Littérature russe





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LA BIBLIOTHÈQUE RUSSE ET SLAVE


— LITTÉRATURE RUSSE —

Sémion Nadson

(Надсон Семён Яковлевич)

1862 – 1887

POÈMES

Traductions d’Isabelle Eberhardt (L’Athénée, janvier et mai 1897), Lucien Ponsinet (Travaux de l’Académie Nationale de Reims, 1893), Angelica Balabanova (L’Humanité nouvelle , 1899), Emmanuel de Saint-Albin (Les Poètes russes, Paris, Savine, 1893), André Lirondelle (La Poésie lyrique russe, Paris, La Renaissance du livre, 1917).
Traductions d’Isabelle Eberhardt
Isabelle Eberhardt traduisit en 1897, sous le pseudonyme de Nicolas Podolinsky, plusieurs poèmes de Nadson et les envoya à la rédaction de l’Athénée précédés de ces lignes (Note de la Bibliothèque) :
« Sous ce pli, — nous écrit-il, — je vous envoie deux ou trois petits poèmes de Nadson — ce que j’ai eu le temps de bâcler en vingt-quatre heures... (Je déteste traduire, comme tout autre esclavage !) Mais je tiens à faire connaître en France la belle phalange ignorée de nos poètes contemporains. Comme vous le verrez, Nadson et les autres modernes de Russie diffèrent essentiellement des vôtres... Leur idiosyncrasie est bien différente... Toute traduction en prose d’une oeuvre écrite en vers est une mutilation inévitable... Et ma prose pâle ne donnera certes qu’une idée bien affaiblie du rythme divin et de l’admirable harmonie du vers de Nadson, notre poète à nous, les femmes de sainte Russie, génie martyr qui chanta nos tristesses, nos espérances meurtries, nos révoltes passionnées et nos pensées ardentes... qui sut intégrer et dire la mélancolie profonde innée en nos âmes orientales et notre résignation fière !... Et si, à vingt-quatre ans, en pleine floraison de son génie hors ligne, la phtysie ne l’avait pas emporté, aidée par la misère et les ineptes persécutions, ce pâle jeune homme à la douce et belle figure d’apôtre ou de christ, eût été l’un des bardes les plus émouvants, les plus profonds et les plus vraiment artistes que le monde ait connus !

« Mais non, il est une fatalité sur la Pensée et sur l’art... « Odi profanum vulgus et arces... ».

« Et le vulgus triomphe quand même par la force brutale, par la persécution et la famine.

Ma tristesse et ma haine irréconciliable et farouche des oppresseurs intellectuels m’ont inspiré ces quelques pensées que je vous communique là, mon cher camarade. Vous excuserez mon exubérance orientale... (Nous applaudissons des deux mains, au contraire) Et vous accueillerez une bonne et franche poignée de mains de la part de votre

N. Podolinsky.

AVANT-PROPOS

Dédié par le traducteur à Véra Popow, méd. sud, en souvenir d’amitié.
Traduire l’œuvre d’un prosateur — c’est lui enlever presqu’entièrement la saveur de son originalité d’expression, la beauté de la forme...

Traduire en prose le chant mélodieux d’un poète, c’est le priver du grand charme inexpliqué du rythme et de la rime — magie évocatrice puissante de sensations infiniment ténues et délicates...

Et cependant, ne faut il pas aller partout répandre la gloire des poètes qu’enfanta le sol natal en sa mystérieuse fécondité ?...

Ne faut-il pas qu’à tous les échos de la terre viennent se répercuter les accents admirables en quoi s’exprimèrent les espoirs et les angoisses, les douleurs et les joies des Élus... et celles aussi des frères obscurs qui souffrent et qui meurent — en silence ?

Parmi ceux qui chantèrent l’âme inquiète et tourmentée de la jeunesse Russie au déclin de la si brève renaissance intellectuelle des années 1860... Siméon Yakowléwitch Nadson fut l’un des plus éloquents, des plus passionnés, l’un aussi des plus désolés...

Certes, en ses chants de douleur et de mélancolie, se reflétèrent aussi ses propres souffrances... Et elles furent cruelles, ces douleurs qui le tuèrent !

Durant sa courte vie de vingt-quatre années, il connut toutes les affres de la misère, de la lutte titanesque dans les ténèbres — et celles aussi de la maladie qui devait l’achever : la phtysie... La phtysie sur l’issue fatale de laquelle il ne s’illusionna jamais.

Il connut l’amère douleur de perdre une mère adorée, victime elle aussi du même mal héréditaire et de la même misère...

Il aima, et son Aimée lui fut enlevée à l’aurore de leur amour...

Il écouta les plaintes et les cris de révolte qui, de toutes parts, retentissaient alentour... et il les répéta en ses poèmes tour-à-tour enflammés ou désolés, d’une puissance de satire prodigieuse, ou d’une douceur infinie.

Et les Pharisiens lui jetèrent la pierre... À toute égoïste pensée, son noble cœur fut toujours fermé... On l’accusa d’hypocrisie.

Il ne songea sans cesse qu’aux souffrances d’autrui, tandis que le mal implacable achevait son œuvre de désagrégation...

À l’aube radieuse de sa vie et de son génie — il mourut...

Peu à peu, autour de ce tombeau récent, — le silence et la paix se firent...

Mais qui de nous saurait oublier jamais celui dont la voix posthume résonnera toujours à notre oreille attentive :

« ... Où donc est la lumière, — et où est une issue ?

« ... Et je compris en mon âme que la raison n’éclairerait point le torturant chaos, et que son effort ne m’apporterait que les ténèbres de rabattement et la rage des larmes brûlantes...

« Et je maudis alors les doutes stériles, et j’interrogeai mon cœur, et par lui je résolus, ayant ouï la plainte de mes frères — sans pensées et sans raisonnements, — d’aller et de secourir, autant que j’en aurais la force.

J’ai élu pour divinités l’amour et l’universel pardon. De leur flamme sacrée, j’enflammais chacun de mes vers et j’apportais dans notre cercle amical le même chant d’amour, de tristesse et d’oubli... »

(1883).


Dans la Brume
Un temps était où, d’un pas puissant et assuré, nous entrions dans le monde.

Le doute cruel ne troublait point alors notre jeune esprit. Tels des enfants, nous avions foi en la science et le bonheur, en la vérité et les hommes.

Intrépides à toute tempête, nous exposions notre poitrine.

Fièrement, nos rêves nous appelaient à vivre pour autrui, à le servir, et tous ardemment nous souhaitions ne point vivre en vain.

Nous pensions : « Le temps est proche où nous répandrons partout la lumière, où, du poids de ses fers, nous délivrerons l’idée enchaînée, où, telle une aube miraculeuse, brilleront partout sur la terre la liberté, l’honneur, la vérité, la science et le travail noble et sacré.

Nous nous mettions en route avec le désir d’être utiles et, peu à peu, nous parvenions au terme de notre carrière. Nous marchions avec honneur, et du commencement jusqu’au crépuscule de nos jours, pour nous résonnait la voix de l’idéal : « En avant pour le monde et pour les hommes ! »
Mais depuis longtemps, ces années se sont envolées. La vie suivait son cours monotone.

Et avec le passé nous nous sommes à jamais séparés. Nous vécûmes d’une autre vie.

Nous oubliâmes nos aspirations... Tels des songes : elles passèrent pour nous et nos rêves d’antan nous semblent étranges et ridicules. Nous entrons dans le monde en négateurs universels, sans désir d’être utiles. Notre rire vulgaire est prêt à bafouer, sans comprendre tout ce qui est lumière. Nous traitons le sentiment de préjugé et notre sein renferme un enfer de doutes. À l’Art nous arrachâmes sa couronne d’or et nous en ceignîmes la débauche.

Et éclaboussant de la fange du dédain les âmes qui sont fortes encore, nous traversons la vie, à la sainteté attentant d’une main hardie !...

Réveille-toi donc, toi, au cœur de qui sont vivaces encore les aspirations des jours meilleurs et lumineux, toi qui n’as point étouffé en ta poitrine les généreux élans !

En avant, vers l’aube de science, luttant contre les ténèbres épaisses de la nuit, afin que sur la terre brille de nouveau l’éblouissante lumière.

(1878).
En avant !
En avant, oublie tes douleurs, ne recule point devant l’orage, combats pour la lueur lointaine de l’aube qui a luit dans les ténèbres de la nuit !

Travaille, tant que tes bras sont forts, ne perds pas l’espérance sereine, au nom de la lumière et de la science élève ton juste flambeau !

Qu’importe, si on te stigmatise par le dédain, si avec haine le verdict hâtif de la foule te jette un reproche insensé : va, sans que ton âme s’abatte, le long de ta route frayée, exposant ta jeune poitrine à toutes les tempêtes de la vie laborieuse.

Éveille ceux qui sont endormis dans la brume profonde, tends la main à ceux qui sont tombés et, tel un rayon vivant, jette dans la foule le verbe de vérité.

(1878).


Il est des souffrances plus horribles que la torture elle-même : c’est l’angoisse des nuits sans sommeil, les affres des élans vigoureux, mais vains, de l’esprit hors des lourdes entraves.

Terribles sont ces instants d’orage intellectuel : la pensée s’engourdit après un long combat... Et dans la poitrine, aucune larme réconciliée, aucune bienfaisante prière !...

Le mystère, le mystère menaçant et éternel torture l’esprit fatigué par la lutte... et toute la vanité des hypothèses et des rêves, en une torture angoissante, meurtrit l’âme... Tu serais heureux de les fuir, mais où courir ? Oh, ils ne laisseront point de repos et, insidieusement, ils s’insinueront dans l’âme, tel un voleur... En un cauchemar, ils s’appesantiront sur ta poitrine. N’importe où tu seras, ils ne t’abandonneront point et, par une inféconde tristesse, ils dessécheront ton corps, si tu ne sais point te leurrer ou d’un seul coup en finir avec la vie...

(1880).


Notre génération ne connut point l’adolescence... La jeunesse est devenue un conte des années envolées. En notre temps, de bonne heure, la pensée empoisonne l’essor des énergies premières et la floraison des premiers sentiments.

Qui d’entre nous aima, oublieux de l’univers entier ? Qui ne renia point ses dieux ? Quelle âme ne fut point accablée en un découragement servile ? Qui ne jeta point son bouclier devant l’ennemi ? La sénilité envahit nos cœurs presque dès le berceau. L’incrédulité nous torture, le spleen nous ronge... Le désir passionné lui-même nous est inconnu et même nous haïssons dans l’ombre !...

Oh ! malédiction au sommeil qui tua en nous les forces ! De l’air, de l’espace, des discours enflammés, afin de vivre pour la vie, et non pour le sépulcre, de tout le battement des nerfs, de tout le feu de la passion ! Oh ! malédiction aux râles de l’impuissance servile ! Nous ne réparerons plus l’abattement des jours morts ! Enflammez-vous, regards ; éployez-vous, ailes ; poitrine palpitante, soulève-toi en un essor ! Au travail, solidairement, en guerre contre le vice, le cœur avec le cœur fraternel, la main dans la main, afin que nul ne puisse proférer en un reproche :

« Que n’ai-je vécu aux siècles écoulés ! »...

(1884).


Il est un sombre abîme, — celui de la négation. Devant lui, ne baisse point tes yeux effrayés, et, avec fermeté, le flambeau de science à la main, descends dans les froides et mornes ténèbres qui errent en lui.

Devant toi, tu rencontreras bien des horreurs, et tu briseras à jamais bien des illusions lumineuses... et, peut-être bien des fois courbant la tête, tu maudiras, sombre, l’instant de ta naissance ! Mais ne crains point, descends jusqu’au fond, sans lassitude, oublieux du luxuriant et clair printemps qui règne en fleurs au-dessus de toi, de la vie qui bruisse, se jouant de la foule qui se meut et du flot qui murmure...

Et voici, déjà tu es au fond... Comme elles sont tristes, comme elles sont désolées, les parois de roche noire qui s’élèvent alentour ; comme les ténèbres sont profondes, — les ténèbres de plomb du tombeau... (1884).

De jour en jour, il devient plus difficile de respirer et de combattre. Les lâches amis sont si prudents en amitiés, les adversaires déshonnêtes ne se lassent point de torturer... les belles paroles sont si semblables à des fantômes, si mensongères...

Traductions de Lucien Ponsinet
Mon ami, mon frère, mon frère souffrant et abattu,

Qui que tu sois, ne perds pas courage.

Que l’injustice et la méchanceté règnent souverainement

Sur la terre arrosée de larmes,

Que le saint idéal soit outragé et foulé aux pieds,

Et que le sang innocent soit répandu goutte à goutte,

Sois assuré que le temps approche où Baal périra,

Et où l’amour reviendra sur la terre.

Ce n’est ni couronné d’épines, ni chargé de chaînes,

Ni les épaules courbées sous la croix,

Qu’il viendra dans ce monde, mais avec toute sa force, avec toute sa gloire,

Tenant le flambeau éclatant du bonheur.

Il n’y aura plus sur terre ni larmes ni haines,

Plus de tombeaux sans croix1, plus d’esclaves.

Plus de besoins, plus de misère noire et meurtrière,

Plus de glaives, ni de gibets.
O mon ami ! Cet avenir brillant n’est pas une illusion,

Ce n’est point une vaine espérance.

Regarde derrière toi : le mal est devenu trop lourd,

La nuit s’est étendue trop sombre.

Les hommes se lasseront de souffrir, ils étoufferont dans le sang,

Ils se fatigueront de la lutte :

Vers l’amour, vers l’amour pur, ils lèveront

Leurs yeux pleins d’une prière désespérée.

Je ne prie pas Celui dont mon âme ose à peine

Prononcer le nom ; étonné, déconcerté,

Devant Lui mon esprit se tait

Lorsqu’il veut l’atteindre dans son orgueil insensé.

Je ne prie pas Celui devant les autels de qui

La foule humblement s’agenouille,

L’encens fume et répand des flots de parfum,

Les feux vacillent et les chants résonnent.

Je ne prie pas Celui qu’environne la multitude

Des anges, saisis d’un frissonnement sacré,

Et dont le trône invisible derrière les astres éclatants

Règne sur les mondes épars dans l’espace,

Non, je suis muet devant Lui ! La conscience profonde

De mon néant ferme ma bouche.

Puis je reste confondu, non devant sa puissance de Roi,

Mais devant sa passion et sa croix.

Mon Dieu est le Dieu de ceux qui souffrent, un Dieu baigné de sang,

Un Dieu homme, un frère avec une âme céleste :

Devant la souffrance et l’amour pur

Je m’incline dans une prière ardente.


La Jeune Chrétienne
Les ténèbres couvrent l’orgueilleuse Rome, endormie dans l’ombre de ses jardins aux arbres séculaires ; rien ne trouble la paix de ses palais qui s’étendent en rangées silencieuses. Le calme d’un minuit de printemps règne sur ses places désertes. L’éclat capricieux de la lune tremblote sur les flots du fleuve ; le Tibre coule lumineux entre ses rivages sombres ; ses eaux, mugissantes et pensives, se hâtent vers le lointain.
Pressant dans ses mains le crucifix, et la tête inclinée sur sa poitrine, une jeune chrétienne sommeille entre les murs grisâtres de son cachot humide. Inutiles ont été les efforts de ses bourreaux sans pitié : ni promesses, ni tortures n’ont ébranlé sa foi. Condamnée à mort par un juge inhumain, elle va comparaître dans les cieux devant un autre Juge. Le désir de tout sacrifier au ciel l’enflamme, elle approche du terme de son supplice, du but de son chemin épineux. Elle voit en songe les champs natals, les sinuosités bleues de la rivière, les chaumières entourées d’orangers et de chênes, asiles de sa jeunesse. Elle revit les jours de ses joies paisibles ; mais ils ne réveillent en elle ni regrets ni émotions ; elle s’est habituée à regarder sans intérêt les choses de la terre. Elle ne regrette pas la vie. L’âme remplie d’espérances célestes, elle a tué en elle, sans pitié et sans larmes, l’essaim des désirs terrestres et la foule jeune des rêves splendides. Elle est prête à immoler sur l’autel du Christ et de Dieu tout ce qui ornait sa route, tout ce qui éclairait son chemin.
Il dort en paix, le palais de Néron, qui fièrement s’élève au-dessus du fleuve ; et tout autour, réunis comme par familles, se dressent les bosquets de peupliers à la taille svelte et droite. Obscur et embaumé de parfums, le parc repose tranquillement ; dans l’ombre murmurent les sources fraîches aux eaux limpides. À l’horizon, les montagnes échancrent le ciel de leurs dentelures élevées, et, comme un manteau, la nuit s’étend sur les forêts sacrées.
Tout est endormi. Seul, le triste Albin est assis pensif auprès de sa fenêtre, l’âme agitée d’une pensée pénible et désolante. Lui, l’ennemi des chrétiens, le patricien superbe, le héros éprouvé dans les combats, tient la tête penchée comme un esclave, sous le joug d’une passion qui l’étonné. Il fuit la foule, les festins et le bruit, et, sous la protection de la nuit silencieuse, une rêverie brûlante, toujours la même, dévore son cœur plein d’angoisse. Une illusion audacieuse fait luire à ses yeux le bonheur céleste. Son imagination évoque des tableaux passionnés. Dans la demi-obscurité de cette nuit printanière, il revoit une image chérie, des traits qu’il aime, des yeux pleins d’une sainte espérance. Dès que la jeune fille avait été amenée devant lui pour être jugée, son cœur insensible s’était réveillé d’un long assoupissement. La débauche du palais avait momentanément tué dans son âme les nobles aspirations. Mais la flamme de l’amour a, comme un glaive, tranché la chaîne du vice. En prononçant la peine de mort contre Marie, le fils du palais, l’enfant orgueilleux de Rome, était déjà sans le savoir un chrétien dans l’âme. Il écoutait avec une attention avide les paroles de la belle prisonnière, et la foi lumineuse jetait déjà dans son cœur des racines profondes. L’amour et la foi ont vaincu en lui les erreurs des premiers jours ; leurs charmes irrésistibles ont troublé son âme dédaigneuse.
Les rayons brillants de l’aube s’allumaient sur le ciel bleu, et tout autour la lumière se répandait capricieusement en flots de feu. Par derrière, le soleil resplendissait au milieu de son auréole de flammes ; voilà que son disque apparaît orgueilleusement pour éclairer l’univers. Rome se réveille ; le peuple en foule accourt avec bruit vers l’amphithéâtre. Dans le cirque, rempli jusqu’au faîte, bouillonnent les flots nuancés de la plèbe. Néron occupe une loge somptueusement décorée ; couvert d’un manteau de pourpre, étincelant d’argent et d’or, il est assis au milieu de ses courtisans. Parmi tous se distingue Albin, le jeune patricien, le cœur serré d’une pensée douloureuse, beau et morne comme la nuit.
La foule s’agite et murmure, impatiente, sur les places qui lui ont été assignées. Enfin, le signal est donné : la porte crie sur ses gonds rouillés, et dans l’arène s’élance une jeune tigresse... Derrière elle, d’un pas ferme, s’avance la victime, un crucifix à la main, vêtue d’une robe blanche ; dans ses yeux brille une fermeté calme. L’agitation générale s’est changée en un silence de tombeau. Saisi et charmé de cette beauté céleste, Albin pencha la tête, devenu pâle comme un mort2 ; ........... puis, tout à coup, devant la foule apaisée retentit une voix enchanteresse.
« Pour la dernière fois, j’ouvre ma bouche tremblante. Pardon : ô Rome ! je meurs pour la foi en mon Christ ! Dans ce moment suprême, je pardonne à mes bourreaux ; pour eux, j’emporte au ciel ma dernière prière. Que le Sauveur ne les condamne pas pour avoir versé mon sang, mais que le divin Maître les admette dans sa grande famille ! Qu’il fasse briller dans leurs cœurs glacés la lumière de sa pure doctrine, et qu’il répande sur leur vie orageuse son paradis d’amour et de paix ! »
Elle se tut. Le silence régna sur toutes les lèvres ; il semblait que la pitié allait éclater dans leurs cœurs endurcis Soudain, dans l’arène, en face de la foule, parut Albin, les yeux étincelants ; il s’écria : « Je mourrai avec toi... Rome ! je suis chrétien ! »
Le cirque trembla, s’ébranla, se souleva comme une forêt que secoue un orage d’automne. Le fauve effrayé recula, s’adossant contre la porte fatale. Puis voilà qu’il s’avance en rampant, il se traîne sans bruit, comme un serpent... il bondit... ; un jet de sang chaud rougit la terre. À cette mort sainte, à ce martyre, Rome répond par un rire bestial ; un tonnerre sauvage d’applaudissements couvre leurs dernières paroles.
Ce récit nous est venu d’une antiquité lointaine ; la tradition impartiale nous a transmis les noms de ces saints. Le peuple a retenu pieusement dans sa mémoire comment les hommes de l’ancien temps savaient croire et aimer.
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