Toute la danse occidentale est parcourue du duo/duel entre virtuosité et expressivité





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date de publication22.07.2019
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Les grands courants de la danse
D’une danse à vivre à une danse à voir

Les origines 

La danse aristocratique concerne surtout les fêtes princières du 16 au 18ème siècle. On parle de ballet de cour inspiré des formes médiévales de l’art courtois (bals et mascarades) alternance continuelle entre célébration et condamnation du corps de la femme. La danse populaire remonte à la nuit des temps : c’est la danse de la tribu victorieuse, celle des guerriers autour du totem. Au Moyen-âge les places du village servaient de cadre aux caroles et Estampie dansées pour les fêtes des fous. Ces danses profanes remontent des traditions païennes dont l’église s’était chargée de gommer le caractère dionysiaque.

Le ballet de cour 

Importé d’Italie du Nord à la Renaissance. C’est le moment où la danse se produit pour un public et fait l’objet d’une écriture chorégraphique. Elle se donne à voir en tant que symbole absolu au service de la splendeur du règne. 1581 : Le ballet comique de la reine.

Opéra Ballet 

On continue de développer la thématique mythologique mais à échelle humaine

Quand Louis XVI décide de ne plus danser, le ballet est haussée sur la scène à l’italienne et supposé être vue comme un tableau par des spectateurs, soumise aux lois de la perspective et de la frontalité.1669 Raoul Feuillet note les pas. Le système classique est en place.
Du divertissement au langage

 Toute la danse occidentale est parcourue du duo/duel entre virtuosité et expressivité.
Les encyclopédistes remettent en cause l’esthétique classique (1760 « Lettres sur la danse » de Georges Noverre). Ce chorégraphe français dénonce le vide d’une danse réduite à des prouesses mécaniques. Il estime que la danse peut toucher l’âme des spectateurs.

Naissance du ballet classique 

On assiste au 19ème à la création d’une figure idéale de la femme (1834 Giselle /1884 version de Marius Petipa). Sursaut du romantisme et retour de la sacralisation du corps. On en vient peu à peu à rechercher l’expressivité, la poésie du corps, la fluidité dans les gestes. Les pointes (ou demi-pointes) font leur apparition vers 1820 et notamment dans Le Ballet des Nonnes où Marie Taglioni interpréte une abesse éfleurant le sol et produisant « un effet miraculeux. ». Le sens de la danse est changé. La virtuosité cédait le pas à l’expression.
Le Néo-classicisme

Les Ballets russes

A l’aube d’un monde nouveau, dans le Paris de la belle époque, Diaguilev et les danseurs du Grand Théâtre de Moscou déferlent avec leurs idées neuves en révolte contre le vieux style de Petipa. L’après midi d’un faune (1912) et l’interprétation de Nijinsky, font scandale : « nous avons vu un faune inconvenant avec de vils mouvements de bestialité érotique »(G Calmette dans Le Figaro). Ils furent des inventeurs de pas mais surtout d’un esprit nouveau où tout le corps participait à la danse. Dada, fauvisme, cubisme, constructivisme, art nègre, vont influencer la danse et ces nouveaux créateurs.

Balanchine Il définit la danse comme le besoin que nous avons d’exprimer ce que nous ressentons en entendant de la musique. Son œuvre est un commentaire chorégraphiqu ede la musique (Stravinsky, Tchaïkovsky, Bizet, Bach. ;)

Lifar à qui on attribue la rénovation du répertoire académique (Salade 1935) préfigure une ouverture possible vers d’autres horizons. Il faudra attendre l’après-guerre pour rendre possible ces explorations.
La modern Dance 

Danse signifiante et pathétique
C’est sur le champ de déperdition du geste et de mutilation des corps par l’industrialisation galopante que vont émerger les nombreux courants réformateurs de la modern Dance.

On va voir progressivement apparaître un nouveau corps dansant inscrivant la danse dans un univers expressionniste, mytho-poètique, voué à l’expression d’une intériorité voir d’un pathos ou à illustrer de façon narrative un fait. Les danses sont le plus souvent métaphoriques dans des compositions très structurées. Le corps interprète de l’âme et l’essentiel de la technique est basé sur les lois naturelles du corps. Les chorégraphes ont posé un regard neuf sur le corps dansant classique, verticalisé, aligné et harmonieux pour en construire un autre. Ils ont déplacé les lieux générateurs du mouvement de la périphérie (bras, jambes, tête) vers le centre du corps (thorax et pelvis) et par le jeu de détente et tension, ils ont érotisé toute la profondeur corporelle. Ils ont fait naître un corps déployé, spiralé, compressé, . Corps de la circulation du flux et du reflux. Cette nouvelle approche de la danse a surtout permis aux femmes de sortir de « l’éternelle joliesse » où les confinait leur rôle social.
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L’Ecole germanique

Jacques Dalcroze et sa découverte d’une nouvelle approche du mouvement, la rythmique.

Rudolph Von Laban En 1926 la labanotation est au point.

Mary Wigman dont l’épanouissement de l’œuvre est contemporaine de la montée du nazisme. Les deux pôles de son art sont le désespoir et la révolte caractérisés par un expressionnisme violent

Alwin Nikolaïs, propose les clefs d’une esthétique de la composition reposant sur les données internes de la matière et une manipulation extrêmement concrète des matériaux / temps, espace, motion (poids et flux). L’improvisation y est capitale comme « dialectique entre les ressources profondes du danseur, l’évènement suscité par l’expérience et le regard qui fait retour pour de nouveaux repères »

Carolyn Carlson exceptionnelle fluidité du geste

La lignée américaine1867 - 1867

François Delsarte . 1867

Il pose les principes essentiels de la modern dance. Les mouvements du corps sont dictés par ceux de l’âme. L’expression est obtenue par la contraction et le relâchement (contraction-release de M Graham). Il influencera la danse aux EU et en Allemagne. C’est lui qui, entre autre, met en lumière le poids du corps comme agent qualitatif d’une nouvelle poésie.

Isadora Duncan

Prend ses thèmes dans la nature et le néo-héllénisme et danse sa vie avec des gestes naturels. Loïe Fuller sculpte la lumière sur ses costumes de voiles, Ruth Saint Denis et Ted Schawn donneront une dimension spirituelle à la danse. Fondateur de la célèbre Denischawnschool d’où sortiront :

Doris Humphrey, Martha Graham

Recherche du geste primitif. Les deux mots clefs sont fall et recovery chez l’une et tension-release chez l’autre. Le geste fondamental se situe au niveau du torse, siège de la respiration, des émotions.
La rupture Cunninghamienne

Une danse objective revendiquant son existence comme évènement du monde et non sa simulation
Merce Cunningham s’abandonne à la vie des signes tout en évitant la formation de signifiants despotiques (Events). La danse ne raconte rien, elle montre le mouvement pour le mouvement . Le corps est ainsi libéré du pathos de la Modern Dance. Refus de la théâtralité, du figuratif, de la hiérarchisation de l’espace et du temps, de l’expression psychique, de la relation décorative avec la musique. Il compose avec le hasard pour libérer la danse des stéréotypes associatifs et ouvrir le champ des possibles au delà de l’imaginaire. Il ne reste que le mouvement donné comme expressif au dela de toute intention, signant ainsi la faillite du récit comme mode de mensuration du réel. Un jour ou deux en 1973 à l’Opéra de Paris reçoit un acceuil très mitigé.
Les avant-gardes américaines ou la post modern dance

Abolition des modèles et expression du rien
Ne livrer aucun signe récupérable « sur la place financière du symbolique, ne produire aucun objet consommable du regard. C’est l’époque de la « mort formelle » de toutes les pratiques artistiques (Marcel Duchamp). Tous les ressorts de l’œuvre d’Art sont peu à peu évacués (pop’art, minimalisme, body art, performance, art conceptuel). Cette radicalité s’inscrit dans la révolte générale des arts dénonçant le consumérisme et l’impérialisme de la société américaine. .Le Judson Church Theatre et Grand Union vont être les hauts lieux d’une contestation de tout objet artistique. Ils vont se saisir de toutes les nouvelles stratégies empruntées aux différents arts, sortir des lieux conventionnels, s’adonner à toute sorte de bricolage exploratoire. Revendiquer l’ordinarité des corps, vider la danse de toutes les catégories artistiques encore en usage dans son maigre appareil signifiant.

Citons quelques figures emblématiques de cet héritage qui ont développé une forme de minimalisme et un travail analytique quasi obsessionnel dans le but de dévoiler la danse et afficher les processus qui la font naître.

Lucinda Child « Radial Courses 1970 ». Développement d’une seule direction.

Trisha Brown 1983 « Set and Reset». Esthétique de la série et de l’accumulation.

Dominique Bagouet « Le saut de l’Ange » Les petites histoires, les séquences se succèdent sans qu’un principe de construction soit mis en avant.
La danse des années 80

Retour du sens et de la représentation
Il semble qu’aussi bien aux EU qu’en Europe, les jeunes chorégraphes marquent à cette époque un intérêt renouvelé pour la mécanique du récit, l’utilisation du langage, la multiplication des supports de communication, les ruses de la représentation.

R Chopinot, Pina Bausch, S Buirge, D Bagouet, JC Gallotta, Maguy Marin, Karine Saporta, Bouvier Obadia,…

On parle alors de danses d’auteurs, catalysant différentes expressions artistiques (musique, arts plastiques, vidéo, poésie…). C’est le temps de la réconciliation du corps social avec les pratiques chorégraphiques grâce à une accalmie conceptuelle. Non plus rejet du modèle mais relativisation des modèles . Signes recyclés de la tradition la plus académique, emblèmes rafraîchis des avant-gardes (gestes quotidiens, matériaux pauvres…). Grande liberté formelle mais un certain appauvrissement de l’écriture chorégraphique diront certains, au bénéfice du spectaculaire (virtuosité, musique, costumes, décors) et de la lisibilité du sens.
Aujourd’hui ?

Trouver des forces contre le chaos
Urgence de dire le réel sans crainte de sortir du chorégraphiquement correct.

En 1993 Laurence Louppe dans Poétique de la danse contemporaine écrit : « L’esthétique du désenchaînement semble avoir trouvé un terme ….une certaine volonté de construire se fait jour, de retrouver les trames articulées d’une globalité organique entre corps et propos. ». On observe aujourd’hui la force des interrogations, diverses et multiples, sur les problèmes du monde liés à la mondialisation, à la violence planétaire, aux questions de vivre ensemble les différences, de la place du religieux et du sacré dans une société malade de consommation et de bruits, questions liées à la mémoire, aux traditions.

Les écritures chorégraphiques explorent méthodiquement la complexité des métissages voir pour certains des torsions culturels. La notion même de spectacle, de représentation est souvent malmenée par le non respect du lieu de la représentation et les nombreux outrages à la danse (Caterina Sagna). Le public de danse, dont l’horizon d’attente véhicule toujours « quelque chose du prestige du corps » et qui tend à répudier tous les attentats faits contre son droit, est régulièrement pris en otage. Tous se confrontent à l’urgence de dire le réel et de sortir des codes sociaux et du chorégraphiquement correct. Les métissages de culture, les croisements des champs artistiques, l’exploration des nouvelles technologies (Emio Greco,) la pluralité des individus, la question du handicap (Sidi Larbi Cherkaoui, Ninke Reehorst), de l’incarnation de la violence (Wim Vandekeybus), la vulnérabilité de l’être humain (Jan Fabre,Constanza Macras), sont au cœur des œuvres contemporaines de la jeune génération qui joue de ces mises en tension de dynamiques multiples. La danse ne craint plus de faire usage de virtuosité ou de logique compositionnelle mais c’est moins à des fins normalisantes ou reproductibles mais plutôt comme le dit la danseuse Odile Selz « pour trouver des forces contre le chaos ».

Elisabeth Gouet

Conseillère académique danse

Action Culturelle

Rectorat de Bordeaux

Bibliographie :
Histoire de la Danse de Paul Boursier. Ed.Seuil

Poétique de la Danse contemporaine. Laurence Louppe. Ed, La pensée du mouvement

La Danse : Naissance d’un mouvement de pensée Ed. Armand Colin

Construire la danse. Doris Humphrey. Ed L’Harmattan.

Nouvelle de Danse : La composition N° 36/37

Danse contemporaine et Théâtralité. Michel Febvre. Ed, Art Nomade, Librairie de la Danse.

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