Cours sur le Bonheur (1779)* Argumentation directe





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Lecture analytique n°2 : Madame du Châtelet, Discours sur le Bonheur (1779)*

Argumentation directe

Femme intellectuelle de son temps, Emilie du Châtelet (1706-1749) a bénéficié d’une éducation très ouverte et d’un père notamment attentif à ses connaissances. Son mariage ensuite assez libre pour l’époque a encouragé la jeune femme à poursuivre ses études de physique et de mathématiques. Son amitié avec Voltaire poursuivra son engagement. Le siècle des Lumières s’interroge sur le Bonheur, valeur nouvelle et sur sa nature. S’opposant en cela aux moralistes du siècle précédent, les philosophes des Lumières voient le Bonheur comme une façon de vivre sa vie pleinement. Comment Madame du Châtelet argumente-t-elle en faveur du Bonheur et comment s’inscrit-elle comme un Philosophe des Lumières à part entière ? I. La défense du Bonheur II. L’esprit des Lumières.
I. La défense du Bonheur :

1. Un texte argumentatif :

  • Tout d’abord, elle emploie des mots de liaison tels que « donc » (conséquence) ou « mais » (opposition). Elle articule son propos à l’aide de connecteurs, ce qui montre sa pensée logique.

  • Elle construit aussi son propos sur des antithèses telles que «  bien et le mal » «  malheureux » et « heureux » « cherchent » et « cherchent rien » » intéressants » et « inconnus », ce à quoi s’ajoute un oxymore « bonheur obscur » pour valoriser sa thèse : les passions sont la seule manière de vivre heureux.

  • Elle emploie aussi des questions rhétoriques pour éventuellement proposer l’opinion de ses adversaires : «  les passions ne font- elles pas plus de malheureux que d’heureux ? ».

  • Ses formules sont insistantes comme pour convaincre le lecteur d’adhérer à sa cause : « se bien dire et se bien convaincre » avec la répétition de l’adverbe « bien », les formules restrictives négatives « ne que » « rien à faire qu’à » «  on n’est heureux que ». Egalement, on note l’expression « et je le répète encore ».

  • Le syllogisme est aussi convoqué grâce à la structure « mais… parce que… or… et plus » ce qui montre son esprit logique et scientifique.

2. Le point de vue de l’auteur :

  • Mme du Châtelet s’implique dans son écrit avec un « je » maintes fois employé « je dis » « me » « je n’ai pas » « je dis » «  je le répète ».

  • Elle place une métaphore culturelle, celle de la balance, pour évoquer son jugement « je n’ai pas la balance nécessaire pour peser le bien et le mal ».

  • Des tournures impersonnelles sont présentes, mais elles donnent des ordres au lecteur : « il faut » « il faudrait » «  ce serait » « on ».

3. Les destinataires de son écrit :

  • Ce sont tout d’abord les malheureux qui se complaisent dans leur malheur avec une gradation et un rythme ternaire «  qu’ils ont besoin des autres, qu’ils aiment à raconter leurs malheurs, qu’ils y cherchent des remèdes et du soulagement ».

  • Puis, les moralistes qu’elle attaque directement « les moralistes qui disent aux hommes » « me dira-t-on » et « supposons pour un moment », elle s’attend à des oppositions à son écrit et réfute immédiatement le point de vue opposé.

  • Elle s’en prend enfin aux hommes en général car la quête du bonheur est universelle « aux hommes », la métaphore « le chemin du bonheur » exprime cette universalité.

Mme du Châtelet exprime ici son jugement sur le bonheur et argumente en faveur des passions mais elle figure aussi dans le débat de son temps sur le bonheur et s’engage aux côtés des philosophes des Lumières.
II. Un écrit des Lumières :

1. La critique de la religion et des moralistes :

  • Mme du Châtelet critique à la fois le raisonnement moraliste des chrétiens –qui recherchent salut, bonheur au paradis, mais non sur terre, par une vie sans passions, sans pêchés, par le pardon…) et des stoïciens qui veulent réprimer les passions : l’impératif utilisé « réprimez vos passions, et maîtrisez vos désirs » marque l’ordre et une vie stricte.

  • De plus, elle évoque les prières à Dieu de façon ironique « il faudrait demander à Dieu, si on osait lui demander quelque chose », or les prières sont toujours des requêtes à Dieu.

  • Enfin, elle place son écrit sous le sceau de la justice avec un champ lexical de la justice «  bien » «  mal » « balance ».

2. La liberté des esprits :

  • Il est tout d’abord nécessaire pour l’auteur de penser par soi-même « il faut commencer par », seule la pensée sans influence est valide.

  • En outre, cette liberté repose sur un travail de conviction permanente, comme le prouve la répétition sous forme de pléonasme «  se bien dire à soi-même et par se bien convaincre ».

  • Cette liberté repose aussi sur sa condition féminine : face aux « moralistes »- on les devine nombreux, influents et masculins- elle proclame courageusement son épicurisme « des goûts et des passions satisfaites ».

  • Enfin, on retrouve ici le thème central de Kant dans Qu’est-ce que les Lumières ? avec l’affirmation d’une pensée autonome, d’une réflexion personnelle.

3. L’épicurisme :

  • Mme du Châtelet revendique haut et fort son épicurisme qui consiste à rechercher le plaisir sous toutes ses formes et à remettre en cause la religion et la morale stricte. Il faut profiter de la vie terrestre. On note ainsi dans le texte le champ lexical des plaisirs : » sensations et sentiments agréables » « passions » « désirs » « heureux » « bonheur » «  amour » et « désirer ».

  • La philosophie épicurienne est universelle : les passions sont meilleures que les goûts mais les goûts sont importants aussi avec la structure en chiasme : » je dis des goûts, parce qu’on n’est pas toujours assez heureux pour avoir des passions, et qu’au défaut des passions, il faut bien se contenter des goûts ».

  • L’amour est condamné –par les moralistes- « par les malheurs qu’il cause », or, il est indispensable au bonheur des hommes : »par le bonheur souvent obscur qu’il répand sur la vie des hommes ».


Le Bonheur est une préoccupation essentielle des Lumières et Madame du Châtelet expose ici sa thèse, l’inscrivant dans le mouvement des Lumières. En affirmant son épicurisme et sa liberté de ressentir, l’auteur s’engage grandement et propose un écrit qui est très moderne. Certes, d’autres femmes vivaient sans se cacher leurs passions mais peu l’ont écrit. Et on reconnaît à cet auteur des talents de logique et de réflexion exceptionnelles pour cette époque encore misogyne. Nous pourrions rapprocher ce texte de la lettre de Mme de Merteuil étudiée dans la séquence 2 mais nous préférons faire référence au poème « Le Mondain » écrit en 1736 par son ami Voltaire : le philosophe dans un texte qui a fait scandale déclare préférer les plaisirs de son siècle, le luxe, l’argent et l’hygiène aux rudes temps primitifs.

(le poème figurera sur le blog pour vos camarades)




* écrit en 1746

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