La République au féminin





télécharger 22.33 Kb.
titreLa République au féminin
date de publication17.06.2017
taille22.33 Kb.
typeDocumentos
l.20-bal.com > loi > Documentos
La République au féminin
« Je dis même que la réforme d’un peuple doit commencer par les femmes, et que le législateur n’aura fait rien d’utile et de permanent, s’il ne les rend garants de la constitution nouvelle ».
Ce n’est ni une égyptienne, ni une tunisienne qui a écrit cette phrase. Ces femmes courageuses du monde arabe à qui il convient de rendre hommage.
Cette déclaration ne vient pas de la place Tahrir ou de l’Avenue Bourguiba. Non, cette déclaration a exactement 210 ans et elle vient de Saint Pol de Léon.
Elle est extraite du texte d’une jeune femme finistérienne héritière de la Révolution Française, Fanny Raoul (1771-1833).
« Pour réformer un peuple, il faut commencer », dit-elle, « par rendre les femmes garantes de la Constitution ». En faire des citoyennes à part entière. Qu’elles participent pleinement à la vie politique, voilà ce que revendique la jeune Bretonne en 1801.
Le plaidoyer de Fanny Raoul s’inscrit remarquablement dans cette période de mutation, où défier l’Opinion, celle des hommes, bien sûr, c’est justement avoir une opinion.
« Esclave dans la famille et nulle au sein de la Patrie », mais aussi, et c’est alors impensé, encline, par la force des préjugés sociaux, à intérioriser sa propre domination, la femme, dit Fanny Raoul, n’a pas même accès à l’expression légitime de ses opinions.
Il y a beaucoup de colère et de révolte dans ses écrits. Beaucoup d’audace chez cette femme qui se qualifie de sensible et raisonnable !
De l’audace il en a bien fallu à la République et aux femmes. Leurs chemins se sont souvent croisés. Leur relation est complexe, passionnelle. Mais la République, par son ferment égalitaire, a permis l’émancipation de ces dernières.
Si les propos de Fanny Raoul résonnent encore, alors que nous sommes pleinement des citoyennes, c’est pour la force de leur intransigeance, par sa capacité à s’indigner.
« Inspirez mais n’écrivez pas ! » lance le poète Ecouchard Lebrun à la femme de lettres, Constance de Salm. Il ne croyait pas si bien dire, car, justement, la grande force des femmes est de pouvoir inspirer, d’avoir inspiré cette République, de l’avoir représentée, mythifiée et d’en avoir écrit certaines des plus belles pages, de la fougue de Théroigne de Méricourt lancée à l’assaut de la Bastille, au combat pour l’égalité professionnelle et la parité en passant par la marche des femmes sur Versailles pour réclamer du pain. Mais la force des femmes est aussi de pouvoir écrire et c’est bien ce qu’elles ont fait malgré les interdits et autres obstacles.
Si je mets ainsi en avant le courage d’une femme, enfant des idéaux républicains, c’est parce que notre République se conjugue, s’épanouit, souvent, au féminin ! Affirmons-le ! La République est une femme !
Et tout d’abord le mot République. Il a un genre …
La Res Publica ! La chose publique !
La République, en septembre 1792, se choisit «l’image de la liberté», celle qui guidera le Peuple, plus tard, sous le

pinceau de Delacroix évoquant les trois glorieuses de 1830.
Cette liberté est une femme à bonnet phrygien, comme les sans-culottes, revendiquant eux aussi, elles aussi devrais-je dire le port du pantalon, bientôt dénommée «République», puis rebaptisée «Marianne» par une chanson populaire du Midi.
Le choix allégorique se portera donc sur la Marianne, notre Marianne, si populaire.
Elle est peinte, sculptée (au Sénat est exposée la collection des Mariannes), chantée par des artistes populaires comme Brassens, Moustacki, Becaud, Delpech, véritable œuvre d’art, elle incarne tout le pays ! Cette France des collectivités, des territoires, chère à nos cœurs de républicains.
Même si elle est parfois peu vêtue, Marianne revêt, certainement, les arguments de la vertu, Républicaine, bien sûr !
Quelles sont ces vertus de République qu’incarne Marianne ? Le sens de l’intérêt général et l’attachement à la justice en premier lieu ! Une quête d’égalité par-dessus tout ! La manifestation du courage et de l’insolence.
Elle est haie par ses détracteurs, les adversaires de la République.
Sous Vichy elle est écartée, alors qu’il est mis fin au régime de la IIIème République le 10 juillet 1940 par le Parlement au profit de l’Etat français. On ne parle plus de constitution de la République française mais de constitution de l’Etat français.
A la libération, Marianne, la républicaine, revient et son aspect s’est modernisé.
Si aujourd’hui Marianne a perdu un peu de sa superbe dans son utilisation politique, elle n’a rien perdu de son poids symbolique immense.
Le sexe féminin a pu réclamer la liberté en la personne de Marianne. Revendication que l’on retrouve dans une marche populaire de 1883 faisant allusion à la Commune de Paris (paroles de Souetre, musique de Léon Thafiers) :

Ma république, o prolétaire

Eternel vaincu du destin

C’est à la table égalitaire

Ton couvert mis dès le matin

Et devant l’homme, j’y réclame

Pour mon sexe la liberté

Il faut relever dans la femme

L’aïeule de l’humanité

Va marianne etc…
Tombez tombez vieilles barrières

Au jour nouveau de la raison

Tombez, préjugés et frontières

Avec la dernière prison

Puis ce sera la délivrance

Œuvre si lente à s’accomplir

La Bastille de l’ignorance

C’est la plus dure à démolir

Va Marianne

Pour en finir avec les ennemis

Sonne, sonne la diane

aux endormis !
La République est une femme combative et militante : sous la plume de Fanny Raoul, sous les traits d’Olympe de Gouges en 1791 quand elle rédige la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de Louise Michel lors de la Commune de Paris, de Marguerite Durand, républicaine convaincue, fondant en 1897 la Fronde, le premier quotidien dirigé et réalisé par des femmes (prenant fait et cause Dreyfuss et militant pour l’égalité hommes-femmes) et à bien d’autres encore.
La République, la République, toujours recommencée, pour paraphraser Paul Valery (poème le cimetière Marin), paraît d’autant plus nécessaire face à la crise des institutions et de la représentation que connaissent nos démocraties. Elle est une urgence, un besoin.
La République doit se construire sans cesse, comme le soulignait Pierre Mendès France. On retrouve cette conviction déjà chez Fanny Raoul qui indiquait qu’« Il appartient à la France régénérée, à la France républicaine, de donner au monde entier cet exemple de justice et de raison ».
La même détermination présente chez ces deux républicains. Atteindre une justice perfectible dans la République, ce foyer du vivre ensemble. C’est toute la difficulté et la noblesse de la tâche politique. Et de chacun d’entre nous.
Décidemment, rien ne sert de s’interroger sur l’identité nationale, c’est en vain. Notre identité, commune, la seule, c’est la République !
Je vous remercie


similaire:

La République au féminin iconNote importante
«Féminin/Masculin – Du genre et des identités… sexuées», est de montrer que la presse féminine adolescente propose, à travers ses...

La République au féminin iconIntroduction : «Masculin-féminin» : des enjeux qui invitent à une réflexion de tous
«masculin-féminin» dans nos relations humaines ? Quel sens donner à la sexualité et à la différence sexuelle ? Si sens, IL y a… au...

La République au féminin iconRecherche par mots clés : latin antiquité Jules César- «Histoire des arts»
«Histoire et vie de la cité / La construction d’un empire / De la République à l’Empire / Res publica : crises de la République»

La République au féminin iconA m le Président de la Commission des Droits de l’Homme de l’O. N....
«Che» !!! et les enseignants sont soumis à un contrôle idéologique qui n’est pas sans rappeler les activités liberticides du sénateur...

La République au féminin iconFéminin des noms

La République au féminin iconPrélude : Qabale et Féminin ?

La République au féminin iconDéfinition «mer» Genre : féminin

La République au féminin iconSuffit-il toujours d’ajouter un –e pour former le féminin des mots ?

La République au féminin iconLa republique

La République au féminin iconRepublique française





Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.20-bal.com