Mémoires d’un âne





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titreMémoires d’un âne
date de publication30.04.2017
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L’Âne et la Flûte

Introduction :

(pour la présentation de l’auteur, voir le paratexte).

L’âne est un animal mythique, symbole de bêtise dans les écoles, on affublait les cancres d’un bonnet d’âne, il est chevauché dans La Bible par Jésus, on présente Saint-Nicolas avec son âne.

Apulée, intitule une de ses œuvres L’âne d’or (1*). Dans Le Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare, la reine Titania, par la vertu d’un philtre magique, se trouve amoureuse d’un âne.

Dans le conte de Perrault, Peau-d’Âne se met à l’abri des désirs incestueux de son père sous une peau d’âne. La comtesse de Ségur rédige les Mémoires d’un âne, La Fontaine Le Vieillard et l’âne, Les deux chiens et l’âne mort, Le Meunier, son fils et l’âne, L'Âne chargé d'éponges, et l'âne chargé de sel, L'Âne et le petit Chien, Le Lion et l'Âne chassant, Les Voleurs et l'Âne.

À noter également sur le thème de la flûte chez La Fontaine : Les Poissons et Le Berger qui joue de la Flûte. N’oublions pas de signaler aussi, du poète Francis Jammes : « J’aime l’âne si doux » et « Prière pour aller au Paradis avec les ânes.

Problématique proposée :

Nature et Fonction de la fable.

Définition :

Court récit allégorique, le plus souvent en vers, qui sert d'illustration à une vérité morale. Les Fables de La Fontaine, réciter une fable, la morale d'une fable. Synon. apologue, parabole.

Les Fables de Pilpay, d'Ésope, de Phèdre, de Florian, de La Fontaine.


  1. Nature de la fable :

  1. la situation d’énonciation :

« Un âne », (v. 5), l’article indéfini nous indiquant ici que nous sommes dans le domaine de la fable, du récit inventé, par l’absence d’ancrage dans le réel. Il s’agit d’une histoire inventée pour l’exemple.


  1. versification :

Cette fable est versifiée. (28 vers)

RIMES

  • rimes masculines : nombreux, heureux (rimes suffisantes)

  • rimes féminines : faciles, habiles (rimes pauvres)

  • rimes croisées abab jusqu’au vers 8

  • rimes embrassées abba du vers 9 au vers 12

  • rimes croisées à nouveau du vers 13 au vers 17 ababa

  • deux rimes suivies ou plates vers 18- 19 aa

  • mais croisées ensuite abab vers 19 à 22, ce qui donne sur 5 vers aabab

  • rimes embrassées vers 23 à 26

  • rimes suivies ou plates vers 27-28.

Métrique

Octosyllabes v 1 à 5, 7, 10, 12, 15-16, 19, 25-26

Alexandrins v6, 8–9, 11, 13-14, 17-18, 20 à 24, 27

à remarquer : deux groupes l’un de cinq octosyllabes, l’autre de cinq alexandrins.


  1. le héros :

l’âne, successivement désigné par : « Un âne » (v. 5), « Cet âne » (v. 9), « Notre âne » (v. 16 et 20), « L’âne) (V. 26 »).

La première partie de la fable comporte donc un constat d’ordre général : les sots sont nombreux, l’explication de leur sottise : ils trouvent tout facile, et un conseil : leur pardonner leur bêtise, et même peut-être les envier car leur aveuglement leur permet d’être heureux.
Le reste de la fable va être consacré à une illustration allégorique de la sottise. L’âne étant l’animal qui incarne celle-ci le plus fréquemment, mais on dit aussi : « bête comme une oie », « bête comme ses pieds », les « blondes » incarnant aussi à notre époque la bêtise féminine. On trouve aussi dans les proverbes de langue d’Oc : « Il est sot comme un voleur d'ânesse. »

Ce qui prouve qu’il n’y a pas que les ânes à être sots (si on en doutait !).

Terminons avec « bête comme chou », mais là, « bête » signfie « facile », comme dans « facile comme « bonjour » ». Nous y retrouvons l’alliance de l’idée de facilité et de celle de bêtise.

2) Fonction de la fable :

  1. Énoncer une vérité morale ou sociale :

« Les sots sont un peuple nombreux »

Enoncée dès le départ, comme une thèse, c’est surtout une constatation désolée.

La démonstration ne prouvera pas qu’ils sont nombreux, c’est donc plus une affirmation péremptoire qu’une hypothèse à démontrer.

L’âne intervient plutôt comme une illustration de la bêtise.

  1. un trait d’humeur pour régler un problème d’actualité :

Comme pour les Fables de la Fontaine, il semble ici que Florian, en donnant l’apparence de traiter un problème général, règle ici une querelle particulière : certains profanes ne jugeraient pas le travail poétique à sa juste valeur et se mêleraient de faire des vers sans avoir le génie poétique.

Cette querelle entre « vrais » poètes et poètes « amateurs » se trouverait déjà illustrée chez Molière, dans Les Précieuse ridicules (voir les poèmes de Mascarille), ainsi que dans Le Misanthrope (voir le poème d’Oronte).2

La cible :

« Les sots » sont donc visés par cette fable. Il sont donc les destinataires de ce discours d’une certaine façon, mais l’emploi de la troisième personne nous conduirait plutôt à penser que les destinataires sont, les autres, les lecteurs, ceux qui ne sont pas sots, ou ceux qui auront enfin compris que l’Art est une affaire de spécialistes.

Comment identifier les sots, Florian nous donne la recette :

« Trouvant toutes choses faciles » (v. 4)

Implicitement, cela signifie : « il trouvent tout facile, ce qui est facile et ce qui est difficile », il n’ont donc pas de discernement, ils trouvent que tout est pareil, facile.

Être sot, ici, c’est ne pas savoir distinguer le facile du difficile, ne pas reconnaître le génie, le travail, l’effort dans l’œuvre accomplie.

« Il faut le leur passer, souvent ils sont heureux » (v. 3)

« passer » signifie ici « pardonner », le lien entre les deux propositions est ici un lien de causalité :

« Il faut leur pardonner ce manque de discernement car cela leur permet d’être heureux. »

Des imbéciles heureux, en quelque sorte.

Le ton est très certainement ironique : ce sont plutôt des malheureux qui ne comprennent rien à rien.

L’ironie se précise dans le vers suivant :

« Grand motif de se croire habiles. »

« Grand » est ici à prendre au sens de « ridicule », « dérisoire ».

Nouvelle confusion ici dans l’esprit des sots : « heureux », « habileté », confusion entre le bonheur est l’intelligence. Les gens intelligents, ne sont précisément pas toujours heureux.


  1. Plaire et distraire :

La première façon de plaire au lecteur ici est d’éviter qu’il se reconnaisse dans le peuple nombreux des sots.

L’allégorie, en rejetant la notion de bêtise sur l’animal, décharge en principe de celle-ci tout lecteur humain.

La seconde est de lui raconter une histoire, plutôt que de lui faire la morale, même si nous avons ici une morale implicite : « Ne vous conduisez pas comme cet âne, qui se croit musicien parce qu’il a tiré un son de cette flûte ! »

La troisième est de faire de cette histoire une sorte de pièce de théâtre, ce que fait souvent La Fontaine dans ses fables.

Donc du vers 5 au vers 8, Florian présente les personnages :

« Un âne » « un pasteur » plante le décor de cette petite scène : « en broutant ses chardons » pour l’âne, « jouant sous le feuillage », pour le pasteur (c’est à dire le berger).

À chacun son rôle, et chacun devrait y demeurer.

Derrière l’image du berger, on voit poindre le personnage mythologique d’Orphée3 :

« D’une flûte dont les doux sons

Attiraient et charmaient les bergers du bocage. »

Vient en même temps l’objet du conflit : la flûte.

À remarquer l’importance apportée au dialogue (attention, les guillemets sont à rétablir à partir du vers 9 :

Cet âne mécontent disait : « Ce monde est fou !

Jusqu’au vers 15 : je me sens trop en colère. »)

L’expression du mécontentement de l’âne débute par une exclamation, « Ce monde est fou ! », curieusement symétrique de l’affirmation du narrateur au début de la fable :

« Les sots sont un peuple nombreux.

L’ensemble de ce monologue exprimant son mépris vis à vis des bergers spectateurs et de l’artiste.

L’âne utilise alors tous les éléments du blâme à sa disposition.

Des expressions péjoratives : « fou », « bouche béante » (c’est-à-dire admirant béatement, sans esprit critique, bêtement), « un grand sot » (reprise de l’expression du premier vers).

On pourrait constater ici, que les sots, ce sont toujours les autres !

Notons au passage l’allitération en [s], qui pourrait suggérer le sifflement de l’air dans l’instrument, mais aussi le ton de persiflage utilisé par l’âne :

« un grand sot qui sue et se tourmente », on peut y ajouter le « souffler » du vers 12, le son [ffl] suggérant l’expulsion de l’air.

Relevons ici que le noble instrument de musique, la flûte » est réduite à un « petit trou », et passons sur la grossièreté de l’image !

Ne négligeons pas le ton méprisant de l’annonce : « Les voilà », accompagnés du « tous » qui rappelle le « nombreux » du vers 1, et qui suggère qu’aucun n’échappe à cette admiration idiote, qu’ils ont, ces bergers, un comportement de moutons.

Mépris également de l’effort de l’artiste à travers la relative : « qui sue et se tourmente ».

Utilisation également de la tournure emphatique : « C’est par de tels efforts qu’on parvient à leur plaire »

Vient ensuite l’expression de la jalousie de l’âne : « Tandis que moi… », cette phrase interrompue, elliptique, marquant la montée de la colère évoquée au vers 15 et sa décision de partir : « allons-nous-en d’ici » trahissant sa frustration d’honneur et de compagnie, le caractère insupportable de la comparaison entre sa situation, celle de celui qui ne sait pas et que personne n’admire, et celle du pasteur si heureux de jouer et si entouré (même si l’âne n’a, par dépit, souligné que l’effort, que la souffrance de celui-ci).
Le narrateur reprend ensuite la parole la parole pour terminer le récit.
« Notre âne », l’expression est ici teintée d’ironie (cet âne ridicule), mais en même temps, l’adjectif possessif à la première personne du pluriel inclut le lecteur, en fait le complice du narrateur.

« en raisonnant ainsi » est également ironique, on dit aussi « raisonner comme un âne » (et ce n’est pas flatteur –sauf pour les inconditionnels amis des ânes).

Nous noterons aussi l’aspect dérisoirement précieux, poétique et lyrique des vers qui suivent (évoquant par là le style des romans pastoraux du XVIIème siècle) :

« quelques pas », « sur la fougère », une flûte oubliée » « en ces champêtres lieux » « par quelque pasteur amoureux »

et l’aspect magique de l’apparition de la flûte : « se trouve sous ses pieds », comme une réponse du destin, cette idée de miracle étant reprise au vers 24 : « ô hasard incroyable ! »
L’expression « Notre âne », toujours sur le même ton de dérision, est reprise au vers 20, mais cette fois-ci, celui-ci « se redresse » dans un élan de fierté, lui qui se sentait si humilié, et c’est presque à une parodie de scène d’amour entre la belle et la bête qu’il nous est permis d’assister :

« Sur elle de côté fixe ses deux gros yeux », marquant la lourdeur, l’épaisseur de l’animal, en même temps lui donnant un aspect pitoyable et ridicule.

« Une oreille en avant, lentement il se baisse » et cette fois-ci, si nous percevons toujours l’ironie de l’auteur, nous pouvons être touchés par la délicatesse du geste, par l’effort de tendresse.

Effort vain, inutile, comme nous le souligne le vers 23 :

« Applique son naseau sur le pauvre instrument »

l’auteur nous rappelle avec le mot « naseau », le caractère animal de notre amoureux de la flûte, et « pauvre » confère à la flûte un statut de victime.

« Et souffle tant qu’il peut », signalons ici la symétrie avec l’évocation du pasteur par l’âne : « un grand sot qui sue et se tourmente

À souffler dans un petit trou. »

La situation est ainsi renversée, et l’âne se retrouve à faire ce qu’il critiquait chez le musicien.

« Il en sort un son agréable. », on pourrait croire ici à l’adresse de l’âne, lui-même y croira, cependant l’auteur ne nous laisse pas d’illusion : « ô hasard incroyable », soulignant le caractère invraisemblable de son histoire, mais surtout désignant l’auteur de ce miracle : le hasard.
Vient l’épilogue de notre histoire :

« L’âne se croit un grand talent, »

ici l’emploi du modalisateur « se croit » marque l’opinion du narrateur, qui est en désaccord avec l’âne.

au vers 27 : « Et tout joyeux » nous rappelle le vers « : « souvent ils sont heureux »

de même que le vers 28, qui conclut l’histoire renvoie au vers ‘ :

« Grand motif de se croire habiles. »

et rend la parole à l’âne : « Eh ! Je joue aussi de la flûte ! »

Les deux exclamations successives marquent l’enthousiasme du baudet, mais plus encore « la culbute » qui lui confère une agilité nouvelle et surprenante.

Comment conclure, sinon en disant que cette fable marque un complexe de la part de l’artiste qui semble se sentir menacé par les désirs d’imitation des amateurs. Il donne crédit à l’idée selon laquelle l’expression artistique doit demeurer le privilège d’une élite, idée tenace, mais battue en brèche de nombreuses fois depuis.

Florian veut peut être affirmer aussi que la création se fait souvent dans le labeur et dans la douleur, qu’elle est rarement le fruit du hasard, et qu’elle peu s’apparenter au travail et au savoir faire de l’artisan. Citons Boileau dans l’art poétique :

« Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »
Remarque finale : on raconte que les Grecs et les Latins confectionnaient leur flûte à l'aide de tibias d'âne qui étaient fort appréciés pour leur musicalité.
1* L'Âne d'or ou les Métamorphoses, ouvrage composé en latin par Apulée, au IIe siècle ap. J.-C., et divisé en 11 livres. Ce sont les aventures d'un jeune homme appelé Lucius, qui en fait lui-même le récit. Lucius va en Thessalie pour affaires. Logeant chez un vieillard dont la femme était magicienne, il veut devenir oiseau, et gagne la servante, qui met à sa disposition les drogues de sa maîtresse : mais il se trompe de boîte; au lieu de se changer en oiseau, il devient âne; il ne pourra perdre cette forme qu'en mangeant des roses. II passe par une série d'aventures avant de trouver cette occasion de reprendre sa forme d'homme, en mangeant la couronne de roses d'un prêtre d'Isis, et se consacre au culte d'Isis et d'Osiris.
2* Oronte est un homme de cour qui se pique d'esprit. Il est ridiculisé dans la scène dite du sonnet (acte I, scène 3) dans laquelle il lit à Alceste un sonnet, pastiche des sonnets précieux.

3* Orphée Fils du roi de Thrace, Oeagre et de la Muse Calliope, Orphée est le plus grand poète légendaire de la Grèce. Comblé de dons multiples par Apollon, il reçut en cadeau du dieu une lyre à sept cordes, à laquelle il ajouta, dit-on, deux autres cordes, en souvenir des neufs Muses, les sœurs de sa mère. Il tirait de cet instrument des accents si émouvants et si mélodieux que les fleuves s'arrêtaient, les roches le suivaient, les arbres cessaient de bruire. Il avait aussi la faculté d'apprivoiser les bêtes féroces.

A suivre…

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