d’apprendre une culture, d’apprendre à lire, ce qui renforçait l’attrait de la vie monastique. Les novices, catholiques ou cathares, devaient savoir lire et écrire avant de prononcer leurs vœux. En effet, en dehors des femmes de la haute noblesse, très peu savent lire. Un enseignement consiste en de modestes leçons dispensées par le curé ou par les femmes cathares.

O femmes, c’est à travers votre rôle de mères et votre engagement religieux que s’exerça votre influence et votre force.

3. Etre femme chantée par les troubadours
La vie culturelle au XII° siècle est marquée par la culture courtoise et la poésie des troubadours. Le rôle de la femme dans cette poésie est bien définie et est loin de correspondre à une réalité sociale et historique si ce n’est le rôle passif qui lui est dévolu.
3.1. Quels sont les canons de la beauté ?

La femme doit plaire par son comportement et par sa beauté physique.

Je prends le portrait type qu’en donne Gwendoline Hancke : « Une belle dame a le teint nacré, la peau claire et fraîche, sans ride ni bronzage, les traits du visage équilibrés, une chevelure soignée et bien coiffée, le corps joliment galbé avec un ventre mince et les seins fermes. Pour préserver sa beauté et la mettre en valeur, elle doit alors soigner les moindres petits détails de son physique ».

Il va de soi que la chevelure est un atour incontournable. Les cheveux blonds sont les plus beaux, ils se portent longs, coiffés de bien des façons, parés de bijoux et de rubans.

Que vaudrait la beauté physique sans le comportement qui l’accompagne ?

Tout le comportement de la dame est tenu par la mesure. Prenons un cas fréquent, la sortie de la messe. Elle se montre agréable et gaie, sans entrer dans aucune discussion. L’expression de la tristesse n’est pas de mise.

Chez elle, la règle du bon accueil et de la conversation demande à la dame une bonne culture générale et, surtout, beaucoup de finesse dans la perception d’autrui : elle doit dire les mots qui conviennent, et ce, d’une jolie voix ni trop haute ni trop basse.
3.2. Les codes de l’amour courtois.

La donna à un rôle central dans la chanson des troubadours, elle est le cœur même de la « fin amor ». Si on considère les règles, son rôle est passif :

  • Le « pegar », la dame est courtisée, elle ne choisit pas.

  • Le « celar », elle cache son amour, ne l’avoue jamais.

  • La fin’amor (l’amour de loin) : c’est la forme ultime d’un amour qui transcende la poète vers un perfectionnement moral.

Mais la femme reste limitée à un miroir pour l’homme. Prenons-en pour exemple, Rimbaud d’Aumelas s’adressant à Béatrice de Die :
«  Ma tendre poétesse au dévouement fidèle,

Saura malgré tout deviner ma pensée :

Elle a trop de mérite, elle est bien trop sensée

Pour que jamais un mal puisse venir d’elle. »

(Traduction : elle doit être comme il l’entend)
Les grandes dames chantées par les troubadours sont dans les cours de Toulouse, Carcassonne, Béziers, Narbonne, mais il y aussi les petites cours du Lauragais et du comté de Foix où se propage la culture courtoise qui essaime aussi dans les castrums proches du catharisme. Ainsi, par la présence des troubadours, les dames acquièrent une culture littéraire.
3.3. Les trobaritz

O femmes, vous fûtes sur le piédestal, le miroir fait pour refléter « le moi » idéal de l’amant, car l’homme accède à la valeur au moyen de l’Amour. Alors, certaines d’entre vous ont renversé ce piédestal, non point pour y mettre l’homme à la place, mais pour chanter leurs propres émotions, pour participer au jeu de l’amour courtois, pour composer elles mêmes des poèmes, pour développer une atmosphère de sociabilité et de flirt dans les cours. La trobaritz se heurte à un conflit de rôle. De passive elle devient active et chante son amour. Elle est en rupture avec les codes du trobar : elle courtise elle-même, elle fait éclater son amour. Elle souhaite la présence de l’amant qu’elle appelle « amic », elle ne parle pas de « fin’amor » mais de « amor ». Citons pour exemple une copla de Béatrice de Die en réponse à Rimbaut d’Aumelas :

« Plus que Flore le fut jamais de Blanchefleur

Je suis d’âme et de corps tant éprise de lui !

Ne lui donnais-je pas avec tout mon esprit

Ma vie et mon amour et mes yeux et mon cœur ? »
D’autres trobaritz, telle Na Castelloza, expriment des désirs franchement érotiques. D’autres écriront des »sirventes » comme Gormonda de Montpellier qui dans un style plus combatif expriment des opinions sociopolitiques.

Si toutes les classes sociales sont représentées chez les troubadours, les femmes sont presque toutes issues de l’aristocratie. Il est évident que les femmes occitanes, muses des troubadours, ont exercé un réel mécénat poétique. La dame est un objet de prestige à la fois pour le seigneur, son mari, et pour le poète, son amant. Louer ses attraits, c’est mettre en valeur la notoriété de la cour du suzerain ; sa faveur met en valeur le statut du poète dans la cour. De même, pour les grandes dames, le troubadour servait de faire valoir pour leurs relations mondaines. Certaines dames, comme la comtesse de Provence ou Ermengarde de Narbonne, furent de vrais mécènes. Il convient, cependant, de faire une place particulière à Alienor d’Aquitaine en raison de son influence sur la littérature du XII° siècle. Elle diffusa les idées des troubadours à la France et à l’Angleterre.

Enfin, la poésie des femmes troubadour est un phénomène unique dans la littérature courtoise médiévale. Alors que la France ne comptait que Marie de France et l’Angleterre Clémence de Barking, en Occitanie les poétesses excellaient par la finesse et la justesse de leur art.

O femmes, grandes dames ou anonymes, par votre vie au quotidien, par votre volonté d’affirmer votre féminité, par vos engagements religieux et culturels, vous fûtes toutes l’ »Esclarmonde » du poète, celle qui donne la lumière au monde.




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