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LES AVENTURES DE HARRY DICKSON : UNE PLACE POUR LA SCIENCE DANS LE RÉCIT POLICIER FANTASTIQUE

Philippe JAUSSAUD

Université de Lyon, Lyon, F-63003, France ; université Lyon 1, EA4148 LEPS, Villeurbanne, F- 69622.




La place de la science dans la littérature de vulgarisation a fait l’objet de nombreuses études. A contrario, peu d’investigations ont été réalisées sur la même problématique dans les récits de fiction. Or, certaines de ces oeuvres placent la science au centre de leur propos, sans pouvoir être considérées comme des productions vulgarisatrices, puisqu’il n’existe pas d’intention délibérée de transmettre des connaissances. Il est alors intéressant d’étudier la mise en récit de la science dans un contexte de pur divertissement. Nous avons choisi pour cela de nous pencher sur le cas du roman policier, lequel constitue - avec les autres romans, sentimentaux, historiques, de science-fiction ou fantastiques - l’un des deux genres littéraires préférés des Français1. Le roman policier « ancien »2 - nous entendons par là antérieur aux années 1950 - a cristallisé notre attention, car dans les œuvres modernes la science se trouve mise en scène avec en général un très - voire trop - grand souci d’exactitude et de pédagogie : la fiction se trouve en l’occurrence beaucoup trop proche de la réalité.

La conduite de notre projet nécessitait le choix d’une œuvre importante et riche. Celle d’Agatha Christie présente une vision de la science qui nous est apparue comme trop ciblée sur la toxicologie3. Par ailleurs, le cas de Fantômas d’Allain et Souvestre a déjà été envisagé, surtout en lien avec la technique4 et Sherlock Holmes a fait l’objet de nombreuses études5. Les aventures du Monsieur Lecoq d’Émile Gaboriau, du Rouletabille de Gaston Leroux et de l’insaisissable Arsène Lupin de Maurice Leblanc relèvent quant à elles du genre policier à l’état pur : offrant de trop rares échappées en direction de la science, elles n’auraient pas donné matière à une étude suffisamment étoffée6.
Nous avons donc choisi de nous intéresser aux Aventures de Harry Dickson, lesquelles mettent en scène un éventail important de disciplines scientifiques. Dus à la plume de Jean Ray7, ces récits associant le policier au fantastique, ont connu dès leur parution un vif succès, qui ne s’est jamais démenti jusqu’à ce jour. Ils ont été écrits « entre 1933 et 1940, une des périodes les plus fécondes de Jean Ray (…). Il mène de front à cette époque des activités de journaliste, de reporter, de nouvelliste, de romancier populaire et d’auteur pour adolescents »8. L’engouement d’un très large public pour l’oeuvre, a même fortement augmenté au cours des vingt dernières années, suscitant de multiples rééditions et adaptations. « Aujourd’hui, Harry Dickson a été élevé au rang de mythe, quoiqu’il n’ait pas l’envergure de Sherlock Holmes, son modèle formel, d’Arsène Lupin, de Fantômas, de Rouletabille ou de Maigret »9. Plusieurs études, essentiellement sous forme d’articles ou de préfaces, si l’on excepte de rares travaux académiques10, ont analysé la genèse et le contenu des aventures du détective. L’examen de cette littérature critique montre qu’elle a négligé la place de la science dans le corpus concerné.
Le Mystérieux docteur Cornélius de Gustave Le Rouge11, un roman feuilleton qualifié par Blaise Cendrars de « chef-d’œuvre du roman d’aventures scientifico-policières »12, aurait également pu nous offrir un objet d’étude intéressant. Mais, il constitue un corpus moins riche que « Harry Dickson » sur le plan scientifique et davantage marqué par les caractéristiques du roman-feuilleton populaire13. Nous aurons cependant l’occasion de nous référer au Mystérieux docteur Cornélius au cours de notre étude, car il existe certaines analogies intéressantes avec Harry Dickson. De plus, une incursion dans le domaine de la littérature comparée enrichit une analyse de récit en lui conférant une dimension supplémentaire.
Dans Les aventures de Harry Dickson, la science, qui est présente sous plusieurs aspects, y compris muséographiques et archivistiques, la science participe au développement de l’intrigue : elle offre les moyens de résoudre certaines énigmes au cours de l’enquête policière et parfois même suscite cette dernière14. Il nous a donc paru utile de présenter le rôle et l’importance de la science dans les récits concernés. Mais, un tel propos nécessite au préalable de situer l’œuvre étudiée dans son contexte historique et culturel, ainsi que d’en exposer les principales caractéristiques littéraires : en un mot, de présenter le monde de Harry Dickson.

  1. - LE MONDE DE HARRY DICKSON




  1. - Naissance, écriture et édition des aventures de Harry Dickson


La genèse littéraire et éditoriale des aventures de Harry Dickson est une histoire extrêmement complexe : aussi n’en retiendrons-nous que quelques éléments importants, renvoyant le lecteur, pour davantage d’informations, à l’étude exhaustive publiée par Yves Varende15, ainsi qu’à une copieuse préface de Gérard Dôle16.

Les aventures qui nous intéressent se situent dans le prolongement des très populaires « dime novels », nés au XIXème siècle aux Etats-Unis. Il s’agissait de « romans à quatre sous, aux couvertures mirobolantes, qui coûtaient un dixième de dollar, une « dime », d’où leur nom »17. Le grand public pouvait ainsi se plonger dans les aventures de Nick Carter, de Nat Pinkerton, de Lord Lister, de Buffalo Bill et surtout, pour ce qui concerne notre propos, dans Les Dossiers Secrets de Sherlock Holmes édités dès 1907. Ces derniers relataient des enquêtes apocryphes du célèbre détective, qui ne devaient rien à Conan Doyle. Il s’agissait donc d’un cas caractérisé de « piratage », et une action de justice interdit d’ailleurs la poursuite de la publication sous son intitulé initial. Mais, bizarrement, la décision légale laissa utiliser le nom de Sherlock Holmes dans les textes. Deux cent trente fascicules hebdomadaires de trente deux pages furent édités jusqu’en mars 1911, sous le nom de Sortis des dossiers secrets du détective mondial. Signalons au passage qu’un aide de Sherlock Holmes - resté donc le héros des nouvelles aventures - portait le nom de Harry Tackson. Les scènes hautes en couleurs ornant les couvertures des fascicules naquirent du talentueux pinceau d’un peintre poméranien nommé Alfred Roloff (1879-1951). Celui-ci, après avoir illustré les cent vingt-cinq premières livraisons, céda la place à des artistes anonymes qui conservèrent son style18.

La plupart des fascicules de dime novels destinés aux lecteurs européens, écrits en langue allemande, furent traduits en français par la firme Eichler, installée à Paris. Ainsi naquirent notamment, pour la suite des aventures de Sherlock Holmes, « Les dossiers secrets du roi des détectives »19. En 1915, une maison d’édition hollandaise basée à Amsterdam racheta les droits des dossiers secrets. La traduction en français fut décidée, afin d’être distribuée en Belgique et en France. Devant la médiocrité des premières versions françaises, le diffuseur belge sollicita en 1929 les services de Raymond de Kremer, alias John Flanders, alias Jean Ray (1887-1964)20. Mais, afin d’éviter tout risque d’ordre juridique, le romancier transforma le nom de « Sherlock Holmes » en celui de « Harry Dickson ». Il conféra à son héros la nationalité américaine et rebaptisa son adjoint Tom Wills.

Jean Ray commença à traduire lui-même ou par sous-traitance21 quelques dizaines d’aventures. Mais, la médiocrité des intrigues et du style le lassa rapidement. Il voulut alors écrire des nouvelles selon sa propre inspiration. Son éditeur accepta, à condition que le romancier tienne compte des couvertures originales, dont les clichés avaient été acquis par la firme hollandaise. C’est pourquoi, alors que les aventures de Harry Dickson se déroulent entre 1930 et 1940, les personnages et les décors figurant sur les couvertures des fascicules datent du début du XXème siècle. Les gentlemen portent la redingote ou le smoking, les élégantes des robes de soie vivement colorées et rehaussées de dentelles. Quant aux logis décorés et aux véhicules, ils sont typiquement « modern style »22. Signalons à ce propos deux faits intéressants. D’abord, l’action représentée, souvent très vive, se réfère parfois au lien avec la science ou la technique. Ceci est vrai, par exemple, pour les aventures suivantes : « L’étrange lueur verte », « Usines de mort », « La tente aux mystères », « L’homme au masque d’argent », « La mitrailleuse Musgrave » ou « Le mystère de Bantam House ». Ensuite, la beauté des images de couvertures des fascicules originaux transforma ces derniers en des objets de collection très recherchés des amateurs. Vendus à l’époque de leur diffusion cinquante centimes pièce, ils valent aujourd’hui cinq-mille fois plus cher23.

Jean Ray écrivit plus d’une centaine d’aventures de Harry Dickson, soit à bord de navires, soit à la faveur d’escales à Gand. Trouvant parfois sa première inspiration dans les fameuses illustrations de couverture, il rédigeait un récit en une nuit, d’un seul trait et sans se relire, Il envoyait ensuite son texte aux linotypistes hollandais. Ne connaissant pas le français, ceux-ci « ajoutaient coquilles et fautes d’orthographe et de grammaire aux imperfections que Jean Ray y avait laissées »24.

La saga dicksonienne s’étale sur quatre-vingt courts romans, vingt-quatre nouvelles et quatorze brèves histoires25. Jean Ray signa en tout cent soixante dix-huit aventures de Harry Dickson, dont soixante-neuf environ sont des traductions (certaines incertitudes planent encore sur quelques titres, selon les spécialistes)

Á partir de la fin des années 1960, les aventures de Harry Dickson créées par Jean Ray furent publiées, sous la forme de séries plus ou moins complètes, par plusieurs maisons d’édition : Marabout, Nouvelles Éditions Oswald (NéO), Librairie des Champs-Élysées, Lefrancq, Librio et Le Cri. La seule édition rassemblant l’intégralité des textes, celle à laquelle nous nous référerons dans notre étude, fut publiée par NéO entre 1984 et 1986. Elle comprend vingt et un volumes reliés, revêtus chacun d’une jaquette dont le dos reproduit l’image de couverture de l’un des fascicules originaux.

Cette profusion d’éditions traduit une véritable « Dicksonmania » qui ne cesse de s’étendre au fil des années. Sur le modèle de la « Sherlock Holmes Society » de Londres, Gérard Dôle fonda un « Cercle des Élèves de Harry Dickson ». Internet favorise aujourd’hui les échanges d’informations et d’offres entre amateurs avertis et divers sites se sont constitués. Parmi les passionnés figure en bonne place le cinéaste Alain Resnais. Il avait même décidé de porter les aventures de Harry Dickson à l’écran, mais des raisons techniques le conduisirent à renoncer à son projet.

Comme dans le cas des aventures de Sherlock Holmes, mais dans une moindre mesure, le personnage de Harry Dickson a été repris par des auteurs modernes (Gérard Dôle ou Brice Tarvel, par exemple) et des aventures apocryphes se sont ajoutées au « canon ». Deux séries de bandes dessinées, aux graphismes très différents, ont même vu le jour.


  1. - Le mariage réussi du policier et du fantastique 


Les aventures de Harry Dickson appartiennent à la partie « policière » de l’œuvre de Jean Ray, laquelle inclut aussi un roman, « Jack de minuit »26, ainsi que les enquêtes d’Edmund Bell, un détective adolescent. Ces dernières, écrites en néerlandais et publiées dans la revue « Bravo » à la fin des années 1930 sous la signature de John Flanders, représentent une dizaine de nouvelles fantastico-policières et cinq scénarii de bandes dessinées. Mais, ce sont les aventures de Harry Dickson qui constituent la meilleure association du fantastique et du policier effectuée par le romancier. Ce dernier peut, d’ailleurs, être considéré comme le fondateur du genre. Nous donnerons brièvement, dans ce qui suit, quelques caractéristiques littéraires de la saga dicksonienne en commençant par une très brève présentation des personnages récurrents.

Fumeur de pipe et grand admirateur de Dickens, le « Sherlock Holmes américain » est un homme d’action énergique. Comme son homologue anglais, il habite Baker Street, où il occupe avec son élève Tom Wills un confortable « home » dont l’intendance est confiée à une gouvernante nommée Miss Crown - avatar de l’holmésienne Madame Hudson. Harry Dickson est aidé dans ses enquêtes par Tom Wills et par son ami Goodfield, un superintendant de Scotland Yard. Des particuliers, la police, l’armée et même le gouvernement britannique sollicitent les talents du détective, dont la réputation est universellement reconnue.

Á de rares exceptions près, les enquêtes du détective se déroulent en Grande-Bretagne, soit à Londres, soit dans de petites villes de province ou des villages27. La capitale de l’empire britannique - où règne le célèbre « fog » - attire de façon quasi magnétique des délinquants, des criminels ou des membres de sectes de toutes nationalités28. Le romancier peut alors teinter son œuvre d’exotisme, certaines intrigues prenant leur source en Orient, en Afrique, en Amérique latine, etc.

Dans l’œuvre, toutes les couches sociales sont représentées, depuis la fière gentry britannique jusqu’au monde interlope des tramps et des racoleuses nocturnes. De très nombreuses professions également, depuis les grands propriétaires d’entreprises jusqu’aux plus modestes commerçants et artisans, en passant par les artistes, les médecins, les infirmières, les bibliothécaires, les taxidermistes, etc. Un détail mérite cependant d’être mentionné, important en matière de récit policier : le corps des hommes de loi - magistrats, avocats - occupe une très faible place dans les aventures du « Sherlock Holmes américain ».29

Les récits sont rédigés dans un style original, très personnel, lequel n’est pas étranger au succès de la série. Par exemple, Jean Ray emploie dans ses descriptions, des termes rares - comme « scalène », « remugle », « vespéral », « fuligineux », « viornes », « sylve » ou « rudéral » - et divers anglicismes - comme « pier », « wharf », « river », « lift » ou « coaltar ». Compte tenu des conditions d’écriture mentionnées précédemment, « le miracle est que le plus souvent la phrase coule avec splendeur »30.

Une analyse, même succincte, de la mécanique du récit fait émerger plusieurs éléments caractéristiques.

L’aventure dicksonienne emprunte la voie classique de l’enquête policière : le détective, sollicité ou de sa propre initiative, se trouve confronté à un problème qu’il doit résoudre. Mais, au fur et à mesure que l’histoire progresse, une dimension fantastique se développe. Des vampires, des gorgones, des loups-garous, une série de monstres effrayants apparaissent au fil du récit. Des tours chantent, le sous-sol donne accès à des mondes disparus, des automates tuent, des meubles vénérables accueillent des sacrifices humains31. Derrière des décors rassurants, souvent des quartiers londoniens ou des petites ville de province vivant au rythme tranquille du passé et de la tradition, l’enquêteur découvre progressivement un monde cruel de souffrance, de maladie et de mort32. Ces éléments doublent la nouvelle policière d’une histoire d’angoisse, la transformant en un véritable roman d’atmosphère - un genre dont Ray fut l’un des maîtres.

Les ressorts profonds de l’intrigue - et des délits ou des crimes qui lui sont associés - sont très variés : vengeances, blessures morales ou physiques, espionnage, cupidité, ambition, fanatisme religieux, atteintes mentales, crédulité, etc. Ceci conduit Ray à créer une extraordinaire et pittoresque galerie de malfaiteurs, comme la mutine mais impitoyable Georgette Cuvelier, le mystérieux docteur Drum, le « roi de minuit », « Messire l’anguille », « Mysteras », « X4 », « la cigogne bleue » ou « Turckle-le-Noir ». Il faut y ajouter des hordes de criminels et de tueurs fanatiques venus de toutes les parties du monde. Á cette liste s’ajoutent les « monstres » précédemment évoqués.

Certains malfaiteurs dissimulent leur apparence physique réelle grâce à des maquillages sophistiqués ou à des masques souples appliqués sur leur visage. Dans « Le dancing de l’épouvante », un criminel particulièrement doué adopte, par artifice, trois personnalités différents : celles d’un journaliste, d’un gardien de propriété et d’un banquier. Harry Dickson lui-même se grime très souvent, afin de n’être pas reconnu ou pour s’approprier l’identité d’un personnage du récit33.

La « quatrième de couverture » de l’une des rééditions des aventures du « Sherlock Holmes américain » dresse un profil général. de ses adversaires : « qu’ils agissent seuls, ou avec des complices, les assassins que rencontre Harry Dickson sont toujours des êtres exceptionnels : assoiffés de sang, redoutables, monstrueux, véritables créatures du démon égarées dans le monde »34.

Comme Sherlock Holmes, Harry Dickson utilise des méthodes d’investigation policière assez variées, il repère des indices matériels sur le terrain et il exploite - nous y reviendrons - les ressources de la bibliographie et de l’expertise scientifiques. Mais, il est moins attaché à la mécanique implacable du raisonnement logique que son homologue anglais et son tempérament est avant tout celui d’un homme d’action et d’aventures. Dickson peut même, au besoin, se muer en justicier expéditif durant son enquête35.

Dickson maîtrise l’art de poser les bonnes questions, décelant l’anormal et l’inquiétant sous l’anodin36 : pourquoi tel personnage accorde-t-il une importance excessive à un objet banal, par exemple ? Pourquoi un fauteuil possède-t-il des pieds trop petits et un dossier trop haut ? Dans « La maison du grand péril », visitant un logis a priori fort commun, Dickson repère « plusieurs choses effrayantes » dans la cuisine. De même, lorsqu’il s’agit d’êtres humains, une personnalité criminelle peut se dissimuler sous une apparence anodine. Quoi de plus rassurant, par exemple qu’un vieil artisan minutieux, une vieille fille maussade37, un jeune sergent de police débutant ou un maire de village ?38 En l’occurrence, la monstruosité est « interne » - d’ordre psychique et non physique - sans revêtir pour autant une dimension pathologique.

En résumé, Dickson côtoie au cours de ses enquêtes des êtres ou des phénomènes monstrueux, qui semblent mettre en défaut les lois de la nature et de la raison. Il se trouve aussi confronté à des apparences trompeuses, l’anodin ou le masque dissimulant le danger. Dans tous les cas, il lui est indispensable de dépasser les apparences, pour ramener in fine le fantastique à la réalité et démasquer les personnalités criminelles.

Á la fin de l’aventure, les explications fournies au lecteur sont moins détaillées que chez Conan Doyle. Il s’agit là d’un procédé délibérément utilisé par Jean Ray, qui écrit dans « L’île de Monsieur Rocamir » : « Parfois, le grand détective consent à donner quelques explications à ses familiers. Et, comme le lecteur a pu le constater également à plusieurs reprises, ces explications sont rapides et non dépourvues de sècheresse, tant le célèbre vengeur est pressé de courir vers d’autres aventures policières ». Dickson, répétons-le, est un homme d’action : il est donc assez naturel qu’il dévoile davantage qu’il n’explique. L’essentiel, au terme de l’aventure, est que les masques tombent, que les mobiles exacts soient révélés à la lumière de la raison et de la science. Alors, les malfaiteurs et les tortionnaires sont livrés à la justice des hommes. Le détective peut cependant soustraire au châtiment les coupables dont le crime est léger ou excusable. Quant aux victimes, elles sont rétablies dans leurs droits.

Il est capital, par ailleurs, que le fantastique se dissolve : les phénomènes étranges, obéissent en réalité aux lois classiques de la nature et les créatures terrifiantes ne sont que des leurres, des rescapés du passé ou des humains « transformés » - souvent victimes d’épouvantables tortures mutilantes.

Nous emprunterons à une autre « quatrième de couverture » pour fournir une synthèse très concise du récit dicksonien : « Dans le monde où évolue Harry Dickson, le fantastique devient quotidien. Dans les brumes humides de Londres, le détective est opposé à l’obscure face des êtres. Devant lui se dressent des monstruosités venues de la nuit des temps, plus redoutables que jamais. Il lui faudra tout son génie pour arracher les masques, vaincre les fantasmes et sortir grandi de ces combats titanesques »39.

L’exposé des caractéristiques du récit dicksonien nous a conduit plusieurs fois, à faire allusion à la science - expertises, lois naturelles, automates, transformations anatomiques, etc. C’est précisément aux aspects scientifiques de l’univers dicksonien que nous allons à présent nous intéresser.

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