Un article d’Anna Calosso





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titreUn article d’Anna Calosso
date de publication08.01.2017
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Un article d’Anna Calosso.
Luc-Olivier d'Algange, ou la « conscience diaprée »
On s'accorde en général à reconnaître aux écrits de Luc-Olivier d'Algange, un style de grande virtuosité. Mais dans ce terme même de virtuosité se dissimule souvent comme un reproche. Le soupçon rode autour de l'éloge réticent que ce comble de l'Art ne serait qu'une forme exquise de la superficialité, une sorte d'excellence païenne exclusivement attachée à l'apparence, au détriment de la vérité humaine,- comme si le fait d'illustrer l'Art qui lui est propre par l'aisance et une certaine désinvolture devait fatalement interdire à l'artiste l'accès à la profondeur. C'est là un préjugé répandu parmi les cancres et les journalistes que de croire qu'un discours embarrassé ou indigent témoigne d'une plus grande « authenticité » qu'un chant parfait.
Il faudrait croire alors que mieux que Virgile ou que Shakespeare, mieux que Baudelaire ou que Marcel Proust, les chroniques des hebdomadaires ont témoigné de l'authenticité de l'âme humaine. Il y a, au demeurant, dans cette question de l'authenticité ou de l'inauthenticité un puritanisme implicite qui d'emblée établit une sorte de climat de suspicion à l'égard de l'Art ou des artistes. Or, jusqu'à preuve du contraire, la littérature est un Art, et il nous suffit de comprendre avec sympathie l'effort immense qui consiste à se forger un style pour pressentir qu'en amont de cette lutte héroïque une vérité existe, qui précéda l'expression, une vérité dont la passion même de l'artiste à la conquérir, par la maîtrise de son Art, donne à penser qu'elle est à tout le moins importante pour lui, sinon vitale, de même qu'elle peut l'être pour nous, à titre d'exemple ou de mise-en-demeure.
La virtuosité d'un artiste, si on la considère sans ressentiment, peut apparaître comme une preuve de la nécessité intérieure de sa recherche. Le seul bon sens ne devrait-il pas nous faire comprendre que l'homme qui va mettre ses efforts à parfaire son expression recèle très probablement en lui une vérité d'autant plus rare et profonde, une vérité dirai-je centrale ou polaire, que les moyens ordinaires du discours ne peuvent transmettre ?
La fameuse élégance de l'écriture,- que les esprits rudimentaires volontiers apparentent à l'afféterie,- qu'est-elle d'autre en réalité que la musique naturelle que suscite la parfaite adéquation de la pensée et des mots ? Le grand art dispose de ce privilège d'unir les idées, les images, les sentiments en des rapports et des proportions qui, sans cesse se recomposent selon de nouvelles mosaïques morales, car la jouissance que nous donnent les effets de l'art n'exclut en aucune façon la « mathématique sévère » qui en régit secrètement les manifestations délicates ou violentes.
Il m'a semblé nécessaire en ce moment de plénitude esthétique où l'on voit entrer l'œuvre de Luc-Olivier d'Algange, d'évoquer ainsi, en quelques phrases, l'esthétique de l’auteur,- esthétique, faut-il préciser, qui jamais ne cesse d'être le reflet fidèle d'une métaphysique, laquelle pour être à certains égards, audacieusement « à rebours » n'en vaut pas moins d'être analysée car elle est le véritable miroir où viennent prendre forme les diverses visions ou figures de la beauté.
Luc-Olivier d'Algange n'a cessé lui-même de dire et de redire dans ses articles, ses conférences et ses entretiens que l'éthique, l'esthétique et la métaphysique sont indissociables. Elles s'éclairent et s'intensifient l'une par l'autre selon les lois même de la vie et du cosmos. Alors que ces dernières décennies la mode fut de parler des œuvres comme de mécanismes qui fonctionnent ou, pire encore que l'on « gère », Luc-Olivier d'Algange, au contraire, ne se départit jamais de cette sagesse du regard, qui donne à voir les visages, les paysages et les dieux comme des organismes vivants. L'ordre du monde, dans l'infiniment grand comme dans l'infiniment petit, dans la vastitude comme dans le détail est un cosmos, au sens que donnent à ce mot les anciens qui croyaient en l'Ame du monde, médiatrice entre son corps et son esprit.
On peut alors comprendre les fréquentes allusions que fait Luc-Olivier d'Algange à l'ésotérisme et aux sciences dites « traditionnelles »,- car ces sciences, toujours, supposent entre les choses le mystère d'une sympathie agissante, à l'image même de la vie qu'aucune théorie mécanique ne saurait expliquer. Pour Luc-Olivier d'Algange, l'ésotérisme est une « logique du vivant », un art de la connaissance des nuances, des variations qui échappent aux instruments de mesure, aux statistiques, voire à toute connaissance pragmatique et à toute pensée déductive. D'où l'insistance à fonder sa pensée et son art dans une aire spirituelle hors d'atteinte de ce qu'il nomme, après Baudelaire, Théophile Gautier et Villiers de L'Isle-Adam, « l'utilitarisme ». Il s'agit en somme de ramener la poésie à elle-même, de reconduire la beauté vers la Beauté afin de retrouver cette sérénité ardente qui est, si l'on veut, une extase, mais une extase dominée,- non point un délire livré aux influences vagues,- mais une « extase d'or » qui n'est autre que le rayonnement du Sens.
De même que la pensée de Heidegger est une pensée de l'être, la philosophie de Husserl, une philosophie de la conscience, on peut dire de la métaphysique de Luc-Olivier d'Algange qu'elle est une métaphysique du Sens,- mais d'un Sens non point acquis mais dansant, comme une flamme qu'avive le souffle de l'Esprit.
Tout commence par l'élan prophétique, vers l'ensoleillement des Hauteurs, la limpidité ouranienne où s'ébat cette nature mercurielle dont l'ascendant est de feu. La disposition aérienne de certains poèmes de Luc-Olivier d'Algange témoigne de ce caractère virevoltant. La virtuosité trouve, dans cette amplitude céleste et embrasée, sa légitimité. Nous sommes de toute évidence à dix mille lieues au-dessus de la poésie dite « à hauteur d'homme », d'un quelconque lyrisme qui se voudrait « ordinaire » et autres consentements à la médiocrité.

Les personnages des récits sont au diapason du style. En la jeune amante de l'Autobiographie comme dans les personnages d’Agathe au démon, s'unissent les vertus de l'élégance et du mystère, de la sensualité et de la sagesse. Ces figures féminines sont des advenues salvatrices. Elles apparaissent sur le chemin du récit pour faire don à l'auteur des secrets et des puissances qui lui viendront en aide dans sa guerre sainte contre les normes profanes.
Riches de couleurs, de paysages, d'images sensitives, les récits de Luc-Olivier d'Algange échappent à la fastidieuse systématisation de l'intrigue et à la futilité de l'anecdote. Il ne s'agit en aucune façon, pour l'auteur, de raconter une histoire, ni même de se faire le chroniqueur ou le mémorialiste des choses vues ou pensées. Le dessein de l'œuvre est au-delà.
Tout en demeurant l'héritier, par sa langue, de toute une tradition littéraire française, qui, de Bossuet à André Suarès, en passant par Chateaubriand et Baudelaire, consacre l'équilibre savant entre « l'autorité du Sens et le pouvoir des mots », on devine cependant, chez Luc-Olivier d'Algange, la présence du prophétique élan qui va nous porter au-delà de toute littérature, dans un combat qui engage la réalité et l'être même de l'auteur et du monde. En ramenant la pensée et la beauté vers elles-mêmes, en récusant toute littérature utile, Luc-Olivier d'Algange ne se désengage de l'histoire que pour mieux s'engager dans l'éternité et dans le mythe, l'œuvre ayant pour dessein d'être la pierre philosophale de l'auteur ou du lecteur qui en accomplit le Sens.
L'ironie, l'intelligence, le faste, la sensualité, le rêve, sont autant de façon de nous délivrer d'un univers médiocre de conventions et d'habitudes qui nous préparent aux pires asservissements. Les essais de Luc-Olivier d'Algange viennent ici à la rescousse de ses récits et de ses poèmes. Par ses études sur les néoplatoniciens, les Alchimistes, les Romantiques allemands, l'auteur s'efforce d'établir une sorte de contre-pouvoir intellectuel à l'Insignifiance, à l'insensibilité et à l'Insensé qui gouvernent, selon lui, le monde moderne.
Ces considérations, que certains qualifient un peu hâtivement de « réactionnaires », diffèrent cependant de celles, également pertinentes dans leur ordre, d'un Joseph de Maistre par cela même qu'elles s'inscrivent dans une stratégie personnelle et contemporaine. Luc-Olivier d'Algange ne constate pas seulement les travers et les dangers de la pensée moderne, il indique de quelle façon l'individu peut, sinon s'en rendre maître, du moins guerroyer contre elle. Ainsi une chance nous est donnée, quelle que soit au demeurant l'issue du combat, d'atteindre au statut d'hommes libres. Selon cette perspective, les essais de Luc-Olivier d'Algange, qui semblent refuser toute relation explicite avec « l'Actualité » et l'histoire, s'intègrent cependant, tout comme ses récits, dans l'actualité immédiate d'une conscience qui cherche des armes pour se défendre de la modernité et atteindre ainsi au temps qui est, selon la formule de Platon « l’image mobile de l’éternité ».

Sans doute n'y a-t-il point chez Luc-Olivier d'Algange un goût inné pour l'étude et l'érudition mais l'usage talismanique qu'il veut faire de certaines œuvres et de certaines idées l'a probablement entraîné à parfaire ses dons de mémorisation et de synthèse qui sont devenus, en cette génération oublieuse, de glorieuses exceptions,- à tel point que les esprits même les moins enclins à sympathiser avec le dessein général de l'œuvre en reconnaissent pourtant la vertu philosophique.
Aux belles et ardentes certitudes du plaisir esthétique qui portent la vie au-devant d'elle-même dans un élan dithyrambique, Luc-Olivier d'Algange adjoint, en alchimiste subtil, les inquiétudes du doute philosophique. Loin d'être, en l'occurrence, le symptôme d'une morbide suspicion à l'égard de la réalité, ce doute philosophique s'avère être cette distance prise, qui ménage le temps de la réflexion et permet à la pensée de s'exercer sans l'entrave de la conviction, du préjugé ou d'une prétendue « nécessité historique ». L'auteur semble d'autant moins enclin à « prendre parti » qu'il est plus radicalement engagé dans sa pensée.
Reconnaissons avec lui que les alternatives que nous propose habituellement la politique sont illusoires, le choix se réduisant à deux formes rivales d'une même erreur. Il y a quelques décennies, on cherchait à nous faire croire que le monde politique se divisait en deux blocs, l'un « capitaliste » et l'autre « communiste », et qu'il nous appartenait de choisir. Aujourd'hui, les mêmes cherchent à nous convaincre que le véritable combat humaniste est celui qui oppose la laïcité aux religions, oubliant un peu vite que les pires totalitarismes du siècle, se voulurent précisément laïques avec intransigeance.
La métaphysique, que défend Luc-Olivier d'Algange, contredit à la fois la dévotion étroite et le matérialisme. Son combat contre ce qu'il nomme le « puritanisme » est d'abord un combat contre la lettre morte. Le véritable danger pour la personne et pour la civilisation ne réside pas dans telle ou telle orientation philosophique ou religieuse mais dans la platitude intellectuelle et dans la médiocrité qui, poussée par l'instinct, risque à chaque moment de devenir brutalité et barbarie. Schopenhauer et Nietzsche ont l'un et l'autre admirablement montré de quelle façon la médiocrité était vouée à la haine de toute supériorité. D'où l'erreur fatale, criminelle, de ceux qui prétendent pacifier le monde par la médiocrité.

L'œuvre de Luc-Olivier d'Algange est une révolte passionnée contre cette erreur. La médiocrité est le contraire de l'innocence; elle est le chemin vers le pire. Tout ce qui, un instant, peut nous sauver, toute grâce divinisante naît de cette sainte rébellion que l'on peut qualifier de romantique, si l'on veut, encore qu'elle fût de rigueur chez tous les poètes et tous les penseurs dignes de ce nom, bien avant Novalis ou Gérard de Nerval.
Plus que tout autre écrivain de sa génération, Luc- Olivier d'Algange aime à s'établir dans une tradition, qui, selon de mystérieuses filiations spirituelles, traverse les siècles et les pays, formant une vaste arborescence. Cette idée que « l'on vient de plus loin que sa naissance et que l'on va plus loin que da mort », délivre l'œuvre de ce narcissisme assez pénible qui caractérise une part importante de la récente production romanesque. Certes, l'œuvre témoigne de sa personne vivante; chaque page, voire chaque phrase est pour ainsi dire marquée du signe héraldique de sa personnalité, mais auteur, au vrai sens du terme, Luc-Olivier d'Algange ne s'enferme point dans une représentation limitée de son Moi. Il ne cherche point à justifier un caractère, ni à faire valoir telle ou telle particularité, mais il témoigne du cheminement de l'âme vers cet au-delà où toute chose est restituée à une plénitude originelle. Sa personnalité est ainsi décrite non en sa représentation mais en sa tension, dans son mouvement et ses épreuves.
L'œuvre ne cherche pas à donner une image de son auteur mais à susciter une révélation. L'œuvre n'est pas un portrait ou un miroir mais un prisme d'où l'on peut découvrir la réalité sous d'autres aspects, en de nouvelles couleurs. Ces variations ne sont pas seulement stylistiques. Elles illustrent différents états de la conscience ou de l'être. En lisant les poèmes, les récits et les essais de Luc-Olivier d'Algange, nous voyageons comme à travers des saisons mentales dissemblables dont les couleurs, les parfums et les saveurs font tournoyer les certitudes.
Alors que tant d'écrivains n'écrivent, piètres musiciens, que sur un ton ou deux,- celui du cuistre ou du mondain, qui souvent se confondent, ou encore, ce qui ne vaut guère mieux, celui du café de commerce,- Luc-Olivier d'Algange ose poser sa voix en des zones plus incertaines et moins profanes de l'oracle, de l'ivresse ou du murmure amoureux.
Le pouvoir secret que la Muse exerce sur le poète est le pouvoir de l'Heure, de cette attention fervente, semblable à une prière qui, « dessillant nos yeux, nous donne à voir l'unificence des êtres  et des choses dans leur éclairage propre ». Tout ce qui vient à miroiter, à resplendir en notre entendement est ainsi la création de notre regard attentionné qui, de cette réalité immense et inconnue qui nous environne, va percevoir précisément les détails propres à éclaircir le mystère qui nous préoccupe à ce moment-là ,- mystère qui est celui d'un « état de conscience » particulier, d'une euphorie à nulle autre semblable.
La science ésotérique des états multiples de l'être retentit à travers cette œuvre en une science des états multiples de la conscience. Car la conscience n'est point une, ni même double ou triple,- elle est innombrable. La veille, le sommeil, l'ivresse sont des termes génériques et vagues qui ne donnent qu'une idée grossière de la richesse que, le plus souvent, sans le savoir, nous recelons en nous-mêmes. Il y a mille façon d'être éveillé, de dormir, de même qu'il y a mille ivresses différentes.
Les poétiques et les gnoses anciennes, ces connaissances de l'Imaginal, pour reprendre le néologisme forgé par le philosophe Henry Corbin, apparaissent ainsi comme des arts souverains dont la littérature et la poésie sont aujourd'hui les seules héritières légitimes. Et sans doute serait-il difficile de contredire à ce jugement de notre auteur qui affirme que les œuvres de Proust, de John Cowper Powys ou de Ernst Jünger vont infiniment plus loin dans la connaissance de l'homme que les prétendues « sciences » humaines par cela même que les œuvres considèrent la société, la psyché et la langue non de façon séparée,- comme le font les sociologues, les psychologues ou les linguistes,- mais dans leur ensemble et dans leur interaction avec l'auteur lui-même.
L'approche des mystères de la conscience humaine exige cette extrême subtilité et plasticité de l'intelligence dont la littérature, mieux que n'importe quelle science positive, nous donne l'exemple. L'impossibilité même à faire de cette connaissance un système sera pour Luc-Olivier d'Algange le gage de sa justesse et de sa valeur. Si nul ne peut atteindre à la connaissance dans son absolu, la chevalerie spirituelle dont Luc-Olivier d'Algange ne cesse, de récits en poèmes, d'écrire l'incommensurable Traité, exige cependant que: « nous passions du savoir à la connaissance, et de la connaissance au dévoilement, et de celui-ci, à la contemplation de l'essence divine ».
Anna Calosso

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