Cinéma / Festival Printemps du cinéma arabe





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Cinéma / Festival Printemps du cinéma arabe

Printemps du cinéma arabe : «Poussières d’étoiles» sur grand écran



(MFI / 20.09.11) Du 15 au 18 septembre derniers, au cinéma La Clef, à Paris, la première édition du festival Printemps du cinéma arabe proposait 50 œuvres cinématographiques ainsi que des débats autour des révolutions arabes. Le programme ne proposait d’ailleurs pas seulement des films issus de la révolution, mais aussi des films prémonitoires, esquissant déjà l’époque postrévolutionnaire de ces événements historiques. Entretien avec Marie-Claude Behna, présidente de l’association du cinéma euro-arabe qui organise le festival.
RFI : Cannes, Venise, Abou Dhabi, Dubaï… Il y a énormément de festivals de cinéma consacrés aux printemps arabes. Qu’apportez-vous de nouveau ?

Marie-Claude Behna : La grande différence est dans le titre. C’est Le Printemps du cinéma arabe et non pas le printemps arabe au cinéma. Nous avons voulu montrer les révolutions et les manifestations populaires aussi bien qu’un souffle nouveau dans le cinéma. En lien – ou parfois sans lien direct - avec les événements. La deuxième différence : nous avons toute une manifestation avec 50 titres autour du printemps du cinéma arabe, tandis que dans les autres festivals, c’est une fenêtre, une ponctuation, importante certes, mais ce n’est pas toute une manifestation sur le printemps du cinéma arabe.
 
RFI : Votre association du cinéma euro-arabe est assez jeune, mais portée par des anciens du département cinéma à l’Institut du monde arabe à Paris. Avez-vous le sentiment que cette génération de cinéastes que vous montrez ce week-end n’a plus rien à voir avec la génération des cinéastes arabes d'il y a dix ans ? Ou s’agit-il quand même d’une continuation, malgré la révolution ? 
M.-C. B. : Nous avons les deux. Nous avons rencontré une génération qu’on ne pouvait pas du tout imaginer un jour rencontrer, parce que c’est une génération internet. Une génération qu’on appelle maintenant « la toile ». Se faire une toile, avant, cela signifiait le cinéma au grand écran. Aujourd’hui, c’est l’internet. Et j’avais – comme beaucoup de professionnels de cinéma et programmateurs  - une sorte de snobisme. Les films sur petit écran ou mini-écran, ce n’était pas visible, des films à ne pas voir et surtout à ne pas programmer ! Mais quelque chose s’est passée avec ces manifestations populaires, avec ces peuples qui retrouvent tour à tour leur dignité et qui tendent vers la démocratie. Il y a une frontière qui s’est ouverte. D’ailleurs les frontières se sont ouvertes entre les jeunes de tous les pays. Et elles se sont aussi ouvertes entre nous, programmateurs. Nous nous sommes permis certaines audaces, celles de pouvoir trouver de petites perles sur internet, de se dire : « Pourquoi ne pas les programmer ? »
 
RFI : Vous avez trouvé sur internet le film Histoire d’une révolution de Nagy Ismaïl. Un hommage à la révolution égyptienne présentée par 25 grands acteurs égyptiens.
M.-C. B. : Tout le cinéma est sur la toile et ce soir sur grand écran. C’est un film qui nous a bouleversés. C’est un magnifique poème. Dans cette programmation, nous avons remarqué que le conte fait toujours partie de la culture arabe – comme si ce monde arabe aurait retrouvé, s’est réapproprié sa culture et le conte. Histoire d’une révolution commence avec « Il était une fois… ». Nous avons plein de petits documentaires, de petites fictions qu’on a trouvés sur internet où le conte a son importance. Comme si – en passant par le conte - on rejoignait une réalité encore plus réelle que celle que nous vivons.
 
RFI : Dans votre programmation, il y a plein de très petits films, certains dépassent à peine une ou deux minutes. Dans les grands festivals, on parlerait de « poussières cinématographiques ». Est-ce le ciment de ces révolutions ?
M.-C. B. : Je dirais que c’est de la poussière d’étoiles. Sur internet, dans ce monde qui est peut-être tant brillant par ses images « nocturnes », parce qu’on ne sait pas qui est derrière, c’est une nébuleuse, eh bien, il y en a des poussières d’étoiles et ces petits films sont des films d’auteurs que nous ne connaissons pas et parfois – vu la situation - que nous ne connaîtrons jamais. Par exemple, le collectif syrien Abounaddara. Ce sont des jeunes cinéastes, des auteurs qui font des véritables petits films qui ont déjà commencé à voyager à travers d’autres festivals et qui posent un regard de cinéaste avec une construction cinématographique et une écriture réelle de cinéma. Dans une minute et demie, parfois, on dit des choses tellement fortes. Beaucoup plus fortes que les films qui sont dilués dans une écriture souvent pas très facile à comprendre. Nous n’avons pas seulement rencontré des jeunes cinéastes nouveaux, mais il y a des cinéastes confirmés, affirmés, comme Leïla Kilani avec son film Sur la planche (106 minutes, Maroc-France). C’est sa première fiction, elle est auteure de magnifiques documentaires et à travers cette fiction nous rencontrons un réel nouveau souffle dans le cinéma arabe.
 
RFI : Vous dites « cinéma arabe », mais il y a des films marocains, tunisiens, syriens, yéménites, et saoudiens. C’est une réalité très vaste et multiple. Qu’est-ce qui réunit ces films en provenance de pays différents ?
M.-C. B. : Actuellement, il y a quelque chose qui se passe, qui lie tout ce monde arabe. Mais chacun a sa particularité. Ce qui se passe en Syrie n’a rien à voir avec ce qui se passe en Egypte ou en Tunisie. Ces images reflètent ces différences. Dans les films syriens d’auteurs confirmés nous rencontrons un univers carcéral. Ils reflètent aussi la réalité de leur pays. Quelque chose de plus festive est rencontrée dans le cinéma égyptien, la poésie aussi. Dans le film marocain, il y a une réalité dure, mais tellement vivante aussi. Vous le verrez dans le film de Leïla Kilani, ça bouge, c’est un film très physique et les personnages sont habités par une énergie gigantesque de la débrouillardise et de vivre et survivre à tout prix.
 
RFI : Ces cinéastes utilisent-ils les outils cinématographiques différemment sous l’impulsion de la révolution ?
M.-C. B. : Les petits courts métrages ont leur nouveauté, spécifique à tous ce qui se passe sur internet. Les autres films de la révolution… on sent qu’ils sont sur le terrain, proches de ce qui vient se passer. Ils sont dans l’immédiateté de l’action. Cela se reflète dans leur façon de filmer. Cela se reflète dans les visages qui sont filmés de très près. Dans des cris de colère ou des cris de joie. Il y a quelque chose entre le cinéaste qui filme et les personnages réels filmés qui ont vécu cette révolution, il y a une forme de promiscuité, comme une grande complicité entre le cinéaste et l’acteur qui est l’acteur de la révolution.
 
RFI : Ces révolutions ne sont pas venues des artistes, mais souvent de la rue, des provinces. Aujourd’hui, quel est le rôle de ces films dans un cinéma à Paris ?
M.-C. B. : Il va y avoir des débats, parce que quelque chose a commencé, avec son lot de joies et son lot de souffrances. On ne sait pas si toutes ces révolutions vont donner du positif, du négatif, du chaos ou de la démocratie. Tout est en train de se faire. Le cinéma accompagne et il a un rôle à jouer. Ce n’est pas par hasard que nous avons opté, pour terminer notre programmation, pour le film Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki (100 minutes, Liban-France). Je pense que les cinéastes vont former des nouveaux outils et filmer différemment. Cela commence déjà. On a vu des films qui sont pris dans d’autres festivals et on voit qu’il y a déjà une nouvelle écriture. Je pense qu’il y un avant et un après. Maintenant ce sont les cinéastes qui vont parler.
 
RFI : Le film Yasmine et la révolution de Karin Albou (sept minutes, France) parle d’une Tunisienne à Paris qui est bouleversée dans son couple parce qu’elle s’engage en politique après la révolution du 14 janvier 2011. En quoi les révolutions arabes ont changé la France ?
M.-C. B. : Karin Albou, à cause de son origine tunisienne, ne peut pas rester indifférente ici en France à ce qui se passe en Tunisie. Comme beaucoup de jeunes Arabes et non-Arabes à travers le monde. Elle a été touchée par un jeune couple arabe, une Tunisienne et un Algérien. Tout d’un coup, la fille - ce sont toujours les femmes qui ont une longueur d’avance - a pris conscience de ce qui se passait en Tunisie et descend en premier dans la rue. Son compagnon essaie de la retenir. Ce n’est pas la place des filles. On a de nouveau toute la tradition de nos pays qui se vivent ici en France.
Propos recueillis par Siegfried Forster
Nagy Ismaïl : « Histoire d’une révolution »
(MFI / 20.09.11) Nagy Ismaïl, le réalisateur de The Story of the Revolution, est un jeune Egyptien qui a fait ses études à l'Académie des études cinématographiques du Caire. Dans l’énergie de la révolution, il a décidé, avec le poète Ahmad Haddad, de faire un film avec les acteurs du cinéma qui étaient présents pendant dix-huit jours sur la place Tahrir. Dans l’espace d’onze minutes, à partir d’un poème, il livre plutôt le récit que l’Histoire de cette révolution admirée dans le monde entier, mais qui « n’est pas encore terminée », selon Nagy Ismaïl. 40 000 personnes ont déjà vu le film sur internet, le Printemps du cinéma arabe à Paris le montre sur grand écran. Déjà en 2009, Ismaïl avait entamé un documentaire sur son propre petit village égyptien. The House of the girl raconte l’histoire de ces villageois qui ne croient plus dans le gouvernement. Au travers de son village natal, c’est l’Egypte prérévolutionnaire qui surgit dans ce film …qui n’a jamais vu le jour !

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