René Guy Cadou naît le 15 février 1920 à Sainte-Reine de Bretagne (Loire -atlantique)





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EXPOSE
René Guy Cadou naît le 15 février 1920 à Sainte-Reine de Bretagne (Loire –Atlantique).

En 1930, son père est nommé directeur d’école primaire à Nantes.
Sa mère  décède en 1932 (à seulement 43 ans.)
En 1936, Jean Bouhier publie un de ses poèmes dans « La Bohême », revue des étudiants de Nantes.
En 1937, les « Feuillets de l’Ilot » (dirigés par Jean Digot) publient son premier recueil « Les Brancardiers de l’aube. »

Il perd son père (56 ans) en 1940 ; cette fois, il est orphelin. La même année, il commence sa carrière d’instituteur itinérant à travers les villages de Loire –Atlantique.
Lorsque Jean Bouhier et Pierre Penon (un peintre)décident de fonder « l’Ecole de Rochefort », Bouhier reprend contact avec Cadou et lui propose en 1941 de participer à la direction des Cahiers de l’Ecole de Rochefort. Cadou est l’auteur du premier cahier, Années lumières
En 1942, il dirige la collection des Amis de Rochefort dont ses Bruits du cœur constitueront le premier volume
Le 17 juin 1943, il fait la rencontre, capitale, d’Hélène.
En 1945, enfin titulaire, Cadou est nommé instituteur adjoint à Louisfert (Loire Atlantique, près de Châteaubriant). Il subit les premières attaques de la maladie qui se révèlera être un cancer.
La publication des Visages de la solitude en 1947 marque la fin de la collection des « Amis de Rochefort. Cadou est alors un poète reconnu.
En 1948, le peintre Roger Toulouse, disciple de Max Jacob, illustre les Quatre poèmes d’amour à Hélène.
En 1950, Pierre Béarn lance un Mandat des poètes pour venir en aide financièrement à Cadou.
Le 5 mars 1951, Cadou signe le service de presse des Biens de ce monde ). IL meurt le 20 mars 1951 à Louisfert entouré d’Hélène et de Jean Rousselot ; il leur dit : « Le temps qui m’est donné que l’amour le prolonge. »
Cette mort est un catalyseur et les Amis de Rochefort renaissent en 1952 avec la publication d’Usage interne de Cadou.

Hélène ou le règne végétal est publié par Pierre Seghers en 1952.
En 1977, ses Œuvres poétiques complètes sont réunies sous le titre Poésie la vie entière dont j’utilise la dernière réédition (Seghers, 2001).

Hélène ou le règne végétal est composé d’

  • une préface

  • un groupe de poèmes sans titre

  • Les visages de solitude (1947)

  • Quatre poèmes d’amour à Hélène (1948)

  • Le diable et son train (1949)

  • Saint Antoine et compagnie (1948)

  • Les sept péchés capitaux (1949)

  • L’héritage fabuleux ( écrit en 1948-1949)

  • Ode à Serge Essénine (écrit en 1949)

  • Les biens de ce monde(1951)

  • Tout amour (écrit en 1951)


CETTE COMPOSITION EST SUR LA FEUILLE DU PLAN AVEC LES DATES DE PREMIERE EDITION OU D’ECRITURE
Dans le recueil Hélène ou le règne végétal (et dans toute l’œuvre poétique d’ailleurs), se manifestent de nombreuses interpénétrations entre les règnes (humain, végétal, animal). Ce sera ma première partie.

On assiste aussi à des combinaisons entre les quatre éléments (eau, terre, air, feu) qui feront l’objet de ma deuxième partie.

Le dernier stade de dépassement du réel amène à une fusion cosmique.



  1. L INTERPENETRATION ENTRE LES REGNES


On parle de « végétalisme » à propos de Cadou mais le « végétalisme » est un « régime alimentaire excluant tous les aliments qui ne proviennent pas du règne végétal »

Or, la poésie de Cadou ne se nourrit pas seulement de végétal mais de tous les règnes qui ont des liens entre eux : le végétal avec l’humain (1. 1), l’animal avec l’humain (1.2)


  1. 1. Végétalisation de l’humain et humanisation du végétal.


La végétalisation de l’humain (1. 1.1 ) trouve sa pleine réalisation dans l’expression de l’amour du poète pour Hélène (1.1. 2). Quant à l’humanisation du végétal, elle trouve sa source principale dans les qualités du végétal (1. 1.3).
1. 1. 1.Végétalisation de l’humain
Comparé à un légume ou un fruit, le cœur est chaud et palpable notamment dans le poème Moineaux de l’an 1920 ( c’est dans L’héritage fabuleux, 318) :
Condamnez celui qui veille sur les lys et les absinthes

Les secondes lui battent dans le cœur comme des graines de coloquintes
(La coloquinte est une cucurbitacée dont les fruits sont toxiques ; l’absinthe, une plante amère et aromatique dont on tire une liqueur alcoolique toxique)
Contrairement à beaucoup de ses amis, Cadou n’a jamais voulu monter à Paris (il n’y fait qu’un voyage en 1946). D’ailleurs, il n’a fait que de rares déplacements hors de sa Loire-Atlantique où il est né et mort. En restant en province, il préfère l’ascension morale à la réussite sociale, d’où la comparaison florale des Moineaux de l’an 1920 précédemment cité  :
Et tout à l’heure je vais jaillir du sol comme une tulipe

Vous achevez vos palabres aux Deux Magots ou bien au Lipp

Je monte dans ma chambre et prépare les feux

J’appareille tout seul vers la Face rayonnante de Dieu
La rime « tulipe/ Lipp » est riche phonétiquement et sémantiquement.

(Lippe : français : lèvre inférieure épaisse et proéminente

allemand : lèvre ou pétale labié (fleur dont la corolle présente deux lobes en forme de lèvre)

anglais : lèvre)

On assiste aussi à un mouvement d’élévation : la fleur qui monte de la terre, la chambre à l ‘étage, la quête divine avec l’image implicite d’un astre. On note aussi des majuscules valorisantes.

Ce poème évoque par ailleurs sa naissance et sa foi   :
Je crois en Dieu parce qu’il n’y a pas moyen de faire autrement

Parce que c’est tout à fait extraordinaire

D’être né un jour de Carnaval au fond de la Brière

Où rien n’est travesti
Dans le poème Les amis de Rochefort – où il évoque les rencontres dans la maison de Jean Bouhier à Rochefort-sur- Loire -, il met sur le même plan les mains et les feuillages ; les mains sont par ailleurs très présentes dans la poésie de Cadou comme les genoux (le poète est souvent agenouillé) ; les genoux sont ici comparés à de la mousse  :
Le ciel et le grand air

La flamme du clocher dégagée du tonnerre

La place de l’église

Les pelouses du toit jonchées de pierres grises

Une table encombrée de feuillages et de mains

Pour chaque ami un lendemain

[…]

Je voudrais tant rester cet hiver parmi vous

Le visage dans la mousse de vos genoux
Ce poème se trouve dans le recueil, La vie rêvée, 148

Les mains sont aussi mises sur le même plan que les feuilles dans le premier des Quatre poèmes d’amour à Hélène, 278 (c’est le 3 e poème sur la feuille) :

Et je n’ai plus songé

Qu’à te couvrir de feuilles

De mains nues et de feuilles

Pour que tu n’aies point froid
Les mains sont très présentes dans le poème 17 juin 1943 (260, c’est le 2 e des poèmes joints) :
17 juin 1943
Tu étais la présence enfantine des rêves

Tes blanches mains venaient s ‘épanouir sur mon front

[…]
Aussitôt que je vis tes yeux je te voulus

Soumise à mes deux mains tremblantes à mes lèvres
Le titre correspond à la date de sa rencontre avec Hélène. Les dates comme les localisations précises sont des balises dans le paysage sentimental du poète.

La date de leur mariage civil est le titre du 6 e poème sur la feuille.

Dans La fleur rouge (premier poème du recueil, 253, et le 1 er des poèmes joints), « deux mains se sont offertes», habituellement les mains donnent, ici elles se donnent elles-mêmes
1.1 2. Le végétal humanisé.
Le végétal possède des qualités humaines chères à Cadou dont la liberté plusieurs fois affirmées :


  • tout d’abord, dans le poème Pourquoi n’allez vous pas à Paris ? (le 4 e des poèmes joints)


Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ?

  • Mais l’odeur des lys ! Mais l’odeur des lys !


- Les rives de la Seine ont aussi leurs fleuristes

  • Mais pas assez tristes oh ! pas assez tristes !


Je suis malade du vert des feuilles et de chevaux

De servantes bousculées dans les remises du château


  • Mais les rues de Paris ont aussi leurs servantes

  • Que le diable tente ! que le diable tente !


Mais moi seul dans la grande nuit mouillée

L’odeur des lys et la campagne agenouillée
Cette amère montée du sol qui m’environne

Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne
-Tu périras d’oubli et  dévoré d’orgueil

-Oui mais l’odeur des lys la liberté des feuilles !
Ce poème se trouve dans Le diable et son train, 301

Il faut noter au passage l’importance de l’odorat dans le paysage sensuel de Cadou ; ici, « l’odeur des lys », répété plusieurs fois


On retrouve la posture agenouillée (humaine) qui s’applique ici à la campagne.

Le lys est par ailleurs une fleur privilégiée ; elle apparaît souvent, et entre autres dans le poème Moineaux de l’an 1920 déjà évoqué :

 

« Condamnez celui qui veille sur les lys… »




Dans le poème, Le 12 août au matin (dans le recueil Pleine poitrine), la liberté est « nouvelle et végétale », 176.

Dans ce même recueil, un poème s’intitule Liberté couleur des feuilles, 181
L’amour aussi est présent dans le végétal dont il se dit « malade » (amateur fou, dans le registre familier ) ; dans Pourquoi n’allez –vous pas à Paris ? il est « malade du vert des feuilles »)

Dans le poème Pour plus tard (dans L’héritage fabuleux, 314 ), le poète est « malade de luzerne. »


  1. 1.3. Hélène ou le règne végétal


Le visage de la femme est un lieu privilégié où s’opère la végétalisation ; Ainsi, dans La fleur rouge (cf. les poèmes joints)
Beaux yeux belle saison

Viviers lampes claires

Jardins qui reculez

Sans cesse l’horizon

 

On fait déjà les foins

Le long de ses paupières
De plus, on voit que l’ordonnance chronologique des saisons est modifiée par l’amour :

Et le jour se levant

Très haut dans ses prunelles

On dira « Le printemps

Est plus tôt cette année »
Cadou, qui reconnaît dans Tout amour ( dans la section du même nom), 350) tenir des propos « gentiment salaces », fait preuve de beaucoup de retenue pour nommer dans ses poèmes les parties du corps de la femme ; il recourt souvent à des métaphores que j’appellerais « fruitées » comme dans La fleur rouge.
Tous les fruits merveilleux

Tintent sur son épaule




Il parle aussi de « la double pêche de tes seins » (L’amour dans Les sept péchés capitaux, 309) ou des « lèvres premiers fruits de la saison »(L’étrange douceur, 261). Les caresses humaines dans le poème 17 juin 19 43 (sur la feuille) sont qualifiées d’un adjectif généralement appliqué aux végétaux : elles sont « vénéneuses »

L’amour sensuel entre l’homme et la femme est ainsi intégré à la « sensualité globale face à l’univers ( je cite Christian Moncelet dans Les liens de ce monde1). »


  1. 2. L’humain et l’animal.


Les animaux les plus fréquents chez Cadou sont le cheval et le chien.

Dans Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ? (cf. poèmes joints), le poète est non seulement « malade du vers des feuilles » mais aussi « de chevaux »

Assez classiquement, le chien est l’animal fidèle qui l’accompagne dans sa solitude  et il se compare à lui quand il attendait son père dans La saison de Sainte-Reine:
[…]couché sur les pieds de ma mère

Comme un bon chien un peu fautif d’avoir couru
Ce poème est dans Les visages de solitude, 277. Sainte-Reine (de Bretagne) est le lieu de sa naissance ; on voit là sa goût de la localisation  On remarque chez Cadou la tendance étudiée par Bachelard dans la Poétique de la rêverie à « condenser en un seul lieu, l’ubiquité des souvenirs les plus chers. »

Il se souvient de la « classe étouffée par le poids du jardin. » Cadou fait d’abord la rencontre du végétal apprivoisé des jardins de son enfance.

Dans le poème 31 janvier 1940 (encore une date, celle de la mort de son père), le cœur de ce dernier est comparé à un chien alors que ses poumons s’envolent comme des oiseaux :
Sur moi

Tes yeux se baissent

J’entends ton cœur qui tire encore sur sa laisse

Tes poumons s’envoler

Mon Dieu si tu allais tout à coup

T’en aller.
Ce poème est dans Grand Elan dans le recueil La vie rêvée, 119.

D'ailleurs, il y aussi beaucoup d’oiseaux dans l’univers cadoucéen


Ainsi, dans La fleur rouge (sur la feuille), « les oiseaux ne seront même pas étonnés » ; il y a complicité et compagnonnage de toutes les créatures et sa maison,, est une arche pour les « amis », les « animaux peureux » et l’ « enfant attardé. » Les « amis » sont eux-mêmes animalisés puisqu’ils viennent d’ « étables »

La poésie de Cadou est non seulement un pôle pour tous les règnes mais aussi « un trait d’union entre les 4 éléments 2» qui se combinent entre eux.


  1. LES COMBINAISONS ELEMENTAIRES


Bachelard disait dans L’eau et les rêves que si l’imagination matérielle favorise quelquefois un élément, elle « aime à jouer avec les images de leurs combinaisons.  »

Si Cadou semble privilégier la terre (et le règne végétal), il ne se prive pas de combiner les éléments entre eux.

2.1. L’air et l’eau.
La maison est une figure fréquente chez Cadou ; elle peut-être un navire partant pour un voyage aussi bien maritime qu’aérien  dans les Moineaux de l’an 1920 (déjà cité ) :

Je monte dans ma chambre et prépare les feux

J’appareille tout seul vers la face rayonnante de Dieu
Ailleurs l’air se liquéfie carrément et forme une « flaque de nuit » (Le diable et son train, 289) pour souligner la tragique solitude d’un homme qui n’a pas de chien (le compagnon fidèle par excellence, nous l’avons vu) ; c’est un homme « sans pipe sans rien »

Dans la plate Brière, pays de brouillard où l’eau est omniprésente, la frontière entre l’air et l’eau est difficilement perceptible.



  1. 2. Le feu et l’eau.


Le feu se marie à l’eau dans la magnifique image du poème La route de Lorient passe par Louisfert( Les biens de ce monde, 335) :
Et moi cherchant toujours à soulever les ouïes

Du soleil
Ce mariage est presque une transmutation lorsque à la mort de sa mère (qu’il date), il verse des larmes de feu :
30 mai 1932
Il n’y a plus que toi et moi dans la mansarde

Mon père

[…]

Il n’y a plus personne

Et tu es là

Mon père

Et comme un liseron

Mon bras grimpe à ton bras

Tu effaces mes larmes en te brûlant les doigts.
Ce poème est dans Grand élan in La vie rêvée, 109.


2.3. La terre et l’air.
Il s’agit ici surtout d’une transmutation car le subtil (l’air, le ciel) est concrétisé. Le ciel devient terre : « On marche en écrasant des mottes de ciel bleu » (dans le poème Bourgneuf-en Retz dans le recueil Bruits du cœur, 56)

La graine de notre planète peut même germer dans le ciel :
Peut-être un jour à la faveur soudaine d’un orage

Sous les coups de poing sourds d’un astre impatienté

Seras-tu de nouveau cette graine d’espace

A la recherche d’un ciel plus ferme pour germer ?
C’est dans le poème Bon souvenir (dans Les biens de ce monde, 336) 
D’autre part, Cadou dit dans Usage interne (son art poétique) : « Plus le poète se rapprochera de la terre, plus il sera aérien, plus il aura à se méfier de la fatigue de ses muscles. »

2.4. La terre et l’eau.
La maison de son enfance à Nantes est aussi un navire :

Qui descendait le long du fleuve

Et s ‘arrêtait le soir devant

Le quai Hoche au numéro 5
C’est le poème, La série noire, 265.

Toujours ce goût des localisations précises.

3.LA FUSION COSMIQUE
Cette fusion se réalise par l’entremêlement général des règnes et des éléments (3.1) et la concrétisation de l’abstrait (3.2).
3.1. L’entremêlement général des règnes et des éléments.
Dans le poème 17 juin 1943 (cf. poèmes joints), Cadou transpose la réalité unique du soleil (feu) dans des parcelles végétales :
Le soleil agitait ses brins de mimosa
Il applique aux poissons « d’argent » dans la rivière un substantif qui s’applique généralement aux êtres humains : « peuplades »

Il végétalise la nuit avec son « butin de fleurs noires »

Hélène, elle, devient élément aquatique :

« Tu ruisselais déjà le long de ma poitrine »
Dans le premier des Quatre poèmes d’amour à Hélène (sur la feuille, 278), la femme nue est identifiée à l’eau ; c’est une liaison traditionnelle étudiée par Bachelard :
Comme un fleuve s’est mis

A aimer son voyage


Un jour tu t’es trouvée

Dévêtue dans mes bras

[…]
Car t’aimais-je autrement

Qu’à travers tes eaux vives

Corps de femme un instant

Suspendu à mes doigts

Comme on l’a vu avec les métaphores « fruitées », la grande liberté de langage prônée par Cadou ne concerne pas le lexique de la sexualité.

Hélène est une femme/paysage. On le voit aux correspondances « ciel / visage », « yeux/ saison », « yeux/viviers (bassin d’eau pur l’élevage des poissons, donc eau et animal), « yeux/lampes (lumière-feu ») de La fleur rouge (sur la feuille)Elle est tout à la fois englobante et englobée dans tous les règnes et les éléments.


Le fleuve de La cité d’Orphée (Nantes) est humanisé, questionné par le poète à la recherche des écrivains qui ont vécu à Nantes :
Alors j’interrogeai le fleuve et les pontons

Comme si j’espérais trouvé André Breton

Ailleurs qu’en sa mémoire et ailleurs qu’en Histoire

Penché sur le flot noir comme un miroir
C’est dans Le diable et son train, 298.
Pour Christian Moncelet3, ce fleuve devrait être le « médiateur visuel  entre le passé et le présent.

Le motif du miroir est fréquent chez Cadou. Ici, il semble difficile de voir quoi que ce soit dans « le flot noir. » D’ailleurs, la recherche n’aboutit pas.

Par ailleurs, ce poème fait allusion à la rencontre en 1936 avec Michael Manoll, libraire, Place de Bretagne à Nantes ; Michael Manoll l’a mis en contact avec Max Jacob, Pierre Reverdy et deviendra son ami et biographe.


  1. 2. Concrétisation de l’abstrait.


Cadou matérialise des réalités abstraites comme les idées : « La voiture d’une petite idée verte dans l’allée » (Source de vie dans L’héritage fabuleux, 325)

Il matérialise aussi le rêve dans l’Ode à Serge Essénine(328) :
 Un morceau de songe qui flotte

Au bord d’un ciel tout rapiécé
Plus frappant encore est la concrétisation du Temps : « Les fumures du Temps sur le ciel répandues » (Le chant de solitude dans Les biens de ce monde, 336)

fumure : quantité de fumier ou d’engrais apporté sur un champ

Le temps est même spatialisé  dans le dernier poème du recueil Tout amour, 350

( le 5 e des poèmes joints):
Ah ! pauvre père ! auras-tu jamais deviné quel amour tu as mis en moi

Et combien j’aime à travers toi toutes les choses de la terre ?

Quel étonnement serait le tien si tu pouvais me voir maintenant

A genoux dans le lit boueux de la journée

Comme les chercheurs de beauté !

  • Seigneur ! Vous moquez-Vous ? Serait-ce là mon fils ?

Se peut-il qu’il figure à votre palmarès ?

  • O père ! j’ai voulu que ce nom de Cadou

Demeure un bruissement d’eau claire sur les cailloux !

Plutôt que le plain-chant la fugue musicale

Si tout doit s’expliquer par l’accalmie finale

Lorsque le monde aura les oreilles couchées !
Cadou dit ici explicitement son amour des « choses de la terre » qu’il doit à son père. On rencontre encore ici la posture agenouillée et l’importance des mains qui râclent le sol pour trouver la beauté

Quant au monde, il est somatisé puisqu’il a des « oreilles »



Le poète voudrait aussi dépasser les limites du réel, jusqu’à l’ « antécédence de l’être », l’ « au-delà de la naissance » C’est le propre des grands rêveurs d’après Gaston Bachelard dans La poétique de la rêverie : DEJA CITE
Moineaux de l’an 1920

La route en hiver était belle !

Et vivre je le désirais


CONCLUSION.
Bizarrement, je vais terminer cet exposé par la préface du recueil. Cadou y dit notamment : « Je parle de ce qui m’arrive » En effet, Cadou nous parle de ce qui lui arrive mais aussi de ce qui lui est arrivé (sa naissance, la mort des êtres chers, la rencontre de la femme aimée, les moments d’amitié entre autres). Sans conteste, il a suivi le conseil de Max Jacob : « Soyez humain si vous voulez être original, car personne ne l’est plus… »

Il parle aussi de ce qui lui arrivera, sa mort. Il l’a toujours sentie rôder autour de lui. Avant sa naissance, son frère, Guy Georges est décédé à huit mois et René prend la 1 ère partie de son prénom, Guy. Beaucoup de membres de sa famille (dont ses parents)sont morts jeunes. Il a toujours ressenti l’urgence de vivre et d’après les témoignages, il était ce qu’on appelle « un bon vivant » mais un bon vivant hanté par la mort et l’idée d’éternité.

Lors de l’écriture des dernières sections du recueil, il était déjà gravement malade et l’on sent dans l’écriture une progression spirituelle.

J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir René –Guy Cadou que l’on réduit souvent à la ruralité ou au régionalisme. J’espère que la beauté des quelques images (trop peu à mon goût) que je vous ai lues vous donnera envie de le lire.
[ surromantisme : « aussi éloigné de l’ouragan romantique que des chutes de vaisselles surréalistes » (Usage interne, 406)

Au-delà du romantisme et du surréalisme, Cadou est proche des romantiques allemands et de leur dimension onirique.

1 P. 71.

2 Christian Moncelet, Les liens de ce monde, p. 75.

3 Les liens de ce monde, p. 207




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