Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage





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date de publication01.02.2017
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Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conduit la toison,

Et puis est retourné plein d’usage et de raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison,

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,

Que des palais romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine ;
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin que la douceur angevine.


Joachim Du Bellay, Les Regrets, sonnet XXXI (orthographe modernisée),

Edition Droz, Genève, 1979.


Pour préparer l’étude du texte


  1. Une rupture est très marquée entre quatrains et tercets ; expliquez-la à travers le plan du sonnet, les rythmes choisis, les effets de répétition.

  2. Définissez l’idée générale en étudiant le jeu des pronoms personnels et des possessifs (sans oublier ceux du v.4).


L’œuvre de Du Bellay est fait de deux parties : Les Antiquités de Rome où il montre ses antiquités et Les Regrets où il exprime sa nostalgie. Les sonnets 25 à 36 célèbrent la patrie qu’il a quitté en magnifiant le pays d’enfance où il s’est pourtant ennuyé. Il s’appuie sur des références mythologiques : Ulysse, Jason.

Le 1è quatrain réalise une comparaison entre lui et Ulysse et Jason. Le poète y reconnaît « un beau voyage ».

Dans le sonnet 24 : « Je hais plus que la mort un jeune casanier/Qui ne sort jamais hors »

Le 2nd quatrain évoque son pays. Ce quatrain s’oppose au premier. Expression de la sensibilité du poète et envie de retour. Du Bellay reprend les termes d’Ulysse pour lui : intertextualité.

Les tercets comparent Rome et son pays natal.


I/ Evocation du pays natal :

  1. Ancrage géographique :


Elargissement géographique. Du Bellay ne parle pas que de son petit village. Il oppose la France à l’Italie (Rome). Le village natal est considéré comme symbole de paix ; « mon petit village ».

Indiction géographique : « Loir gaulois »→ France, « douceur angevine » → Anjou (lieu de naissance), « Petit Liré » : ce sont des références personnelles mais surtout une métonymie pour évoquer la France entière. Elle est retrouvée à une échelle inférieure quand il s’attarde sur son foyer : rétrécissement de l’espace : « ma pauvre maison », « le séjour qu’ont bâti mes aïeux » : insistance familial. « la cheminée connote une note de chaleur.


  1. Comment le poète prend-il possession des lieux ?


Adjectifs possessifs et pronoms personnels. Ils donnent une dimension personnelle, un registre lyrique (solennelle pour le 1è quatrain) voire élégiaque. On peut aussi parler d’adjectifs à caractères affectifs « petit », « pauvre » qui évoquent la tendresse du poète pour son milieu et l’humilité pour ces lieux qu’il compare à Rome. Effets de rupture syntaxique (v.5 et 6 : inversion de mots afin de mettre en valeur « village » et « cheminée »). Enjambements et rejets sont aussi présents.
3. La vision du retour au pays :
Evocation du village chaleureux qui fait le désir du retour. Le poète insiste dessus. « Et puis est retourné » à la césure. Préfixe ‘re-’ indique qu’il s’agit d’un poème qui exprime la volonté de retour chez soi avec l’emploi du futur qui indique une date de retour repoussé à un avenir incertain : « Quand… ». Tout le quatrain est construit sur un enjambement qui fait le lien entre le désir du poète et sa vision du lieu qu’il a quitté : effet d’allongement. Ce quatrain donne une proposition plus longue que le premier. Le poète donne ainsi l’impression que son exil est interminable !!

II/ Valorisation du pays natal :

  1. Comparaison avec Rome :


Il y a dans l’ensemble du poème une rupture entre les quatrains et les tercets. A chaque quatrain correspond une question et une exclamation. « Plus que » : comparatif de supériorité cinq fois présenté en six vers : rupture. Dans les tercets, le même nombre de syllabes est consacré à la gloire romaine et à la séduction angevine : opposition entre les deux lieux évoqués comme s’il pouvait y avoir une équivalence. Il appelle sa maison, une province : à Rome c’est tout un pays conquis. Reprise d’un terme appartenant au vocabulaire romain repris pour sa propre expérience : paradoxe et les tercets expliquent cette comparaison : Rome très grand et sa maison très petite.

  • « palais romains » : richesse, grandeur… ; « romains » : histoire, grandiose

  • « le marbre dur » : métonymie, pléonasme, richesse, pérennité ; « marbre » = sculpture, architecture, c’est un matériau noble ; « dur » : solide (sens propre) ou froid, cassant (sens figuré)

  • « le Tibre latin » : fleuve ; fondation de Rome. « latin » : adjectif qui renforce mais aussi référence à l’histoire de Rome.

  • « le mont Palatin » : une des sept collines : lieu où on été construit les palais : quartiers riches.

  • « air marin » : boucle avec le 1è quatrain. Péjoratif car le sel est corrosif ; air du large = envie de conquérir : il oppose le voyage à la « douceur angevine » : stabilité, se contenter de ce qu’on a.

  • « petit village » : petitesse doublée. Langage courant : « maison », « village »,…

  • « le séjour qu’ont bâti mes aïeux » : racines, opposition entre les histoires familial et romaine.

  • « marbre » opposé à « ardoise fine » : ce qui est petit est raffiné, subtile, fragile.

  • « Loir gaulois » : revendication (relations conflictuelles du début). Il souligne sa différence en se disant gaulois alors qu’il sait très bien que la littérature est latine.

  • « petit Liré » : petitesse mais aussi « Liré » connote déjà la petitesse avec le suffixe « ré- ». De plus, nom court, simple.

  • « douceur angevine » : pays doux, finesse, chaleur : termes valorisants. Sonorités douces, contrairement aux sonorités dentales de « palatin », « Tibre latin ». « angevine » rappelle ‘ange’.

Il y a présence de chiasmes : figures dominantes dans les tercets ainsi que les répétitions (Anjou, Rome, Rome, Anjou,…) qui sont alternées. Le poème finit par l’Anjou pour montrer la préférence du poète.

Superlatif placé au centre du sonnet : « beaucoup davantage ».

III/ Expression des sentiments personnels :

  1. Changements de tons :


1è quatrain : Ton solennel. Adjectif puis relative. Trimètre, rythme très heurté renforcé par l’exclamative qui renforce la solennité, la grandiloquence. Passé composé. Maxime : ton solennel.

2è quatrain : ton pathétique, humble. Emploi du « je ». Catégorie de discours différents : 1è : sublime ; 2è discours médiocre / 1è : oratoire ; 2è : très personnel.

Dans les tercets, on retrouve ces changements. « Audacieux » : diérèse. v.9 : référence à un ton moyen = médiocre. Dans le v.8, en revanche, la hiérarchie des valeurs et des goûts et inversé. Ici, le poète ne célèbre pas la grandeur de Rome mais les éléments personnels de son village. Tout le texte est construit sur des oppositions entre le grandiose et le personnel.


  1. La nostalgie :


Traduite par la ponctuation (question) et interjection : « hélas » placé à la césure ainsi que les coupes de ce sonnet qui renforcent les sentiments. Evocation des regrets du poète « retourné […] vivre entre ses parents »…

Les enjambements et les coupes permettent de voir ce que le poète regrette. Ulysse : valeur mythologique : il est rentré chez lui après son voyage ! Jason aussi mais fin tragique : morale avec les références. Il n’a pas su retrouver la simplicité.

Les regrets sont dédiés à D’Avanson dont son surnom était Ulysse. L’ensemble du poème est construit sur un désir de rentrer. Ici, poème assez tragique. Du Bellay est malade et il a peut-être peur de ne jamais revoir son village natal. « le clos de sa pauvre maison » fait penser à un cimetière : envie d’être enterré dans son village natal.

Conclusion :
Ce sonnet consacré à l’exaltation du foyer s’inscrit dans la Pléiade : sonnet, référence mythologique. Cependant, il garde ses distances : idéalisation de la France mais plus de l’Antiquité (modèle par excellence). Ici poésie loin des clichés, des arts de Rome.

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