Éléments d’épistémologie externe des sciences





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Éléments d’épistémologie

(Méthodes de la Science politique)

Pr. Michel Bergès

Université des Sciences sociales de Toulouse 1

Premier semestre 2008

* Le cours étant en chantier, seuls les débuts ont été traités, la fin de la première partie comme une seconde étant à venir.

Introduction : Définition auto-référentielle de l’épistémologie

Pour une épistémologie relativiste et culturaliste

Première partie

Éléments d’épistémologie externe des sciences
Introduction
Les fondements d’une épistémologie « externe » : l’histoire et la sociologie des sciences.
Première sous-Partie : éléments d’histoire des sciences
Introduction :

Science et civilisation : pour une approche interculturelle
I. Éléments d’histoire des sciences de la nature
1. Généalogie de la Raison scientifique

Introduction :

Le débat sur les « origines » antiques de la science : « Orient » ou « Occident » ?

L’Inde et la Chine ne sont pas traités (éloignement par rapport à l’ère méditerranéenne puis occidentale, même si les échanges culturels ont été réels).

1. 1. Le modèle oriental

– La Mésopotamie

– L’Égypte

1. 2. Le modèle grec
– La naissance de la raison théorique

– Naturalistes et humanistes

Conclusion : Bilan de la Science antique

Un bilan brillant

Des limites. Séparation logique, mathématiques, physique. Savants livresques. Coupures avec la technique, à l’exception de Syracuse (cf. Archimède). Faiblesse des instruments de mesure.

Importance des écoles de pensée, des supports matériels, des lois de conservation et de diffusion du savoir (bibliothèques, livres, encyclopédies, traités…).

Sur les conditions socio-politiques d’émergence de la Raison scientifique, cf. la thèse de Geoffrey Lloyd (Pour en finir avec les mentalités). Compléter avec Jean Lévi (Les Fonctionnaires divins. Politique, Despotisme et mystique en Chine ancienne, Paris, Seuil, col. « La Librairie du XXe siècle », 1989).

Les mêmes formes de rationalité apparaissent en Chine comme en Grèce, entre les Ve et le IIIe siècle a. c. Insister sur la comparaison.

Comment expliquer cette naissance croisée de ces formes de rationalité ?

Hypothèse du sociologue Durkheim :

Les catégories logiques de pensée ne sont pas universelles, sauf au niveau de la forme, mais déterminées par les structures sociales dans leur contenu. Exemple de Marcel Granet (La Pensée chinoise).

Le modèle de Jacques Pirenne :

La raison, la pensée rationnelle, libre, critique, naît dans les cités commerciales et maritimes, qui luttent contre les systèmes terriens, continentaux, fermés, qui asservissent les hommes. Liens avec la période médiévale.

2. Les trois « systèmes du monde »

Introduction : « Les trois systèmes du monde » (Fernand Braudel)

2. 1. Le premier « système du monde » d’Aristote et de Ptolémée

Continuité et discontinuité avec la Science antique

2. 1. 1. La première « Renaissance » du XIIe siècle

Platoniciens contre aristotéliciens : le retour des Grecs (via le monde musulman de l’Espagne du Sud).

La révolution scolastique

Les sciences médiévales (l’empirisme, la perspective, la lumière, l’arc-en-ciel)

Enfermement dans le dogmatisme : déclin de l’Université de Paris au XIVe siècle

2. 1. 2. La seconde « Renaissance » du XVe siècle

Les inventions et les « découvertes » vont contribuer lentement à l’émergence d’une nouvelle conception de l’espace et du temps.

Le second retour du modèle grec, grâce aux intellectuels ayant fui Byzance prise par les Trucs en 1453, qui s’installèrent en Italie, facilita un temps, paradoxalement, le maintien des vieux paradigmes scientifiques.

Nicolas de Cues

Giordano Bruno

Paolo Rossi : L’importance des « ingénieurs » de la Renaissance. Les techniques rejoignent la science théorique

2. 2. Le nouveau paradigme newtonien de l’espace

Pas de « révolution scientifique », mais une évolution lente vers la science moderne.

Introduction : les apports des historiens des sciences. Alexandre Koyré, Pierre Duhem, Thomas Kuhn, Gaston Bachelard, James Burke…

2. 2. 1. Les « dix étapes » de la destruction de l’aristotélisme

– Le Concile de Trente (1545-1582)

– Les canons des villes allemandes

– Ticho Brahé

– Galilée (1)

– Les Pays Bas

– La lunette de Galilée (2)

– Képler

– Descartes

– Spinoza

– Newton

2. 2. 2. Interprétations historiennes du « miracle » de la « Grande Révolution » scientifique moderne

Cf. Pierre Chaunu (La Civilisation de l’Europe classique)

Des savants représentants de la bourgeoisie ?

Le rôle des éditeurs libres et le recul du latin

La démultiplication des instruments de mesure

La généralisation de l’esprit de positivité et le rôle de l’Encyclopédie

Les réseaux de savants (secrets, individualisés)

Les premières politiques publiques de la science

Conclusion : Les limites de la science moderne (cf. Gaston Bachelard, La Formation de l’Esprit scientifique). « Des savoirs flottants », malgré les avancées scientifiques.

Complémentarité, lenteurs, limites de chaque auteur scientifique (Jean Piaget).

Les remarques de Fernand Braudel.

Des usages sociaux idéologiques et politiques de la science. Cf. l’ouvrage de Robert Darnton, La Fin des Lumières. Le mesmérisme et la Révolution (Paris, Perrin, 1984).

2. 3. Du second au troisième « système du monde »

2. 3. 1. Du « newtonisme social » au « positivisme »

2. 3. 1. 1. La politisation de la science : l’engagement des savants pour la Révolution et l’Empire

– La science orchestre « la Révolution culturelle de l’An II » (Serge Bianchi)

Mesurer le temps et l’espace.

La Science, ça sert d’abord à faire la guerre (Des chaussures, des canons, du salpêtre).

–  Une nouvelle institutionnalisation du savoir

Des Grandes Écoles à la place de l’Université

Le nouveau système scientifique français

2. 3. 1. 2. La « révolution positiviste »

Introduction :

– L’internationalisation progressive de la science.

– La séparation science et philosophie (différences par rapport à l’esprit des Lumières). Auguste Comte, comme symptôme :

Cf. Science et Vie : article d’Anne Petit :

« Face à une réalité politique dans laquelle les idéaux de 1789 se sont effrités, et poursuivant le rêve de Condorcet, un re-faiseur de monde s’applique au début du XIXe siècle à construire la théorie d’une société organisée selon les principes de la Science. Il la nomme société positive. Mais au fil d’un long et patient cheminement, il en arrive à une critique ouverte de la société des savants jugée incapable d’assumer la mission organisatrice qui devait lui revenir. Ce philosophe politique est polytechnicien et s’appelle Auguste Comte ».

Auguste Comte reprend en partie l’utopie de Francis Bacon (1561-1626), La Nouvelle Atlantide (1627).

–  Une ambition scientiste

Une idéologie européenne

Scientisme, valorisation de la méthode expérimentale, déterminisme, quantitativisme et mécanisme.

–  Les brillants résultats des sciences positives (Pasteur…)

2.3.2. Du paradigme de l’espace au paradigme du temps

2. 3. 2. 1. L’émergence d’une nouvelle physique : Maxwell, Boltzmann, Poincaré, Einstein

2. 3. 2. 2. « L’Axe du temps » (Pierre Chaunu)

Science et religion

Au-delà de l’espace et du temps

L’infini mathématique. L’historicité du vivant.

Conclusion : une crise de la Raison scientifique ?

Un désarroi de la Raison scientifique ? (cf. Jacqueline Russ et Carl Schorske)

Un débat du tournant du siècle

Le (Mas)Sacre du Printemps : du complexe militaro-industriel de 1880-1914 à la bombe atomique… (cf. Pierre Marion, Le Pouvoir sans visage).

II. Éléments d’histoire des Sciences humaines et sociales

Introduction : Éléments d’histoire des Sciences humaines et sociales

Les sciences humaines et les sciences sociales, sont des disciplines « inexactes » incertaines, et constituent des savoirs « fragiles », notamment en raison de leurs divisions disciplinaires et de leurs oppositions paradigmatiques (c’est-à-dire qu’elles choisissent des modèles d’explication et d’analyse variables). Ceci est visible à deux niveaux. Leur propre histoire est encore peu développée en France, malgré certaines avancées, contrairement aux différents pays anglo-saxons. Par ailleurs, leur structure disciplinaire, leurs relations internes, qui sont complexes, entre elles comme avec les sciences exactes auxquelles il leur arrive d’emprunter théories, modèles, concepts et méthodes, révèlent de fortes divisions de paradigmes sur le plan épistémologique.

1. Une historiographie limitée en France

Comme l’histoire des sciences en général, celle des sciences sociales et humaines reste particulièrement délaissée dans l’Université français d’aujourd’hui. En dehors de l’histoire des disciplines prises séparément (économie, sociologie, histoire, ethnologie…) il existe peu d’ouvrages de synthèses en Français. Méritent d’être cités quelques classiques en termes pédagogique :

– Georges Gusdorf :

  • Introduction aux Sciences humaines, Paris, Ophrys, 1974.

  • Les Sciences humaines et la pensée occidentale, Paris, Payot, 1966-1988, 13 vol.

– Michel Foucault :

  • Les Mots et les choses (pour une archéologie des sciences humaines), Paris, Gallimard, 1966.

  • L’Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969.

  • Histoire de la folie à l’âge classique. Folie et déraison, Paris, Gallimard, col. « Tel », 1972.

– Bernard Valade, Introduction aux sciences sociales, Paris, PUF, col. Premier Cycle, 1996.

– Jean-Michel Berthelot (sous la direction de), Épistémologie des sciences sociales, Paris, PUF, col. Premier Cycle, 2001.

Avant d’aller plus loin et de présenter quelques jalons, il faut signaler l’existence d’une collection « Histoire des Sciences humaines », aux Éditions L’Harmattan (une trentaine d’ouvrages), qui publie certains travaux de la Société française pour l’histoire des Sciences de l’homme (SFSSH), créé en 1986, qui patronne des colloques nationaux et internationaux, des conférences, et publie un Bulletin assez spécialisés et érudit, en relation avec l’Université de Paris 5. De nombreuses revues spécialisées de Sciences humaines ont évidemment consacré des numéros à l’histoire des disciplines (Revue française de Sociologie, Les Annales, Genèse, La Revue de synthèse, Actes de la Recherche en Science sociale…).

2. Une historiographie différenciée : les programmes de recherche de Georges Gusdorf et de Michel Foucault.

Deux approches synthétiques peuvent être distinguées de façon contradictoire dans l’historiographie française des sciences de l’homme : celle de Georges Gusdorf, celle Michel Foucault.

L’« anthropologie » de Georges Gusdorf

Dans ce qui peut être considéré comme un résumé du « programme de recherche » sur toute une vie (publié en treize volumes aux Éditions Payot), le philosophe Georges Gusdorf (Introduction aux sciences humaines) tente, dans sa préface à l’édition italienne, de positionner ces disciplines scientifiques d’un type particulier, qu’il juge inexactes, autocentrées sur l’homme, qui se prend lui-même comme objet, par rapport à la vieille philosophie.

« Il ne s’agissait plus, en effet, d’une histoire de la philosophie au sens traditionnel, c’est à dire d’une analyse logique des systèmes successifs, où l’on s’ingénie à désarticuler les doctrines pour les recomposer, le fin du fin étant de mettre un auteur en contradiction avec lui même et avec ses voisins. L’espace de ma recherche n’était plus le no man’s land des théories ; c’était le domaine de la pensée humaine en quête d’elle même, sous toutes les formes que peut prendre l’entreprise de la connaissance. L’histoire des idées, étroitement associée à l’histoire des hommes, prenait le pas sur l’anhistorisme métaphysique. Médecins, philologues, historiens, anthropologistes, juristes et économistes, théologiens sont les témoins, et ensemble les artisans, de la conscience culturelle de l’humanité. Leurs découvertes jalonnent à travers les siècles le renouvellement des valeurs » (Ibidem, p. VII-VIII).

Georges Gusdorf propose en fait de dresser une histoire de ce regard anthropologique sur l’Homme lui-même, tenté par les diverses disciplines qu’il faut selon lui relier, non séparer, cela à une époque donnée. Dans une conception qu’il voulut interdisciplinaire, Gusdorf prit le parti de ne pas isoler l’histoire de chaque matière et science, en dégageant des sortes « d’anthropologies successives, » au sein desquelles se pensait la science, le savoir logique et/ou expérimental à une époque donnée. Il écrit à propos :

« Il ne s’agissait ni d’un traité d’épistémologie, ni d’un livre d’histoire des sciences ou d’histoire de la philosophie, mais d’un peu de tout cela à la fois. Dans cet essai d’histoire des idées, ou plutôt d’histoire de la culture, les philosophes figurent côte à côte avec les savants, et pour cause, parce que longtemps les savants ont été philosophes, et les philosophes savants. La science de chaque époque est reliée à l’art, à la religion, à la philosophie, au style de vie tout entier, au sein d’un même contexte culturel. Chaque événement de la science est un avènement de la conscience, et un élargissement de l’horizon humain. » (Ibidem, p. 9).

L’auteur parle d’une « philologie de la culture ». Il étudie la pensée et la science ensemble. Les sciences humaines doivent, selon lui, « constituer une anthropologie fondamentale, regroupant les données fournies par les disciplines particulières » ajoutant :

« Je me trouvais conduit à préparer une histoire générale des significations humaines, qui engloberait à la fois l’histoire des différents savoirs, l’histoire des littératures, des religions et des idées, l’histoire du savoir humain et de la pensée en tant qu’établissement de la communauté humaine dans l’univers où elle fait résidence. Il y a d’âge en âge une conjoncture intellectuelle et spirituelle, qui sert de foyer de référence commun aux tentatives des savants, des artistes, des philosophes. L’histoire de la culture serait cette histoire fondamentale des représentations et des valeurs, décor de la pensée et de l’existence, centre de gravitation de toute intelligibilité (ibidem, p. 10). »

Alors que par sa problématique philosophique regroupant dans une anthropologie générale une certaine continuité d’approche, la lecture de ses ouvrages montre qu’à l’inverse, Georges Gusdorf oppose dans l’histoire de la pensée occidentale, des anthropologies qui se sont succédé. À travers sa vaste analyse et synthèse, on pourrait regretter qu’il ait voulu brasser de nombreux secteurs qui ont cependant connu une évolution séparée, voire une certaine autonomie d’une époque à l’autre. En tout cas, son étude fouillée de l’histoire occidentale des sciences de l’homme laisse parfois l’impression de mélanger des formes de savoir sans toujours dégager ce qui les relie nécessairement entre elles. Sauf des idées communes, à un moment donné, qui vont former le socle intellectuel d’une conception du sens assez largement partagé. On voit défiler une galerie d’auteurs et de portraits. Pour Georges Gusdorf, l’histoire des sciences humaines a émergé en fait lors des grands ébranlements du champ religieux du XIVe siècle… Cela même s’il est possible de distinguer dans la Science antique des « précurseurs », non sans risque d’anachronisme. Car ce sont des auteurs d’un siècle ultérieur qui les désigne comme tels, souvent avec une problématique qui n’était pas tout à fait la leur. Ainsi a-t-on pu faire d’Ibn Khaldûn (1332 1406), historien et diplomate arabe du XIVe siècle, ou encore de Jean Bodin (1509-1596), auteur des Six livres de la République (1576), de Montaigne (1533-1592), de Francis Bacon (1561-1626), de Jean-Baptiste Vico (1668-1744), de Montesquieu (1689-1755), de Rousseau (1712-1778)… des fondateurs de la sociologie, de l’ethnologie moderne. En tout cas, au-delà de ces chevauchements qui sont pensables aussi par ailleurs, la problématique de Georges Gusdorf reste pionnière, exhaustive et incontournable en matière d’histoire des sciences humaines. Différente est l’approche de cet autre philosophe passionné d’épistémologie, Michel Foucault, cela même si la lecture de ces deux auteurs n’exclue pas certains rapprochements.

L’« archéologie » de Michel Foucault

Ce dernier, dans un ouvrage qui l’a rendu célèbre en 1966 (Les Mots et les choses. Une archéologie des Sciences humaines) a apporté une dimension complémentaire – cela dit alors que l’on cherche souvent à opposer les deux perspectives, en faisant de Gusdorf un « continuiste », en tant qu’humaniste libéral, et de Foucault, théoricien des « ruptures épistémologiques, nietzschéen à ses heures et « gauchiste » de surcroît, un discontinuiste 1. De fait, les deux philosophes épistémologues reconstituent (différemment) des systèmes cohérents de pensée et de représentations dont les découpages d’apparition et de disparition coïncident en grande partie : La Seconde Renaissance, l’Âge classique, le XVIIIe-XIXe siècle…

Les deux auteurs n’échappent pas à une approche disons culturaliste de l’histoire des idées 2 ou de la pensée, même si Foucault défend une vision originale de cet objet de reconstruction historienne, en refusant en partie l’histoire des idées traditionnelles 3. Par ailleurs, on observe, dans l’histoire qui nous est retracée des « anthropologies » successives et des « épistémès », que les changements se sont fait lentement de l’une à l’autre : ils coïncident en gros avec les fameux « siècles » des divisions historiennes. Le processus de passation d’un univers mental à un autre reste mystérieux (même si l’histoire de la pensée connaît elle aussi des « événements », selon ses rythmes propres). On a plus affaire, de la même façon que dans l’histoire des sciences de la nature, à une évolution lente, qu’à une « révolution » spontanée.

Brièvement résumé, on peut préciser que, quant à lui, Michel Foucault recherche des système logiques de représentation, une sorte de grammaire, de programme « d’intelligibilité », de « rationalité », de « positivité », qui de façon inconsciente, entre les mots et les choses, oriente, contrôle, pousse les discours sur l’univers et sur l’homme. C’est une sorte de programme qui constitue un ordonnancement du monde, un vocabulaire, des signes, des méthodes de pensée. Sans proposer une histoire détaillée des sciences humaines, mais en se référant à de nombreux textes des diverses époques, et aussi en poursuivant en partie ses recherches sur l’histoire de la folie à l’âge classique, Foucault distingue quatre grandes grilles historiques, trois systèmes de pensée qui se sont succédé, qu’il propose d’appeler « épistémès » :

– L’épistémè de la fin de la Renaissance (de laquelle il part, après nous avoir livré dans sa préface une première incursion dans la seconde).

– L’univers de la Représentation classique, fondé sur la représentation, qui surgit en déployant soudain une grande logique classificatoire (étudiées par lui notamment dans la grammaire, dans l’économie politique et dans la biologie), qui enferme le monde dans des tableaux et des tiroirs analytiques.

– L’Univers de l’Histoire, qui est celui, au tournant de la Révolution française et tout au long du XIXe siècle, qui va faire surgir pour la première fois, l’Homme comme objet, les sciences humaines nouvelles (le trièdre des savoirs) étayant par ailleurs des formes de pouvoir, des politiques et des institutions. Là, Foucault, en penseur « post-moderniste » critique, se distingue de l’humanisme optimiste de Georges Gusdorf qui croit que les sciences humaines peuvent étayer une philosophie de l’homme finalement cumulable d’une période à l’autre. Foucault se veut aussi le penseur de ce qu’il appelle « la mort de l’homme ».

Gusdorf lui-même a critiqué cependant en ces termes l’approche que d’aucuns ont qualifiée de « structuraliste » de Foucault, rapprochée de celle de Claude Lévi-Strauss :

« Une forme nouvelle de recherche interdisciplinaire s’est développée en France ces dernières années. Les penseurs dits « structuralistes » ont présenté une conception originale de la pensée, qui s’applique à l’histoire des sciences humaines. Claude Lévi Strauss et Michel Foucault, en particulier, mettent l’accent sur la logique interne qui régit l’ordonnancement des représentations individuelles en un certain moment de l’histoire. À l’idée d’une vision du monde consciente, que chaque homme adopterait, en accord avec les présupposés régnants dans le milieu culturel (Weltanschauung), les structuralistes substituent la conception d’un système inconscient, principe régulateur s’imposant souverainement à toutes les démarches de la pensée. Cette pensée de toute pensée est une pensée sans pensée, d’une parfaite rigueur logique, condition de toute réflexion, mais non objet de réflexion pour ceux qui sont soumis passivement à l’influence de ce premier moteur de la connaissance.

L’épistémologie structurale est valable à travers l’espace mental d’une époque donnée, sans distinction de compartiments spécialisés. Le système du savoir déploie un réseau de relations rigoureusement articulées, qui constituent le « code » du savoir, à la manière d’une axiomatique interdisciplinaire. Celui qui se rendrait maître de ce code détiendrait la science suprême, clef de toute intelligibilité dans quelque domaine que ce soit ; la biologie et la médecine, la linguistique, l’économie, la sociologie, etc, tirent déductivement des principes suprêmes, une fois ajoutées les quelques variables relatives au territoire considéré. L’ordre des structures définit un inconscient collectif, d’autant plus parfaitement cohérent qu’il échappe à l’arbitraire (les initiatives individuelles. La « pensée sauvage » des primitifs, analysée par Lévi Strauss, révèle une merveilleuse algèbre, une combinatoire dont les ressources surpassent en finesse les schémas les plus retors des logiciens modernes.

Au niveau d’abstraction suprême ainsi atteint, les difficultés, incertitudes et contradictions de l’histoire du savoir s’évanouissent d’elles-mêmes ; les vicissitudes phénoménales se résorbent dans l’ordre essentiel, dont la contemporanéité idéale n’a pas à tenir compte des dates et des noms propres, des incohérences apparentes. La suite des accidents importe peu, car la vérité est manifestée dans son autorité anhistorique ou transhistorique, d’autant plus et d’autant mieux souveraine qu’elle échappe, en principe, aux prises de la conscience réfléchie. Nous apprenons néanmoins qu’il existe des « coupures épistémologiques » ; il arrive qu’un « système » en remplace un autre, sans qu’on sache trop pourquoi, en vertu d’une sorte de tremblement de terre épistémologique. La configuration de l’espace mental se trouve subitement transformée ; les « structures » constituent un nouvel ordonnancement, sans doute ni plus vrai, ni moins, que le précédent.

Il est difficile de se prononcer sur ces conceptions ; d’ailleurs, par hypothèse, la pensée humaine se trouve exclue de la vérité ; elle se déploie, semble t il, en dehors de la vérité, ou à l’envers de la vérité. L’intervention de la conscience ne peut que troubler l’ordre du système, dont l’inaltérable validité ne saurait admettre le choc en retour des fantaisies et illusions des subjectivités individuelles. L’homme n’est qu’un empêchement à la vérité, si bien que Michel Foucault est conduit, en toute logique, à prononcer que l’homme n’existe pas. Les philosophes de l’âge des Lumières ont inventé de toutes pièces ce fantasme, propre seulement a troubler le bel ordre cybernétique de l’appareillage conceptuel. Les sciences de l’homme se résorbent en un univers du discours dont la circonférence est partout et le centre nulle part. Les sciences de l’homme parvenues a leur apogée seront des sciences sans l’homme.

La mort de l’homme, proclamée par les nouveaux prophètes, est la conséquence logique et ontologique de la mort de Dieu, annoncée à l’Occident depuis bientôt un siècle et demi par toute une série de penseurs. Mais il ne s’agit plus ici seulement d’épistémologie, de théorie de la science. Ce qui est en question, c’est la destinée même de l’humanité dans le moment présent de la civilisation. La doctrine de la mort de l’homme convient parfaitement à un siècle qui a inventé les fascismes, les totalitarismes de toute espèce, au siècle d’Hitler et de Staline, des camps de concentration et de la bombe atomique. En dehors même de toute référence a ces paroxysmes eschatologiques, il est clair que le développement incontrôlé des déterminismes techniques et économiques ne peut considérer la personne humaine comme un centre d’intérêt et de valeur. La mort de l’homme s’inscrit chaque jour sous toutes sortes de formes dans les journaux.

Le problème serait alors de savoir si la fonction du philosophe se réduit a s’incliner devant le tragique quotidien, en lui conférant de surcroît la bénédiction de la logique. » (Georges Gusdorf, Introduction aux Sciences humaines, Ibidem, p. 11-12).

Malgré cette différenciation critique, l’approche de Michel Foucault rejoint la théorie des « anthropologies » successives de Georges Gusdorf, dans sa dimension historiciste, lui qui met en perspective historique les différents programmes épistémiques dont il étudie les soubassements à quatre époques données.

Une approche synthétique des contenus de l’histoire des sciences humaines, tout auteurs, œuvres, matière, disciplines confondues, fait apparaître, semble-t-il, deux périodes cohérentes. Celle couvrant la phase d’émergence des sciences de l’homme, au moment de l’écroulement progressif de l’anthropologie chrétienne, du XVe siècle, jusqu’au XVIIIe siècle. Celle du XIXe et du XXe siècle, qui voit se constituer de manière européenne les différentes sciences humaines et sociales en tant que disciplines universitaires et académiques, enrichissant de façon évolutive la matière scientifique de l’université en tant que telle, sous des formes institutionnelles multiples et inédites.
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