L’Algérie et la langue arabe





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Gilbert Grandguillaume

Les enjeux de la question des langues en Algérie

Publié dans :

LES LANGUES DE LA MEDITERRANEE,

Sous la direction de Robert BISTOLFI, en collaboration avec Henri GIORDAN

Editions L’Harmattan, Les Cahiers de Confluences, Paris, 2002, pages 141-165

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Pour bien comprendre la question des langues telle qu’elle se présente spécifiquement en Algérie, il est important de bien expliciter les enjeux symboliques, culturels, sociaux, et politiques qui lui sont liés. Ces enjeux débordent largement ce qui est généralement entendu par les termes de « question » ou de « politique » linguistique, et ceux qui traitent de ce sujet en en retenant qu’un aspect, fût-il technique ou purement linguistique, génèrent la confusion plus que l’intelligence de la question. Ce sont ces enjeux que nous allons largement expliciter, avant de situer les événements qui ont concerné les langues dans l’histoire récente de l’Algérie.

L’Algérie et la langue arabe


L’Algérie entretient avec la langue arabe un lien particulier qui tient à ses rapports anciens avec l’Islam, mais aussi à la façon spécifique par laquelle elle est entrée dans le monde moderne, par le biais d’une colonisation qui fut d’abord annexion, c’est-à-dire négation de son identité propre.

Islam et langue arabe


Le point de départ concerne la place de l’Islam en Algérie. Les historiens sont unanimes à souligner l’importance de l’Islam structurel dans l’Algérie d’avant 18301 : importance des confréries comme encadrement socio-religieux, nombre importants de lieux de prière et d’enseignement du Coran, souvent pris en charge matériellement par des fondations pieuses (dites waqf ou habous), monopole de la langue arabe pour ce qui concerne l’écrit, l’enseignement, les actes juridiques, les contrats. La conquête coloniale s’est réalisée dans la situation de violence que l’on sait, mais l’une des premières décisions prises par les autorités coloniales a été la confiscation des biens habous entre 1830 et 1844, qui a entraîné l’effondrement progressif des structures d’enseignement de l’islam et de la langue arabe et généré un analphabétisme en arabe. L’État français s’engageait à prendre en charge les activités soutenues par ces biens habous, mais naturellement ces engagements ne furent pas tenus. D’autres spoliations ultérieures ont agi dans le même sens, notamment la confiscation de grandes mosquées (dont celle d’Alger) et leur transformation en églises. Que visait le colonisateur à travers cela ? La confiscation de biens ? Certainement : les grands séquestres de terres opérés à l’occasion de la conquête ou des révoltes ultérieures (comme celle de Kabylie2) ont manifesté cette soif de terres où installer une colonisation européenne. Mais il y avait davantage : la perception que le cœur de la résistance à la France, à son influence, à la légitimation de son pouvoir, se trouvait là, dans l’Islam3. Ce faisant, la France qui, de l’autre côté de la Méditerranée, ne tarda pas à s’affirmer comme un État laïc, s’affichait comme une France chrétienne, ressuscitant le passé chrétien de la colonie, construisant ses églises, évoquant une nouvelle croisade à travers son clergé. Cette action où elle apparaissait comme puissance chrétienne a conduit les populations à identifier dans l’Islam le point fort de leur identité, et d’une identité objet de menaces puissantes et graves, notamment par le biais de la scolarisation et de l’extension de la langue française. Ceci permet de réaliser à quel point l’Islam et la langue arabe, langue du Coran (indissolublement liés dans la tradition) sont devenus le cœur de l’identité algérienne, durant toute la colonisation, et aujourd’hui encore pour une grande majorité de la population, sinon pour l’ensemble.

Cette perception a été accentuée par le fait que le régime d’annexion à la France du territoire algérien (de Dunkerque à Tamanrasset) n’a laissé à l’Algérie aucun repère symbolique autre que l’Islam. Ce n’était pas le cas en Tunisie ni au Maroc, où le régime de Protectorat maintenait à la tête de la communauté la personne du bey à Tunis et du sultan à Rabat. Même dépourvus de pouvoir réel, ils permettaient du moins aux populations, par rapport à ce lieu symbolique de pouvoir, de se dire tunisiennes ou marocaines. En Algérie, le nom même d’Algériens était usurpé par la population coloniale, ne laissant aux natifs que la dénomination de musulmans ou d’indigènes. De ce fait la référence identitaire de l’Islam en Algérie est connotée d’une conscience d’identité non reconnue, voire de dignité bafouée.

Cette hostilité de la France à l’Islam et à la langue arabe a été, sauf exceptions rarissimes, une donnée constante de la politique coloniale4. Elle a profondément marqué la conscience identitaire de l’Algérie, au point de devenir une composante de base de l’idéologie nationaliste, quand celle-ci commencera à se formuler à partir de 1930, après la célébration arrogante du centenaire de la conquête5. C’est pour cette raison qu’aucun pouvoir politique ne peut être reconnu comme légitime en Algérie s’il ne reconnaît pas à l’Islam et à la langue arabe une place de choix. Mais ceci n’entraîne aucune détermination précise de leur place dans la société : l’essentiel porte sur leur reconnaissance en soi.
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