Jacques prevert (1900-1977), Paroles, «La Promenade de Picasso», 1949 (Fleurs d'encre p : 226-227)





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Jacques PREVERT (1900-1977), Paroles, « La Promenade de Picasso », 1949 (Fleurs d'encre p : 226-227)
SEQUENCE 3 : Continuités et ruptures dans la représentation des objets du quotidien en poésie.
INTRODUCTION

Ce poème est écrit en vers libres, il porte sur une pomme, qui n’est pas, en principe, un sujet traité en poésie.

Au lieu d’évoquer seulement une pomme, le poète montre combien il est difficile pour un peintre de représenter cet objet. Le poème devient alors une réflexion sur la représentation réaliste d’un objet et surtout sur ses limites.

Ainsi, le poème comprend trois mouvements, qui commencent chacun par un connecteur temporel.

1. a. Les connecteurs temporels sont : « alors » (v. 20 et 43), « soudain » (v. 29).

Le poème se compose de trois parties :

v. 1 à 19 : un peintre réaliste tente de peindre une pomme / travail préparatoire à une nature morte au sujet d’une pomme.

v. 20 à 42 : échec du peintre ;

v. 43 à la fin : arrivée de Picasso qui mange la pomme.

b. Ces connecteurs sont aussi mis en valeur par des formes de phrases emphatiques (avec utilisation d’un présentatif).

« C’est alors / Que le peintre de la réalité » (vers 20-21)

« C’est alors que Picasso / Qui passait par là comme il passe partout » (vers 43-44)

Au début le thème linéaire est utilisé, le peintre semble se confronter à la pomme et inversement, ensuite le thème constant de la pomme est présenté, puis celui du peintre, ce qui permet de les présenter tour à tour.
Une réflexion sur la peinture

Au lieu d’évoquer le sujet de la pomme en poésie, Jacques Prévert choisit d’étudier comment elle peut être peinte et surtout si la peinture réaliste peut permettre de retranscrire cet objet.

La représentation de la réalité est bien au cœur de la réflexion, ainsi l’on trouve le champ lexical de « la réalité » : « en porcelaine bien réelle » (v : 1), « un peintre de la réalité » (v : 4-21-28), la pomme telle qu’elle est » (v : 6), « une assiette réelle » (v : 14), « pépins de la réalité. » (v : 57)

Le poème se termine également par le mot « réalité », qui insiste bien sur cette notion.

Pour J. Prévert, la représentation réaliste en peinture est impossible et c’est ce qu’il veut démontrer dans son poème.

Il veut montrer que le peintre veut peindre la pomme telle qu’elle est, mais que c’est peine perdue. « Mais » vers 7, conjonction de coordination, est un petit mot qui forme un vers à lui tout seul : il crée une pause et attire notre attention sur le fait que cela ne va pas se passer comme prévu.

L’entreprise semble délicate, le peintre a l’impression que la pomme bouge, (peut-être ce sont les reflets du fruit qui lui donnent cette impression…), mais il n’en est rien, l’antithèse : « tourne » « sans bouger » le montre : « Et la voilà qui tourne / Dans une assiette réelle / Sournoisement sur elle-même / Doucement sans bouger » (vers 13 à 15)

La répétition de la conjonction de coordination « et » (vers 11, 13, 17, 20, 24, 31, 36 à 39) insiste sur l’enchaînement des actions : le peintre est débordé, tout lui échappe. Ceci se voit au travers des vers suivants :

4. « Sur une assiette bien ronde en porcelaine bien réelle / Une pomme pose » (v. 1 et 2)

« Et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz / Parce qu’on veut malgré lui tirer le portrait / La pomme se déguise en beau fruit déguisé » (v. 17 à 19).

Les allitérations (= répétition d’un son consonne) en [g], [d] et [z], les paronymes (= se dit de deux mots de sens différents, mais de forme relativement voisines), les homophones

montrent l’étourdissement. Les lettres et les sons se mélangent. Le texte s’affole.

De plus, le poète utilise beaucoup l’humour, il crée des jeux de mots :

« Et plusieurs tours dans son sac de pomme «  (vers 11)

On fait ici référence à l’expression : « avoir plus d’un tour dans son sac ».

« La pomme se déguise en beau fruit déguisé » (vers 19)

Le fruit déguisé est un fruit qui peut revêtir un déguisement, mais c’est aussi une friandise à base de fruits secs et d’amande.

5. a. À partir du v. 27, le peintre ne copie plus seulement le réel, il convoque des références culturelles autour de la pomme comme l’indique le groupe nominal « la triste proie / D’une innombrable foule d’associations d’idées » (v. 29 et 30). C’est le principe de l’écriture automatique, adoptée par les surréalistes : un mot en amène un autre.

b. Les vers qui reflètent cette nouvelle manière de peindre sont les v. 30 à 39.

Le poète écrit tout ce que la pomme évoque, c’est une énumération avec des paronymes et des homophones « Le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme » (vers 35)
Cela devient étourdissant.

6. Dans les v. 30 à 39, il utilise différents procédés pour créer des associations d’idées : la convocation du champ sémantique de la pomme : « pommier » (v. 30), « l’arrosoir » (v. 32),

« l’espalier » (v. 32), « le Canada » (v. 33), « la Normandie » (v. 33), « la Reinette et l’Api » (v. 33), le « Jus de Pomme » (v. 34), la convocation de références culturelles dont la pomme est le motif central : le mythe biblique du péché originel (v. 31, 34 et 35), la pomme du jardin des Hespérides (v. 33), l’histoire de Guillaume Tell (v. 37), la découverte de la gravitation universelle par Isaac Newton grâce à la chute d’une pomme (v. 38 et 39), l’introduction de la pomme de terre en Europe par Parmentier (v. 32), le serment du jeu de Paume (v. 34), les associations sonores : « espalier » / « Parmentier » / « escalier » (v. 32), « serpent du Jeu de Paume » / « serment du Jus de Pomme » (v. 34).

3. J. Prévert rejette la peinture réaliste comme en témoignent les termes péjoratifs qui servent à évoquer le travail du « peintre de la réalité » dans les v. 4, 5 et 6 (« Un peintre de la réalité / Essaie vainement de peindre / La pomme telle qu’elle est »), les v. 25 et 26, (« Comme le malheureux indigent / Comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n’importe quelle association / bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité ») et le v. 56 (« Les terrifiants pépins de la réalité »).

De la même façon, ce dernier mot « réalité » est associé à « terrifiants » et à « pépins ». J. Prévert fait alors un jeu de mots, il parle certes des pépins de la pomme, mais il donne aussi au mot pépins le sens de « problèmes ». Ainsi, la moralité est la suivante : si l’on veut peindre la réalité, on rencontre des problèmes. Il vaut mieux être surréaliste, comme Picasso. Vouloir être réaliste mène à l’échec.
Un hommage à Picasso

Le titre est consacré à Picasso. Il est assez étonnant, puisqu’il ne concerne qu’un petit passage du poème : le moment où Picasso voit la pomme. Le terme « promenade » se retrouve développé à travers un champ lexical, il insiste sur l’aisance du peintre :

« passait par là » (v : 44) « il « passe partout » (v : 44) et « s’en va » (vers : 52).

Le peintre est finalement le personnage important, puisqu’il apporte une solution au problème. L’accent est mis sur ce personnage, il est le thème constant développé dans les vers 43 à 48.

1 c. L’apparition de Picasso met un terme à la tentative du peintre de représenter la réalité de son « modèle » : en mangeant la pomme, il révèle que ce qui compte, c’est l’essence des choses non leur aspect réel.

De plus, à partir de son intervention, un dialogue courtois et poli se crée alors entre Picasso et la pomme jusqu’alors muette : « Et la pomme lui dit » (vers 50),

Cet échange entre la pomme et Picasso se retrouve dans l’utilisation d’un thème linéaire qui fait alterner la pomme et le peintre. (vers 49 à 52)

La pomme est personnifiée dans le poème : « Elle ne se laisse pas faire » (vers 8), « Elle a son mot à dire » (vers 10) « Et plusieurs tours dans son sac de pomme » (vers 11)

A l’inverse, le peintre semble être comparé, assimilé à un objet :

« Et le peintre arraché à ses songes
Comme une dent » (vers 53-54)

D’ailleurs, Picasso accorde plus d’importance à la pomme, à l’assiette qu’au peintre, qui est cité en dernier dans une gradation descendante :

« C’est alors que Picasso (…)
voit la pomme et l’assiette et le peintre endormi » (vers 46)

2. Si l’on relève les expansions du nom « peintre », on trouve une évolution dans ces mots qui le caractérisent : « peintre de la réalité » (vers 4, 21) « malheureux peintre de la réalité » (vers 28), « peintre étourdi » (vers 41), « peintre endormi » (vers 46), « peintre arraché à ses songes » (vers 53). En effet, on passe de « la réalité » à « arraché à ses songes », ce qui montre bien aussi que le peintre est obligé de dépasser la peinture réaliste pour évoquer la pomme de manière surréaliste. Le surréalisme se caractérise par la recherche d’une réalité supérieure en recourant à des moyens nouveaux : l’exploration du rêve, le sommeil hypnotique…
CONCLUSION

Jacques. Prévert fait l’éloge d’un art non figuratif, représenté ici par P. Picasso, qui, lui-même a peint « Pomme et Verre » en 1923. Ce poème défend une façon non réaliste de représenter les objets en peinture et peut-être aussi en poésie (qui est aussi un autre art).






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