Autour de l’odeur de saintete





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Le Da Vinci code de Dan Brown, Marie Madeleine est la première messagère de la Résurrection, après avoir suivi Jésus jusqu’aux pieds de la croix. Figure du passage, elle est bien au cœur de cet échange entre le divin et l’humain et, plus particulièrement, entre le divin et le féminin. En effet, avec elle, le parfum mêle définitivement ses effluves sacrés et féminins. L’amour s’évapore en prières et adoration. Dans la scène de l’onction à Béthanie, Marie ne parle pas, mais elle suscite la communication la plus riche autour d’elle, chez ses contradicteurs et dans la réponse du Christ. Le parfum est un langage très profond, à condition que l’on débouche le flacon, ou, mieux encore, qu’on le brise sans retenue39.
Les textes nous préparent déjà à mieux comprendre ce que peut être la place du parfum dans la vie des saints. Les saints et les anges qui peuplent le Paradis, vivent dans un monde parfumé. Il s’agit, bien sûr du Paradis céleste où demeurent les âmes des élus au côté du Christ, en attendant la Résurrection des corps. L’Apocalypse40 de Jean évoque cette liturgie qui honore Dieu au ciel comme sur la terre :
Un autre Ange vint alors se placer près de l’autel, muni d’une pelle en or. On lui donna beaucoup de parfums, pour qu’il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or, placé devant Dieu, avec les prières des saints (Ap. 8, 3).
Le Paradis terrestre, à jamais perdu, où vécurent Adam et Ève, était un jardin sans doute parfumé, même si le texte de la Genèse n’en dit rien, nous l’avons vu. Le Paradis céleste l’est à coup sûr. Il a longtemps été situé en termes platoniciens au ciel, dans l’empyrée, au-dessus des sphères de l’univers41. Cependant, le Paradis eschatologique a souvent été décrit par les saints et par les docteurs comme un jardin d’Eden. Jean Delumeau date cette assimilation du IIIe siècle :
L’assimilation de l’éternité bienheureuse à la vie dans un jardin béni est sensible dans un texte longtemps attribué à saint Cyprien, mais dû, sans doute, à un clerc de son entourage et, en tout cas, datable du milieu du IIIe siècle. Le « lieu du Christ, lieu de grâce » y est décrit comme une terre luxuriante dont les champs verdoyants se couvrent de plantes nourricières et gardent intactes des fleurs parfumées […]. Il s’agirait de la première évocation détaillée du séjour définitif des élus sous des aspects d’un jardin éternel (J. Delumeau, 2000, p. 114).
Les écrivains ecclésiastiques n’auront de cesse d’évoquer les senteurs merveilleuses qui se dégagent du Paradis.

Jean Delumeau multiplie les références (p. 147-149). Les Acta Sebastiani évoquent ainsi le Paradis :
Les gazons, souvent parfumés de safran, et les campagnes odorantes embaument de parfum à la suavité parfaite. Les brises qui apportent la vie éternelle, exhalent aux narines une fragrance de nectar (PL 17, col. 1927).
Une inscription dans l’église de sainte Agnès à Rome (383) assure que la sainte repose parmi les parfums exquis du Paradis42. Les voyages dans l’au-delà deviennent vite un genre littéraire à part entière. L’Apocalypse de Paul développée à partir d’une allusion (2 Cor, 12, 2-4) donnera naissance à de multiples Visions de saint Paul en latin, puis en français, où sont décrites les souffrances des damnés et les joies des élus43.

Grégoire Le Grand, dans le livre IV des Dialogues rapporte des récits qui ont eu une grande influence sur le genre des voyages dans l’au-delà. Grégoire de Tours raconte le voyage du moine Salvi dans l’Histoire des Francs, II. Reprenons la citation de Jean Delumeau : « Il fut enveloppé d’un parfum d’une extrême suavité, [il ne désirait plus] aucune nourriture ni aucun breuvage » (J. Delumeau, 2000, p. 147). Alors que les réprouvés, parmi d’innombrables supplices, doivent respirer les horribles odeurs de l’enfer, les élus « recevront les plus suaves odeurs de Dieu, la source même de la suavité et sentiront les effluves des anges et de tous les saints44 ». Pierre Damien promet le parfum du baume et des plantes aromatiques (PL 145, col. 861). Jean de Fécamp, dans sa Confession théologique associe la nourriture et le parfum célestes. Les mystiques, comme sainte Gertrude et sainte Lidwine, confirment les visions d’un jardin parfumé et délicieux.

Nous ajoutons à ces exemples empruntés, pour la plupart, à Jean Delumeau la référence aux innombrables Miracles de Notre-Dame qui fleurissent un peu partout en Europe au XIIe siècle. On les trouve d’abord en latin en Angleterre (Dominique d’Evesham, Anselme le Jeune, Guillaume de Malmesbury), puis en français (translatés en roman), pour la première fois, sous la plume d’Adgar, un clerc anglo-normand de la région de Londres. Il versifie et traduit un recueil de maître Albri, aujourd’hui perdu, qu’il a trouvé dans la bibliothèque de l’abbaye Saint-Paul à Londres, vers 1165. Il intitule ce recueil Le Gracial45. Il sera suivi de beaucoup d’autres recueils similaires sur le continent. On y trouve plusieurs voyages dans l’au-delà. Adgar, dans le miracle XV décrit les souffrances d’un moine atteint d’une grave maladie de la bouche, sa mauvaise odeur fait fuir tout le monde, sauf un évêque qui l’assiste. Alors qu’il est mourant, un ange vient le conduire dans l’autre monde, au Paradis. Il est conduit dans un champ magnifique :
Merveille i vit e oï

E maür merveilles i senti :

Un mut bel champ li est mustré,

De grant bealté enviruné ;

Plains ert li champs de duz odur,

Si flairout de mut grant dulçur.

(XV, v. 87-92)
(Il vit et entendit des merveilles.  Il y sentit une merveille plus grande encore. Un très beau champ lui est montré environné d’une grande beauté. Le champ était empli d’une douce odeur. Il dégageait un parfum d’une grande douceur.)
Ces fleurs merveilleuses correspondent, en fait, aux divers versets des psaumes qu’il avait coutume de réciter (principalement le long psaume Beati Immaculati). Elles récompensent, en quelque sorte, les mérites de sa piété et de ses vertus, dont le parfum trouve un écho céleste. L’ange le conduit ensuite dans un temple magnifique, orné de pierres précieuses où trône la Vierge Marie. Celle-ci n’est pas une reine majestueuse et hautaine. Comme une mère secourable, elle guérit son enfant qui l’avait tant priée sur cette terre, en versant sur sa bouche quelques gouttes de son lait (c’est un des trois miracles de lactation du recueil). Le moine malade est guéri. L’ange le reconduit sur terre et, désormais, il dégage un parfum délicieux qui attire tous ses confrères, alors que précédemment il les faisait fuir par sa puanteur.

Cet exemple nous montre bien que les parfums célestes perçus au Paradis peuvent, dans certains cas, se faire sentir sur terre dans la vie des saints. On comprendra aisément aussi, que le moment privilégié de cette manifestation est celui de la mort. La mort, est, on le sait, le moment essentiel de la vie du saint. Dans son étude, Martin Roch constate :
L’odeur de sainteté […] n’apparaît que dans une minorité de textes de notre corpus : le parfum suave du saint à sa mort n’est nullement un topos omniprésent dans l’hagiographie du haut Moyen Âge. Cela ne signifie pas que les croyances sous-tendant l’odeur de sainteté ne soient pas implicitement là46.
L’odeur de sainteté, c’est la manifestation d’un parfum miraculeux lié à la personne du saint, notamment à sa mort ou, après celle-ci. Ce miracle n’est, évidemment pas systématique. Mais il est connu, attendu, quelquefois observé. Martin Roch note que les œuvres de Grégoire de Tours et de Grégoire Le Grand comportent des récits hagiographiques à bien des égards fondateurs du genre. Dans quelques-uns d’entre eux le récit exigé du trépas du saint comporte le miracle de « l’odeur de sainteté ». Relevons quelques exemples. Grégoire de Tours raconte la mort de Friard, un reclus de la région de Nantes :
Sur ce, toute la cellule fut remplie d’une odeur suave et trembla toute entière, d’où il est certain que la puissance des anges était là présente, elle qui, signalant les mérites du saint fit exhaler de la cellule divins aromates47.
Dans ses Dialogues, Grégoire le Grand décrit plusieurs phénomènes semblables. Il affirme avoir connu personnellement Servulus, un pauvre infirme qui a vécu longtemps sous le portique de l’église Saint-Clément à Rome. Un moine de son propre entourage a été témoin du miracle qui a accompagné son trépas :
Un parfum se répandit avec une telle intensité que tous ceux qui étaient présents furent remplis d’une douceur, de sorte qu’ils reconnaissaient ainsi clairement que les laudes célestes avaient accueilli cette âme. Un de nos moines qui vit encore, était présent. Il a pour habitude d’attester avec beaucoup de larmes que, jusqu’à la sépulture du corps, l’odeur de ce parfum ne se retira pas de leurs narines48.

La petite maison où vit Romola, une sainte moniale, est illuminée d’une lumière céleste quatre jours avant sa mort. Un parfum l’accompagne. La nuit un chœur de chants célestes se fait entendre, puis le parfum et les murmures se dissipent quand l’âme rejoint sa demeure (Dial. IV, 16, 7).

Martin Roch a ensuite examiné un corpus de cent trois textes hagiographiques datés entre le VIe et le Xe siècle. Quinze d’entre eux mentionnent l’exhalaison de parfums merveilleux au moment de la mort. Nous en retiendrons quelques uns parmi les plus significatifs.

Maxime, abbé de Lérins, puis évêque de Riez, meurt en 460. Dynamius  décrit ainsi sa mort :
Il répandit le dernier souffle et passa avec bonheur dans les cieux, le cinq des calendes de décembre ; mais alors s’éleva en abondance un parfum très doux, comme si toutes les fleurs du printemps avaient été amassées en ce lieu49.
La Vie de saint Colomban comporte le récit de la vie de beaucoup de ses disciples. Deux petites filles vivent parmi les moniales à Faremoutiers (dans l’entourage de Fare). À leur mort, un miracle se produit. Des parfums et des chants célestes (attestant de la présence d’anges et de saints venus du paradis) se manifestent à la fois :
Déjà la cohorte de leurs compagnes se tenaient près d’elles et s’apprêtaient à psalmodier au moment de leur départ, lorsqu’une des mourantes commença à chanter pieusement de douces mélodies inconnues jusqu’alors aux oreilles humaines et à prier le Créateur avec des paroles admirables, des prières inouïes, des mystères ineffables, tandis qu’un parfum d’une merveilleuse douceur emplissait la cellule50.
La vie de l’ermite Guthlac a été écrite par un témoin direct, le moine Félix, une quinzaine d’années après la mort du saint (milieu du VIIe siècle). Le moine qui assiste le mourant perçoit divers phénomènes :
On sentit comme une odeur de fleurs suaves sortir de sa bouche, de sorte que cette odeur de nectar remplit toute l’habitation où il se trouvait. La nuit suivante, quand le frère susdit s’appliquait aux vigiles nocturnes, il vit de minuit jusqu’à l’aurore, la maison toute entière briller d’un éclat de feu51
Saint Loup, évêque de Sens, mort en 623, bénéficie du même privilège :
Aussitôt la divine puissance se fit présente : pour indiquer la gloire de l’évêque, elle fit surgir une douce odeur ; car une odeur de nectar s’exhalait de lui, comme s’il avait été oint d’une quantité de parfums52.
Il semble inutile de multiplier les témoignages. Ils sont nombreux, mais nous pouvons noter que de nombreuses Vitae ne comportent pas ces manifestations miraculeuses, preuve que les auteurs ne considèrent pas que ce soit un miracle imposé, qu’il faille absolument relater pour assurer la sainteté du protagoniste. D’autre part, Martin Roch fait remarquer que ces Vitae sont parfois fort éloignées dans le temps de la vie du saint. Ce n’est pas nécessairement une preuve de leur inauthenticité. Des traditions orales ont parfois un souci de véracité plus grand qu’on ne l’imagine. D’autres vies ont été écrites rapidement par des témoins directs (Vie de sainte Gertrude).

À supposer que la notation de parfums surnaturels soit un topos de la Vita (ce n’est pas sûr, puisque seulement 12% des Vitae étudiées par Martin Roch en présentent) cela n’exclut pas la vérité de la notation. Ce serait devenu un topos parce que le phénomène est, sinon fréquent, du moins courant : « La mention d’une douce odeur, peut sous sa veste topique, se fonder sur une perception authentique » (M. Roch, 2009, p. 300).

Enfin, l’existence de pratiques d’embaumement des dépouilles des saints ne peuvent suffire à confondre ces senteurs naturelles avec des senteurs surnaturelles (M. Roch, p.130-144).

La dépouille du saint (« le corps saint ») continue d’exhaler ses fragrances bien après le moment de la mort. Huit jours après sa mort, on sentait sur la tombe d’Odile le même parfum53. Dans l’église, à l’occasion d’une messe anniversaire, Jonas de Bobbio, l’auteur de la Vie de sainte Gibitrude, a ressenti, ainsi que tous les participants, encore le parfum de la sainte54

Le pouvoir odoriférant du corps saint est ensuite virtuellement présent autour des reliques. Lors de l’inventio de la relique, c’est souvent le signe divin de l’identité du saint. Eloi fouille dans l’église de Noyon et finit par trouver, malgré le découragement des siens, la tombe du martyr saint Quentin. Du sarcophage s’échappe alors un parfum :
À l’instant, la tombe ayant été perforée, un tel parfum, accompagné d’une prodigieuse lumière, s’en répandit, que saint Eloi lui-même, ébranlé par l’éclat de la lumière et par le parfum indicible, put difficilement y tenir55.

Le cadavre du saint est parfois retrouvé intact, comme c’est le cas pour la découverte du corps de saint Séverin parfumé et d’aspect presque vivant, alors que, précise Eugippe, auteur de la Vie, qu’aucun aromate ne se trouvait là et que le corps n’avait pas été embaumé56.

Au cours de la translatio (le transfert de la relique) il est courant que de telles manifestations se reproduisent. C’est le cas pour les translations de Saint Arnoul, saint Amant, saint Lambert de Liège, saint Hubert, etc. (Cf. M. Roch, 2009, p. 279-300). Les « suaves odeurs » qui émanent des corps sont perçues par tous les fidèles57, dans un cadre liturgique. Dans plusieurs cas le corps est préservé de toute corruption. Le parfum est signe d’élection céleste, preuve de la légitimité du culte et surtout, preuve que le corps du saint anticipe son état de vie divine, se préparant à la résurrection de manière sensible. D’une manière générale, les tombes des saints, surtout à l’occasion des pèlerinages, sont des lieux miraculeux où se manifestent parfois de mystérieuses odeurs. Le parfum émane, le plus souvent directement de la tombe ou bien à travers des plantes. Ainsi, à Merida en Espagne, face à l’autel de sainte Eulalie, trois arbres fleurissent le 10 décembre, jour de la fête de la sainte. Les fleurs diffusent un doux nectar, elles sont ensuite recueillies et produisent des guérisons58.

Dans tous les Miracles de Notre-Dame on trouve le miracle d’un moine, pécheur mais dévot de Notre-Dame, que ses confères ont enterré à l’écart, sans les honneurs funèbres. La Vierge avertit un moine de lui donner une sépulture chrétienne et quand on le déterre, on trouve sa bouche intacte dans laquelle a fleuri une rose parfumée, signe de sa dévotion et de son salut59.

La vie même des saints est fleurie de bonnes odeurs. Ce sont, quelquefois, des parfums d’élection. Grégoire de Tours raconte dans son
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