Carpe diem lecture analytique corneille, «Stances à Marquise», 1658





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date de publication15.06.2017
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CARPE DIEM Lecture analytique CORNEILLE, « Stances à Marquise », 1658



[Introduction]

Poème écrit par le dramaturge Corneille pour Thérèse du Parc, comédienne très courtisée de la troupe de Molière. On la surnommait « Marquise ». Elle était célèbre pour sa beauté et pour son talent de comédienne. Mais c’est sans succès que Corneille la courtise. Le titre de ce poème en heptasyllabes crée une attente : les « stances » désignent habituellement des vers lyriques relevant d’un registre sérieux. Mais le lecteur est surpris dès le début de la lecture par le ton familier et moqueur employé par le poète.

Comment Corneille utilise-t-il le motif du CARPE DIEM ?

  1. Les thèmes du Carpe Diem 



    1. Les ravages du temps

  • Ce qui est évoqué en premier dans le poème : non pas la beauté de la femme mais la vieillesse du poète : « quelques traits un peu vieux »2, « il a ridé mon front »8, « un grison »30 (caractéristiques physiques). Et l’adverbe « si » au vers 1 introduit une concession (ss entendu : même si, malgré que) qui justifie à première vue les réserves de Marquise : le poète est vieux, contrairement à elle, et cela se voit sur son visage.

  • Le poète établit un parallèle avec Marquise dans les deux derniers vers des trois premières strophes à propos des « ravages du temps » qu’il subit : d’abord au moyen d’un avertissement « souvenez-vous.. »3-4, puis par une comparaison « comme il a ridé »7-8 et enfin par un chiasme « on m’a vu… »11-12 : il veut lui faire comprendre que la différence d’âge n’est pas un critère valable puisqu’elle aussi vieillira.

  • Le temps qui passe est aussi évoqué par le « cours des planètes » : loi universelle, et l’alternance des « jours » et des « nuits ». Mais contrairement à Ronsard, Corneille ne s’en inquiète pas, il se sert seulement de ce constat pour avertir la femme que sa beauté est éphémère.

  • Les effets du temps qui passe sont répétés dans les 2e et 3e strophes avec a même structure : 2 vers = vérité générale (d’autant plus général qu’il utilise le terme « choses ») qui sonne comme une sentence, 2 vers = conséquence inéluctable. => caractère implacable/impitoyable/inexorable du temps.

  • « le même »9 temps agit sur elle et sur lui (« nos » x2 v10) : le temps est d’abord le seul véritable acteur dans leur situation et la seule différence entre eux : Corneille suggère que cette femme n’a rien d’exceptionnel puisque sa beauté passera et elle portera demain les traces de la vieillesse qui sont celles de Corneille aujourd’hui.




    1. beauté de la femme

  • évoquée par la métaphore florale « fané vos roses » qui est un cliché très célèbre voire usé : la rose comme image de la beauté et faner comme la conséquence de l’action du temps qui passe. roses = joues ou plus généralement les attraits féminins.

  • « vous en avez qu’on adore » « belle Marquise » mais le poème ne semble pas centré sur elle : Corneille par le plus de lui-même que de cette femme.

  • le mot « charmes » est important : il désigne deux réalités différentes

Marquise : beauté physique : soumise au temps : « ceux-là seront passés » (futur antérieur)

Corneille : génie intellectuel : intemporel : « durer encore » (la durée est renforcée par l’adverbe)

  • La beauté est donc relativisée par le temps qui passe et le physique (elle) opposé au génie intellectuel (lui) dans leur rapport au temps : le premier est temporaire alors que le second confère l’immortalité.




    1. invitation à l’amour ( ?)

  • « marquise » : le premier mot est une apostrophe à la femme aimée, ce qui fait écho au « Mignonne » de Ronsard. La métrique oblige de plus à prononcer le e muet de ce surnom (cf. « Marie ») ce qui rend évident (trop ?) la référence et laisse déjà apparaître le jeu du poète (qui imite Ronsard avec une certaine distance humoristique.)

  • Utilisation de l’impératif : « souvenez-vous », « Pensez-y » qui fait écho au « cueillez » de Ronsard. Mais l’impératif n’a pas la même valeur : il s’agit ici d’une mise en garde qui rappelle le « memento mori » pour lui faire prendre conscience qu’ils sont égaux face aux ravages du temps. Cet avertissement est prononcé sur un ton autoritaire et cassant : v4, v12 la certitude du poète s’appuie sur un constat sans appel.

  • Dernière strophe « il vaut bien qu’on le courtise » : très surprenant ! Corneille retourne la situation de séduction en vantant ses « charmes qui sont assez éclatants » et surtout en lui faisant comprendre que c’est le seul moyen de faire durer sa beauté malgré le temps qui passe.  v 27-28


[Transition :] Le poète emploie un ton suffisant/condescendant/hautain/altier/arrogant et moqueur pour s’adresser à cette femme et l’ironie perce dans tout le poème : que faut-il donc décoder derrière le motif du carpe diem ? En quoi Corneille en fait-il un usage original ?


  1. L’ironie du poète



    1. La supériorité du poète

  • « vous ne vaudrez guère mieux » : le poète souligne la prétention de la femme qui ose le repousser parce qu’il est vieux en lui rappelant que le même sort l’attend.

  • « Il saura faner vos roses » : le temps est plus fort qu’elle car il fera disparaitre ses charmes MAIS pas plus fort que le poète dont les charmes semblent immortels : « charmes…pas trop d’alarmes de ces ravages du temps », « dans mille ans » (à partir de la 4èmes strophe)

  • « je » + tournures positives alors que « vous » + tournures négatives

  • « charmes » : etymo = chant incantatoire qui manifeste le pouvoir de la parole poétique : pouvoir

« vous ne passerez pour belle/qu’autant que je l’aurai dit » : (ne…que) la beauté de cette femme dans le futur dépend de sa parole poétique (mots à la rime + tournure restrictive)

=> Il se considère ainsi supérieur à elle car ses charmes féminins vont disparaitre alors que ceux du poète subsisteront.

    1. Autoglorification du poète

  • Corneille se considère presque comme un dieu (« sauver », « croire »), capable d’immortaliser ce qu’il veut v.23, selon son bon plaisir v.24, avec du succès v.26, y compris chez les générations à venir v.25.

  • « ceux que vous méprisez » périphrase désignant ses « charmes », « assez éclatants » : fausse modestie + orgueil ! « pas trop d’alarmes des ravages.. » : suffisance

  • Dans les strophes 4567, lorsqu’il évoque l’avenir, il emploie le futur de l’indicatif, mode du réel, il considère donc ce qu’il avance comme une certitude : aucune marque du doute ou de l’éventualité 

  • « quand il est fait comme moi » : il se valorise + le pronom « moi » est le deriner mot du poème !

  • Strophes 4,5,6,7 (4/8) : la moitié du poème est réservée à l’éloge du poète par lui-même.

=> Cette autoglorification sert d’appui pour présenter l’argument de Corneille

  • Sorte de chantage : c’est le poète qui choisit quelle image de Marquise restera dans les mémoires (pas de photo à l’époque !) Il veut lui faire comprendre le pouvoir de ses vers qui seront la seule trace d’elle dans le futur DONc elle a tout intérêt à ne pas le repousser si elle veut qu’il dise du bien d’elle



    1. l’inversion des rôles

  • La comparaison des deux types de charme aboutit donc à une inversion des rôles : celle qui détenait le pouvoir de séduction par sa beauté « qu’on adore » se trouve démunie devant les ravages du temps que le génie du poète ne subit pas. ce retournement est annoncé par l’adverbe « cependant ». Marquise devient donc celle qui doit courtiser au lieu d’être courtisée et Corneille le contraire.

  • N’oublions pas que Corneille est un dramaturge et que Marquise est une actrice ! C’est dans ce milieu du théâtre que Corneille joue le rôle de l’amoureux éconduit car vieillissant et elle joue le rôle qui est le sien : celui d’une actrice qui a pour objectif de plaire. Ces rôles sont stéréotypés et c’est la dimension ludique du jeu théâtral qui ressort : les deux protagonistes se prêtent à un jeu de séduction et Corneille s’amuse autant qu’il se moque de son interlocutrice. De nombreux connecteurs ordonnent le discours (convaincre ou montre le jeu comme exercice de style)

CCL : Corneille utilise le motif traditionnel du Carpe Diem avec ses trois caractéristiques majeures, mais il en détourne la fonction : au lieu d’être une invitation à l’amour et à la vie dans le présent, il s’agit d’une opposition entre la beauté physique et éphémère de Marquise et le génie immortel du poète.

Ouverture : Brassens a mis ce poème en chanson (le vers court et impair s’y prête bien) avec une réponse de l’actrice imaginée par Tristan Bernard. Cette « suite » se situe dans un registre familier et humoristique tout en disqualifiant l’argumentation de Corneille : « Peut-être que je serai vieille, / Répond Marquise, cependant / J’ai vingt-six ans, mon vieux Corneille, / Et je t’emmerde en attendant ! »12611

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