Exposé de criminologie le 20 mai 2005





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Exposé de CRIMINOLOGIE le 20 mai 2005 :

Panorama des Etats qui prohibent les châtiments corporels : causes, méthodes, résultats.
Exergue :
« L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation. Il n’est que ce que l’éducation fait de lui. Il faut bien remarquer que l’homme n’est éduqué que par des hommes et par des hommes qui ont également été éduqués ». E. KANT, Réflexions sur l’éducation (recueils de cours sur l’éducation à l’Université de Konigsberg - 1776-1787).

Introduction :
Exposer un panorama des « Etats qui prohibent les châtiments corporels » pourrait se suffire d’une présentation statique. En bons positivistes que nous sommes l’énumération des lois sont suffisantes. De plus, il y a fort à parier (et à espérer) que l’ensemble de l’auditoire de la communication suivante est déjà tout acquis à l’idée qu’aucunes formes de violences contre autrui (et contre soi même) soit l’expression d’une vie humaine idéalement recherchée tant individuellement que collectivement.
Néanmoins, pour l’étudiant qui se penche sur la question de la logique de la violence sur le corps, il n’est pas possible de faire l’économie d’une recherche sur la notion précise du châtiment corporel. Ce dernier étant, certainement, le plus ancien mode de contrôle social pour assurer tout autant la transmission des valeurs considérées comme bienfaitrices (pour un lieu et une époque donnés) à l’individu (dans la relation primitive de la famille, la tribu, le clan) et du groupe politisé (dans la reconnaissance et la transmission d’un droit de punir au Seigneur, au Roi, à l’Etat, (…) car va-t-on produire d’autres modes de relations collectives à l’avenir ?).
Dès lors, que le châtiment corporel [et je suis obligé ici d’éluder et donc de simplement souligner la dimension symbolique du rapport au corps dont la scarification ritualisé est aussi un moyen d’exercer un contrôle communautaire] aura été dans toutes les sociétés, durant des millénaires, un moyen reconnu de puissance privé (pour ne pas dire paternelle) et d’utilité publique (vous excuserez ici l’analyse anachronique) pour imposer une autorité souveraine, une discipline du comportement et punir la déviance, il est impératif d’admettre que la perspective d’une abolition de la violence (dans l’éducation avant tout en espérant que cela porte des fruits sur l’avenir : ce que les études déjà tendent à montrer) est une idée extrêmement neuve et fragile. Prétendre se raccrocher à la simple évidence que la violence est un mal et ne peut être la source d’une éducation bonne, c’est fragiliser la lente transformation socio-anthropologique dans laquelle s’engage nos sociétés qui s’appuient sur les droits de l’homme (et de l’enfant plus récemment) pour construire un monde moins violent. Moins violent dans le traitement du crime par l’Etat (abolition des peines afflictives et infamantes fin XVIII° même si on s’interroge sur la réalité de la prison comme espace de traitements inhumains et pas seulement de privation de liberté) mais aussi dans le droit de la sanction des règles de vie en société (de la sphère publique ou privée).
Car, le défi n’est évidemment pas de souscrire à l’abolition des châtiments corporels ; encore que la difficulté de savoir s’il existe des limites pour leur qualification n’est pas dénué de fondements : couper le poing du voleur ? une fessée publique ? une gifle ? une mise à l’écart dans le fond de la classe ? dans la chambre ? une privation de dessert (qui punit le corps dans la frustration d’un plaisir espéré) ? Mais alors, ce n’est plus seulement le corps matériel, c’est aussi le corps psychique : la menace d’un coup futur ? la menace de la privation de dessert ? une vocifération agressive ? une injure ? une humiliation ? une ignorance ? une indifférence ? … etc. Dans l’art de faire violence l’homme ne connaît pas beaucoup de limite vous le savez autant que moi. Le défi est de participer à chaque étage de la société à la mise en œuvre, l’évaluation, l’analyse, la prospective des règles de vie en commun et de l’accompagnement de leurs effectivités pour avancer vers l’objectif suscité. Ne nous leurrons pas nous en sommes qu’aux prémices d’une mutation qui s’engage notamment à travers la mise en place du droit international depuis 1945 et des avancées de toutes les sciences humaines et dures qui bouleversent quelques peu notre vision du monde. Vision du monde que trop souvent l’humain démontre qu’il a une propension à la certitude de l’explication.

Au-delà de ces considérations générales, il est proposé ici des pistes de réflexions pour aborder la définition du châtiment corporel (I) puis exposer de façon plus didactique le panorama des Etats engagés dans l’abolition des châtiments corporels (II).

I / Le châtiment corporel approche d’une définition et mise en perspective

II / Etats et prohibition des châtiments corporels

I / Châtiment corporel : approche d’une définition et mise en perspective
En discutant la définition du châtiment corporel et en mettant en évidence qu’il s’agit bien, avant tout, d’un rapport de pouvoir entre les êtres (A) il est permis de survoler l’imbrication historique du corps social qui va se constituer paradoxalement en reconnaissant, peu à peu, à l’individu un droit de ne plus souffrir dans sa chair et dans sa psyché (B).
A / Définition et étymologie : l’éternelle recherche de la pureté
Source dictionnaire Petit Robert 1 (1986) :

Châtiment : verbe Châtier (du latin castigare de castus « pur » ; Cf. Chaste) : Peine sévère infligée à celui que l’on veut corriger ; Voir : Punition, expiation, pénitence ; Châtiment corporel voir : Correction, coup, supplice. Antonyme : Récompense.
Tout est dit ou presque dans cette définition du langage commun : le châtiment est l’archétype de la vision dualiste du monde. Le bien/ le mal ; la vertu/ le vice ; l’eau/ le feu ; le paradis/ l’enfer.

« Le Seigneur sonde le juste comme l’impie, mais celui qui aime l’injustice, lui répugne. Sur les impies, il fera pleuvoir le feu et le souffre ; un souffle brûlant sera leur partage ». Extrait de la Bible, Psaumes 10 Confiance en la justice divine. (sans commentaires).
Dans la Bible le châtiment renvoi directement à la colère de Dieu. Ne pas se soumettre à la Justice divine c’est en toute logique s’exposer à la peine expiatoire. Car les justes sont reconnus et protégés. Notre civilisation européenne en matière de châtiment (pour éduquer les enfants ou pour éduquer les peuples et la confusion est encore d’actualité) se rattachera pour longtemps à cette révélation. Le corps étant le lieu de toutes les corruptions terrestres (entendez les désirs) il devra souffrir pour expurger les pêchés qui empêchent l’homme de s’élever vers Dieu (figure du père symbole de loi…).

Autres exemples dans la Bible :

Les Proverbes, traditionnellement attribués au roi Salomon, mais qui s'échelonneraient en fait entre le Xe et le Ve siècle av. J.-C., considèrent non pas seulement comme utiles mais comme indispensables les châtiments corporels :

- « Celui qui ménage les verges hait son fils ! Mais celui qui l'aime le corrige de bonne heure. » (13, 23)

- « Tant qu'il y a de l'espoir châtie ton fils ! Mais ne va pas jusqu'à le faire mourir. » (19, 18)

- « La folie est ancrée au cœur de l'enfant, le fouet bien appliqué l'en délivre. » (22, 15)

C’est très intéressant de noter que le fouet (ou le martinet) est l’instrument chargé de symbole permettant d’écarter (sur autrui ou sur soi même) les mauvais esprits [renvoi est fait au dictionnaire des symboles].

L'Ecclésiastique, enfin, livre plus récent, qui date du début du IIe siècle avant J.-C., n'est pas plus tendre que les Proverbes :

- « Fais lui courber l'échine pendant sa jeunesse, meurtris-lui les côtes tant qu'il est enfant, de crainte que, révolté, il ne te désobéisse et que tu n'en éprouves de la peine. » (30, 12)
RENVOI A L’ARTICLE SUR DANTE !!!
Pour autant est-il possible d’entrevoir dans la volonté des Etats d’abandonner tout châtiment corporel l’expression d’un pluralisme ? (…). Je laisse cette question à votre sagacité.
Source : www.ledroitcriminel.free.fr (Jean-paul DOUCET) :

Chatiment. -  Le châtiment est une sanction, prononcée contre l’auteur d’une infraction grave, qui tend à lui faire expier sa faute en lui rendant le sens de ses devoirs envers la divinité, envers la société et envers autrui. Ses racines plongent aux anciens temps de la vie en société, où le criminel devait se purifier avant de pouvoir reprendre sa place dans son groupe social.
Dans cette définition on peut s’interroger : qu’est-ce qu’une infraction grave ? le critère de gravité est-il toujours valable pour classifier des infractions, des déviances réelles ou supposées ? Mais il est intéressant de souligner l’importance de la volonté de remettre dans le droit chemin l’auteur de l’acte considéré hors norme.
En tout état de cause, le châtiment est donc une peine, une sanction qui a pour objet de punir le déviant, le contrevenant, le délinquant, le criminel, l’insurgé, le révolté, le rebelle, l’insoumis, l’indiscipliné,… toutes ces figures d’être en opposition ou en transgression des règles qu’une Autorité (mandatée, imposée, reconnue, choisie, élue) va réaffirmer par le pouvoir de la sentence pour garantir la stabilité du groupe social. Le châtiment corporel se distingue donc de la vengeance privée et suppose l’intervention de la société pour produire la référence et les limites à ne pas dépasser. Ce qui est complexe pour notre époque, car la pluralité des sources de ce qui peut faire autorité s’entrecroisent (de la pyramide au réseau ? renvoi de lecture François OST et Michel VAN DE KERCHOVE) ; et l’étau se resserre autour de la famille nucléaire premier lieu de l’expérience du lien social.
Si l’on se penche sur l’étymologie du châtiment et de la vengeance, il est intéressant de comprendre le lien indéfectible qui existe entre la dimension quasi tutélaire du châtiment et l’ordre social que l’on souhaite imposé. Si la vengeance comme le châtiment a un contenu de souffrance corporelle et psychique, elle ne concerne que deux parties.
Les grecs anciens ne s’y étaient pas trompés et nous avons vécu pratiquement jusqu’au XIX°s sur la distinction suivante entre « kolasis » et « timôria ».

Ainsi le mot kolasis qui signifiait « émonder », « empêcher les arbres de croître » va désigner de façon technique une « punition à fin préventive » pour éviter que l’homme se laisse dominer par ses désirs incontrôlés ; dans la logique grecque celui qui est dans cet état d’immoralité se dit « a-kolastos »  « celui qui n’a pas subi de punition » ; l’akolastos ne se serait jamais dégradé si en temps utile il avait été corrigé… cqfd.

Dans le mot « timôria », on retrouve « ôra » qui signifie « soin », « souci » et « timè » qui désigne « la valeur d’existence reconnue ou attribuée à un homme par la société ». Le sens de « timôria » est donc « le soin qu’un homme apporte à sa « timè ». La violation de la « timè » d’autrui est ressentie comme un crime et le ressentiment appelle un apaisement par la réaction punitive immédiate : la vengeance.
Aristote écrit (dans la Rhétorique) : « La vengeance (timôria) diffère du châtiment (kolasis) car le second se fait au profit de celui qui subit [la peine] alors que la première se fait au profit de celui qui inflige [la peine] ».

Mais, dans la vengeance, reste toujours un trouble émotionnel d’avoir été victime, la réparation dans ce cadre est insuffisante. Le châtiment lui s’occupant de redresser le criminel est juste ; et la victime est reconnue par le corps social (l’avènement de la victime dans notre processus pénal aujourd’hui montre déjà la mutation de nos représentations en matière de Justice [la victime s’autonomise finalement] - est-ce un retour de la vengeance privée ? je ne pense pas ; l’exigence des victimes d’inspirer un « plus jamais ça » (dans le sens que le procès serve de prévention) dans la conscience collective me paraît plus certaine [ce qui ne sera pas sans passer par quelques excès comme l’humanité en a l’habitude]).

Platon va plus loin (dans Protagoras) et expose : « Personne ne punit les coupables pour la seule raison qu’ils ont commis un délit, à moins de s’abandonner comme une bête féroce à une vengeance dénuée de raison. Celui qui s’efforce de punir intelligemment n’inflige pas la peine à cause du délit passé - n’ayant pas le pouvoir de revenir sur ce qui a été accompli - mais en vue de l’avenir, afin que ni le coupable ni les témoins de sa punition ne commettent à nouveau un délit[…]. Il inflige donc la peine dans un but préventif ».
Dans la société antique plus qu’un droit de punir c’est de devoir de punir qu’il faut parler, un devoir qui s’impose par la condition humaine et la vie en société. On précisera que dans Les Lois Platon précise que la correction n’est pas suffisante. La finalité de la peine est pour lui l’amendement du coupable ; les témoins de la punition devront être découragés de détester l’injustice. Et on doit souligner que le criminel jugé incurable devra être mis à mort. Une mise à mort qui sera conservée comme peine ultime après le passage des Lumières (certes exécutée sans tortures mais dans le fond elle est le châtiment corporel par excellence…).
B / Du corps historiquement châtié à la révolution anthropologique ?
Il est impossible de parler de châtiment corporel sans faire référence à la société moyenâgeuse. On n’insistera pas sur la dimension religieuse de l’époque bien qu’elle va renforcer (dans sa théologie de l’âme pure distincte du corps soumis aux humeurs) la pratique du châtiment corporel comme terrain de l’expiation (nous l’avons déjà dit). Il faut penser le « droit de punir » en abordant l’histoire du « corps violenté par la loi » (qualification juridique du châtiment corporel ?). Qui sera la norme punitive de toutes les sociétés européennes jusqu’au XVIII° s. Et qui est aujourd’hui encore la norme punitive de nombreux Etats (l’Iran et l’Arabie Saoudite qui pratiquent la lapidation des femmes adultères, amputent les membres des voleurs, la Chine qui enferme tout réfractaire politique et permet la torture des personnes en détention administrative, les Etats-Unis qui détiennent arbitrairement et torture sous contrôle médical, … la liste est trop longue et en réalité suivant le critère engagé tout Etat est finalement concerné…renvoi est fait au rapport annuel d’Amnesty international).
Il faut souligner comment la construction de l’Etat moderne au XVI° s va trouver dans la mise en scène de la justice expiatoire du supplice public qui flétrit le corps du condamné le moyen d’affirmer sa souveraineté politique et donc territoriale. La vengeance privée comme justice compensatoire liée à la loi du Talion ne sera plus de mise. Le pouvoir central dans le cadre de ses frontières commence alors à se structurer comme un véritable corps social. Un corps constitué (la Nation en devenir) que l’on va éduquer par la terreur du supplice dont l’objet est d’agir véritablement comme une thérapie sociale. Il s’agit toujours de trouver le moyen de contenir le peuple hors du champ du crime (qui plus est si ce crime dérange fortement le pouvoir en place). Le droit de punir repose alors sur trois piliers : la vengeance publique, l’expiation (réparer le mal du forfait par le mal du supplice) et la « déterrition » du délit par l’exemplarité du châtiment atroce.

Le corps du supplicié est déshumanisé au sens chrétien de l’époque (comme toute prédiction universelle la condition d’humanité est rattaché à l’appartenance à la communauté qui se pense visionnaire - dans ce cadre la France n’est pas le pays le moins prétentieux) et sera donc privé d’inhumation (pas d’accès à la résurrection). Le cadavre est souvent découpé en morceaux, dispersé aux quatre coins de la ville, brûlé. En Angleterre jusqu’en 1832, le cadavre du supplicié subit la peine infamante posthume : la « leçon d’anatomie »…
N’oublions pas que l’on commence seulement à ouvrir les corps humains (de façon anatomique, par curiosité et esprit scientifique) qu’au cours du XVIII° s. Et il n’est pas un raccourci historique de faire le parallèle entre l’exploration de la machine humaine et le développement des idées matérialistes des philosophes des Lumières qui vont rejeter la norme du corps châtié pour la remplacer par la norme du corps incarcéré (mot rare jusqu’au XVIII° s du latin « in » (dans) et « carcer » (prison) - la philosophie des Lumières a permis le développement de l’idée d’incarnation (ou « réincarnation ») de l’humanité ; le rapport au corps va fondamentalement être bouleversé). Soit dit en passant l’idée n’est pas vraiment nouvelle et on ne fait ici que reprendre la pénitence par l’isolement en cellule individuelle (en théorie) qui n’est autre que le modèle de la vie monacale. On ne pourra évidemment faire fi des idées humanistes avancées et des réalisations législatives pour adapter le droit de punir et bannir la violence légale sur le corps (relire Beccaria, Locke, Rousseau Montesquieu, etc.).

La sphère religieuse peu à peu séparé de la sphère politique aura permis un répit de courte durée. L’individu est consacré (si l’on peut dire) mais au profit de la Nation exacerbée qui va réitérer quelques dérives.
Car nous le savons, les XIX° et XX° siècles ne seront pas les moins violents de l’histoire de l’humanité. L’institutionnalisation de la violence carcérale, militaire, disciplinaire, concentrationnaire, pathologique, thérapeutique doublée par le scientisme propre à glorifier l’eugénisme va marquer durablement le corps social dont nous sommes quelques représentants.

Des représentants qui ont le luxe de pouvoir penser librement l’abolition des châtiments corporels en s’appuyant sur les principes universels des droits de l’homme chèrement payés par nos anciens.

Quelques questions peuvent guider notre réflexion :

- Qui punit ? Ce qui pose le problème de la légitimité du juge.
- Qui punit-on ? Ce qui pose le problème de la position du crime dans la société.
- Que punit-on ? L'acte ou le criminel ? Ce qui pose le problème de la responsabilité du criminel dans l'acte. L'acte est-il un tort commis ou une infraction à une règle ? Ce qui pose le problème de la connaissance ou de la reconnaissance des règles et de leur relativité.
- Comment punit-on ? Ce qui pose le problème des moyens de la peine qui influent souvent sur ses modalités.
- Pourquoi punit-on ? Ce qui pose le problème des intentions de celui qui punit. Si la punition excède la réparation, la peine a une valeur religieuse expiatoire ou  une valeur démonstrative qui instrumentalise un cas personnel en cherchant à réaffirmer une norme de portée générale.
Sur la question d’une révolution anthropologique en cours dans nos sociétés, je laisse à chacune et chacun le soin de s’engager dans le débat. Nous pouvons néanmoins constater que l’évolution récente de certains pays à s’engager par voie (ou voix car la fonction du langage n’est pas anodine) législative dans l’abolition des châtiments corporels ouvrent des perspectives nouvelles sur les fondements même du Droit. Nous ne pouvons cependant raisonnablement réfléchir l’évolution du traitement pénal du corps dans l’espace social sans considérer en parallèle les connaissances récentes dans le fonctionnement du corps matière (biologie, procréation, neuro-sciences …) et la recherche de sa maîtrise en propre et dans l’espace collectif (soit une recherche d’harmonie politique qui n’est sans rappeler les questionnements des sages annciens…).
Dans la volonté de considérer « tous les membres de la famille humaine » s’est développé certainement l’idée que toute personne en présence d’une autre doit intégrer et reconnaître la « timè » (qui n’est autre que la dignité humaine). Plus précisément dans le cadre de l’abolition des châtiments corporels la prospective est de favoriser l’éducation non violente des enfants pour s’assurer qu’ils deviennent autonomes. L’autonomie étant le seul moyen d’échapper au joug collectif qui saura nous contraindre à respecter y compris par la peine (parfois violente) la norme partagée… Mais la question demeure : comment transmettre collectivement et individuellement l’autonomie sans châtier ou récompenser ? C’est le fond de la question sur les châtiments corporels tolérés par la plupart des Etats qui pour autant considère comme des agressions punissables ces mêmes violences exercées contre un être autonomisé (qu’est l’adulte légalement…). C’est ainsi qu’aujourd’hui, les enfants sont les victimes principales des châtiments corporels.

II / Etats et prohibition des châtiments corporels
Dans cette deuxième partie nous exposerons de façon plus synthétique d’une part les causes et les conséquences de la violence exprimé par des châtiments corporels (A) et d’autre part une présentation des Etats qui ont fait le choix de prohiber ces pratiques (B).
A / Spécificité des châtiments corporels
Les châtiments corporels constituent une question complexe, tant sur le plan législatif que dans leur application envers les enfants. Dans de nombreux pays, la loi autorise les châtiments corporels des enfants, à l’école comme à la maison. Cette attitude est essentiellement motivée par la conviction qu'il est acceptable de châtier les enfants " avec discernement ". Dans un grand nombre d’États, le châtiment corporel des enfants est d’ailleurs la seule forme de violence entre individus avalisée par la loi, alors que la moindre agression commise contre un adulte y est fermement sanctionnée.

Les châtiments corporels judiciaires constituent une forme de torture ou de peine cruelle, inhumaine ou dégradante. Ils sont par conséquent interdits par la législation internationale.. Les châtiments corporels sont expressément interdits par l’Ensemble de règles de l’ONU sur la protection des mineurs privés de liberté (règle 67), et, de manière moins explicite, par la Convention relative aux droits de l’enfant et par les Règles de Riyad. Dans une résolution adoptée en avril 2000, la Commission des droits de l’homme des Nations unies estime que " les châtiments corporels, infligés aux enfants notamment, peuvent être assimilés à des peines cruelles, inhumaines ou dégradantes, voire à la torture ". Dans certains pays, notamment au Nigéria, en Arabie saoudite et à Singapour, un enfant reconnu coupable de certaines infractions est passible de la flagellation ou de la bastonnade. L’endroit où les châtiments corporels sont les plus courants, hormis le cadre familial, reste cependant l’école.

Le rapporteur spécial sur la torture a déclaré que l’usage des châtiments corporels était contraire à l’interdiction de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Dans un récent rapport consacré au Kenya, il demandait l’abrogation des châtiments corporels dans les établissements scolaires, et recommandait que " des poursuites soient rapidement engagées pour coups et blessures ou pour voies de fait ", à l'encontre du personnel scolaire ayant infligé à des élèves des violences à l’origine de " coupures et hématomes, traumatismes psychologiques, voire blessures graves, telles que fractures, hémorragies internes, dents cassées… ".

Bien que les châtiments corporels dans les établissements scolaires puissent parfois ne pas constituer une forme de torture ou de traitement cruel, inhumain ou dégradant, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU considère sans ambiguïté que ces châtiments sont " incompatibles " avec la Convention relative aux droits de l’enfant. Ce Comité invite régulièrement les États à interdire les châtiments corporels, non seulement à l’école et dans les autres institutions, mais également au sein de la famille et de la société en général. Bien que la Convention relative aux droits de l’enfant n’interdise pas expressément les châtiments corporels, elle enjoint aux États de protéger les enfants de la violence physique ou psychologique sous toutes ses formes et de veiller à ce que " la discipline scolaire soit appliquée d’une manière compatible avec la dignité de l’enfant en tant qu’être humain et conformément à la présente convention " (articles 19 et 28).

Le Comité recommande l’extension à la sphère familiale de l’interdiction des châtiments corporels. Nombreux sont les États qui autorisent les châtiments corporels ou les " corrections administrées avec discernement " au sein de la famille, pratique que condamne le Comité, constatant notamment : «  S'agissant des châtiments corporels, peu de pays ont des lois claires sur la question. Certains États parties ont essayé de faire la distinction entre le fait de corriger un enfant et la violence excessive. Dans la réalité, la ligne de démarcation entre les deux est artificielle. Il est très facile de passer d'un stade à l'autre. C'est aussi une question de principe. S'il est interdit de battre un adulte, pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'enfant ? »
L’Organisation Mondiale de la Santé
dénonce la violence éducative
comme source de la violence des adultes
Rapport mondial
sur la violence et la santé

Genève novembre 2002

(ExtraitInternet:http://www5.who.int/violence_injury_prevention/download.cfm?=0000000591

Causes de la violence
Influences familiales
Le comportement des parents et le milieu familial jouent un rôle essentiel dans le développement d’un comportement violent chez les jeunes...
des châtiments corporels sévères pour punir des enfants sont des prédicteurs importants de la violence pendant l’adolescence et les premières années de l’âge adulte...
une agressivité parentale et une discipline sévère à l’âge de 10 ans font nettement augmenter le risque de condamnations ultérieures pour violence et ce, jusqu’à l’âge de 45 ans...

des châtiments corporels sévères infligés par des parents à l’âge de 8 ans laissent prévoir non seulement des arrestations pour violence jusqu’à l’âge de 30 ans, mais également - pour les garçons - la sévérité des châtiments qu’ils infligent à leurs propres enfants et la violence qu’ils feraient subir à leur épouse... (page 36).
Les châtiments corporels
sont dangereux pour les enfants. A court terme, ils tuent des milliers d’enfants par an
. Beaucoup d’enfants encore sont blessés et nombreux sont ceux qui en gardent des handicaps. A plus long terme, un grand nombre d’études montrent que cette pratique est un facteur important dans le développement de comportements violents et qu’elle est associée à d’autres problèmes pendant l’enfance et plus tard dans la vie... (page 71).

Conséquences de la violence
Sur la santé de l’enfant
Alcoolisme et toxicomanie, déficience intellectuelle, délinquance, violence et prises de risques, dépression et angoisse, retards de développement, troubles de l’alimentation et du sommeil, sentiment de honte et de culpabilité, hyperactivité, mauvaises relations, mauvais résultats scolaires, piètre estime de soi, trouble de stress post-traumatique, troubles psychosomatiques, comportements suicidaires et automutilation.
A plus long terme
Cancer, affection pulmonaire chronique, syndrome du colon irritable, cardiopathie ischémique (par insuffisance de circulation sanguine) , maladie du foie...
Fardeau financier
- dépenses liées à l’arrestation et aux poursuites judiciaires engagées contre les délinquants
- coûts pour les organismes sociaux qui examinent les cas de maltraitance qui leur sont signalés et qui protègent les jeunes victimes
- coûts associés aux foyers d’accueil
- coûts pour le système éducatif
- coûts pour le secteur de l’emploi dus à l’absentéisme et à une faible productivité.
Profil des gangs
Entre autres facteurs... qui encouragent les jeunes à rejoindre des gangs figurent... des châtiments corporels sévères ou une victimisation à la maison... (page 37). Ici la recherche d’un groupe puissant dans lequel on va retrouver une place reconnue et stable (hiérarchisée) est évidente.

Prévention de la violence
Formation au rôle de parent
Il ressort de plusieurs évaluations que la formation au rôle de parent donne de bons résultats et quelle contribue durablement à la réduction des comportements antisociaux...
Il ressort d’une étude sur la rentabilité d’interventions précoces destinées à prévenir des crimes et délits graves en Californie... que la formation des parents d’enfants qui manifestent un comportement agressif prévient environ 157 crimes et délits graves par million de dollars américains dépensés... les auteurs estimaient que la formation au rôle de parent était trois fois plus rentable que la loi dite des “trois fautes” appliquée en Californie et aux termes de laquelle les récidivistes sont sévèrement punis... (page 47).
on estime de plus en plus qu’il peut être bénéfique de former tous les parents et les futurs parents... (page 78).
Visites à domicile
Il est avéré que les programmes de visites à domicile contribuent durablement à la réduction de la violence et de la délinquance. Plus tôt et plus longtemps ils sont offerts dans la vie de l’enfant et plus leurs effets positifs semblent importants... (page 46).
Ce type d’intervention est considéré comme étant un des plus prometteurs en ce qui concerne la prévention d’un certain nombre de conséquences négatives, y compris la violence chez les jeunes et les mauvais traitements infligés aux enfants... (page 78).
Il est à souligner combien le corps humain semble somatiser et « psychiser » l’ensemble des violences subies. Que ces violences soient prodiguées par certitude d’une bonne éducation ne change rien. Ainsi si toutes les personnes qui ont subi des châtiments corporels ne deviennent pas incontrôlables dans la vie future c’est que la plupart ont intériorisé (sinon refoulé ? sans faire de la psychanalyse de bas étage) ces brimades parfois douloureuses.

C’est alors bien dans cette perspective que l’OMS en vient à considérer que les châtiments corporels au-delà du fait pénal doivent être considérés comme un problème de santé publique. Nous ne sommes ni un corps ni un esprit, nous sommes les deux à la fois et dans ce cadre nous sommes tout autant déterminé biologiquement et doué de libre arbitre ce qui n’est pas simple (ce qui paraît même antinomique non ? - mais pour ceux que ça intéresse il faut être attentif aux avancées des neurosciences). Dès lors il semble bien que seule la loi collectivement engagée peut limiter la propension humaine à la violence. C’est le choix ambitieux que quelques Etats ont engagé.
Dans la région européenne (Conseil de l’Europe), la violence familiale tue chaque jour 4 enfants de moins de 14 ans. Ce qui fait environ 1300 décès par an (Chiffres OMS 2002) ; ce qui en fait des milliers qui subissent pendant des années...
B / Les Etats engagés dans la prohibition
Dans les 15 Etats suivants, les enfants sont légalement protégés contre tous châtiments corporels.

Austria (1989)

Finland (1983)

Latvia (1998),

Croatia (1999)

Germany (2000)

Norway (1987)

Cyprus (1994)

Israel (2000)

Sweden (1979)

Denmark (1997)

Iceland (2003)

Ukraine (2004)

Romania (2004)

Bulgaria (2000)

Hungary (2005)

En 2000, la Belgique a ajouté dans sa constitution une clause pour garantir les droits de l’enfant à l’intégrité moral, physique, psychologique et sexuel ; ceci demeure relativement vague et peu explicite pour interdire tous les châtiments corporels.

En 1996, la Cour Suprême d’Italie a déclaré illégal tous les châtiments corporels ; ceci n’est pas encore confirmé dans la législation.

Dans le code civil portugais (art.1878), il semble qu’un droit de puissance paternelle soit reconnu ; En 1994 (9 février) la Cour Suprême de ce pays a établi que cet article ne donnait pas de pouvoir aux parents d’élever leurs enfants dans la violence physique.
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