Une mise en garde face à la mondialisation





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date de publication30.04.2017
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Une mise en garde face à la mondialisation
Le respect nécessaire des différences et de l’altérité
Le récit de Babel est une formidable mise en garde, face à une mondialisation, basée sur une langue technicisée, et sur la volonté d’uniformiser les comportements économiques, politiques et culturels, sans respecter les différences et l’altérité. C’est pour répondre au souci d’Yvon Montigné que la réflexion s’oriente dans une telle direction.
Babel
Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots.

Comme les hommes se déplaçaient à l'orient,

Ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent.

Ils se dirent l'un à l'autre : "Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu".

La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier.

Ils dirent : "Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour

Dont le sommet pénètre les cieux !

Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés par toute la terre !"
Or Yahvé descendit pour voir la ville

Et la tour que les hommes avaient bâties.

Et Yahvé dit : "Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue,

Et tel est le début de leurs entreprises !

Maintenant aucun dessein ne sera irréalisable pour eux.

Allons ! Descendons ! Et là confondons leur langage

Pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres."

Yahvé les dispersa de là sur toute la terre

Et ils cessèrent de bâtir la ville.

Aussi la nomma-t-on Babel,

Car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre

Et c'est là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre.

(Bible de Jérusalem, Genèse XI — 1 à 9)

Après la désolation du déluge, l’homme, dans une prétention étonnante, cherche à refonder l’humanité. Il réalisera son rêve par le faire. C’est le projet de la cité idéale, qui émerge dans son esprit. En faisant la cité idéale, il se fera lui-même.
Une même langue

L’homme a compris qu’il a besoin d’une même langue et de mêmes mots pour faire. S’il veut maîtriser la matière, il doit commencer par maîtriser les concepts qui permettent de la comprendre et d’agir sur elle. Le mot doit se mouler sur la matière pour avoir prise sur elle. Une forme de langue commence à faire son apparition. Ce n’est pas encore la langue scientifique. C’est pour le moins une langue technique.

Ainsi l’univers technique envahit la vie de tous les jours. Et la langue faite pour communiquer dans tous les domaines de l’existence finit par se confondre avec la langue technique elle-même. Le monde s’appauvrit dangereusement, au point de se cantonner dans le domaine du faire ; l’amour et la poésie n’ont plus leur place, à moins qu’ils ne se moulent dans les standards et la répétition qui voudraient les inventer à nouveau. En voulant devenir scientifique ou technique, l’art lui-même se dissout dans l’ennui et la prétention.

Pour atteindre son but, la langue technique doit à tout prix éliminer le sujet fait de particularité et d’incommunicabilité. La parole ici est un simulacre de parole. Elle ne fait que répéter ce que lui dit la langue et contraint le manque et l’incompréhensible à l’exil. Des pans entiers de l’univers sont ainsi en train de s’effondrer.


La standardisation


Les comportements se plient à la standardisation de la langue. Un fossé se creuse entre le petit nombre de ceux qui conçoivent et la foule de ceux qui exécutent. Ainsi la plupart sont condamnés à un travail répétitif pour faire des briques toutes identiques les unes aux autres. Pour unique consolation, ils ont la perspective de participer au Grand Œuvre de la communauté. Chaque individu est lui-même comme une brique dans un grand ensemble, transformé en chose et condamné à ressembler à tous ceux qui l’entourent.
Habituellement, chacun reçoit son nom d’un autre, pour bien marquer le lien qui l’unit à l’origine de l’homme à travers une filiation qui se déroule dans l’histoire tout entière. Ici, on ne reçoit pas son nom, on va le fabriquer en réalisant le Grand Œuvre, qui marquera la suite des temps. Il sera le même pour tous, signe étincelant d’une refondation de l’humanité. Ainsi tous les malheurs passés et, en particulier, le grand désastre du déluge, seront rayés de la conscience, soulignant ainsi la volonté manifeste d’évacuer l’inconscient lui-même.
La rébellion du langage

Au bout d’un certain temps, le projet insensé de maîtriser la langue et de se fabriquer un nom se heurte au langage lui-même. Le langage, qui renferme les structures symboliques de l’homme, est toujours déjà donné. Il est ce à partir de quoi je peux parler, il me précède comme pour m’empêcher de le manipuler. Or, c’est bien à une sorte de manipulation que le projet de Babel voudrait procéder. Aussi le langage se met-il à résister : il entre dans la confusion et provoque la folie, disant ainsi qu’il ne marche pas dans le travestissement qu’on veut lui imposer. Nous ne pouvons nous heurter à l’invariant qui nous constitue sans provoquer des désastres. L’oreille se bouche et les mots qui doivent porter le sens suscitent l’incompréhension. Parce que les hommes ne s’entendent plus, la violence meurtrière est à la porte.

L’altérité absente

La confusion du langage est révélatrice d’une altérité absente. Il n’y a pas d’autre pour écouter si bien que la parole se transforme en échos qui interfèrent les uns avec les autres. C’est le brouillage des ondes de la transmission qui est ici à l’œuvre. Le brouillage, d’ailleurs, se reproduit à tous les niveaux, prenant la forme d’un mimétisme indépassable, qui affecte le désir aussi bien que la violence. Le cancer qui désorganise le corps, par la multiplication de cellules identiques, se met à perturber le psychisme lui-même et à contrarier toute émergence du sujet. En voulant tout maîtriser, l’homme n’arrive plus à réguler la machine qui devait produire de l’homme, parce qu’elle révèle son impuissance à engendrer de l’altérité et ne peut que s’enfermer dans l’écho de la répétition.
La dispersion des hommes pour un nouvel ensemencement de l’univers

Le récit de Babel nous fait percevoir qu’il existe dans le langage une violence qui va provoquer la dispersion des hommes. Elle est constitutive du langage lui-même, dans la mesure où elle est là pour porter la différence et l’altérité. Or il n’existe ni différence ni altérité si les hommes restent enfermés dans un même moule. C’est bien pourtant une sorte de matrice que constitue le langage, appelé à produire de l’humain. Mais cette matrice est de l’ordre du symbolique ; elle est capable d’associer les contraires, comme la mort et la vie, dans un même paradoxe. Il appartient au langage de promouvoir différence et altérité pour que la graine de l’homme puisse ensemencer la terre entière. « Et c’est là qu’il dispersa les habitants sur toute la face de la terre. »
Chacun est appelé à réinterpréter le mythe à sa manière pour trouver des outils de réflexion adéquats face à une mondialisation plus soucieuse d’une efficacité liée à la standardisation que du respect des différences et de l’altérité du sujet.
Etienne Duval


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