Adaptation théâtrale et mise en scène





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LA SALLE DES PROFS
ou

Les coulisses du ciel
Textes de

Christiane RENAULD
Adaptation théâtrale et mise en scène
Anne DURAND


Tous droits réservés

Editions de La Marotte ISBN 978-2-9538460-0-3


ARGUMENT
Les profs sont des poètes, les profs sont des artistes. Les profs sont des comédiens. La classe est leur théâtre et la Salle des profs les coulisses.

Trois personnages en scène.

Deux jeunes professeurs, une femme, un homme. Elle, professeur de lettres, lui, professeur de mathématiques. Il est dans l’univers des chiffres, de la rigueur, de l’absolu, de la poésie. Elle est dans le monde des lettres, de la poésie, des histoires où se mêlent le faux et le vrai, où tout peut s’arranger avec un mot de plus. Leurs cours se contredisent, dialoguent, finissent par se rejoindre… dans la poésie.

Le troisième personnage est un vieux professeur qui n’arrive pas à raccrocher. Il est devenu le gardien, le cerbère de la Salle des profs. Et il en livre le secret, comme les vieux comédiens livrent celui des coulisses. Il est la mémoire du lieu, le fil… rouge comme le rideau de scène.
LA SALLE DES PROFS
Sur la scène, deux bureaux. Entre les deux, légèrement en retrait, un tableau noir pivotant. En avant-scène jardin, une chaise, un porte-manteau, une enseigne lumineuse éteinte : « Salle des Professeurs ».

A l’entrée des spectateurs, les deux jeunes profs sont en scène, assis immobiles derrière leurs bureaux respectifs, comme des poupées ou des marionnettes.

Le vieux prof, depuis les coulisses, comme s’il repoussait quelqu’un

Nul profane n’entre à la salle des profs.
Entrée du vieux prof par le fond de la scène, muni de tout son barda : paquets multiples, sacs divers. En parlant, il se dirige vers la chaise, accroche avec précaution sa blouse grise au porte-manteau. Il s’installe, sort ses livres, magazines, se cale sur la chaise. Il est évident qu’il retrouve sa place habituelle.
Au professeur, et à lui seul, appartient le droit officiel, et permanent, d’entrer à la salle des profs.

Le seul moyen de s’assurer une fréquentation libre et suivie de cette terra prohibita est de devenir prof. Et, qu’on le sache, le risque est immense ! Car devenir prof, c’est le rester.

Une fois devenu prof, l’être humain est un autre. Il pénètre dans l’univers de la connaissance, il côtoie les phares de l’humanité, les systèmes qui font penser les hommes. Du fond de la caverne, il monte vers la lumière, il caresse l’infini… Redescendu sur terre il titube, maladroit, il se cogne à la réalité trop étroite. Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Il ne rêve plus que de retrouver les instants sublimes de l’envol…
Ici les marionnettes s’animent.

*

Cours 1
Le prof de maths

Et puis un jour, l’homme s’est redressé, il a levé la tête, il a regardé le ciel, l’horizon, le soleil. Un ciel, un horizon, un soleil…

Il a regardé ses mains, ses pieds, les ailes des oiseaux. Deux mains, deux pieds, deux ailes aux oiseaux.

Il s’est vu dans l’eau de la rivière et, près de lui, il a vu son double, qui se regardait aussi dans l’eau, et qu’il a trouvée jolie. Un peu plus tard, ils étaient trois. Et quatre, un peu plus tard encore, et puis cinq, comme les doigts de la main. Il a compté les feuilles sur les branches, les étoiles dans le ciel…

La prof de lettres

D’un sac improbable, – style Mary Poppins – elle sort ses affaires, tout aussi improbables, et s’efforce d’y mettre de l’ordre.

Assis sur son derrière, l’homme se balançait et regardait le monde en grognant. L’homme s’ennuyait ferme. Ca a duré pas mal de temps… Et puis, sans y penser, il a trouvé les mots… Il a nommé les choses, toutes les choses du monde. Ciel, soleil, pluie, arbres, bêtes, tous les arbres, toutes les bêtes… Il a vu que selon les bêtes, selon les choses, selon les jours, selon les lieux, il y en avait… un peu, beaucoup, pas beaucoup, un brin, une goutte, une poignée, par-dessus la tête, une wagonnée, quelques-uns, une quantité, un tas, pas lèche, des tas, pas bézef, des masses, plein, une camionnée, un tout petit peu, gros comme ça, des tonnes, grand comme ça, pas assez, énormément, une foule, une foultitude, pas des masses. Ca l’a occupé longtemps.

Et puis, il s’est nommé lui-même. Et l’autre, auprès de lui, qui se regardait dans l’eau, s’est nommée à son tour. Ils ont commencé à parler du monde, à dire ce qu’ils voyaient, ce qu’ils sentaient, ce qu’ils ne voyaient pas, ce qu’ils avaient peur de voir…

Ils ont mélangé le vrai et le faux. Ils ont raconté des histoires…

Lui

Et l’homme a découvert les nombres…

Et il les a rangés dans l’ordre : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 72, 641, 8828, 4270322…

Elle

Il était une fois… dans un lointain pays, un nombre colossal, immense, gigantesque…

Il était tellement grand qu’on ne pouvait pas l’écrire car on n’avait pas assez d’encre, ni de crayons, ni de papier, qu’aucun ordinateur n’était assez puissant pour en donner un aperçu.

Il était tellement grand qu’on ne pouvait pas le dire, qu’on ne pouvait pas l’imaginer.

Mais on savait qu’il existait et que, s’il existait, il en existait d’autres, qui étaient encore bien plus grands… Et ça faisait un drôle d’effet.

Le vieux prof

Certains établissements signalent l’entrée de la Salle des Profs au moyen d’une inscription.

D’autres préfèrent l’incognito d’une porte banalisée.

Le résultat est rigoureusement le même.

Les abords de la Salle des profs sont, toujours et partout, immédiatement repérables au va-et-vient incessant des curieux qui, prétextant de faux rendez-vous, des missions fictives, de prétendus devoirs (ou punitions) à rendre, tentent de s’y introduire ou, tout au moins, d’en apercevoir quelque chose.

Nulle rebuffade, nulle porte claquée ne les décourage. Ils rôdent, ils attendent, ils espèrent…

Cette affluence de ce qu’on pourrait appeler les paparazzis, les groupies de la Salle des profs, se trouve facilitée par sa situation dans les étages inférieurs du bâtiment, au rez-de-chaussée dans 80% des cas, et toujours orientée sur la cour de récréation. Cela permet aux professeurs de jouir constamment de la présence de leurs élèves, et réciproquement.

Cela explique aussi la tendance des profs à parler fort en toute circonstance, y compris à la maison, au restaurant ou dans le métro. Le prof est un être qui a appris à lutter pour se faire entendre. S’il existe, c’est par sa voix.

L’extinction de la voix, c’est l’extinction du prof.
Il allume la pancarte. Elle restera allumée pendant tout le spectacle, jusqu’au départ du vieux prof.


Elle, poursuivant son rêve

Il était une fois, une autre, ou bien la même, peut-être aussi au même endroit, un nombre si petit qu’on n’y pensait jamais. Et heureusement d’ailleurs, car on n’aurait pas pu.

Il commençait par un zéro, une virgule, suivie de plein d’autres zéros… et tout au bout, là-bas, très loin, quelque chose… un chiffre, qui indiquait le nombre… Lequel ? Comment savoir à cette distance ? Comment se concentrer, se réduire la cervelle à des dimensions si menues.

Et l’on se consolait en se disant qu’au moins, on ne pourrait pas lui faire de mal, ni à lui, ni aux autres, sans doute encore bien plus petits.

Mais ça aussi faisait quelque chose… Surtout la nuit, quand ils remuaient…

LuiPendant qu’elle parlait, il a inscrit les dix chiffres au tableau

Puis, pour écrire les nombres, l’homme inventa les chiffres.

Et avec ces dix chiffres, il est devenu possible de noter tous les nombres du monde.
Il commence à sortir des chiffres de ses manches, de ses poches, de sa chemise, comme un illusionniste fait sortir des colombes ou des souris.

Il faut qu’ils soient faits de différentes matières. Selon le chiffre, il le caresse, le respire comme une fleur, le goûte… Il les pose au fur et à mesure sur son bureau, alignés ou en tas.

Pendant ce temps, elle dit, toujours comme dans un rêve, le Sonnet des voyelles

Elle

A, noir corset velu des mouches éclatantes …

E, candeurs des vapeurs et des tentes,

Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles …

I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles …

U, cycles, vibrements divins des mers virides…

O, suprême Clairon plein de strideurs étranges …

Lui, devant son amas de chiffres qu’il regarde tendrement.

On les aime plus ou moins. Question de goût, de sensibilité, d’histoire personnelle.
Il les reprend dans le tas, un à un. La parole peut accompagner le geste ou le précéder.

Il prend un 1 :

Unique. Grand solitaire. Pas même nombre premier, puisqu’un nombre premier est divisible par 1… ET par lui-même. Or, justement pour 1, 1 et lui-même ne font qu’un. Un est donc le premier sans être nombre premier !

Elle

Ffffff ! fffumée, ffeu, ffflamme, fflamboiement farouche…

LuiIl prend un 8, le couche pour former le signe de l’infini

Mégalomane !

Elle

Sssss ! Serpents sifflant sous les saules… Sorcière…

Lui, prenant délicatement un 3

Rond du haut et du bas. Chair onctueuse, peau de velours.

Elle

Tâter tout, tout tâter…

Lui, prenant un 7

Jambe longue. Héron. Ibis. Flamant. Flamme. Or vieilli. Majesté. Miracle de l’équilibre.

Elle,

Doux dindon, doux dindon, din-don, din-don, din-don, ding dong !
Lui, choisissant deux mêmes chiffres (deux 6, par exemple) de tailles différentes

La taille d’un chiffre ne change pas sa valeur. 6=6, qu’on le veuille ou non !

Elle

Eclat de cloche ! Cacophonie !

Lui:

Pi n’a pas de valeur décimale exacte. C’est assez fatigant…

Elle

Et avec vingt-six lettres, les hommes peuvent écrire tous les sons, tous les mots, toutes les histoires du monde.

Lui, au tableau.

Zéro est appelé l’élément neutre de l’addition.

En parlant, il dessine des zéros avec l’éponge et fait disparaître progressivement les chiffres inscrits au tableau.

Il est l’élément absorbant de la multiplication ! Un multiplié par zéro, égale zéro ! Deux multiplié par zéro, égale zéro ! Trois multiplié par zéro, égale zéro !... Il peut continuer aussi longtemps qu’il veut.
Le tableau est maintenant vide.

Quand on ne connaît pas un nombre, on l’exprime par une lettre. On dit que la lettre est l’inconnue. Les inconnues les plus connues sont x et y.

S’il existe de grands - voire très grands - et de petits - voire très petits - nombres, il n’y a pas de petite ou de grande inconnue. Les inconnues sont des inconnues. C’est tout. Il n’y a pas de raison d’avoir peur.

Elle

Le soir, pour s’endormir, l’homme se demandait s’il existait un nombre où entrent tous les autres quand ils se sentent un peu perdus…

Sonnerie de fin de cours. Noir.

*
La lumière se rallume sur le vieux prof.
Le vieux prof, qui n’a cessé de s’occuper discrètement… à tout ce qu’on voudra

La dimension de la salle des profs est variable. Il y en a d’immenses, il y en a de toutes petites. Pourquoi ? Mystère…

La salle idéale, (avec nostalgie) elle existe ! n’est ni trop vaste, ni trop étroite. Est-elle trop vaste, l’individu s’y perd, il perd le sentiment de son appartenance à un groupe, à une équipe, à une troupe, il erre en électron libre, s’abîme dans la solitude. Si elle est trop étroite l’individu se mêle, se confond, perd son autonomie de mouvement et de vie, il perd son identité. La salle idéale est celle où chacun peut jouir d’un siège personnel, le placer à sa convenance, faire quelque exercice relaxant, bouger les bras dans tous les sens, exercer sa voix, profiter d’être avec les autres ou se retirer en soi-même.
La forme de la salle des profs est tristement quadrangulaire mais belle dans sa simplicité qu’on peut dans tous les cas diviser en trois zones :

Il va sortir ici, progressivement, les différentes parties d’une boîte à chaussure qui va lui servir à confectionner une salle des profs.

Il sort le couvercle : Plafond, un seul ! qui couvre entièrement l’espace.

Il sort la boîte dépliée, la reforme. Murs, quatre ! placés autour de la salle et percés d’ouvertures quadrangulaires qui permettent l’aménagement de fenêtres en nombre indéterminé et d’une porte, unique afin de faciliter la surveillance et d’éviter les intrusions sauvages.

Il sort le fond de la boîte, l’ajuste. Sol, un seul ! qui maintient la rigidité de l’ensemble et permet de s’y tenir en équilibre stable.
Les papiers d’ameublement, les lambris, les tentures, les moquettes et les tapis d’Orient ne sont pratiquement jamais utilisés.

La salle des profs, lieu de repos, de concentration, d’échanges, est celui de la sobriété, de la neutralité qui respecte les goûts de chacun.

Si, de temps à autre un dessin, une photo, un croquis, un diagramme, une carte vient occuper une portion de mur, c’est toujours dans le but d’informer, jamais dans celui de distraire.
En revanche, les professeurs manifestent un goût immodéré pour toute forme d’écrit. Le prof aime les textes. Il consacre à les lire une bonne partie du temps qu’il passe à la salle des profs. Il les absorbe, il les médite, il les lit à haute voix, les déclame, les commente avec passion.

Les textes pullulent, débordent, s’empilent, se surajoutent, ils envahissent, dévorent l’espace en même temps qu’ils nourrissent le prof. Ils constituent en définitive la parure de la salle et la substance des profs.

Noir.

*
Cours 2


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