Discours sur l'origine des langues





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Le travail


Préliminaires.



« L'homme et naturellement paresseux. On dirait qu'il ne vit que pour dormir, végéter, rester immobile […] C'est pour parvenir au repos que chacun travaille ; c'est encore la paresse qui nous rend laborieux. » Rousseau. Discours sur l'origine des langues.
ROUSSEAU présuppose une paresse naturelle. Il veut dire que chacun peut avoir une image subjective du bonheur mais naturellement nous l'associons au « farniente » qui signifie ne rien faire. Si certains effectivement aiment dormir, se prélasser, ne « rien faire de leurs dix doigts », pour d’autres être ainsi dans le désœuvrement est d'un ennui mortel, ce qu'ils refusent c’est de consacrer du temps au travail, activité perçue comme ennuyeuse et pénible, pour se consacrer à des occupations choisies car aimées et désirées : amour, jeux, fêtes, plaisirs, loisirs divers… à des divertissements. On comprend le paradoxe de sa pensée : si on travaille c’est pour produire des outils, des machines… qui feront le travail à notre place et alors on sera libéré du travail, on ne travaille donc que par paresse.

Limites : dans notre monde contemporain, on travaille surtout pour consommer car l’homme est devenu un « producteur-consommateur »dit Marcuse dans L'Homme unidimensionnel (1964) critique la technique et la science telles qu'elles sont prises (notamment aux Etats-Unis) dans l'engrenage d'une croissance illimitée qui annihile les hommes et leur esprit critique, au lieu de permettre, par leur haut niveau, la libération des travailleurs par rapport à leurs instruments de production. Au lieu d’être libérés par elles ils sont aliénés : ils produisent plus pour consommer plus ( CF . : cours sur La technique)
Paul LAFARGUE, gendre et disciple de Karl Marx publie en 1880 un pamphlet intitulé Le droit à la paresse c’est pour s’opposer au mouvement ouvrier européen qui vient de faire du « droit au travail » une revendication. La paresse est conçue comme un refus de travailler, Lafargue revendique au contraire un « droit à la paresse », une sorte de grève larvée, mais surtout la remise en cause de l’orientation des sociétés européennes issues de la révolution industrielle, le travail est devenu la valeur essentielle au point d’être revendiquée, non plus comme un devoir (devoir de servir le maître) mais comme un droit. Fascinés par les développements industriels les hommes ont cru que le travail allait les libérer d’une nature hostile et paradoxalement il est revendiqué par ceux-mêmes qui en souffrent le plus, les ouvriers. Or Marx avait établi la différence entre l’esclave du monde antique et médiéval, et le salarié du monde moderne. L’esclave est une propriété de son maître mais il conserve de la valeur, même si sa situation n’est pas enviable. Il avait de la valeur de par sa force, de par son habileté. L’esclave produit pour satisfaire les besoins de son maître, il donne à ses semblables ce qui est nécessaire à leur vie. Dans la société marchande, moderne, le travail moderne ne produit plus pour satisfaire les besoins mais pour le commerce. Le produit du travail salarié est devenu une marchandise qui ne vaut qu’en fonction de ce qu’on en retire du marché. Le travail est devenu une abstraction variable selon les lois du marché qui donnent leur valeur au travailleur, non plus en fonction de sa force ou de son habileté mais en fonction de la valeur marchande de sa production, laquelle lui échappe complètement car elle dépend de la demande. La misère de la condition ouvrière n’est plus la dureté de l’effort dans le labeur mais l’abstraction de sa condition : une œuvre produite peut n’avoir aucune valeur si ce que le travailleur produit n’est pas vendu sur le marché. L’œuvre produite perd toute relation avec le travail qui l’a engendrée. Le travail est réduit à n’être qu’un moyen de fournir au marché de quoi réaliser des profits financiers. La valeur de l’œuvre réalisée ne dépend plus du travail.

La situation du capitaliste n’est pas vraiment différente puisqu’il doit être l’instrument d’un vaste rouage qui est cette grande machine qui ne cherche qu’à réaliser des profits. Le chef d’entreprise se déshumanise car sa valeur est dépendante de celle des marchandises qu’il commercialise. Le travail a évolué : il n’est plus la technique qui permet à l’homme de s’humaniser, d’être reconnu par les autres hommes en intégrant une place dans la société en leur donnant de quoi vivre, mais les travailleurs sont devenus des éléments d’un processus qui leur échappe, le hasard lié au marché. L’homme (salarié ou patron) ne vaut que dans la mesure où il permet au capital d’augmenter. Hors du capital l’homme n’est plus rien. Le pire est la misère de l’homme privé de salaire : sa force de travail est intacte et malgré tout il ne vaut rien, le chômeur ne vaut rien car son existence est séparée de la production de marchandises.

LA FONTAINE : dans La cigale et la fourmi, le riche laboureur dit à ses enfants : « Travaillez, prenez de la peine… ». Pour la cigale, qui est paresseuse, la fourmi est chagrine, elle se refuse à prêter...car le travail coûte de la peine, au point que les « fourmis » que sont les hommes, qui creusaient les galeries dans le sol, se préparaient à aller, avant l'aube, "au chagrin", c'est- à -dire "au charbon", le chagrin serait l'attitude maussade de mécontentement du travailleur insatisfait par son sort... ou par la tâche (la servitude) qui lui est assignée. Le travail est associé à la peine, à la souffrance, à la contrainte.
Ceci pose des problèmes : Bonheur, liberté et travail sont-ils opposés ou le bonheur et la liberté peuvent ils se réaliser dans le travail ? La valeur d’un homme se mesure-t-elle à son intégration dans le monde du commerce, à la production de marchandises, ou tient-elle d’autres facteurs humains telle qu’une dignité intrinsèque ?
L’HISTOIRE DU TRAVAIL montre que les hommes n’ont pas toujours pensé le travail comme on le pense de nos jours.

La constitution du concept de travail est lente et présuppose l’apparition de certains types de rapports sociaux qui surgiront au cours de l’histoire. On va commencer à s’intéresser au travail surtout à partir du XV° s. Depuis qu’il existe en tant qu’homme –, habilis, ergaster ( érectus), sapiens  – l’homme déploie des activités pour subsister. Directement d’abord (cueillir, chasser…), puis des activités pour faciliter les activités de subsistance (outiller…), puis des activités pour faciliter celles-ci (automatiser l’outillage, les machines, les robots : ce terme dérivé du mot robota, corvée seigneuriale, travail de serf dans les langues slaves. Ex. : « robotnik », le travailleur, en tchèque. On nomme robot un dispositif mécanique accomplissant automatiquement des tâches généralement considérées dangereuses ou pénibles pour un humain.) etc. Or, durant très longtemps, ces activités n’ont pas été perçues ou définies comme du « travail ». On allait aux champs, on pêchait, on cuisinait, on faisait commerce… : on ne « travaillait » pas. On préférait sans soute fêter les moissons que moissonner, mais on ne séparait pas son temps de travail de son temps personnel, son temps de loisir. On ne travaillait pas plus en coupant son bois pour soi qu’en besognant pour un maître : on ignorait le travail, si on n’ignorait pas sa fatigue. Les langues le disent. En français, ce sens de travail n’apparaît qu’à la fin du XVe siècle. Si avant on ne parle pas de travail c’est parce qu’on était dans une société esclavagiste, dès lors que l’on commence à arrêter de céder sa personne comme esclave, mais qu’on consacre volontairement sa personne à l’ activité pour produire un bien, il faut inventer le travail et lui donner un nom : en français, ce mot « travail » ( dérivé du latin tripalium », voir dans la suite du cours) n’apparaît qu’à la fin du XVe siècle, dans une société marchande, reposant sur l’échange de biens.

A ) Dans l’Antiquité : Société artisanale, esclavagiste.
Dans les sociétés traditionnelles, le travail n’est pas séparé des autres activités humaines. Il apparaît comme nécessité et malédiction, utile, intéressé, lutte pour la vie, contre la mort.

En ce sens il s’oppose au loisir, à l’activité libre qui est désintéressée. Le loisir est le temps qui permet, par exemple, de s’adonner à la sagesse, à la science et à la philosophie (A noter que de nos jours on considère ce « loisir » comme un travail intellectuel, alors que le loisir est le moment pendant lequel on ne travaille pas, le loisir est le temps disponible en dehors du temps de travail).




Le présupposé : la nature est marâtre, rareté des ressources, ceci implique que la nécessité de travailler s’inscrit dans la lutte contre la mort, pour satisfaire les besoins et la vie.


Notes : ROUSSEAU critiquera ce présupposé : il décrit dans l'état de nature, une nature originellement parfaite, généreuse (eau, fruits…), satisfaisant les besoins de l'homme, qui est comblé car ses désirs se limitent aux besoins naturels. La conséquence est que l’homme n'éprouve pas le besoin de travailler, il est indolent. Si cet état de nature est perdu et que la nécessité de travailler apparaît, la raison du travail est la croissance du genre humain « A mesure que le genre humain s'étendit, les peines se multiplièrent avec les hommes. » ( Rousseau. Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes). L'état de nature était viable pour quelques hommes solitaires, peu nombreux, la nature était bienfaisante avec cet homme. Mais quand les hommes ont commencé à se regrouper, leur nombre a augmenté et la nature est devenue pauvre en fruits pour satisfaire cette quantité d’individus devenue importante. Si les Anciens disaient de façon catégorique que le travail était lié à la rareté des ressources, Rousseau relativise cette idée de rareté en la rapportant aux consommateurs potentiels. Dans une telle optique le travail est une nécessité dont la rigueur sera plus ou moins variable selon le milieu naturel mais aussi selon la démographie.

Il est évident que la nécessité de travailler n'est pas la même dans les régions surpeuplées comme l'Europe occidentale, le Japon, l'Amérique du Nord... ou au Groenland , certaines régions d'Afrique, d’Océanie... peu peuplées.

Le malthusianisme. En 1798 le pasteur anglican et un économiste britannique de l'École classique (17661834) Thomas Robert MALTHUS (17661834) fait paraître Essai sur le principe de population dans lequel il montre que la production des biens de subsistance croit selon une progression arithmétique (1,2,3,4,5,6…), alors que la population croit en vertu d'une progression géométrique (1,2,4,8,16,32,64…). Il en conclut à l'inévitabilité de catastrophes démographiques, à moins d'empêcher la population de croître. Les anciens régulateurs démographiques (les guerres et les épidémies) ne jouant plus leur rôle, il imagine de nouveaux obstacles, comme la limitation de la taille des familles ou le recul de l'âge du mariage pour la population pauvre – ces restrictions étant volontaires. Il prône aussi l'arrêt de toute aide aux nécessiteux. Les politiques de restriction démographique inspirées de Malthus sont appelées « malthusiennes ».
Cependant si on prétend souvent que le travail était dévalorisé dans l’Antiquité, en fait les philosophes ont en réalité nuancé leurs propos.
Les représentations  et les rectifications :
1 / Dans la Bible. La tradition judéo-chrétienne est l’influence qui a le plus marqué notre conception du travail ( plus que la tradition grecque).

Les représentations : Adam et Eve, chassés du paradis, sont condamnés, à cause de leur faute, à travailler pour l’un, et à accoucher dans la souffrance pour l’autre ( accoucher, c’est « être en travail »). Le travail apparaît comme une malédiction, une violence, car il est issu d’une faute originelle. Travail, sueur, douleur (physique), souffrance (morale) en sont la sanction.
Le récit biblique sépare le temps d’avant la chute qui est celui du bonheur dans le jardin d'Éden et le temps d'après qui est celui du malheur de l'homme jeté sur la terre. Si l'homme est enchaîné à la malédiction du travail c’est parce que la nature autour de lui a changé : dans le jardin d'Éden, les fruits poussaient en abondance grâce à la bienveillance de Dieu et sans que l'homme ait à travailler. Sur terre la nature n'est plus la mère nourricière mais elle est au contraire une marâtre qui ne donne rien d'elle-même. La vie est une conquête sur l'inertie de la nature ou de la matière, et sur l’inertie de l’homme, contre son indolence.




Pour lutter il faudra entrer dans l’ère de la culture, mot qui se décline en deux sens : cultiver la terre et se cultiver. Le mot « culture » provient du latin « cultura » et apparaît en langue française vers la fin du XIII ème siècle désignant soit une pièce de terre cultivée, soit le culte religieux, pour rendre l’homme humain, plus largement est culture tout ce que l’homme ajoute à la nature. Aujourd’hui, le terme « culture » admet une pluralité de sens et de multiples usages, il s’emploie ainsi dans les domaines les plus variés et permet de désigner des phénomènes très dissemblables. La culture comprend la science, la technique, la religion, la magie, le droit, l’art, la philosophie ... Ce terme sert à désigner l’ensemble des activités, des croyances et des pratiques communes à une société ou à un groupe social particulier.
Cette lutte pour forcer la matière à ce qu'elle ne veut pas, est par définition pénible, comme tout mouvement qui vise à contrarier une tendance opposée : l'homme aspire au repos, la nécessité du travail doit s'imposer contre la tentation de « baisser les bras », de chercher seulement du plaisir.
Le travail est doublement pénible car il est lutte contre la nature avare et lutte contre soi-même.
Sans le travail l'homme est voué à la mort. Le travail est une lutte de la vie contre l’impérieuse nécessité de la mort.
Dieu avait instauré une limite à l’homme en disant « Tu mangeras de tout arbre du jardin », sauf de l’arbre de la « connaissance du bien et du mal ». Eve, poussée par le serpent de la jalousie qui l’a manipulée en lui faisant croire que Dieu, s’était réservé cet arbre pour lui tout seul veut supprimer cette limite (pourquoi lui et pas moi ?). Le serpent de la jalousie lui a parlé et elle l’a écouté, elle transgresse l’interdit, la limite que Dieu a fixée. Le mot « péché » n’est pas prononcé dans le texte, mais l’Eglise en fera le « péché originel ». Dieu dit à Adam «  puisque tu as écouté la voix de ta femme…plutôt que celle du divin » « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Le travail apparaît comme une condamnation. La sanction est l’émergence d’une autre limite qui remplace l’interdit sur l’arbre de la connaissance : il est désormais interdit de rester dans le lieu d’origine (le paradis) pour apaiser la peur. Après avoir désobéi Adam et Eve ont connu qu’ils étaient nus, ils ont compris qu’ils étaient à découvert face au regard de Dieu, ils ont eu honte de leur passé qui est visible au présent ( ils ont succombé à la tentation c’est-à-dire au narcissisme et à son effet : la jalousie, ils ont eu peur de s’être vus nus et de demeurer nus sous leur regard et sous le regard de Dieu et de l’Autre humain. Ils se couvrent ( pour ne plus être à « découvert », ils se cachent, pour tenter de refouler ce regard. Mais l’Autre ( Adam ou Eve) le voit couvert, caché, par la feuille de vigne qui cache le sexe, mais qui, en même temps, révèle le désir éprouvé de devenir les égaux de Dieu, être sans interdit, sans limite. La peur de la nudité est la peur de la faute morale, visible ; la peur du regard de l’Autre c’est la peur de sa propre image, la peur d’être vu en défaut, d’être jugé, rejeté par ce regard de l’Autre qui voit, au delà de la nudité, les choses mauvaises que la conscience humaine ressent (narcissisme, jalousie). Le travail permettra de faire des vêtements pour cacher cette nudité. Il apparaît comme une condamnation divine de cette faute originelle. Les termes utilisés, ayant la même racine, indique le double travail à effectuer. Adam ( l’homme) est fait de la même matière que la terre ( qui se dit adama), condamné à travailler cette terre ( adama) et à effectuer un travail sur lui-même (Adam) avant de retourner à la terre, à sa mort.

«  Maudit soit le sol à cause de toi !

A force de peine tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie » (Genèse.3,17).

Dieu a créé le monde en six jours, et le septième il se reposa. L’homme doit suivre le cycle divin : travailler six jours et se reposer le septième. Plus loin, quand Caïn tue son frère Abel, il est dit que non seulement il devra travailler la terre, mais en plus, son travail restera stérile, il doit travailler sans cesse. Cela laisse supposer que dans un état paradisiaque, l’homme pouvait se donner du loisir, mais aussi que la vraie vie, est ailleurs et au-delà, sans ce fardeau qu’est le travail. La chute de l’homme, c’est sa déchéance, et la déchéance l’entraîne à être jeté hors du paradis, maudit pour avoir outrepassé le défendu et sa punition se réalise dans le travail et la souffrance.

La Bible accepte l’esclavage mais pour une durée limitée à sept ans.

Exode 21: 2 « Si tu achètes un esclave hébreu, il servira six années; mais la septième, il sortira libre, sans rien payer.
Deutéronome » 15:12 « Si l`un de tes frères hébreux, homme ou femme, se vend à toi, il te servira six années; mais la septième année, tu le renverras libre de chez toi. »

Les rectifications : il est à noter que Dieu ne condamne que l'homme au travail. Le serpent est puni ( il rampera toute son existence) mais il n'est pas condamné à travailler, de même que tous les animaux, rescapés de l'arche de Noé, n'auront qu'à laisser faire la nature pour que la vie animale soit possible. La vie humaine par contre ne peut se réaliser qu’en s’opposant, par le travail, à la nature. Mais penser que le travail est une malédiction de Dieu, c'est sous-évaluer la sagesse divine. Le récit de la tentation est fait pour marquer l'origine de la différence entre l'animal et l'homme. L'animal est entièrement déterminé. Seul un être libre peut être susceptible d'être tenté, d’être confronté à une alternative propre à tout choix libre, soit il résiste, soit il cède à la tentation.

C’est donc paradoxalement par un fait de liberté que l'homme se trouve condamné à la nécessité de travailler.

L’angoisse ressentie par Adam et Eve, face à ce désir d’être semblable à Dieu, va être transformée en effort, en travail. L’arbre qui lui était interdit est l'arbre qui permet de connaître le bien le mal. Ce qui leur est proposé en réalité dans cette tentation c'est de sortir de leur état d'ignorance, de la condition d’« imbécile heureux » qui était la leur au jardin d'Éden. L’homme a voulu s’émanciper de Dieu, alors il faut assumer cette liberté, sa vie et celle qu’il transmet : gagner sa vie en travaillant, ou donner la vie, accoucher dans le « travail ». Cet asservissement à la matière est associé à la connaissance qui délivre l'homme de cet asservissement de l'esprit qui est dans son ignorance première. Le début d'une lutte contre la nature hostile est en même temps instauration d'un temps historique. L'homme aux prises avec la matière entre dans une histoire dont les événements sont marqués par les victoires de son esprit sur l'inertie de cette même matière ( Rousseau dira qu'il n'y a pas d'histoire des périodes heureuses, l’histoire est lutte). On peut penser que, dans ce récit de la Genèse, Dieu voulait trouver un prétexte pour amener l'homme à se connaître lui-même en se forçant à se mettre au travail.

Daniel Sibony (Lectures bibliques, Odile Jacob, octobre 2006) écrit « L’humain n’est pas maudit : il est pris au mot de son émancipation. Tu veux être libre ? eh bien, tu l’es ; assume ta vie et celle que tu transmets. Assume les effets de l’amour. C’est un pur constat. Et que serait l’homme s’il n’avait rien à faire pour subsister ? Que serait un accouchement si la mère n’en avait aucun souci ? […] Les deux paroles dites à l’homme et à la femme ne sont pas si différentes : le travail de l’homme est marqué par le souci, par l’attente qu’un travail porte ses fruits ; le souci de la femme qui enfante s’éprouve dans le travail de mise au monde et des soins à l’enfant. Deux rythmes, l’un de gestion, et l’autre de gestation. […] on travaille le lien à l’Autre, à l’être, au monde. […] Et, à ce double travail (produire et se reproduire) s'ajoutera un troisième travail : travail de rendre grâce à l'être divin. […] L’homme et la femme sont confrontés au travail, ils n’y sont pas enfermés comme l’esclave. Ils sont poussés à être ensemble, à faire un groupe humain nombreux - à joindre les efforts pour s'approcher de l'objet manquant, pour le produire quand c’est possible . […] la sanction « condamne » l’homme à construire sa vie, son humanité ; à travailler son « être au monde » […] Insistons sur les deux aspects du travail, promus d’emblée dans la genèse : travail pour soi et travail pour l’Autre; ainsi les hommes devront aller le chercher, ce grain de vie » Daniel Sibony ajoute que le travail s'exerce sur deux lignes qui convergent : sur « le manque d'objet » et sur le «  manque à être » «  Si l'on n’a pas travaillé l'être […] On reste esclave et on perd le vrai fruit. ».

De plus Daniel Sibony ajoute que le loisir est autant valorisé que le travail: « Le jour vide n'est pas seulement un jour pour se reposer, car du repos on doit pouvoir en trouver lorsqu'on en a besoin. C’est un jour pour ouvrir l'accès à un mode d’être ou l'idée de travail est absente. […] Et ce jour vide inscrit que le travail a une valeur, mais son arrêt aussi a une valeur précieuse. […] Comment les humains entrent-il en contact avec le travail du divin ? par le jour vide » [ qui permet] «  de penser sa vie ». Ce septième jour est « un temps symbolique » « où rien ne se passe », qui fait rupture avec « le temps physique ordinaire, c’est un autre temps », car il permet de revivre la création divine originelle, de glorifier Dieu ( prières, offrandes, culte…), et de penser à son être, pour rendre un culte à Dieu et pour se cultiver.
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