On a en France des idées très fausses sur la Réforme et sur son héros. La principale cause de ces erreurs est que Luther ne fut pas seulement le plus grand





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date de publication22.07.2019
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Luther

On a en France des idées très fausses sur la Réforme et sur son héros. La principale cause de ces erreurs est que Luther ne fut pas seulement le plus grand homme de notre histoire, mais aussi le plus allemand : son caractère réunit au plus haut degré toutes les vertus et tous les défauts des Allemands ; il représente réellement ce qu'il y a de plus merveilleux dans l'esprit germanique. Ses qualités, nous les trouvons rarement réunies et elles nous paraissent ordinairement incompatibles.

C'était en même temps un rêveur mystique et un homme d'action. Ses pensées ne possédaient pas seulement des ailes, mais aussi des mains. Il parlait, et chose rare, il agissait aussi. Il n'était pas seulement la langue, il était l'épée de son temps. Il était en même temps un froid rhéteur scolastique et un prophète plein d'enthousiasme et d'inspiration. Quand il avait passé péniblement la journée à se torturer l'esprit en discussions dogmatiques, le soir venu, il prenait sa flûte, et, contemplant les étoiles, il s'évadait dans la mélodie et dans la prière. Le même homme qui pouvait insulter ses adversaires comme une marchande de poissons savait être aussi suave qu'une tendre jeune fille. Il était parfois sauvage comme la tempête qui déracine les chênes, puis doux et murmurant comme la brise qui caresse des violettes. Il était plein de la plus grande terreur de Dieu, prêt à tous les sacrifices en l'honneur du Saint-Esprit, il pouvait s’élever dans les plus hautes sphères de la spiritualité, et pourtant il connaissait parfaitement les magnificences de cette terre et il savait les apprécier. C'est de sa bouche la fameuse maxime :

« Qui n'aime le vin, la femme et le chant

Reste insensé sa vie durant. »

C'était un homme total, c'est-à-dire : un homme chez l'esprit et la chair ne sont pas séparés. L'appeler spiritualiste serait donc aussi insensé que l'appeler sensualiste. Que dis-je ! Il y avait en lui quelque chose de miraculeux, d'originel, d'insaisissable ; il possédait ce que possèdent tous les hommes providentiels : une terrible naïveté et une sagesse un peu gauche : il était à la fois sublime et borné, invincible et démoniaque.

Le père de Luther était mineur à Mansfeld. L'enfant l'avait souvent accompagné dans les ateliers souterrains où croissent les puissants métaux, où coulent les sources profondes et vigoureuses ; le jeune esprit avait peut-être inconsciemment tiré en lui les forces les plus secrètes de la nature, et les esprits de la montagne l'avaient peut-être rendu invulnérable. De là venaient cette terre, ces scories, ces passions qu'on lui a longtemps reprochées. On a eu tort : sans cet apport terrestre, il n'aurait pu être homme d'action.

Gloire à Luther ! Gloire éternelle à cet homme si cher ! Nous lui devons le salut de nos biens les plus nobles ; nous lui devons des bienfaits qui encore aujourd'hui nous font vivre. Ce n'est pas à nous de se plaindre des limites étroites de ses vues. Le nain, grimpé sur les épaules d'un géant, peut sans doute voir plus loin que celui-ci, surtout s'il met des lunettes. Mais même en ce haut lieu il nous manque le sentiment élevé et le cœur du géant que nous ne pouvons nous approprier. Moins juste encore nous paraît la, condamnation rigoureuse de ses fautes : ces fautes nous ont été plus utiles que les vertus de mille autres. La finesse d’Erasme r et la douceur de Mélanchton ne nous auraient jamais menés aussi loin que la brutalité divine du frère Martin. Oui, ces erreurs elles-mêmes que j'ai signalées ont produit des fruits précieux, des fruits que l'humanité toute entière goûte aujourd'hui. Du jour où, à la Diète, Luther refuse l’autorité du Pape et déclare publiquement « qu'on doit réfuter sa doctrine par des citations tirées de la Bible elle-même ou par des motifs tirés de la raison », de ce jour-là commence une nouvelle période pour l'Allemagne.

A partir du moment où Luther déclarait qu'il fallait réfuter sa doctrine â l'aide de la Bible elle-même ou à l'aide de la raison, la raison humaine acquérait le droit d'expliquer la Bible et elle devenait juge suprême dans toutes les discussions religieuses.

C'est ainsi qu'apparut en Allemagne la soi-disant liberté d'esprit, ou comme on l'a appelée aussi, la liberté de pensée. La pensée devint un droit, le recours â la raison devint légitime. Certes- il y avait déjà quelques siècles qu'on pouvait penser et parler assez librement ; les scolastiques avaient discuté de problèmes si graves que nous saisissons à peine comment on avait osé en discuter en plein Moyen Age. En fait on ne parvenait à cela que par la distinction subtile entre la vérité théologique et la vérité philosophique, distinction grâce à laquelle on se protégeait du crime d'iconoclaste. Et puis ces discussions avaient lieu dans les salles de cours, en un latin ardu que le peuple ne pouvait comprendre. De cette façon il en résultait assez peu de dommages pour l'Eglise. Mais officiellement l’Eglise n'avait jamais permis de tels errements et il lui arriva bien de jeter au bûcher quelqu’un de ces pauvres scolastiques. Depuis Luther on ne fait plus aucune différence entre la vérité philosophique et la vérité théologique; on discute sans crainte en plein marché dans la langue populaire. Les Princes qui acceptèrent la Reforme ont légitimé cette liberté de pensée, et un résultat important de cette liberté, un résultat important à l'échelle mondiale, est la philosophe allemande. Ce Martin Luther ne nous donna d'ailleurs pas seulement la liberté de mouvement mais le moyen du mouvement : il donna entre autres un corps à l'esprit. Il donna aussi le verbe à la pensée. Il créa la langue allemande.

II la créa en traduisant la Bible.

En vérité l'auteur divin de ce livre semble avoir connu aussi bien que nous l'importance de la traduction. Il choisit lui-même son traducteur. Il lui accorda le merveilleux pouvoir de traduire d'une langue morte et enterrée en une autre langue qui ne vivait pas encore.

Comment donc Luther est-il parvenu à créer cette langue ? Jusqu'alors cette création m'est restée incompréhensible. Le dialecte vieux-souabe avait totalement disparu en même temps que la poésie chevaleresque de l'empire des Hohenstaufen. Le dialecte vieux-saxon, nommé habituellement bas-allemand, n'existait plus que dans une région de l'Allemagne du Nord, et, malgré tons les essais qui ont été faits, il n'a jamais pu devenir une langue littéraire. Si Luther avait pris pour sa traduction la langue parlée dans la Saxe d'aujourd'hui, la noblesse aurait eu raison d'affirmer que le saxon - et notamment le dialecte de Meissen -- était bien le haut-allemand, c'est-à-dire la langue écrite. Mais c'est une erreur, qui, raison de plus pour y insister, a toujours eu cours en France. Le saxon d'aujourd'hui, pas davantage que le silésien, n'est un dialecte purement allemand : dans I’un comme dans l'autre apparaissent des nuances slaves.

Je reconnais donc franchement que j'ignore comment s'est formée la langue de la Bible luthérienne. Par contre, je sais que par cette Bible propagée à des milliers d'exemplaires par la jeune presse, par l'art noir de l’imprimerie, la langue de Luther s'est étendue en peu d'années à toute l'Allemagne et s'est élevée au rang de langue écrite.

Cette langue écrite règne encore aujourd'hui sur toute l'Allemagne et donne, à ce pays politiquement et religieusement divisé une unité littéraire. Un service aussi inappréciable semble compenser le manque d'intimité et de tendresse de cette langue dans sa forme actuelle. Nous trouvons habituellement cette intimité et cette tendresse dans les langues qui se sont formées à partir d'un seul dialecte. Mais la langue même de la Bible luthérienne est pleine de cette intimité et de cette tendresse : ce vieux livre est une source éternelle de jeunesse pour notre langue. Toutes les expressions, toutes les tournures de la Bible luthérienne sont allemandes : l'écrivain peut toujours les employer, et comme ce Livre est dans les mains des plus pauvres, ceux-ci n'ont pas besoin de quelque introduction savante pour s'exprimer d'une façon littéraire.

Mais les écrits originaux de Luther ont aidé également à fixer la langue allemande. Par leur passion polémique ils pénètrent profondément à l'intérieur du temps. Leur ton n'est pas toujours propre, mais il faut savoir qu'on ne fait pas de révolution même religieuse avec des fleurs d'oranger. Dans la Bible, la langue de Luther est toujours liée à une certaine dignité par crainte de l'esprit de Dieu ici présent. Mais dans ses pamphlets il s'abandonne à cette rudesse plébéienne qui est souvent aussi repoussante que grandiose. Ses expressions et ses images sont alors comme ces statues de pierre gigantesques, que nous trouvons dans les temples indous ou égyptiens et dont le coloris âpre et la laideur osée nous repoussent et nous attirent à la fois. Dans ce style rocailleux et baroque, le moine hardi nous apparaît parfois comme un Danton religieux, un prédicateur qui du sommet de sa montagne précipite sur les têtes de ses adversaires les blocs colorés des mots.

Plus importants, plus remarquables encore que ses écrits en prose sont les poèmes de Luther, ces chants qui dans le combat et la détresse jaillissent de son âme. Ces chants ressemblent parfois à des fleurs qui poussent sur les rochers, â des rayons de lune qui tremblent sur une mer agitée. Luther aimait la musique. Il a même écrit un traité sur cet art. Aussi ses chants sont-ils extrêmement mélodiques. Le nom de Cygne de Eisleben lui va bien. Mais, dans plusieurs chants, il n'est rien moins qu'un tendre cygne : il excite le courage de ses partisans et s'enthousiasme lui-même de la joie la plus féroce du combat. C’est en chantant un chant de guerre que lui et ses compagnons pénétrèrent dans Worms. La vieille cathédrale trembla de ces tout nouveaux accords.

Poètes d’aujourd’hui, édition Seghers, N°64, page 155.

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