Emmanuel (enthousiaste) : le choléra





télécharger 94.93 Kb.
titreEmmanuel (enthousiaste) : le choléra
page1/4
date de publication22.11.2019
taille94.93 Kb.
typeManuel
l.20-bal.com > loi > Manuel
  1   2   3   4

DEFENDRE LE MOYEN AGE.

LES COMBATS DE REGINE PERNOUD



« La maîtresse : Comment appelait-on les paysans au Moyen Age ? »

La classe : On les appelait les serfs.

La maîtresse : Et qu’est-ce qu’ils faisaient, qu’est-ce qu’ils avaient ?

La classe : y z’avaient des maladies

La maîtresse : quelles maladies, Jérôme ?

Jérôme (grave) : la peste.

La maîtresse : et encore, Emmanuel ?

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra.

Vous savez bien votre histoire, passons à la géographie. »
Cette anecdote, prise sur le vif, racontée par Régine Pernoud, au début de son ouvrage Pour en finir avec le Moyen Age a des accents de vérité. Chacun y reconnaît la vision caricaturale, donnée, la plupart du temps, à l’école ou ailleurs, du Moyen Age. Régine Pernoud s’est donnée pour mission de corriger ces clichés et de les combattre. Son œuvre immense a rencontré un grand succès auprès du public. Aux yeux de beaucoup, ce succès même la déconsidère et fait d’elle une historienne « grand public », capable seulement de « vulgariser » les connaissances transmises par des historiens plus sérieux. Ce jugement pourrait être un hommage rendu à la clarté et à la simplicité de ses analyses, à la vivacité et au charme de ses récits. Régine Pernoud a toujours voulu parler un langage accessible à tous les publics, sans sacrifier la pertinence et l’intérêt de son propos1. Ce que personne ne conteste en tout cas, c’est le regain d’intérêt porté au Moyen Age, grâce à ses ouvrages. D’autres viendront profiter de cet engouement et partager ce succès. Beaucoup d’écrivains, de cinéastes, à leur tour, tâcheront de faire revivre un Moyen Age fantasmé, dans des fictions souvent plus conformes à leurs rêves, à leurs angoisses, qu’à la réalité.

Disons-le franchement, Régine Pernoud est assez mal vue dans le milieu des historiens de l’université. Elle n’est pas totalement ignorée toutefois. Ses ouvrages figurent dans la plupart des bibliothèques universitaires et parfois dans les bibliographies. Cependant, elle est en général tenue à l’écart. Il s’agit d’une prudente réserve, d’un ostracisme tacite plutôt que déclaré. Pourquoi ? Une petite expérience me confirme cette impression. J’ai écrit à plusieurs médiévistes français connus. Je leur ai demandé de me donner librement leur avis sur l’œuvre de Régine Pernoud, en leur expliquant que je préparais cet article. Un seul m’a répondu, plutôt favorablement, expliquant que certains de ses livres constituaient une excellente initiation à l’histoire du Moyen Age et que, dans certaines universités, ses ouvrages étaient conseillés aux étudiants. Ici ou là on en recommandait la lecture. L’universitaire qui m’a répondu a émis aussi certaines critiques sur tel ou tel de ses ouvrages, notant au passage des intuitions fructueuses et originales dans sa vision du Moyen Age. Lors d’un entretien, j’ai recueilli aussi cette critique à son encontre : « C’est une historienne bien pensante », critique lourde de sens et sur laquelle il faudra s’interroger. La plupart de mes demandes sont restées sans réponse. J’y décèle un embarras à expliciter des reproches et un mépris latent. Régine Pernoud occupe une place particulière dans l’historiographie française contemporaine. Elle est connue, elle est combattue, mais elle est rarement citée. Seule Colette Beaune, au début de son ouvrage de référence sur Jeanne d’Arc, lui rend un très bref hommage en saluant ses études vivantes, «  qui ont aidé, à la suite de générations d’historiens à tirer au clair les événements2 ».

Je suppose qu’elle mérite certaines critiques. On peut lui reprocher un manque de rigueur dans les références et l’identification des sources (par exemple dans sa citation des œuvres littéraires), une volonté systématique de défendre le Moyen Age, ce qui peut l’entraîner à un manque d’objectivité et à une idéalisation de quelques faits, un certain psychologisme dans l’interprétation du comportement des personnages historiques (par exemple d’Aliénor d’Aquitaine, au détriment de motivations politiques), des erreurs d’interprétation dans l’évaluation de phénomènes sociaux (dans son tableau de la paysannerie, par exemple).

Nous nous limiterons à présenter l’œuvre de Régine Pernoud, à définir quelques-uns de ses axes de réflexion dans sa tentative de réhabilitation du Moyen Age et nous terminerons en envisageant la nature et l’identité de ses adversaires. Peut-être alors saurons-nous mieux définir quel est l’enjeu de ses luttes et de son travail.
Il nous semble nécessaire de présenter en quelques mots la vie et la carrière de cette historienne atypique. Elle est née à Château-Chinon en 1909. Mais elle a vécu la plus grande partie de son enfance et de sa jeunesse à Marseille. Elle obtient une licence de lettres en 1929. Elle continue ses études à Paris où elle réussit le concours d’entrée à l’école des chartes en 1933. Elle sera aussi élève de l’école du Louvre. Une formation, donc, en marge de l’histoire proprement dite, mais qui lui donne une bonne connaissance de la paléographie et un attachement scrupuleux à l’étude des documents.

« On cesse d’être historien lorsqu’on néglige ou que l’on tronque un document3 », écrit-elle. Un de ses modèles dans la science historique, souvent cité en exemple, était chartiste lui aussi : Jules Quicherat, à qui l’on doit, à la fin du XIXe siècle, l’édition irremplaçable des procès de Jeanne d’Arc, sur laquelle Régine Pernoud travaillera constamment. En 1935, elle soutient une thèse d’histoire médiévale à l’université de Paris Sorbonne : Essai sur l’histoire du port de Marseille, des origines à la fin du XIIIe siècle, sujet qu’elle reprendra avec une étude sur les statuts municipaux de Marseille, édition critique du texte du XIIIe siècle publié en 1949 (Paris-Monaco).

Sa formation littéraire et artistique lui permettra une ouverture remarquable à l’histoire culturelle, littéraire et artistique qui tiendra une grande place dans son projet historiographique.

A sa sortie de l’école des chartes, Régine Pernoud occupera des emplois temporaires qui marqueront sa personnalité. Elle vivra longtemps en donnant des cours particuliers, unique mais importante expérience pédagogique. En 1947 elle devient conservateur du musée de Reims, puis, en 1949 de celui de l’histoire de France, avant le musée des archives nationales. Au contact des documents, sa vocation d’historienne médiéviste s’affirme. Elle ne quittera les archives nationales qu’à la demande d’André Malraux, alors ministre de la culture, qui lui confie la direction du « centre Jeanne d’Arc » à Orléans. Signalons deux distinctions qui viennent couronner sa carrière et son travail : le Grand Prix de la ville de Paris en 1978 et le prix de l’Académie française en 1997, peu avant son décès en 1998.

La liste de ses œuvres est immense. Faute de pouvoir citer cette bibliographie in extenso, nous nous contenterons de quelques œuvres majeures de sa production, en notant l’importance des biographies, genre historique qu’elle a réhabilité.
Lumière du Moyen Age, Grasset, 1945

Les grandes époques de l’art en Occident, 1953

Jeanne d’Arc 1959

Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, 1962

Jeanne d’Arc, en collaboration avec Marie-Véronique Clin, 1986

J’ai nom Jehanne La Pucelle, Gallimard, 1994

Aliénor d’Aquitaine, 1966

Héloïse et Abélard, 1970

La reine Blanche, 1972

Christine de Pizan, 1982

Hildegarde de Bingen, conscience inspirée du XIIe siècle, 1994

La femme au temps des cathédrales, 1980

La femme au temps des croisades, 1990

Le Moyen Age pourquoi faire ? avec Jean Gimpel et Raymond Delatouche, 1986

Histoire de la bourgeoisie en France, 1960-1962 rééd. 1977

Histoire du Peuple français, des origines au Moyen Age, 1961, 1988

Pour en finir avec le Moyen Age, 1977

Richard Cœur de Lion, 1978

Saint Louis, 1989

Martin de Tours, 1996

Sources de l’art roman, 1980, avec Madeleine Pernoud

Le Tour de France médiéval, 1983

La Vierge et les saints au Moyen Age, sous sa direction
Ajoutons pour conclure ce qui n’est qu’un échantillon de son œuvre, un ouvrage pour la jeunesse Le Moyen Age raconté à mes neveux, 1983, et une autobiographie Villa Paradis, souvenirs, 1992.

Aussi succincte et incomplète soit-elle, cette liste permet de percevoir quelques axes de son intérêt et de ses recherches.

Commençons par le plus évident : Jeanne d’Arc. Ce personnage historique, totalement atypique, si souvent mythifié, exploité à des fins idéologiques et partisanes est, sans doute, le mieux connu de l’histoire médiévale. Les documents sont considérables, notamment le texte des deux procès qui fourmillent de témoignages directs et des propos des protagonistes. Ce trésor méritait d’être exploité. Régine Pernoud n’est certes pas la première à s’y intéresser, mais ses travaux, bientôt fédérés par le centre Jeanne d’Arc, qu’elle a créé à Orléans, constituent, dans l’historiographie moderne, la première tentative de cerner cette personnalité complexe. L’étude de ce que nous appelons la condition de la femme a été, également, sa préoccupation, en ce qui concerne le Moyen Age, comme l’indiquent ses nombreux ouvrages sur des grandes figures féminines médiévales (Jeanne d’Arc en faisant partie), mais aussi, sur les femmes anonymes, de toutes les classes sociales. La vie quotidienne est plus souvent étudiée que les grands événements historiques, ce qui l’amène à prendre en compte l’histoire des techniques, des comportements, des idées. La culture, artistique, religieuse, littéraire n’est pas oubliée dans ce qu’elle peut avoir de déterminant pour la vie quotidienne des populations.

Le premier droit de l’homme est le droit de vivre. Longtemps ce droit ne fut pas également accordé également à l’homme et à la femme. Régine Pernoud attribue au christianisme le respect de la vie de l’enfant. Elle cite saint Paul. : « Il n’y a ni juif, ni grec, il n’y a ni esclave, ni homme libre, il n’y a ni homme, ni femme, car nous ne faisons qu’un dans le Christ Jésus » (Galates, 3, 28)4.

L’antiquité considère l’infanticide comme normal. Hippocrate se demande « quels enfants il convient d’élever ». Le père de famille romain a le droit de vie ou de mort sur ses enfants. En général, si l’on conserve volontiers les garçons, on élimine facilement les filles et il est fréquent qu’on ne garde que la fille aînée. « Ce n’est que vers l’an 390, à la fin du IVe siècle, que la loi civile retire au père de famille le droit de vie et de mort sur ses enfants. Avec la diffusion de l’Evangile, disparaissait la première et la plus décisive des discriminations entre les sexes : le droit de vivre accordé aussi bien aux filles et aux garçons5 ».  Pour le droit romain : « la femme, pas plus que l’esclave, n’existe à proprement parler6 ». Une notion nouvelle apparaît avec le christianisme : la notion de personne. Alors que ce terme de persona en latin ne désignait que le masque du personnage, c’est désormais le terme qui marque le caractère sacré de chaque individu. : « Désormais, non seulement la femme, mais encore l’esclave et l’enfant sont des personnes 7». Rien d’étonnant, dès lors, que les femmes soient partout liées au développement de l’évangélisation et de la foi chrétienne. En cette antiquité tardive et en ce haut Moyen Age, les femmes s’illustrent dans l’histoire de l’Europe. Régine Pernoud cite Geneviève, Clotilde, Olga, princesse de Kiev ou Hedwige de Pologne. On est loin du mythe, colporté par des ministres jusqu’à l’Assemblée nationale, selon lequel, au Moyen Age, on se demandait si la femme avait une âme. L’effacement du droit romain est selon elle une des principales raisons de la promotion de la femme dans la société médiévale.

Une partie de son ouvrage  La femme au temps des cathédrales consiste à évoquer des femmes remarquables qui ont joué un rôle politique, religieux, littéraire, au Moyen Age. Contentons-nous de citer Dhuoda, auteur du premier traité d’éducation à l’usage de ses fils, Hildegarde de Bingen, sainte et savante, Christine de Pizan, la première femme de lettres à vivre de sa plume, écrivaine engagée dans la défense de la cause des femmes, Catherine de Sienne, mystique qui joua un rôle déterminant dans le retour du pape à Rome. Autant de témoins qui illustrent le rôle des femmes dans la vie culturelle. Ces femmes peuvent passer pour des exceptions. Régine Pernoud montre que la situation des femmes en général a connu une période faste, bien plus favorable que celle des siècles précédents et futurs.

Un sacrement que l’Eglise a défini peu à peu, en s’inspirant des textes de la Bible, va jouer un rôle fondamental dans la libération et la protection du statut de la femme. Il s’agit du mariage. En insistant sur la nécessité du consentement mutuel des époux, sur le caractère indissoluble de l’union monogame, en interdisant les mariages consanguins (l’inceste a une acception plus large qu’aujourd’hui), en supprimant la nécessité du consentement des parents, l’Eglise faisait du mariage une structure rigoureuse où la femme trouvait une garantie de liberté. Cela contre des traditions qui faisaient de la femme un objet d’échange ou des hérésies qui condamnaient le mariage en même temps que la procréation (le catharisme).

On ne saurait accuser, en l’occurrence l’Eglise de cléricalisme, car il est clair, selon les théologiens, que ce n’est pas le prêtre qui donne le sacrement, mais les époux eux-mêmes :

« Dès le VIIIe siècle, l’Eglise a écarté le consentement des parents, jusqu’alors considéré comme nécessaire pour la validité du mariage (entendons des parents père et mère, car nous l’avons vu, les prescriptions sur l’inceste qui tendent à écarter l’influence du groupe familial sont bien antérieurs). L’autorisation du père et de la mère ne paraît plus indispensable aux yeux de l’Eglise et cela de moins en moins, à mesure que se dégage la valeur sacramentelle du mariage. Ce sont l’époux et l’épouse qui sont les ministres du sacrement, le prêtre lui-même n’étant là que comme témoin. L’évolution est nette au cours du temps : à mesure qu’il est mieux dégagé, le sens du sacrement qui fait des époux eux-mêmes les ministres du mariage, ou insiste sur l’importance de leur consentement réciproque, aux dépens de l’approbation des père et mère, de la famille, même aux dépens du prêtre et atteste le caractère sacré de l’union conjugale8. »

L’aristocratie, où la pratique des unions imposées est très avantageuse pour d’évidentes raisons, opposera une longue résistance à cette conception de l’union matrimoniale. Au nom de la nécessité du libre choix des époux, l’Eglise multipliera les cas de nullité des unions9. L’idéologie courtoise témoigne de cette résistance en présentant une image souvent négative du mariage. En tout cas, en contradiction avec les exigences d’une passion amoureuse valorisée dans l’adultère10.

Régine Pernoud, comme tous les historiens, reconnaît néanmoins la place très élevée accordée à la femme dans l’idéologie courtoise, place au demeurant excessive puisqu’elle devient la dame (la domina) inversant à son profit la soumission envers l’autre. On aurait tendance à y opposer la position équilibrée de Vincent de Beauvais, reprenant Isidore de Séville et Hugues de Saint Victor, disant : « de la position de la femme par rapport à l’homme nec domina, nec ancilla, sed socia : ni maîtresse, ni servante, mais compagne11. »

Régine Pernoud a consacré de nombreux ouvrages, une dizaine environ, à sa figure de prédilection, la femme la plus illustre du Moyen Age, Jeanne d’Arc. Nous en avons lu quatre :
  1   2   3   4

similaire:

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconTextes d’Étude • Pierre Emmanuel, Jean Cayrol
Pierre Emmanuel et Paul Éluard) ou les éditions Seghers (Jean Cayrol). Le poème de Marianne Cohn, qui fut retrouvé après sa mort...

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconEmmanuel Cognée

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconEmmanuel Dadoun

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconEmmanuel Robin

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconEmmanuel Kant

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconEmmanuel Dupraz

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconEmmanuel Debuire Baratz

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconCours argumentatif Emmanuel robles montserrat

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconFiche auteur emmanuel jussiaux 06 50 78 61 92 – 1 Eléments de biographie

Emmanuel (enthousiaste) : le choléra iconLa Fidélité Appelés Enfants de Dieu Chants de L’Emmanuel





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com